IX. COMMENT LES VIERGES DOIVENT SE CONDUIRE
La discipline qui est la gardienne de l'espérance, l'ancre de la foi, le guide du chemin du salut, qui cultive et augmente les avantages d'un bon naturel, et qui est la maîtresse de la vertu, nous fait immuablement demeurer en Jésus-Christ et vivre en Dieu , et nous conduit ensuite aux récompenses célestes qui nous ont été promises. Il est donc aussi avantageux de la suivre que dangereux de la négliger. C'est ce que le Saint-Esprit déclare dans les Psaumes: «Gardez la discipline, de peur que le Seigneur ne se mette en colère , et que vous ne périssiez en vous égarant du droit chemin , lorsque sa colère s'allumera tout d'un coup contre vous. » Et encore : « Mais Dieu a dit au pécheur : Pourquoi vous mêlez-vous d'expliquer ma loi et de parler de mon alliance, vous qui haïssez la discipline , et qui ne tenez compte de mes paroles ? » Nous lisons encore , que « celui qui rejette la discipline est misérable. » Et Salomon nous donne ce précepte de sagesse : « Mon fils , ne négligez point la discipline du Seigneur, et ne vous découragez point lorsqu'il vous reprend. Car le Seigneur reprend celui qulil aime. " Que si Dieu aime ceux qu'il reprend , et qu'il ne les reprenne que pour les corriger , il n'y a point de doute non plus que les fidèles et surtout les évêques ne haïssent pas , mais aiment ceux qu'ils reprennent pour les rendre meilleurs, puisque Dieu a prédit et marqué par Jérémie le temps où nous sommes , quand il a dit : « Je vous donnerai des pasteurs qui seront selon mon cœur , et ils vous conduiront avec discipline. » Si donc la discipline est recommandée partout dans l'Écriture sainte, et que la crainte et la régularité soient comme le fondement de la religion et de la foi , à quoi devons-nous travailler davantage qu'à nous établir
solidement sur une pierre, afin de n'être point ébranlés par les tempêtes du siècle, et d'arriver à la récompense par l'accomplissement des commandements de Dieu? Car il faut que nous considérions que nos membres sont les temples de Dieu purifiés par les eaux sanctifiantes du baptême de toutes les souillures de l'ancienne corruption, de telle sorte qu'il ne nous est plus permis d'en violer la pureté à moins de vouloir nous perdre. Nous sommes nous-mêmes les prêtres de ces temples ; tâchons, en les conservant inviolables, de rendre le culte qui lui est dû à celui à qui nous avons déjà commencé de nous consacrer. Saint Paul dans ses épîtres où il nous donne d'excellents préceptes pour la conduite de la vie, dit : « Vous n'êtes pas à vous, car vous avez été achetés bien chèrement; glorifiez et portez Dieu dans votre corps. » Glorifions donc et portons Dieu dans un corps chaste et pur avec encore plus de soin que nous n'avons fait jusqu'ici ; et puisque nous sommes rachetés par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ayons pour notre Rédempteur une pleine obéissance comme étant ses esclaves, et prenons garde que rien d'impur et de profane n'entre dans le temple de Dieu, de peur qu'en étant offensé il ne l'abandonne. Voici les paroles de Notre-Seigneur qui guérit et instruit en même temps : « Vous voilà guéri, dit-il au pécheur; prenez garde de ne plus pécher, de peur qu'il ne vous arrive pis. » Après qu'il lui a rendu la santé , il lui donne des préceptes pour bien vivre ; et il ne lui lâche pas la bride pour le laisser aller où il lui plaît, mais, au contraire, il prend sujet de sa guérison pour le menacer sévèrement; parce que les fautes qu'on commet avant de connaître la loi de Dieu sont bien moindres , mais celles qu'on commet ensuite ne méritent point de pardon. Et ce que je dis ici, je le dis pour toutes sortes de personnes : car tous, sans différence d'âge ni de sexe, sont obligés par le respect et la fidélité qui est due à Dieu , de prendre garde de ne pas laisser souiller par leur négligence ce qu'ils ont reçu pur
et saint des mains du Seigneur, puisqu'il est écrit « qu'il n'y aura de sauvé que celui qui persévérera jusqu'à la fin. )>
Maintenant c'est aux vierges que je m'adresse : car nous en devons avoir d'autant plus de soin que la gloire de leur état est plus éclatante. En effet, l'on peut dire qu'elles sont comme les fleurs odoriférantes de l'Église, le chefd'œuvre de la grâce, l'ornement de la nature, un ouvrage parfait et incorruptible, l'image de Dieu où se réfléchit la sainteté de Notre-Seigneur, et la plus illustre partie du troupeau de Jésus-Christ. Ce sont elles qui font la joie de l'Église comme étant une des plus nobles causes de sa fécondité glorieuse ; et la joie de cette sainte Mère augmente toutes les fois qu'elle voit le nombre des vierges s'augmenter. C'est donc à elles que nous parlons ; ce sont elles que nous exhortons, plutôt par affection que par autorité. Car comme la connaissance que nous avons du peu que nous sommes nous empêche de censurer leur conduite , le soin que nous prenons de ce qui les regarde fait que nous appréhendons davantage pour elles les embûches de l'ennemi. Et véritablement cette précaution ne doit pas être estimée inutile, ni cette crainte vaine, puisqu'elle tend à assurer la voie du salut , à sanctionner les commandements de Diou, et à faire que celles qui se sont consacrées à Jésus-Christ, et ont renoncé à la concupiscence de la chair pour se vouer à Dieu de corps et d'esprit, achèvent un ouvrage dont la récompense doit être si grande , et ne songent plus à se parer pour plaire à d'autres qu'à leur Seigneur, de qui elles attendent la couronne de la virginité.
Une sied, en effet, à aucun chrétien, et moins encore à une vierge, de faire état de la beauté du corps : un chrétien ne doit aimer que la parole de Dieu , et n'embrasser que des biens qui demeureront éternellement. Ou s'il se faut glorifier de son corps , il ne s'en faut glorifier que lorsqu'il est dans les tortures pour la confession du nom
de Jésus-Christ. Lorsqu'une femme est plus forte que les hommes qui la tourmentent, lorsqu'elle souffre le feu , ou la croix, ou le fer, ou la rage des bêtes, pour être ensuite couronnée, ce sont là les perles et les diamants qui ornent véritablement le corps.
Mais il y a des vierges qui étant riches s'excusent làdessus , et prétendent qu'elles se doivent servir de leurs biens. Mais qu'elles sachent premièrement que celle-là seule est riche et opulente, qui l'est en Dieu et en Jésus- Christ, et qu'il n'y a. de biens véritables que les biens spirituels qui nous mènent à Dieu et que nous possédons éternellement avec lui. Car pour les autres biens que nous avons reçus en venant au monde, et que nous y laisserons quand nous en sortirons, nous les devons autant mépriser que le monde même , aux pompes et aux délices duquel nous avons renoncé , lorsque nous sommes venus à Dieu dans le baptême. L'apôtre saint Jean nous fait cette exhortation toute céleste : « Prenez garde de ne point aimer le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde , l'amour du père n'est point en lui : car tout ce qui est dans le monde n'est que convoitise de la chair, ou convoitise des yeux, ou ambition; ce qui ne vient point du Père, mais du monde. Or le monde passera et les convoitises passeront avec lui ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement comme Dieu même. » Il ne faut donc aimer que les choses divines et éternelles, et accomplir en tout la volonté de Dieu , afin de suivre les traces de Notre-Seigneur qui a dit pour nous instruire : « Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. » Que si le serviteur n'est pas plus grand que son maître , et si celui qui a été délivré doit honneur et obéissance à son libérateur, nous qui désirons être de véritables chrétiens nous devons imiter Jésus -Christ. Il est écrit et on le lit et on l'entend , et l'Église ne nous le prêche qu'afin que nous le pratiquions : « Celui qui dit qu'il demeure en Jésus-
Christ doit marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché. » Il faut donc que nous marchions d'un pas égal à lui , et que nous nous efforcions de le suivre. Car c'est alors que notre vie répond au nom que nous portons quand nous embrassons la vérité, et que notre foi est récompensée quand elle est accompagnée des œuvres. Vous dites que vous êtes riche; mais saint Paul va au-devant de cette objection, et borne l'usage de vos richesses à vous vêtir honnêtement et modestement, lorsqu'il dit : « Que les femmes s'habillent modestement et honnêtement; qu'elles ne se frisent point , et ne portent point d'or, ni de perles , ni d'habits somptueux ; mais qu'elles se vêtissent comme il est bienséant à des femmes chastes et de bonne vie. » Saint Pierre leur donne des préceptes semblables à ceux-là lorsqu'il dit : « Que les femmes ne se parent point au dehors d'or et d'habits précieux , mais qu'elles ornent leur cœur. » Que si ces apôtres veulent que les femmes mêmes apportent quelque modération en cela selon l'esprit de l'Église ; combien une vierge y doit-elle être plus retenue? Vous dites que vous êtes riche; mais ne savez-vous pas qu'on ne doit pas faire tout ce qu'on peut , ni porter au delà de l'honneur qui est dû à la virginité les désirs immodérés de l'ambition? « Tout m'est permis, » dit saint Paul, «mais tout n'est pas avantageux; tout m'est permis, mais tout n'édifie pas. » Vous dites que vous êtes riche ; mais il ne sied pas bien à une vierge de vanter ses richesses , puisque l'Ecriture sainte fait dire aux damnés : « Que nous a servi notre orgueil et toute cette vaine montre de richesses ? Toutes ces choses ont passé comme une ombre. » L'Apôtre, de même, nous donne cette instruction : « Que ceux qui achètent soient à cet égard comme s'ils ne possédaient point , et que ceux qui usent de ce monde en usent comme s'ils n'en usaient point, car la figure de ce monde passe. « C'est ainsi que saint Pierre à qui Notre-Seigneur recommande le soin de paître et de défendre ses brebis, et sur qui il a
fondé son Église, dit qu'à la vérité il n'a ni or ni argent , mais qu'il est riche de la grâce de Jésus-Christ et de la foi , par lesquelles il faisait plusieurs miracles et possédait une infinité de trésors spirituels. Celle-là ne saurait posséder ces richesses, qui aime mieux être riche des biens du monde que de ceux de Jésus-Christ. Servez-vous de vos richesses, à la bonne heure; mais servez-vous-en pour votre salut , servez-vous-en pour en faire de bonnes œuvres et pour accomplir les commandements de Dieu et de Notre-Seigneur. Que les pauvres et les indigents sentent que vous êtes riche. Donnez à usure à Dieu votre patrimoine, et nourrissez -en Jésus-Christ afin de remporter la gloire de la virginité. Achetez les prières de plusieurs, afin de jouir des récompenses que Notre-Seigneur nous promet. Mettez vos trésors en dépôt où les voleurs ne puissent aller. Acquérez des héritages, mais des héritages célestes , dont les fruits soient à couvert des injures des hommes et des saisons : car vous péchez contre Dieu en cela même que vous ne croyez pas qu'il ne vous a donné des biens que pour vous en servir utilement pour votre salut. Ainsi il a donné la voix aux hommes, et néanmoins il ne s'ensuit pas qu'on la doive employer à chanter des chansons déshonnêtes; il a donné le fer aux hommes, m&is c'est pour cultiver la terre , et non pour commettre des homicides. Il est auteur de l'encens, du vin et du feu, et toutefois l'on ne se doit pas servir de ces choses pour sacrifier aux idoles ; non plus que, parce que nous avons quantité de troupeaux de bêtes , ce n'est pas à dire que nous devions immoler des victimes. Autrement de grands biens sont une grande tentation; à moins qu'on n'en fasse bon usage, et qu'on n'en rachète ses péchés au lieu de les augmenter. La pompe des habits et tout ce qui sert à relever la beauté , tout cela ne se peut accorder avec la vraie pudeur.
Aussi voyons-nous qu'Isaïe, rempli du Saint-Esprit, crie et reprend avec force les filles «le Sion <\f rç qu'elles se v»"--
talent trop richement et s'éloignaient de Dieu en s'abandonnant aux délices du siècle : « Les filles de Sion, dit-il, se sont enorgueillies ; elles ont marché la tête haute, et promené leurs regards de tous côtés ; elles ont marché fièrement avec des robes traînantes jusqu'à terre ; elles ont balle et dansé. C'est pourquoi Dieu humiliera les principales filles de Sion, et le Seigneur découvrira leur honte. Il leur ôtera leurs vêtements superbes, leurs parures, leurs tours de cheveux, leurs boucles, leurs coiffures, leurs aiguilles d'or, leurs bracelets, leurs roses de diamants, leurs bagues, leurs anneaux, leurs pendants d'oreilles , leurs habillements de soie tissus d'or et d'hyacinthe. Au lieu d'être parfumées de leurs poudres de senteur elles seront couchées dans la poussière ; au lieu de leurs ceintures d'or elles auront des ceintures de corde ; et au lieu de leurs superbes coiffures elles n'auront pas un cheveu sur la tête. » Voilà ce que Dieu blâme et condamne ; voilà pourquoi il dit que ces filles sont corrompues et ont abandonné son véritable culte. Celles qui étaient élevées sont tombées par terre ; celles qui étaient si bien parées ont mérité de vivre dans l'ignominie ; celles qui étaient vêtues de pourpre et de soie n'ont pu être revêtues de Jésus-Christ; et enfin celles qui étaient ornées d'or, de perles et de diamants , ont perdu les ornements de l'âme et du cœur. Qui ne détesterait une chose qui a été funeste à un autre ? Qui se voudrait servir de ce qui a donné la mort à ceux qui s'en sont servis ? Si quelqu'un mourait après avoir pris un breuvage, vous ne douteriez point que ce breuvage ne fût un poison ; si un aliment tuait celui qui en mange, vous le jugeriez mortel ; et vous n'auriez garde ni de boire d'un breuvage, ni de manger d'un aliment que vous auriez vu en avoir fait mourir d'autres auparavant ! Combien grande donc est votre ignorance et votre folie de désirer ce qui a toujours été nuisible, et de croire que vous ne périrez pas par les mêmes choses que vous savez en avoir fait périr d'autres ? Dieu n'a point fait
les toisons des brebis d'écarlate ou depourpre, ni enseigné à teindre les laines; il n'apoint enchâssé les diamants dans l'or, ni fait des colliers de perles pour en couvrir votre tête, et cacher ce que Dieu a formé en l'homme , afin de n'y montrer que ce que le diable a inventé. De même. Dieu a-t-il commandé qu'on perçât les oreilles aux jeunes filles, et qu'on leur fit souffrir ce tourment dans un âge plein d'innocence, et où elles sont encore exemptes de la corruption du siècle, afin que de ces blessures pendent des grains précieux, pesants par leur valeur s'ils ne le sont par leur poids ? Toutes choses dont les anges rebelles ont donné l'invention aux hommes, lorsque déchus de la vigueur de leur nature céleste , ils se sont souillés de l'impureté de la matière. Ce sont eux qui leur ont appris à peindre leurs sourcils et leurs cheveux, à mettre du fard à leurs joues, et enfin à ne laisser aucune partie de leur tête qui ne soit déguisée. Et ici je me trouve obligé par la crainte de Dieu que la foi m'inspire, et parla charité dont je suis redevable à mes frères, d'avertir non seulement les vierges ou les veuves , mais aussi les femmes mariées , qu'une créature qui est l'ouvrage de Dieu ne se doit point ainsi déguiser, ni corrompre ce que la nature a fait. Dieu dit : « Faisons l'homme à notre ressemblance ; » et quelqu'un aura la hardiesse de changer et d'altérer ce que Dieu a fait? On se soulève contre Dieu lorsqu'on veut réformer ce que lui-même a formé ; et on ne sait pas que tout ce qui naît est l'ouvrage de Dieu, et que tout ce qui est changé est celui du démon. Si un excellent peintre ayant représenté quelqu'un au naturel et parfaitement exprimé tous les traits de son visage, un autre entreprenait de mettre la main à son tableau et de le corriger, vous jugeriez sans doute qu'il lui ferait une grande injure, et que le premier aurait raison de s'en irriter : et cependant vous croyez pouvoir retoucher à l'image que Dieu a formée sans qu'il vous punisse d'une si étrange témérité? Oui, tous ces ornements et ces parures
ne vont qu'à détruire son ouvrage et à anéantir la vérité et la beauté de la nature. Voici donc l'avertissement que l'Apôtre nous donne : « Otez le vieux levain qui est en vous, afin que vous soyez comme une nouvelle pâte où il n'y ait point de levain : car Jésus-Christ qui est notre agneau pascal a été immolé. Célébrons cette fête non avec du vieux levain, ni avec le levain de la malice et de la méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. » Conserve- t-on la sincérité et la vérité lorsqu'on corrompt par de fausses couleurs ce qui est simple et pur, -et lorsque ce qui est vrai et naturel est déguisé par le fard et par les pommades ? Votre Seigneur dit : « Vous ne sauriez faire un cheveu blanc ou noir; » et vous, vous voulez vous élever au-dessus de la parole de votre Seigneur, et , par une entreprise hardie et un mépris sacrilège, vous peignez vos cheveux et leur donnez, une couleur de flamme, comme un présage de ce qui leur doit arriver un jour. Vous péchez par la tête, c'est-à-dire par la plus noble partie de votre corps ; et au lieu qu'il est écrit de Notre-Seigneur que « sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine ou de la neige, » vous haïssez dans vos cheveux une couleur qui les rend semblables à ceux de 'Notre-Seigneur. Ne craignez-vous point qu'au jour de la résurrection votre Créateur ne vous reconnaisse plus, et qu'il ne vous rejette lorsque vous viendrez pour jouir de ses promesses et de ses récompenses ? Ne craignez-vous point qu'il ne vous dise d'une voix de juge et de censeur : Ce n'est pas là mon ouvrage ; ce n'est pas là mon image. Vous avez souillé votre corps par des drogues étrangères ; vous l'avez altéré par de fausses couleurs ; vous avez déguisé et défiguré votre visage : c'en est un autre que celui que j'ai formé. Vous ne pourrez voir Dieu, puisque vous n'avez plus les yeux que Dieu a faits, mais les yeux que le démon a corrompus. C'est lui que vous avez suivi ; vous avez imité les yeux rouges et peints du serpent. Vous vous êtes parée des livrées de
votre ennemi, vous serez donc brûlée avec votre ennemi. Des servantes de Dieu ne devraient-elles pas penser à ces choses et en redouter les effets ?
Écoutez-moi donc , vierges , comme un bon père qui vous donne des avis salutaires, et qui ne cherche que votre intérêt. Soyez telles que Dieu vous a créées, vous a faites; soyez telles que sa main vous a formées. N'altérez point les traits et les linéaments de voire visage. Ne percez point vos oreilles. Ne portez point de colliers, ni de bracelets, ni de chaînes d'or. Ne teignez point vos cheveux; et faites que vos yeux soient dignes de voir Dieu. Puisque vous êtes vierges et ne servez que Dieu seul, méprisez les vains ornements des habits; surmontez les attraits de l'or, vous qui surmontez la chair et le monde : car ne serait-ce pas une honte qu'étant victorieuses des ennemis les plus forts, vous fussiez vaincues par les plus faibles ? « La voie qui mène à la vie est étroite, » et le chemin qui conduit à la gloire est rude et difficile. C'est par ce chemin que marchent les martyrs , les vierges et tous les justes. Évitez les chemins larges et spacieux, ils sont pleins d'appas et de voluptés mortelles. Le démon y flatte pour tromper, y caresse pour perdre, y embrasse pour étouffer. Les martyrs recueillent cent et vous soixante pour un. Comme donc les martyrs ne pensent plus à la chair ni au siècle, et ne combattent pas faiblement et mollement, parce qu'ils combattent de puissants ennemis ; que votre courage approche du leur, puisque votre récompense n'en est pas éloignée. On ne peut monter bien haut sans peine, et l'on n'atteint pas la cime des montagnes sans beaucoup de travail et de sueur; que sera-ce donc pour monter au ciel? Et néanmoins si vous considérez la récompense, le travail est infiniment au-dessous. Car Notre-Seigneur promet l'immortalité, la vie éternelle, et le royaume à ceux qui persévèrent. Demeurez donc fermes dans votre état, puisque c'est un état qui persistera toujours. Vous avez déjà commencé d'être ce que nous
serons un jour. Vous possédez dès ce monde la gloire de la résurrection, et vous passez par le siècle sans vous souiller de la corruption du siècle. Lorsque vous demeurez chastes et vierges, vous êtes égales aux anges de Dieu; tâchez seulement de conserver entière votre virginité, et d'achever avec constance ce que vous avez commencé avec courage. Ne recherchez point les ornements des habits, mais des mœurs. Contemplez Dieu et le ciel ; et après avoir porté vos yeux si haut, ne les abaissez pas pour regarder la terre. Tous ceux qui reçoivent la grâce du baptême s'y dépouillent du vieil homme, et renouvelés par le Saint-Esprit y prennent une seconde naissance plus pure que la première. Mais l'on peut dire que vous y renaissez plus véritablement et plus saintement que les autres, puisque tous les désirs de la chair sont morts en vous, et qu'il n'y est demeuré que ceux de l'esprit et de la vertu pour vous élever à la gloire. Le saint apôtre que Notre-Seigneur a nommé un vase d'élection et qu'il a envoyé publier sa parole , dit : « Le premier homme a été tiré de la terre, et le second est descendu du ciel. Ceux qui sont terrestres ressemblent à l'homme terrestre, et ceux qui sont célestes sont semblables aussi à l'homme céleste. Comme donc nous avons porté l'image de celui qui a été tiré de la terre , portons aussi l'image de celui qui a son origine dans le ciel. » La virginité porte cette image, la chasteté la porte, la sainteté et la vérité la portent, et enfin ceux-là la portent qui se souviennent des commandements de Dieu, et qui ont sa crainte devant les yeux, qui sont justes, religieux, fermes en la foi, humbles, doux, patients, charitables, et qui conservent l'union et la paix avec leurs frères. Toutes choses que vous devez aimer et accomplir, vierges saintes, qui ne vous occupant que de Dieu et de Jésus-Christ marchez devant les autres comme la plus grande et la meilleure partie du troupeau, et les menez au Seigneur à qui vous vous êtes consacrées. Vous donc, comme les plus
âgées, servez de maîtresses aux plus jeunes, et vous qui êtes plus jeunes, assistez vos anciennes, et donnez exemple à vos pareilles. Animez-vous les unes les autres par des exhortations mutuelles, et qu'il y ait entre vous une émulation de vertu et de bonnes œuvres pour arriver à la gloire. Prenez courage, persévérez jusqu'à la fin, et fournissez heureusement votre carrière. Tout ce que je vous demande, c'est que vous vous souveniez de nous lorsque vous aurez reçu la récompense de la virginité.
(Saint Cyprien. Traité 1.)