EXTRAITS DES STATUTS DE L'INSTITUT DES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
J.-B. DE La Salle «
L'Institut des frères des écoles chrétiennes a été fondé en 1681 par J.-B. de La Salle, chanoine du chapitre de Reims. Les règles de l'Institut, rédigées par le fondateur en 1694, et revues par lui en 1717, ne furent imprimées qu'en 1726, à Rouen, sept ans après sa mort. Le livre de la Conduite des écoles, dû également à J.-B. de La Salle, a été publié pour la première fois à Avignon, en 1720.
L*Institut des frères des écoles chrétiennes est une société dans laquelle on fait profession de tenir les écoles gi^atuitement.
La fin de cet Institut est de donner une éducation chré" tienne aux enfants : et c'est pour ce sujet qu'on y lient les écoles; afin que les enfants y étant sous la conduite des maîtres depuis le matin jusqu'au soir, ces maîtres leur puissent apprendre à bien vivre en les instruisant des mystères de notre sainte religion, en leur inspirant les maximes chrétiennes, et ainsi leur donner l'éducation qui leur convient.
Cet Institut est d'une très grande nécessité, parce que les artisans et les pauvres étant ordinairement peu instruits, et occupés pendant tout le jour pour gagner leur vie et celle de leurs enfants, ne peuvent pas leur donner eux-
mêmes les instructions qui leur sont nécessaires, et une éducation honnête et chrétienne.
C'a été dans la vue de procurer cet avantage aux enfants des artisans et des pauvres qu'on a institué les écoles chrétiennes. (Chap. i, art. 1, 3, 4, 5.)
Les frères tiendront partout les écoles gratuitement, et cela est essentiel à leur Institut.
Us seront continuellement attentifs à trois choses dans l'école : 1° Pendant les leçons, à reprendre tous les mots que l'écolier qui lit, dit mal ; ^^ A faire suivre tous ceui qui lisent dans une même leçon ; 5° A faire garder exactement le silence aux écoliers pendant tout le temps de l'école.
Ils enseigneront tous leurs écoliers selon la méthode qui leur est prescrite, et qui est universellement pratiquée dans l'Institut ; ils n'y changeront et n'y introduiront rien de nouveau.
Ils apprendront à lire aux écoliers : !<» le français, 2^6 latin, S'' les lettres écrites à la main, 4° à écrire.
Ils leur apprendront aussi l'orthographe et l'arithmétique, le tout comme il est prescrit dans la première partie de la Conduite des écoles. Ils mettront cependant leur premier et principal soin à apprendre à leurs écoliers les prières du matin et du soir : le Pater, VAve Maria, le Credo et le Confiteor, et ces mêmes prières en français; les commandements de Dieu et de l'Église ; les réponses de la sainte messe : le catéchisme, les devoirs du chrétien, et les maximes et pratiques que Notre-Seigneur nous a laissées dans le saint Évangile.
Ils feront pour ce sujet, tous les jours, le catéchisme pendant une demi-heure; les veilles de congé de tout le jour, pendant une heure ; et les dimanches et fêtes, pendant une hei^re et demie.
Les jours d'école, les frères conduiront les écoliers à la
* sainte messe à Téglise la plus proche, et à l'heure la plus
commode, à moins qu'en quelque endroit cela n'ait été
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jugé impossible par le frère supérieur de l'Institut, qui fera en sorte que cela n'arrive pas, sinon pour très peu de temps.
Ils* ne recevront et ne retiendront (conserveront) aucun écolier dans l'école qu'il n'assiste au catéchisme, aussi bien les dimanches et fêtes que les autres jours auxquels on tiendra l'école.
Ils témoigneront une égale attention pour tous leurs écoliers, plus môme pour les pauvres que pour les riches, parce qu'ils sont beaucoup plus chargés, par leur Institut, des uns que des autres. (Chap. vu, art. 1-8, 14.)
Les frères auront toute l'attention et la vigilance possible sur eux-mêmes, pour ne punir leurs écoliers que rarement, persuadés qu'ils doivent être que c'est un des principaux moyens pour bien régler leurs écoles et pour y établir un très grand ordre.
Lorsqu'il sera nécessaire que les frères punissent quelquje écolier, ce à quoi ils auront alors plus d'égard sera de le faire avec une grande modération et présence d'esprit, et avec les conditions qui sont prescrites dans le livre de la Conduite des écoles; et pour ce sujet de ne l'entreprendre jamais d'un prompt mouvement, ni lorsqu'ils se sentiront émus.
Les frères ne donneront point de férules hors de leur ploce, excepté les maîtres des écrivains, pendant l'écriture seulement.
Aucun des frères n'auront de verges dans l'école sans la permission du frère directeur, sinon celui auquel il en aura donné la commission *. (Chap. vni, art. 1, 2, 8, 9.)
Le silence étant un des principaux moyens d'établir et de maintenir l'ordre dans l'école, les frères en regarderont l'observance exacte comme l'une de leurs principales règles ; ils doivent même, pour s'y rendre exacts, se
1. Celte espèce de^correclion a été absolument défendue aux frère» par les cli apilres généraux de 1777 et 1787.
remettre souvent dans Tesprit qu'il serait peu utile qu'ils . s'appliquassent à faire garder le silence à leurs écoliers, s'ils n'y étaient pas eux-mêmes fort fidèles. Pour cet effet, ils feront attention sur eux-mêmes pour se servir toujours des signes qui sont en usage dans les écoles.
Ils veilleront particulièrement sur eux-mêmes pour ne parler que très rarement dans l'école et que lorsqu'il sera absolument nécessaire et qu'ils ne pourront pas s'exprimer par signes; c'est pourquoi ils n'y parleront règlement que dans trois temps seulement : 1° lorsqu'il faudra reprendre un écolier dans la leçon, et qu'il n'y aura point d'écolier capable de dire les mots que cet autre aura mal dits ; 2<* dans le catéchisme ; 5° dans les réflexions que chaque frère doit faire dans les prières, tant du matin que du soir; et ils ne parleront que d'un ton médiocre. (Chap.x, art. 10 et 11.)
Il y aura un inspecteur qui veillera sur toutes les. écoles, , qui sera le frère directeur; et s'il en est besoin de plusieurs dans une maison, celui ou ceux qui le seront, autres que le frère directeur, lui rapporteront, au moins deux fois chaque semaine, le mercredi et le samedi^ ce qu'ils auront reconnu de la conduite de chacun des frères de sa classe, et si les écoliers profitent ou non. (Chap. xi, art. 1.)
Les frères ne parleront au frère directeur qu'avec un profond respect, toujours à voix basse et avec des termes qui marquent la vénération qu'ils ont pour lui, comme tenant la place de Dieu, qu'ils doivent reconnaître et respecter en sa personne.
Lorsque le frère directeur reprendra ou avertira quelque frère, si ce frère est assis, il se tiendra debout et découvert; s'il est debout, il se mettra d'abord à genoux et ne se remettra pas dans la situation dans laquelle il était, qu'il ne lui en ait fait signe ; mais s'il est à genoux, il ne fera que baiser la terre. (Chap. xii, art. 6 et 12.)
Les frères n'auront rien en propre, tout sera en commun dans chaque maison, même les habits, et autres choses nécessaires à l'usage des frères.