Autun
Ibulait le camp des césars, combien il préférait à de pompeux souvenirs son instrument grossier et son sayon de peau de chèvre, j'aurais dû sentir qu'il faut peu de chose pour passer la vie, et cju'après tout, dans un terme aussi court, il est assez indifférent d'avoir épouvanté la terre par le son du clairon ou charmé les bois par les soupirs d'une musette.
« J'arrivai enfin chez les Rhédons ^ L'Armorique ne m'offrit que des bruyères, des bois, des vallées étroites et profondes traversées de petites rivières que ne remonte point le navigateur, et qui portent à la mer des eaux inconnues : région solitaire, triste, orageuse, enveloppée de brouillards, retentissante du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers sont battues d'un océan sauvage.
« Le château où je commandais, situé à quelques milles de la mer, était une ancienne forteresse des Gaulois, agrandie par Jules César, lorsqu'il porta la guerre chez les Venètes - et les Curiosolites •'. Il était bâti sur un roc, appuyé contre une forêt et baigné par un lac.
« Là, sépgiré du reste du monde, je vécus plusieurs mois dans la solitude. Cette retraite me fut utile. Je descendis dans ma conscience ; je sondai des plaies que je n'avais encore osé toucher; je m'occupai de létude de ma religion.
« Un événement interrompit tout à coup des recherches dont le résultat devait avoir pour moi tant d'importance.
« Les soldats m'avertirent c{ue depuis cjuelques jours une femme sortait des bois à l'entrée de la nuit, montait seule dans une barque, traversait le lac, descendait sur la rive opposée et disparaissait.
« Je n'ignorais pas que les Gaulois confient aux