TV INTRODUCTION
dans beaucoup de volumes des iuterprèles nouveaux, el la substance qu'il y sucera des anciennes traditions le récompensera très-abondamment de tout le temps qu'il aura donné h cette lecture. Que s'il s'ennuie de trouver des choses qui, pour être moins accommodées à nos coutumes et aux erreurs que nous connaissons, peuvent paraître inutiles , qu'il se souvienne que dans le temps des Pères elles ont eu leur effet et qu'elles produisent encore un fruit infini dans ceux qui les étudient, parce qu'après tout, ces grands hommes sont nourris de ce froment des élus , de cette pure substance de la religion ; et que , pleins de cet esprit primitif qu'ils ont reçu de plus près et avec plus d'abondance de la source même, souvent ce qui leur échappe et qui sort naturellement de leur plénitude, est plus nourrissant que ce qui a été médité depuis'. » Ce langage de Bossuet est le langage même de ceux qui l'entourent. « Les Pères , observe à son tour Fénelon , étaient des esprits très-élevés , de grandes âmes pleines de sentiments héroïques, des gens qui avaient une expérience merveilleuse des esprits et des mœurs des hommes, qui avaient acquis une grande autorité et une grande facilité de parler. On voit même qu'ils étaient très-polis, c'esi-kdire parfaitement instruits de toutes les bienséances, soit pour écrire , soit pour parler en public , soit pour converser familièrement , soit pour remplir toutes les fonctions de la vie civile. Sans doute, tout cela devait les rendre fort éloquents et fort propres à gagner les hommes.
1. Défense de la tradition et des saints Pères, liv. IV, cl). Xvili.
ISTRODUCllON. V
Aussi trouve-t-on dans leurs écrits une politesse , nonseulement de paroles , mais de sentiments et de mœurs, qu'on ne trouve point dans les écrivains des siècles suivants. Cette politesse, qui s'accorde très-bien avec la simplicité, et qui les rendait gracieux et insinuants, faisait de grands effets pour la religion. C'est ce qu'on ne saurait trop étudier en eux. Ainsi, après l'Écriture, voilà les sources pures des bons sermons '. »
Au xviii* siècle, la tradition s'en va de la chaire comme de tout le reste. Qu'a de commun Massillon avec ses prédécesseurs ? Il cite encore les Écritures, mais non plus les Pères , quoiqu'il se pénètre de leurs maximes, et, après lui, évidemment l'abbé Poulie n'aura pas besoin de grands trésors d'érudition ecclésiastique pour prononcer avec agrément un sermon sur la bienséance. On ne saurait donc attendre des simples littérateurs, des gens du monde, une fréquentation dont les prédicateurs euxmêmes sont déshabitués. Aussi nous ne trouvons pas qu'au xviii" siècle aucun écrivain ait mentionné les Pères , si ce n'est Voltaire, qui les injurie; caries doctes travaux de Dom Cellier ne devaient pas servir à ses contemporains ^.
Chose singulière ! C'est un laïque, un poète , qui a restauré parmi nous le goût et l'étude des Pères. A une époque où la France épuisée cherchait où se prendre, et, lasse de superstitions , demandait des croyances , le Génie du