Peuples des environs de Dinan
lemmes les secrets les plus importants; que souvent ils soumettent à un conseil de leurs filles et de leurs épouses les affaires qu'ils n'ont pu régler entre eux. Les habitants de FArmorique avaient conservé leurs mœurs primitives, et portaient avec impatience le joug romain. Braves, comme tous les Gaulois, jusqu'à la témérité, ils se distinguaient par une franchise de caractère qui leur est particulière, par des haines et des amours violentes, et par une opiniâtreté de sentiments que rien ne peut changer ni vaincre.
« Une circonstance particulière aurait pu me rassurer : il y avait beaucoup de chrétiens dans FArmorique, et les chrétiens sont sujets fidèles; mais Clair, pasteur de FÉglise des Rhédons, homme plein de vertus, était alors à Condivincum ^, et lui seul pouvait me donner les lumières qui me manquaient. La moindre négligence pouvait me perdre auprès de Dioclétien et compromettre Constance, mon protecteur. Je crus donc ne devoir pas mépriser le rapport des soldats. Mais comme je connaissais la brutalité de ces hommes, je résolus de prendre sur moi-même le soin d'observer la Gauloise.
« Vers le soir, je me revêtis de mes armes, que je recouvris d'une saie, et sortant secrètement du château, j'allai me placer sur le rivage du lac, dans Fendroit que les soldats m'avaient indiqué.
« Caché parmi les rochers, j'attendis quelque temps sans voir rien paraître. Tout à coup mon oreille est frappée des sons que le vent m'apporte du milieu du lac. J'écoute, et je distingue les accents d'une voix humaine; en même temps, je découvre un esquif suspendu au sommet d'une vague; il redescend, disparaît entre deux flots, puis se montre encore sur la cime d'une lame élevée; il approche du rivage. Une femme le conduisait : elle chantait en luttant contre la tempête et semblait se jouer dans les vents : on eût dit