‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 138 sur 226 · SUR L'ART DE LIRE · texte numérisé non relu

SUR L'ART DE LIRE

E. Legouvé*

L*encombremenl est un des grands malheurs de l'enseignement public actuel. Les élèves succombent sous la masse des objets d'étude. Les programmes sont apoplectiques. Les classes sont trop petites pour le nombre d'élèves qu'elles renferment. Les heures sont trop courtes pour les leçons qu'on y entasse. Le temps manque aux enseignants aussi bien qu'aux enseignés. Comment donc songer à la création d'un enseignement nouveau*? où le mettre? que supprimer pour lui faire place? La réponse est facile. L'art de la lecture n'entrera utilement dans Tinstruclion qu'à la condition de ne rien encombrer, de ne rien supprimer, de ne prendre la place de rien, mais de se mêler à tout pour venir en aide à tout. Ce n'est pas une surcharge pour la mémoire, c'est un auxiliaire ; ce n'est pas une fatigue pour l'inlelligence, c'est un allégement et un soutien. Elle joue dans l'instruclion le rôle des adjuvants dans le phénomène de la nutrition ; elle active et facilite l'assimilation ; ce n'est pas un aliment nouveau, c'est le sel des autres aliments.

Deux exemples :

Quand l'élève a une leçon à apprendre, que fait-il en général? 11 se met à marmotter, à voix basse ou à haute voix, chaque mot vingt fois de suite, mécaniquement, machinalement, jusqu'à ce qu'il se soit enfoncé la page, ligne à ligne, dans la cervelle, comme on enfonce un clou dans le bois, à force de frapper dessus avec le marteau. Eh bien, je propose aux meilleurs élèves des écoles primaires un •pari, que j'ai bien souvent gagné. Leur mémoire est toute

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