‹ Lectures morales et religieusesChapitre 23 sur 72 · III. DÉSORDRES DU FAGAiNISME · texte numérisé non relu

III. DÉSORDRES DU FAGAiNISME

NECTARIUS A SAINT AUGUSTIN.

Je ne m'arrête point à vous dire quelle est la force de l'amour qu'on ressent naturellement pour sa patrie, ni comment il l'emporte même sur celui que l'on doit à sa famille. Si un homme de bien pouvait jamais assez faire pour sa patrie, et que le temps de la servir eût un terme, je serais dispensé dans l'âge où je suis de m'occuper des intérêts de ma cité. Mais comme cet amour pour le lieu où l'on est né va toujours croissant; plus on est proche de sa fin , plus on souhaite laisser sa patrie heureuse et florissante. C'est ce que vous savez trop bien pour que j'insiste davantage, et je m'estime d'ailleurs heureux d'avoir eu à écrire sur un tel sujet à un homme aussi versé que vous l'êtes dans toutes sortes de connaissances.

Beaucoup de liens m'attachent à la ville de Galame; et je ne l'aime pas seulement parce que j'y suis né, mais parce que j'ai été assez heureux pour lui être utile. Cependant je la vois tombée dans un grand malheur, par la faute que son peuple vient de commettre; et à suivre la rigueur des lois, elle ne saurait éviter une très-sévère punition. Mais il est du devoir d'un évêque de ne faire que du bien aux hommes ; de n'entrer dans leurs aftaires que pour les reniire meilleurs , et d'intercéder auprès de Dieu pour obtenir le pardon de leurs fautes. Je vous conjure donc, avec toute la soumission possible, si la faute des habitants de Calame ne se peut excuser, qu'au moins elle ne soit pas punie avec la dernière rigueur, et que l'innocent ne se trouve pas confondu avec le coupable. Faites pour nous ce qu'un aussi bon cœur que le vôtre comprend aisément être sollicité par nous. Aussi bien le

dommage est aisé à réparer, pourvu qu'on nous remette la peine que nous mériterions. Vivez heureux, mon trèscher frère et très-honoré seigneur, et soyez de plus en plus agréable aux yeux de Dieu.

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