‹ Lectures morales et religieusesChapitre 1 sur 72 · OuvT. cité , pag · texte numérisé non relu

OuvT. cité , pag

Il LNTRODUCTIOxX.

tout dire, il a paru Lien plus sûr de confier réducation des jeunes âmes à des évêques qu'à des païens.

Nous ne rappellerons pas les discussions qu'a suscitées cette théorie, ni de quelle manière elle s'est trouvée promplement et péremptoirement décréditée. De pareilles controverses passent avec le moment.

Quoi qu'il en soit, au lieu de regretter l'étrange croisade prêchée naguère contre les Grecs et les Romains, nous sommes prêt , au contraire , à nous en féliciter. Car cette entreprise n'a nui , en définitive , ni aux Grecs ni aux Romains, et il se peut qu'elle ait pour dernier résultat de rendre populaire l'étude des Pères, où le xvii* siècle révérait une connaissance réservée , où le x^iii' siècle dédaignait une connaissance cléricale.

Au xvn* siècle , les Pères régnent dans la chaire. Écoutez un Bossuet, un Fénelon, un Bourdaloue; ce sont les Pères qui revivent dans la personne de ces orateurs inimitables, consacrent leur éloquence, inspirent leurs discours , dictent leurs écrits. Les traces des Pères sont les traces lumineuses qu'ils suivent sans dévier, k ce point qu'ils croiraient faiblir, s'ils ne s'appuyaient constamment sur ces maîtres des maîtres. Mais quittez le sanctuaire et ceux qui l'habitent; omettez Port-Royal et ses adeptes, Arnauld, le duc de Luynes, Tillemont; puis interrogez la foule des esprits, pénétrants d'ailleurs, cultivés, curieux de savoir. A part des exceptions assez rares, on ne lit guère les écrits des Pères ; on les laisse comme en une arche sainte, à laquelle un prétendu respect empêche de toucher, respecl d'ignorance, qui se convertit aisément en mépris.

INTRODUCTION. m

« Un Père de l'Église, un docteur de l'Église, s'écrie quelque part La Bruyère, quels noms! quelle tristesse dans leurs écrits! quelle sécheresse, quelle froide dévotion , et peut-être quelle scolastique ! disent ceux qui ne les ont jamais lus : mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui se sont fait une idée des Pères si éloignée de la vérité! s'ils voyaient dans leurs ouvrages plus de tour et de délicatesse , plus de politesse et d'esprit , plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement, des traits plus vifs et des grâces plus naturelles que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps, qui sont lus avec goût, qui donnent du nom et de la vanité à leurs auteurs '. i» Vainement le P. Bouhours, comme s'il eût voulu répondre au reproche de La Bruyère, publiera-t-il les Pensées ingénieuses des Pères de V Eglise^ pour faire suite aux Pensées ingénieuses des anciens et des modernes^ déclarant « qu'il ne sait si l'esprit des Pères ne donne pas autant de poids à la religion chrétienne que le courage des martyrs. » Une aussi frivole apologie des Pères ne sera pas entendue , et ces grands hommes resteront uniquement les définileurs du dogme et les représentants de la théologie. « Quiconque, dit Bossuet , veut devenir un habile théologien et un solide interprète, qu'il lise et relise les Pères. S'il trouve dans les modernes quelquefois plus de minuties , il trouvera très-souvent dans un seul livre des Pères plus de principes , plus de cette première sève du christianisme que

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