XIV. LES RICHES ET LES AVARES
L'histoire de Naboth est ancienne , et chaque jour la voit se renouveler. Quel est le riche, en effet, qui chaque jour ne désire pas le bien d' autrui? Parmi les plus opulents, quel est celui qui ne s'efforce pas d'expulser le pauvre de son champ et de chasser le malheureux de l'héritage de ses pères? Qui se contente de ce qu'il possède? Quel est le riche enfin dont les convoitises ne s'allument pas à la vue de la propriété voisine ? Il n'est donc pas né qu'un Achab, mais, ce qui est pis, chaque jour Achab naît, et jamais il ne meurt à ce siècle. Si un périt, il s'en élève un grand nombre; il y a toujours plus d'hommes pour enlever que pour perdre. Il n'y a pas qu'un seul pauvre Naboth qui ait été tué; chaque jour Naboth est foulé aux pieds , chaque jour le pauvre est frappé de mort. Terrifié par ces exemples , le genre humain quitte la terre ; le pauvre émigré avec ses petits, chargé de tout ce qui lui est cher ; sa femme suit en pleurant, comme si elle accompagnait son mari au tombeau. Moins affligée cependant est celle qui déplore les funérailles des siens; car, si elle a perdu la protection de son mari , elle a du moins son tombeau ; si elle n'a plus ses fds , du moins elle ne gémit pas sur leur exil , elle ne gémit pas sur la faim qui tourmente sa jeune famille, faim plus cruelle que la mort.
Jusqu'où étendez-vous, ô riches, vos désirs insensés? Prétendez-vous habiter seuls sur la terre ? Pourquoi rejetez-vous celui c[ue la nature a rendu votre égal, et réclamez-vous pour vous seuls la possession de toutes choses? La, terre a été établie en commun pour les riches et pour les pauvres. Pourquoi vous attribuez-vous seuls , ô riches, un droit exclusif? La nature ne connaît pas de
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riches, elle nous engendre tous pauvres : car nous ne naissons pas avec des vêtements , et nous ne sommes pas engendrés avec de l'or et de l'argent. La nature nous met au jour, nus, ayant besoin d'aliments, de boisson , n'ayant pas de quoi nous couvrir, et elle reçoit nus ceux qu'elle a procréés ; elle ne sait pas mesurer sur les limites de vastes domaines les limites d'un tombeau. Le coin d'un champ suffit également au pauvre et au riche , et la terrequi, durant sa vie, ne pouvait satisfaire les désirs du riche, comprend bientôt le riche tout entier. La nature ne sait donc pas discerner quand nous naissons , ni davantage quand nous mourons ; elle nous crée tous semblables ; tous semblables nous trouvons dans son sein, notre dernier asile. Qui distinguerait les morts? Ouvrez la terre et , si vous le pouvez , indiquez-moi le riche ; peu après, remuez ce gazon, et, si vous reconnaissez le pauvre, reprochez-lui sa pauvreté. Quelle différence y a-t-il donc entre le pauvre et le riche , si ce n'est peut-être qu'avec celui-ci plus de choses périssent. Les étoffes de soie , les tissus brodés d'or, dont on enveloppe le corps du riche, sont une perte pour les vivants, non un secours pour les défunts. On te couvre de parfums , ô riche, et tu n'exhales que puanteur; ces ornements que tu dérobes à autrui , ne font rien pour ta laideur.
Et cependant tu laisses des héritiers , qui entrent en procès ; tu laisses à des héritiers plutôt un dépôt héréditaire, qu'un commodat volontaire, et les voilà qui craignent de diminuer ce qui leur a été laissé, qui craignent même d'y toucher. Si ces héritiers sont gens de bien , ils gardent le dépôt; s'ils sont prodigues, ils le dissipent. Ainsi , ou tu condamnes des héritiers honnêtes à une perpétuelle inquiétude , ou tu mets des héritiers malhonnêtes à même de condamner tes actions.
Mais pourquoi penses-tu, durant ta vie, abonder de toutes choses? 0 riche, tu ne sais pas combien tu es pauvre, et combien tu souffres de manque, toi qui te pro-
clames riche ! Plus tu as et plus tu désires ; et quelques richesses que tu amasses , cependant tu te trouves encore dans l'indigence. Le lucre enflamme l'avarice au lieu de l'éteindre. La cupidité a, pour ainsi dire, ses degrés; plus elle en a franchi, plus elle se hâte vers le sommet, d'où sa chute ne sera que plus grave. Cet homme était plus supportable lorsqu'il possédait moins; en considérant sa fortune, il se contentait de la médiocrité; son patrimoine, en s'accroissant, a tout à la fois accru la vivacité de ses désirs. Il ne veut pas dégénérer dans ses vœux, être pauvre dans ses désirs. Il y a donc en même temps chez lui deux choses intolérables : l'ambitieux espoir du riche, qui s'accroît, et l'habitude de mendier qui persiste.
Donne-moi , dit-il , ta vigne , et elle me servira de jardin potager. Voilà donc où tend toute cette folie, où aboutit cette fureur. Il s'agit d'avoir de l'espace pour de misérables légumes. Ce n'est donc pas l'utilité que vous recherchez dans la possession, c'est l'exclusion d'autrui que vous voulez. Vous avez plus soin de dépouiller le pauvre, que de vous enrichir vous-mêmes. Vous regardez comme injurieux pour vous que le pauvre ait quelque chose que l'on juge digne de la possession du riche. Vous considérez comme perdu pour vous tout ce qui n'est pas à vous. Quel plaisir trouvez -vous dans les nécessités que la nature oblige à satisfaire? C'est pour tous qu'a été créé ce monde , que vous, riches , qui êtes en petit nombre, vous vous efforcez de revendiquer pour vous. En effet , ce n'est pas uniquement la possession de la terre , mais le ciel même, l'air, la mer, que le petit nombre des riches voudrait tourner à son seul usage. Or cet air que tu renfermes dans tes possessions immenses , combien de populations ne peut-il pas nourrir? Est-ce que les anges se sont divisé les espaces du ciel, pour que tu fasses de la terre un partage et que tu y traces des limites ?
Le Prophète s'écrie : « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison et métairie à métairie! » Et il leur reproche leur impuissante avarice. Car ils voudraient ne point habiter avec des hommes , et c'est pourquoi ils excluent leurs voisins ; mais ils ne peuvent éviter ce voisinage , parce que , lorsqu'ils ont exclu des premiers voisins , ils en trouvent d'autres ; et lorsqu'ils les ont chassés, ils trouvent nécessairement encore d'autres voisins. Ils ne peuvent, en effet, habiter seuls sur la terre. Les oiseaux s'associent aux oiseaux, et c'est presque toujours par le vol d'une troupe considérable que le ciel est voilé comme par un nuage; les brebis se joignent aux brebis , les poissons aux poissons ; les animaux ne regardent pas comme un dommage, mais comme un agréable commerce, cette communauté où ils vivent le plus souvent, et dans ces relations fréquentes ils trouvent une consolation en même temps qu'un secours. Toi seul, ô homme, tu repousses tout compagnon ; tu estimes les bêtes , tu leur construis des demeures , et tu détruis les demeures des hommes. Tu introduis la mer dans tes domaines, afin de te procurer les monstres qui la peuplent ; tu recules les limites de la terre pour ne pas avoir de voisin.
Riches, vous enlevez tout aux pauvres; vous leur arrachez tout, vous ne leur laissez rien, et cependant c'est plutôt vous , riches , qui endurez les tourments de la pauvreté! Les pauvres sont affamés, lorsqu'ils n'ont rien; vous , lorsque vous regorgez de biens. C'est donc à vousmêmes que vous infligez le châtiment que vous voudriez faire supporter aux pauvres. Ainsi les désirs qui vous travaillent vous . apportent toutes les misères de la plus complète pauvreté. Les pauvres, du moins, n'ont rien dont ils puissent faire usage ; mais vous , ni vous ne vous servez de vos richesses , ni vous ne laissez autrui s'en servir. Vouï arrachez l'or aux entrailles de la terre , mais c'est pour le cacher de nouveau, et que de vies vous enfouissez dans cet or !
i 3:2 PREMIÈRE PARTIE :
Et pour qui réservez-vous ces biens? N'avez-vous pas lu ce qui est écrit du riche avare : «Il entasse des trésors et il ignore pour qui il les amasse. » Un héritier oisif attend votre mort, un héritier importun se plaint de ce que vous mourez trop tard. Pour lui , c'est un supplice que d'accroître son héritage; il se hâte de le dissiper. Or qu'y a-t-il de plus misérable que de ne pas même inspirer de reconnaissance à celui pour qui vous avez travaillé? C'est pour lui que, pendant des journées entières, vous avez enduré les douleurs de la faim, ne pouvant consentir aux dépenses quotidiennes de votre table ; c'est pour lui que vous vous préparez avec raffinement ces abstinences de chaque jour.
J'ai connu un riche qui, lorsqu'il partait pour la campagne, avait coutume de compter les petits pains qu'on lui apportait de la ville , afin de savoir par leur nombre le nombre de jours qu'il devait passer aux champs, 11 ne voulait pas ouvrir son grenier, qu'il avait fermé , de peur d'en diminuer les amas. Chaque jour on prenait dans les provisions un seul pain , qui pouvait à peine rassasier cet avare. J'ai appris même d'une personne digne de foi , que si parfois on lui servait un œuf, il se plaignait de ce que l'on tuait ainsi un poulet. Je cite cet exemple , afin que vous sachiez que la justice de Dieu exerce des représailles , vengeant ainsi par vos jeûnes les larmes des pauvres.
Quel acte religieux ce serait que le jeûne , si vous retranchiez pour les pauvres le luxe de vos repas ! Ce riche était à coup sûr moins blâmable, de la table duquel tombaient les restes que recueillait le pauvre Lazare, afin de se rassasier. Et cependant la table môme de ce riche était servie de la substance des pauvres, et les vins qu'on versait dans sa coupe, qu'étaient-ils autre chose que le sang du grand nombre de ceux qu'il avait poussés au-suicide?
Combien d'hommes périssent, ô riches, en pourvoyant à vos plaisirs ? Funeste est votre faim , funeste votre
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luxure. Celui-là est précipité du faîte d'un toit, en préparant pour vos blés de vastes magasins ; celui-ci tombe du haut d'un arbre, tandis qu'il examine les diverses espèces de raisins qu'il devra cueillir pour faire couler à longs flots un vin digne de vos convives; un troisième est englouti dans la mer pendant qu'il craint que le poisson ou les huîtres ne manquent à votre table; cet autre est glacé de froid tandis qu'il poursuit des lièvres et s'applique à prendre des oiseaux avec des lacets; un autre enfin, s'il est venu à vous déplaire, est sous vos yeux battu jusqu'à la mort, et les mets de votre festin se trouvent inondés de son sang qui jaillit. Enfin il était riche celui qui ordonna qu'on apportât sur sa table la tête du prophète pauvre, et qui, pour payer une danseuse, ne trouva pas d'autre moyen que d'ordonner la mort d'un pauvre.
Il est d'autres riches à qui c'est leur femme qui impose le luxe et la dépense : il faut qu'elle boive dans des pierres précieuses, qu'elle dorme sur la pourpre, qu'elle repose sur un ht d'argent , qu'elle charge ses mains d'or et son cou de colliers. Des chaînes même plaisent aux femmes, pourvu que ces chaînes soient d'or. Elles ne les regardent pas comme pesantes, si elles sont précieuses; elles ne les considèrent pas comme des liens, si elles voient l'or y briller. Les blessures même leur plaisent, pourvu que l'or vienne s'incruster dans leurs oreilles, et que les perles soient suspendues à l'or. Et cependant les perles ont leur pesanteur et les vêtements leurs glaces. On sue sous les perles, on a froid sous des tissus de soie ; mais la rareté fait tout, et ce qui répugne à la nature, l'avarice le recommande. Les émeraudes et les hyacinthes, le béryl, l'agate, la topaze, l'améthyste, le jaspe, la sardoine, les femmes recherchent ces pierres précieuses avec fureur. Quand il faudrait pour les acquérir donner la moitié d'un patrimoine, elles consentiraient à ce sacrifice pourvu qu'elles pussent satisfaire leur désir. Je ne nie pas qu'il
n'y ait dans ces pierreries un brillant agréable, mais ce ne sont que des pierres ; et, à voir comme il est nécessaire de les travailler et de les polir pour leur ôter leur aspérité naturelle, elles nous avertissent que ce sont les rugosités de l'âme, et non des pierres, qu'il faut s'efforcer de détruire.
Considérez le nom même de riche. Les païens appellent Ditem le dieu qui préside aux enfers ; ils appellent Ditem ou Divitem l'arbitre de la mort, c'est-à-dire le Riche, parce que le riche ne sait qu'apporter la mort, lui qui règne sur les morts, lui dant les enfers sont la demeure. Qu'est-ce, en effet, que le riche, si ce n'est un gouffre de richesses qu'on ne peut combler, si ce n'est une faim et une soif d'or qu'on ne peut satisfaire? Plus il engloutit , plus il désire avec ardeur. De là les avertissements du prophète : « Celui qui aime l'argent ne se rassasiera pas d'argent. » Et plus loin : « C'est là la pire des langueurs. Comme il a été, ainsi il s'en est allé, et son abondance s'est dissipée dans le vide. Et tous ses jours s'écoulent dans les ténèbres, les accès de colère, la langueur et la fureur, » de telle sorte que la condition des esclaves est préférable : car les esclaves servent les hommes, et le riche sert le péché. C'est pourquoi l'Apôtre a dit : « Celui qui commet le péché est esclave du péché. » Il est toujours dans les liens, il est toujours dans les chaînes; jamais il n'est libre d'entraves, parce qu'il est toujours dans les crimes. Quel misérable esclavage que d'être esclave du péché !
Le riche ne sait pas même ce que c'est qu'obéir à la nature; il ne connaît ni le repos que procure le sommeil, ni la saveur qui se goûte dans les mets ; il n'est exempt d'aucune servitude. Gar« le sommeil de l'esclave est doux, qu'il dorme peu ou beaucoup. Mais , pour celui qui est rassasié de richesses, il s'y a pas de sommeil paisible. » La cupidité l'excite; la pensée de la rapine l'agite et l'éveille; l'envie le torture ; les retards l'irritent; la stérilité
ou le manque de récoltes le trouble; leur abondance l'inquiète. De là l'histoire de ce riche à qui les champs ont rendu des fruits abondants : « il se demande à lui-même, que ferai-je, puisque je n'ai pas où serrer mes récoltes? » Et il dit : « Voici ce que je ferai; j'abattrai mes greniers et j'en construirai de plus grands; je réunirai là tous les produits de mes domaines, et je dirai : 0 mon âme, mon âme, tu as beaucoup de biens accumulés pour beaucoup d'années; repose- toi , mange, bois , sois en festin. » Et Dieu répondit : « Insensé , cette nuit même on te redemandera ton âme; toutes ces choses que tu as préparées, à qui appartiendront-elles? » Dieu lui-même ne permet pas au riche de dormir. Il l'interpelle au milieu de ses pensées ; il l'éveille au milieu de son sommeil.
Mais le riche lui-même ne se laisse aucun repos; car il s'inquiète de l'abondance de ses richesses, et parmi des biens sans nombre, poussant le cri désespéré du pauvre : Que ferai-je ? dit-il. N'est-ce pas là le cri du pauvre qui n'a pas de quoi soutenir sa vie? Manquant de tout, il porte çà et là ses regards, il cherche péniblement un abri, il ne trouve rien pour se nourrir; il considère qu'il n'y a rien de plus misérable que d'être épuisé de faim et que de mourir faute de nourriture ; il cherche un trépas plus prompt , et il s'enquiert d'un supplice moins affreux par où terminer ses jours; il saisit un glaive, il se suspend à un lacet, il allume du feu, il éprouve les poisons ; et, entre tous ces moyens de destruction , incertain de celui qu'il doit choisir, il dit : Que ferai-je? Ensuite rappelé par la douceur de cette vie , il désire changer sa résolution , pourvu qu'il trouve de quoi vivre. Mais il n'aperçoit partout que nudité, que vide, et il répète : " Que ferai-je? Où me procurer des aliments? Où me procurer des vêtements ? Je veux vivre , pourvu que j'aie seulement de quoi soutenir cette misérable vie ; mais de quels aliments me nourrir? Où sont mes ressources?»
« Que ferai-je, dit-il, puisque je n'ai pas? » Le riche
crie qu'il n'a pas; c'est le langage de la pauvreté. Il se plaint de la disette, celui qui est dans l'abondance. « Je n'ai pas, dit-il, où serrer mes récoltes! » Vous croiriez qu'il dit : je n'ai pas de quoi vivre. Heureux celui que l'abondance met en péril ! Mais non ; celui-là est plus misérable avec ses richesses que le pauvre, pour qui le danger vient de son indigence. Le pauvre a de quoi excuser son infortune , il souffre , mais il n'est pas en faute ; le riche ne peut accuser personne que soi-même.
Et il dit : « Voici ce que je ferai, je détruirai mes greniers. » Vous croiriez qu'il veut dire : j'ouvrirai mes greniers; qu'ils entrent ceux qui ne peuvent supporter la faim ; que les pauvres viennent , que les nécessiteux entrent, qu'ils remplissent leur sein; je détruirai les murs qui excluent ceux qui sont affamés. Pourquoi cacher des biens que Dieu m'a donnés en abondance afin que j'en fasse des largesses? Pourquoi fermer sous les verrous des portes, des blés dont Dieu a rempli l'espace des champs, qui naissent sans gardien et qui abondent ?
L'espoir de l'avare est déçu. De nouvelles moissons rompent les greniers vieillis. « J'ai eu , dit-il , m.oins de blé, et c'est en vain que je l'ai conservé. Mes domaines en ont produit davantage, et pour qui vais-je l'amasser? Tandis que je travaille à augmenter mes richesses, je perds l'occasion de les employer à des bienfaits. A combien de pauvres , avec la récolte de l'année précédente, aurais-je pu conserver la vie? Il me serait plus doux d'amasser des trésors qui ne consistent pas en argent, mais en reconnaissance. J'imiterai saint Joseph prêchant l'humanité; je crierai à haute voix : Venez, pauvres, mangez mon pain, ouvrez les plis de vos vêtements, emplissez-les de blé. » La fécondité des domaines du riche, c'est pour l'univers entier l'abondance , ce doit être pour tous la fertilité. Mais ce n'est pas là le langage que tu tiens, ô riche! Au contraire , tu dis : « Je détruirai mes
greniers. » C'est avec raison que tu détruis ces bâtiments d'où aucun pauvre ne revient chargé. Tes greniers sont des réceptacles d'iniquité, non des secours pour la piété. C'est avec raison qu'il détruit, celui qui ne sait pas édifier sagement. Le riche détruit ses biens , qui ignore les biens éternels ; il détruit ses greniers , celui qui ne sait pas distribuer son blé, mais l'enfermer.
« Et je bâtirai, dit-il, des greniers plus grands. « Malheureux , donne du moins aux pauvres ce que va te coûter cette construction. Du même coup , tu te frustres toimême de la reconnaissance que ferait naître ta libéralité, et tu t'imposes les dépenses ruineuses d'un nouveau bâtiment.
Et il ajoute : « Là, je réunirai tous les produits de mes domaines, et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens. « L'abondance des fruits de la terre est pour l'avare une mort; alors les denrées sont à vil prix, et c'est à quoi il songe uniquement. Ainsi la fécondité est un bonheur pour tous ; la stérilité est avantageuse au seul avare.
Il se réjouit plus de l'énormité des prix que de l'abondance des récoltes ; et il préfère avoir ce qu'il vendra seul que ce qu'il vendra avec tous. Voyez-le en crainte que les provisions de blé ne soient trop abondantes, que le superflu des greniers n'arrive aux paXivres, et qu'il n'y ait pour les indigents une occasion d'acquérir quelque bien. Le riche réclame pour lui seul les produits de la terre , non qu'il veuille en user lui-même, m.ais afin de les refuser à autrui.
« Mon âme , dit-il , tu as beaucoup de biens. » Pour l'avare, il n'appelle biens que ce qui rapporte un certain profit. Mais je lui accorde qu'on appelle biens ce qui représente de l'argent. Pourquoi changer des biens en maux, lorsqu'on devrait changer les maux en biens ? En effet, il est écrit : « Vous vous faites des amis avec le gain de l'iniquité. » Pour celui donc qui sait s'en servir, ce
sont des biens ; pour celui qui ne sait pas s'en servir, ce sont vraiment des maux. « Il les a distribués, il les a donnés aux pauvres , sa justice dure éternellement. » Qu'y-a-t-il de meilleur que cela? Ce sont des biens, si vous en faites largesse aux pauvres, en constituant de la sorte Dieu votre débiteur et plaçant en quelque façon vos bonnes œuvres à intérêt. Ce sont des biens, si vous ouvrez les greniers de votre justice, afm d'être le pain des pauvres, « la vie des indigents , l'œil des aveugles, le père des orphelins. »
Agis ainsi, ô riche, tu le peux : Que crains-tu? Je te prends par tes propres paroles. Tu as beaucoup de biens amassés pour un grand nombre d'années : tu peux procurer l'abondance et à toi-même et aux autres. Tu es dépositaire de la richesse publique : pourquoi détruire tes greniers ? Je vais t'indiquer un lieu oii tes blés seront plus en sûreté, et mieux à l'abri, de manière que les voleurs ne puissent pas te les enlever. Enferme-les dans le cœur des pauvres , où aucun charançon ne les consumera , où aucune moisissure ne viendra les corrompre. Tu as où les déposer : c'est le sein des pauvres ; tu as où les déposer : ce sont les maisons des veuves ; tu as où les déposer : ce sont les bouches des enfants, afin qu'il te soit dit : «« Tu as tiré une admirable louange de la bouche des enfants , et de ceux qui sont encore à la mamelle. » Ce sont là les dépôts qui durent éternellement ; ce sont là les greniers que la fécondité de l'avenir ne détruira pas. Car que feras-tu encore , si l'année suivante la récolte est plus abondante? Tu détruiras donc de nouveau ces greniers que tu te prépares maintenant à bâtir, tu en construiras de plus grands. Dieu, en effet, t'envoie l'abondance, afin qu'elle triomphe de ton avarice ou qu'elle la condamne , de telle sorte que lu ne puisses avoir d'excuse ; mais toi , ce que Dieu a voulu naître par toi pour beaucoup de tes semblables , lu le réserves pour toi seul ; bien plus , tu te l'ôtes à toi-même , car lu le conserverais bien mieux pour
toi-même si tu le distribuais aux autres. En effet, les fruits des bienfaits retournent à ceux de qui ils proviennent, et la reconnaissance d'une libéralité revient à son auteur. Enfin il est écrit : « Semez pour vous selon la justice. » Sois donc homme de sens, ô laboureur; sème ce qui doit te servir. La bonne semence est celle qu'on dépose dans le cœur des veuves. Si la terre te rend des fruits plus abondants que ceux qu'elle a reçus, avec combien plus d'abondance Dieu qui doit récompenser ta miséricorde te rendra-t-il ce que tu auras donné !
Ensuite , homme , ignores-tu que le jour de la mort prévient l'enfantement de la terre , mais que la miséricorde met à l'abri des ravages de la mort? Voici déjà qu'on te redemande ton âme, et tu diffères encore de profiter du fruit de tes travaux ? Tu te mesures encore un long temps à vivre ? « Insensé, cette nuit même on te redemandera ton âme. « Il est bien de dire : cette nuit, car c'esï la nuit qu'on redemande son âme à l'avare; il commence par les ténèbres et il persévère dans les ténèbres. Pour l'avare il est toujours nuit ; le jour luit pour le juste, à qui il est dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis. L'insensé change comme la lune; mais les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de mon père. » C'est à bon droit qu'on accuse de sottise celui qui place son espoir dans le manger et dans le boire. Et c'est pourquoi le temps de la mort le presse , selon ce qui est dit par ceux qui sont esclaves de leur ventre : « Mangeons et buvons; car nous mourrons demain. » C'est à bon droit qu'on l'appelle insensé, puisqu'il ne procure à son âme rien que de matériel ; puisqu'il cache des biens qu'il ne sait pour qui réserver.
Et c'est pourquoi il lui est dit : « Les biens que tu as amassés à qui appartiendront-ils? » A quoi sert ce que chaque jour tu mesures, tu comptes, tu cachetés? A quoi sert l'or que tu mets dans des balances, et l'argent que tu
pèses ? Combien ne vaut-il pas mieux être un dispensateur libéral, qu'un inquiet gardien î Combien ce te serait une plus grande source de mérite , d'être appelé le père d'un grand nombre de pupilles , que d'avoir enfermées dans un sac d'innombrables pièces de monnaie ! En effet l'argent se laisse là; mais le mérite de nos bonnes œuvres nous accompagne devant le juge suprême.
Tu diras peut-être, ô riche, ce que nous avons coutume de dire : nous ne devons point donner à celui que Dieu a tellement maudit, qu'il a voulu en faire un indigent. Mais ce ne sont pas les pauvres qui sont maudits, puisqu'il est écrit : « Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. » Ce n'est pas du pauvre, mais du riche, que l'Écriture dit : « Celui qui reçoit le prix de son blé sera maudit. » Enfin ne t'inquiète pas des mérites de chacun. La miséricorde n'a pas coutume de discuter les mérites , mais de subvenir aux né-* cessités ; d'aider le pauvre, non de peser la justice. Il est écrit, en effet : « Bienheureux celui qui comprend l'indigent et le pauvre! « Quel est celui qui le comprend? Celui qui compatit à ses maux , qui remarque qu'il a reçu la même nature en partage, qui reconnaît que Dieu a fait le pauvre et le riche , qui sait qu'il sanctifie ses biens , s'il en prélève une partie pour les pauvres. Puis donc que tu as de quoi répandre des bienfaits , ne diffère pas en disant : je donnerai demain ; de peur de perdre l'occasion d'être généreux. Il est périlleux de différer quand il s'agit du salut d'autrui.
Il peut se faire que, tandis que tu diffères, ce pauvre meure. Préviens cette mort, de crainte que demain l'avarice ne te retienne, et que tes promesses ne soient en défaut. Mais , que dis-je? ne diffère pas d'être libéral. Ah! plutôt, ne te hâte pas vers la rapine! Ah! plutôt, n'arrache point par la violence ce que tu auras désiré! Ah! plutôt, ne convoite pas le bien d'autrui!
Mais les riches sont attristés s'ils n'enlèvent pas le bien
d'aiitrui; ils renoncent à toute nourriture, ils jeûnent, non pour diminuer leurs péchés , mais pour se préparer au crime. Voyez-les maintenant venir en foule à l'église, exacts , humbles, assidus , afin d'obtenir la réussite d'un crime. Toi, riche, tu viens à l'église, non pas pour faire quelque largesse au pauvre, mais afin de dérober; tu jeûnes , non pour que le prix de ton repas serve aux indigents, mais afin de t'enrichir des dépouilles des indigents. Que prétends-tu avec ton livre, ton papier, ta signature , ta convention , ton lien de droit? N'as-tu pas entendu ces paroles: «Délie tout pacte d'injustice, annule les obligations par où s'opèrent les mutations violentes, remets aux misérables leurs dettes et romps tout contrat inique. » Tu m'apportes tes registres , et moi je te lis la loi de Dieu; tu m'opposes du papier noirci d'encre, et moi je te répète les oracles des prophètes écrits sous l'inspiration de Dieu; tu arranges de faux témoignages, moi j'en appelle au témoignage de ta conscience, juge toujours présent que tu ne pourras ni fuir, ni décliner, témoin infaillible que tu ne pourras récuser le jour où Dieu révélera les secrets des hommes. Tu dis : « Je détruirai mes greniers; « et Dieu dit : « Laisse plutôt les indigents se partager ce que renferme le grenier; laisse ces provisions servir aux pauvres, » Tu dis : « Je construirai des greniers plus vastes, et là je réunirai tous les produits de mes domaines ; » le Seigneur dit : « Partage ton pain avec celui qui a faim. » Tu dis : « J'ôterai aux pauvres leur demeure; « le Seigneur dit, au contraire : « Introduis dans ta maison les pauvres qui n'ont pas d'abri. » Comment veux-tu , ô riche ! que Dieu t'exauce , lorsque tu ne penses pas qu'il faille écouter Dieu? Si le riche trouve enfin un obstacle à ses caprices , le drame de ce monde est accompli , et l'on voit comment Dieu se venge, si les demandes du riche sont repoussées.
Fuis, ô riche! fuis la fin d'Achab et de Jézabel. Mais tu n'éviteras leur fin que si tu évites aussi leur honte. Ne
veuille pas être Achab, pour convoiter la terre de ton voisin; ne laisse point habiter avec toi Jézabel, c'est-àdire la farouche avarice , qui te persuade -des projets sanguinaires; qui ne réprime pas tes passions, mais les excite; qui te rende plus triste encore, lorsque tu seras entré en possession de l'objet de tes désirs; qui te rende nu lorsque tu te seras enrichi. Quiconque, en effet, est dans l'abondance, se réputé plus pauvre par cela même : car il croit qu'il lui manque tout ce qui est possédé par autrui. Il a besoin du monde entier, celui dont le monde ne comprend pas les désirs; pour celui, au contraire, qui est fidèle à Dieu, tout l'univers est rempli de richesses.
Oui, vous êtes dans l'esclavage, ô riches! et dans le pire des esclavages , vous qui êtes esclaves de l'erreur, esclaves de la convoitise, esclaves d'une avarice qui ne peut être assouvie. Car c'est un gouffre qu'on ne peut combler, et qui n'est jamais plus agité que lorsqu'il engloutit ce qu'on y jette. Voulez-vous être utiles à vousmêmes , soyez bienfaisants envers les pauvres ; c'est accroître vos biens , que de les diminuer par l'aumône; avec ces aliments que vous offrez aux indigents, c'est vousmêmes que vous nourrissez ; parce que celui qui prend l'indigent en pitié, est repu par cela même, et trouve un profit dans sa pitié. La miséricorde se sème sur la terre; elle germe dans le ciel; elle se plante dans le cœur du pauvre; elle fructifie en Dieu. Ne dites pas, c'est le Seigneur qui vous en avertit: « Je donnerai demain. » Celui qui ne souffre pas que vous disiez : « Je donnerai demain, » comment souffrira-t-il que vous disiez: «Je ne donnerai pas? » Ce n'est pas avec vos biens que vous êtes généreux envers le pauvre; vous lui rendez une partie de ce qui lui appartient. En effet, ce qui a été donné en commun et pour l'usage de tous, vous l'usurpez pour vous seuls. La terre est à tous , et non pas aux riches. Mais ceux qui n'usent pas de leur droit sont moins nombreux que ceux qui en usent. Vous ne faites donc qu'acquitter
une dette, et non pas rendre un service gratuit. El c'est pourquoi l'Écriture vous dit : « Dérobe au pauvre ton âme, rends-lui ce que tu lui dois, réponds-lui avec paix et mansuétude. »
D'ailleurs, pourquoi t' enorgueillir, ô riche? Pourquoi dire au pauvre : « Prends garde de me toucher? » N'as-tu pas été, comme le pauvre, conçu dans le sein d'une femme , et comme lui n'es-tu pas né du sein d'une femme? Pourquoi vanter l'antiquité de ton origine? Vous avez coutume de faire état de la race de vos chiens aussi bien que de celle des riches ; vous avez coutume de célébrer la noblesse de vos chevaux comme celle de vos consuls. Celui-ci, dites-vous, a été engendré par tel père, et c'est telle mère qui lui a donné le jour; celui-là se glorifie de son aïeul; c'est de ses bisaïeux que cet autre se relève. Mais que servent tous ces titres à celui qui est engagé dans la carrière? Ce n'est pas à la noblesse de l'extraction, c'est a la vitesse de la course que le prix est décerné. C'est une vie bien honteuse que celle où la noblesse de la race est en péril. Prends donc garde, ô riche! que les mérites de tes aïeux ne s'avilissent dans ta personne, et qu'on ne vienne à leur dire : « Pourquoi avoir choisi un tel homme f Pourquoi l'avoir institué votre héritier? » Ce n'est pas dans les lambris dorés, ni dans des salles de porphvre que consiste le mérite de l'héritier. Ces magnificences font honneur, non aux hommes, mais aux métaux, nar où les hommes sont punis. On a recours aux indigents pour se procurer l'or , et on le refuse aux indigents. Ceuxci travaillent donc pour acquérir, travaillent pour découvrir ce dont ils ne connaissent jamais la possession.
Sont-ce vos immenses palais qui vous inspirent de l'orgueil? Ils devraient plutôt vous humilier, puisque, assez vastes pour recevoir des populations entières , il? excluent la voix du pauvre. Aussi bien, à quoi servirait que cetfe voix se fît entendre, puisqu'alors même qu'elle est entendue, elle n'est pas écoutée? D'ailleurs, en élo^
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vant ces édifices, n'êtes-vous pas saisis d'une secrète honte? Car vous y voulez en quelque sorte surpasser vos richesses, et néanmoins vous n'y parvenez pas. Vous revêtez des murailles et vous mettez des hommes à nu. Il crie au seuil de ta porte, û riche! l'homme qui est nu, et tu le négliges; il crie, cet homme nu, et tu t'inquiètes de quels marbres tu revêtiras tes parvis. Le pauvre demande de l'argent, et il n'en a pas; un homme supplie pour avoir du pain , et ton cheval ronge l'or sous ses dents. Tu mets ton plaisir dans des ornements précieux, quand d'autres n'ont pas de blé. Quel jugement, ô riche! tu amasses sur ta tête ! Le peuple a faim , et toi tu fermes les greniers; le peuple gémit, et toi tu joues négligemment avec les pierreries qui chargent tes mains. Infortuné! qui as le pouvoir d'arracher à la mort les âmes de tant d'hommes, et qui n'en as pas la volonté. La vie de tout un peuple pouvait être sauvée avec ce que vaut la pierre précieuse de ton anneau.
Tu es le gardien , non le maître de tes richesses , toi qui enfouis l'or dans la terre; tu en es l'administrateur, non l'arbitre. Mais là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Ainsi avec cet or tu as enfoui ton cœur dans la terre. Vends plutôt cet or, et achète ton salut; vends cette pierre précieuse, et achète le royaume de Dieu ; vends ton champ et rachète-toi la vie éternelle. Je te parle en vérité, parce que je n'emploie que des paroles de vérité. « Si tu veux être parfait, dit l'Évangile, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. » Et ne sois pas centriste par ce discours , de peur qu'il ne te soit dit à toi aussi ce qui fut dit à ce jeune riche : « Combien il est difficile que ceux qui ont de l'argent entrent dans le royaume de Dieu ! » Mais plutôt, lorsque tu lis ces paroles , considère que la mort peut l'arracher ces richesses, la puissance d'un supérieur te les enlever; et enfin que tu échanges de petits biens pour de grands biens, des biens périssables pour des biens éternels, des
trésors d'argent pour des trésors de grâce. Parmi ces biens, ceux-là se corrompent, ceux-ci subsistent.
Considère que ces biens caduques, tu ne les possèdes pas seul ; avec toi les possède la vermine , avec toi les possède la rouille qui consume l'argent. Ce sont là les compagnes que t'a données l'avarice. Vois, au contraire, quels débiteurs tu te crées par tes bienfaits : « Les lèvres des petits béniront le riche dans ses aumônes et deviendront le témoignage de sa bonté. » Tu rends ton débiteur Dieu le Père, qui, pour les secours dont tu as aidé le pauvre, te paye un intérêt, comme un débiteur à un bon créancier. Tu rends ton débiteur le Fils de Dieu , qui a dit : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile et vous m'avez recueilli; j'étais nu, et vous m'avez couvert. » Ce qu'on aura fait pour le moindre d'entre les hommes, il déclare que c'est pour lui qu'on l'aura fait.
Tu ne sais pas, ô homme, amasser des richesses. Si tu veux être riche , sois pauvre dans le siècle , afin d'être riche auprès de Dieu. Celui qui est riche en foi, est riche auprès de Dieu; celui qui est riche en miséricorde, est riche auprès de Dieu; celui qui est riche en simplicité, est riche auprès de Dieu; celui qui est riche en sagesse, en science, est riche auprès de Dieu. Il y en a qui, dans la pauvreté, ne manquent de rien; il y en a qui, au milieu des richesses, manquent de tout. Les pauvres ne manquent de rien qui, dans leur pauvreté profonde, sont riches des trésors de leur simplicité; les riches, au contraire, sont dans le besoin et ont faim. Car ce n'est pas en vain qu'il est écrit : « Les pauvres seront établis audessus des riches , et les serviteurs prêteront à leurs maîtres ; » parce que les riches et les maîtres ne sèment que des semences superflues et mauvaises, d'où ils ne recueilleront pas de fruit et ne moissonneront que des épines. Et c'est pourquoi les riches seront soumis aux pauvres et les serviteurs prêteront aux maîtres les biens spirituels; I. 9
de même que le riche demandait au pauvre Lazare de lui procurer une goutte d'eau. Tu peux, toi aussi, ô riche, accomplir cette parole : « Sois généreux envers le pauvre, et c'est au Seigneur que tu auras prêté ; car celui qui est généreux envers le pauvre, c'est au Seigneur qu'il prête. » { Saint Ambroise. livre de Naboth.)