TALLEYRAND-PÉRIGORD
ception honorable qu'elle est tenue de consacrer : c'est celle que la nature elle-même semble avoir faite, en accordant le talent. Destiné à être un jour le bienfaiteur de la société, il faut que, par une reconnaissance anticipée, il soit encouragé par elle ; qu'elle le soigne, qu'elle écarte d'autour de lui tout ce qui pourrait arrêter ou retarder sa marche ; il faut que, quelque part qu'il existe, il puisse , librement parcourir tous les degrés de l'instruction; que l'élève des écoles primaires, qui a manifesté des dispo- ' sitions précieuses qui l'appellent à l'école supérieure, y parvienne aux dépens de la société, s'il est pauvre ; que dol'école de district, lorsqu'il s'y distinguera, il puisse s'élever sans obstacle, et encore à titre de récompense, à l'école plus savante du département, et ainsi de degré en degré et par un choix toujours plus sévère jusqu'à l'Institut national. Par là aucun talent véritable ne se trouvera perdu ni négligé, et la société aura entièrement acquitté sa dette. Mais on sent qu'un tel biei^ait ne doit pas être prodigué» soit parce qu'il est pris sur la fortune publique dont on doit se montrer avare, soit aussi parce qu'il est dangereux de trop encourager les demi-talents.
Ainsi, la gratuité de l'instruction s'étendra jusqu'où elle doit s'étendre ; elle aura pourtant encore des bornes; mais ces bornes sont indiquées par la raison: il était nécessaire de les poser.
Toute la question sur l'instruction gratuite se résume donc en fort peu de mots.
Il est une instruction absolument nécessaire à tous. La société la doit à tous : non seulement elle en doit les moyens, elle doit aussi l'application de ces moyens.
11 est une instruction qui, sans être nécessaire à tous, est pourtant nécessaire dans la société en même temps qu'elle est utile à ceux qui la possèdent. La société doit en assurer les moyens ; mais c'est aussi aux individus qui en profilent à prendre sur eu#une partie des frais de l'application. Il est enfin une instruction qui, étant nécessaire dans la.
société, paraît lui devoir être beaucoup plus profitable si elle parvient à certains individus qui annoncent des dispositions particulières. La société, pour son intérêt autant que pour sa gloire, doit donc à ces individus, non pas seulement Texistence des moyens d*instruction, mais encore tout ce qu'il faut pour qu'ils puissent en faire usage.
PLAXf D'Of STRUGTION PUBLIQUE VWÙttUEMTt A LA LÉGISLATIVE
GONDORCET
Gondorcct (voir la notice page 77), élu eu 1791 député de Paris à l'As* semblée législative, fit pr.rtie du Comité d'instruction publique de cette assemblée, qui le choisit pour son rapporteur. Ce fut en cette qualité qu'il présenta, dans les séances des 20 et 21 avril 1792, le plan d'organisation générale de l'instruction publique dont nous donnons ci-dessous un extrait. La Législative n'eut pas le temps de le discuter. La Convention, quelques mois plus lard, parut d'alord vouloir l%dopter ; puis d'autres projets furent Successivement proposés^ adoptés et abandonnés, pour aboutir au décret du 5 brumaire an lY (voir p. 488), dans lequel il ne restait presque plus rien du plan primitif de Condorcet, et des grandes et généreuses idées qui ^'avaient inspiré...
L'instruction doit être universelle^ c'est-à-dire s'étendre à tous les citoyens. Elle doit être répartie avec toute Tégalité que permettent les limites nécessaires de la dépense, la distribution des hommes sur le territoire, et le temps plus ou moins long que les enfants peuvent y consacrer. Elle doit dans ses divers degrés embrasser le système entier des connaissances humaines, et assurer aux hommes, dans tous les âges de la vie, la facilité de conserver leurs connaissances, ou d'en acquérir de nouvelles.
Enfin, aucun pouvoir public ne doit avoir ni l'autorité, ni même le crédit d'empêcher le développement des vérités nouvelles, l'enseignement des th(^ries contraires à sa politique particulière ou à ses intérêts momentanés.
, Tels ont été les principes qui nous ont guidés dans notre travail.
Nous avons distingué cinq degrés d'instruction, sous le nom: 1° d'écoles primaires; 2° d'écoles secondaires; 3*» d'instituts; ¥ de lycées; 5^ de société nationale des sciences et des arts.
On enseigne, dans les écoles primaires, ce qui est nécessaire à chaque individu pour se conduire lui-même et jouir de la plénitude de ses droits. Cette instruction suffira même, à ceux qui profiteront des leçons destinées aux hommes, pour les rendre capal)les des fonctions publiques les plus simples, auxquelles il est bon que tout citoyen puisse être appelé, comme celles de juré, d'officier municipal.
Toute collection de maisons renfermant quatre cents habitants aura une école et un maître.
Gomme il ne serait pas juste que dans les départements où les habitations sont dispersées ou réunies par groupes plus petits, le peuple n'obtînt pas des avantages égaux, on placera une école primaire dans tous les arrondissements où se trouveront des villages éloignés de plus de mille toises d'un endroit qui renferme quatre cents habitants. On enseignera, dans ces écoles, à lire, à écrire, ce qui suppose nécessairement quelques notions grammaticales ; on y joindra les règles de rarithmétique, des méthodes simples de mesurer exactement un terrain, de toiser un édifice ; une description élémentaire des produits du pays, des procédés de l'agriculture et des arts; le développement des premières idées morales, et des règles de conduite qui en dérivent; enfin, ceux des principes de Tordre social qu'oa peut mettre à la portée de l'enfance.
Ces diverses instructions seront distribuées en quatre cours, dont chacun doit occuper* une année les enfants d'une capacité commune. Ce terme de quatre ans, qui permet une division co/nmode pour une école où l'on ne peut placer qu'un seul maître, répond aussi assez exac-
tement à Tespace de temps qui, pour les enfants des familles les plus pauvres, s'écoule entre l'époque où ils commencent à être capables d'apprendre, et celle où ils peuvent <}tre employés à un travail utile, assujettis à un apprentissage régulier.
Chaque dimanche l'instituteur ouvrira une conférence publique à laquelle assisteront les citoyens de tous les âges: nous avons vu dans cette institution un moyen de donner aux jeunes gens celles des connaissances nécessaires qui n'ont pu cependant faire partie de leur première éducation. On y développera les principes et les règles de la morale avec plus d'étendue, ainsi que cette partie des lois nationales dont l'ignorance empêcherait un citoyen de connaître ses droits et de les exercer.
Ainsi dans ces écoles les vérités premières de la science sociale précéderont leurs applications. Ni la constitution française, ni même la déclaration des droits ne seront présentées -à aucune classe des citoyens comme des tables descendues du ciel qu'il fautadorer et croire. Leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de l'enfance; et on pourra leur dire : cette déclaration des droits qui vous apprend à la fois ce que vous devez à la société, et ce que vous êtes en droit d'exiger d'elle, cette constitution que vous devez maintenir aux dépens de votre vie, ne sont que le développement, de ces principes simples, dictés par la nature et par la raison, dont vous avez appris, dans vos premières années, à reconnaître l'éternelle vérité. Tant qu'il y aura des hommes qui n'dbéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d'une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d'utiles vérités; le genre humain n'en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves
En continuant ainsi l'instruction pendant toute la durée
CONDORGET 471
do la vie, on empêchera les connaissances acquises dans les écoles de s'effacer trop promptement de la mémoire ; on entretiendra dans les esprits une activité utile ; on instruira le peuple des lois nouvelles, des observations d'agriculture, des méthodes économiques qu'il lui importe de ne pas ignorer. On pourra lui montrer enfin l'art de s'instruire par soi-même, comme à chercher des mots dans un dictionnaire, à se servir de la table d'un livre, à suivre sur une carte, sur un plan, sur un dessin des narrations ou des descriptions, des notes ou des extraits. Ces moyens d'apprendre, que dans une éducation plus étendue on acquiert par la seule habitude, doivent être directement enseignés dans une instruction bornée à un temps plus court, et à un petit nombre de leçons.
Nous n'avons ici parlé, soit pour les enfants, soit pour les hommes, que de l'enseignement direct, parce que c'est le seul dont il est nécessaire de connaître la marche, la distribution, l'étendue avant de déterminer l'organisation des établissements d'instruction publique. D'autres moyens feront l'objet d'une autre partie de notre travail.
Ainsi, par exemple, les fêtes nationales, en rappelant aux habitants des campagnes, aux citoyens des villes les époques glorieuses de la liberté, en consacrant la mémoire des hommes dont les vertus ont honoré leur séjour, en célébrant les attions de dévouement ou de courage dont il a été le théâtre, leur apprendront à chérir les devoirs qu'on leur aura fait connaître. D'un autre côté, dans la discipline intérieure des écoles, on prendra soin d'instruire les enfants à être bons et justes ; on leur fera pratiquer, les uns à l'égard des autres, les principes qu'on leur aura enseignés, et par là, en même temps qu'on leur fera prendre l'habitude d'y conformer leur conduite, ils apprendront à les mieiix entendre, à en sentir plus fortement l'utilité et la justice. On fera composer, soit pour les hommes, soit même pour les enfants, des livres faits pour eux qu'ils pourraient lire sans fatigue, et qu'im intérêt soit d'utilité
prochaine, soit de plaisir, les engagerait à se procurer. Placez à côlé des hommes les plus simples une instruction agréable et facile, et surtout une instruction utile, et ils en profiteront. Ce sont les difficultés rebutantes de la plupart des études, c'est la vanité de celles à qui le préjugé avait fait donner la préférence, qui éloignent les hommes de rinstruction.
La gymnastique ne sera point oubliée, mais on aura soin d'en diriger les exercices de manière à développer toutes les forces avec égalité, à détruire les effets des habitudes forcées que donnent les diverses espèces de travaux.
Si Ton reproche à ce plan de renfermer une instruction trop étendue, nous pourrons répondre qu'avec des livres élémentaires bien faits et destinés à être mis entre les mains des enfants, avec le soin de donner aux maîtres des ouvrages composés pour eux, où ils puissent s'instruire de la manière de développer les principes, de se proportionner à rintelligence des élèves, de leur rendre le travail plus facile, on n'aura point à craindre que l'étendue de cet enseignement excède les bornes de la capacité ordinaire des enfants. Il existe d'ailleurs des moyens de simplifier les méthodes, de mettre les vérités à la portée des esprits les moins exercés; et c'est d'après la connaissance de ces moyens, d'après l'expérience, qu'a été tracé le tableau des connaissances élémentaires qu'il était nécessaire de présenter à Hous les hommes, qu'il leur était possible d'acquérir.
On pourrait aussi nous reprocher d'avoir, au contraire, trop resserré les limites de l'instruction destinée à la généralité des citoyens; mais la nécessité de se contenter d'un seul maître pour chaque établissement, celle de placer les écoles auprès des enfants, le petit nombre d'années que ceux des familles pauvres peuvent donner à l'étude, nous ont forcés de resserrer cette première instruction dans des bornes étroites; et il sera facile de
les reculer lorsque ramélioration de Tétat du peuple, la distribution plus égale des fortunes, suite nécessaire des bonnes lois, les progrès des méthodes d'enseignement en auront amené le moment; lorsque enfin la diminution de la dette, et celle des dépenses superflues^ permettra de consacrer à des emplois vraiment utiles une plus forte portion des revenus publics.
Les écoles secondaires sont destinées aux enfants dont les familles peuvent se passer plus longtemps de leur travail, et consacrer à leur éducation un plus grand nombre d'années ou même quelques avances.
Chaque district, et, de plus, chaque ville de 4000 habitants, aura une de ces écoles secondaires. Une combinaison, analogue à celle dont nous avons parlé pour les écoles primaires, assure qu'il n'y aura point d'inégalité dans la distribution de ces établissements. L'enseignement sera le même dans tous; mais ils auront un, deux, trois instituteurs, suivant le nombre d'élèves qu'on peut supposer devoir s'v rendre.
Quelques notions de mathématiques, d'histoire naturelle et de chimie nécessaires aux arts; des développements plus étendus des principes de la morale et de la science sociale, des leçons élémentaires de commerce y formeront le fonds de l'instruction.
Les instituteurs donneront des conférences hebdomadaires, ouvertes à tous les citoyens. Chaque école aura une petite bibliothèque, un petit cabinet où Ton placera quelques instruments météorologiques, quelques modèles de machines ou de métiers, quelques objets d'histoire naturelle; et ce sera pour les hommes un nouveau moyen d'instruction. Sans doute, ces collections seront d'abord presque nulles; mais elles s'accroîtront avec le lismps, s'augmenteront par des dons, se compléteront par des échanges; elles répandront le goût de l'observalion et de l'étude, et ce goût contribuera bientôt à leur progrès.
Ce degré d'instruction peut encore à quelques égards
être envisagé comme universel, ou plutôt comme nécessaire pour établir dans l'enseignement universel une égalité plus absolue. Les cultivateurs, à la vérité, en sont réellement exclus, lorsqu'ils ne se trouvent pas assez riches pour déplacer leurs enfants; mais ceux des campagnes destinés à des métiers doivent naturellement achever leur apprentissage dans les villes voisines, et y recevoir dans les écoles secondaires du moins la portion de connaissances qui leur serait le plus nécessaire. D'un autre côté, les cultivateurs ont dans l'année des temps de repos, dont ils peuvent donner une partie à l'instruction, et les artisans sont privés de cette espèce de loisir. Ainsi l'avantage d'une étude isolée ou volontaire balance pour les uns celui qu'ont les autres de recevoir des leçons plus étendues ; et sous ce point de vue l'égalité est encore conservée, plutôt que détruite, par rétablissement des écoles secondaires.
Il y a plus : à mesure que les manufactures se perfectionnent, leurs opérations se divisent de plus en plus, ou tendent sans cesse à ne charger chaque individu que d'un travail purement mécanique et réduit à un petit nombre de mouvements simples, travail qu'il exécute mieux et plus promptement, mais par l'effet de la seule habitude, et dans lequel son esprit cesse presque entièrement d'agir. Ainsi, le perfectionnement des arts deviendrait pour une partie de l'espèce humaine une cause de Cupidité; ferait naître dans chaque nation une classe d'hommes incapables de s'élever au-dessus des plus grossiers intérêts ; y introduirait et une inégalité humiliante, et une semence de troubles dangereux, si une instruction plus étendue n'offrait aux individus de cette même classe une ressource contre l'effet infaillible de la monotonie de leurs occupations journalières.
L'avantage que les écoles secondaires semblent donner aux villes n'est donc encore qu'un moyen de plus de rendre Tégalitèplus enliëve.
Les conférences Yiebàom^idL^vtÇi^ ^\q^q!^^<ks.^w« ^^^ \^xa.
premiers degrés ne doivent pas être regardées comme un faible moyen d'instruction. Quarante ou cinquante leçons par année peuvent renfetmer une grande étendue de connaissances, dont les plus importantes répétées toutes les années, d'autres tous les deux ans, finiront par être entièrement comprises, retenues, par ne pouvoir plus être oubliées. En même temps une autre partie de cet enseignement se renouvellera continuellement, parce qu'elle aura pour objet, soit des procédés nouveaux d'agriculture ou d'arts mécaniques, des observations, des remarques nouvelles, soit l'exposition des lois générales à mesure qu'elles seront promulguées, le développement des créations du gouvernement d'un intérêt universel. Elle soutiendra la curiosité, augmentera l'intérêt de ces leçons, entretiendra l'esprit public et le goût de l'occupation.
Qu'on ne craigne pas que la gravité de ces instructions en écarte le peuple. Pour l'homme occupé de travaux corporels, le repos seul est un plaisir; et une légère contention d'esprit, un véritable délassement: c'est pour lui ce qu'est le mouvement du corps pour le savant livré à des études sédentaires, un moyen de ne pas laisser engourdir celles de ses facultés que ses occupations habituelles n'exercent pas assez.
L'homme des campagnes, l'artisan des villes ne dédaignera point des connaissances dont il aura une fois connu les avantages par son expérience ou celle de ses voisins. Si la seule curiosité l'attire d'abord, bientôt l'intérêt le retiendra. La frivolité, le dégoût. des choses sérieuses, le dédain pour ce qui n'est qu'utile ne sont pas les vices des hommes pauvres ; et cette prétendue stupidité née de l'asservissement et de l'humiliation disparaîtra bientôt lorsque des hommes libres trouveront auprès d'eux les moyens de briser la dernière et la plus honteuse de leurs chaînes.
Le troisième degré d'instruction (les instituts) embrasse les éléments de toutes les connaissances humaines. L'instruction considérée comme partie de l'éducation générale
y est absolument complète. Elle renferme ce qui est nécessaire pour êlre en état de se préparer à remplir les fonctions publiques qui exigent le phis de lumières, ou de se livrer avec succès à des études plus approfondies; c'est là que se formeront les instituteurs des écoles secondaires^ que se perfectionneront les maîtres des écoles primaires déjà formés dans celles du second degré....
Les principes de la morale enseignée dans les écoles et dans les instituts seront ceux qui, fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison, appartiennent également à tous les hommes. La constitution, en reconnaissant le droit qu*a chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de la France, ne permet point d'admettre, dans l'instruction publique, un enseignement qui, en repoussant les enfants d'une partie des citoyens, détruirait l'égalité des avantages sociaux, et donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière, et de n'admettre dans l'instruction publique .l'enseignement d'aucun culte religieux. Chacun d'eux doit être enseigné dans les temples par ses propres ministres. Les parents, quelle que soit leur croyance, quelle que soit leur opinion sur la nécessité de telle ou telle religion, pourraient alors sans répugnance envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux ; et la puissance ])ublique n'aura point usurpé sur les droits de la conscience, sous prétexte de l'éclairer et de la conduire....
Nous avons donné le nom de lycée au quatrième degré d'instruction*; toutes les sciences y sont enseignées dans toute leur étendue. C'est là que se forment les savants, ceux qui font de la culture de leur esprit, du perfectionnement de leurs propres facultés, une des occupations de leur vie,
f. Les lycées de Condorcel coYte^^tvÔLWvV, iv^tv \ xvQR.\^vàs& v^\>m?&^ tows k DOS facultés ; ce sonl des èuVA\ssfttï\etvV%«^Tv%€x^\v«w«v\. ^xw^^v^x».
ceux qui se destinent à des professions où Ton ne peut obtenir de grands succès que par une étude approfondie d'une ou plusieurs sciences. C'est là aussi que doivent se former les professeurs. C'est au moyen de ces établissements que chaque génératioê peut transmettre à la génération suivante ce qu'elle a reçu de celle qui l'a précédée, et ce qu'elle a pu y ajouter....
Dans ces quatre degrés d'instruction, l'enseignement sera totalement gratuit. L'acte constitutionnel le prononce pour le premier degré; et le second, qui peut aussi être regardé comme général, ne pourrait cesser d'être gratuit sans établir une inégalité favorable à la classe la plus riche, qui paye les contributions à proportion de ses facultés, et ne payerait l'enseignement qu'à raison du nombre d'enfants qu'elle fournirait aux écoles secondaires. Quant aux autres degrés, il importe à la prospérité publique de donner aux enfants des classes pauvres, qui sont les plus nombreuses, la possibilité de développer leurs talents : c'est un moyen non seulement d'assurer à la patrie plus de citoyens en état de la servir, aux sciences plus d'hommes capables de contribuer à leurs progrés, mais encore de diminuer cette inégalité qui naît de la différence des fortunes, de mêler entre elles les classes que cette différence tend à séparer. L'ordre de la nature n'établit dans la société d'autre inégalité que celle de l'instruction et de la richesse, et en étendant l'instruction nous affaiblissons à la fois les effets de ces deux causes de distinction. L'avantage de l'instruction moins exciusi\ement réuni à celui de l'opulence deviendra moins sensible et ne pourra plus être dangereux; celui de naître riche sera balancé par l'égalité, par la supériorité même des lumières que doivent naturellement obtenir ceux qui ont un motif de plus d'en acquérir.
Enfin le dernier degré d'instruction est une société nationale des sciences et des arts, instituée pour surveiller et diriger les établissement d'instruction, pour s'occuper du perfectionnement des sciences et des arts, pour recueil-
lir, encourager, appliquer et répandre les découvertes utiles.
PLAN D'ÉDUCATION GOnnUNE PRÉSENTÉ A LA CONVENTION
Michel Lepllletier de Saikt-Fargeau
Tandis que la Convention discutait, en décembre 1792, le plan de Condurcct, dont le Comité d'instruction publique proposait alors l'adoption, un député qui siégeait sur les bancs de la Montagne, Michel Lepelletier de Saint-Fargeau, préparait, pour le soumettre à ses collègues, un projet d'éducation comnmne de l'enfance. Il adoptait, dans ses traits généraux, le plan de Condorcet et du Comité, avec sa division de l'instruction publique en quatre degrés, écoles primaires, écoles secondaires, instituts, lycées. Mais" au lieu dç simples écoles primaires, recevant les élèves pendant quelques heures de la journée seulement, il proposait de créer des « maisons d'éducation » ou tous les enfants, de l'âge de cinq ans à celui de douze pour les garçons et de onze pour les filles, seraient élevés en commuu aux frais de la République.
Lepelletier ne vécut pas assez pour pouvoir exposer lui-même ses idées à la Convention : on sait qu'il tut assassiné, le soir du 20 janvier 1795, par un fanatique royaliste qui voulait venger sur lui la condamnation de liOuis XYI. Mais le manuscrit qu'il avait laissé fut remis, en juillet 1793, à la commission de six membres chargée de préparer un projet de décret sur l'éducation et l'instruction publique, et lu le 15 juillel à la Convention par Robespierre. Un mois plus tard (13 août 1793), la Convention adopta en principe le plan de Lepellelier : elle décida qu'il serait crée des maisons d'éducation commune où les enfants seraient instruits, nourris et logés gratuitement, sans toutefois que l'éducation commune fût obhgaloire, les familles conservant le droit d'élever leurs enfants dans la maison paternelle, si elles le préféraient.
Mais on ne tarda pas à s'apercevoir que l'exécution de ce projet se heurtait à des difficultés insurmontables, et le 20 octobre suivant la Convention rapporta son décret du 13 août pour revenir au système des simples écoles primaires.
Les pages qui suivent sont la reproduction du préambule et dos conclusions du mémoire rédigé par Lepelletier et lu à la Convention par Robespierre,
Llnsiruciion publique aàiè^k^V^Y^^i^^x. ^A5xvfe.^\^^>^^i\^^
LEPELLETlEft DE SAINT-FARGEAU 479
intéressante; la manière dont ce sujet a été traité honore rassemblée et promet beaucoup à la France.
J'avoue pourtant que ce qui a été dit jusqu'ici ne remr plitpas ridée que je me suis formée d'un plan complet d'éducation. J'ai osé concevoir une plus vaste pensée; et considérant à quel point l'espèce humaine est dégradée par le vice de notre ancien système social, je me suis convaincu de la nécessité d'opérer une entière régénération, et, si je peux m'exprimer ainsi,, de créer un nouveau peuple.
Former des hommes, propager les connaissances humaines, telles sont les deux parties du problème que nous avons à résoudre.
La jpremière constitue l'éducation ; la seconde, l'instruction.
Quant à l'une, le Comité s'en est occupé, et il vous a présenté des vues utiles^
Pour l'autre, il Ta entièrement négligée. En un mot, son plan d'instruction publique me paraît fort satisfaisant ; mais il n'a point traité Tédu cation.
Tout le système du Comité porte sur cette base : l'établissement de quatre degrés d'enseignement, savoir, les écoles primaires, les écoles secondaires, les instituts, les lycées.
Je trouve dans ces trois derniers cours un plan qui me paraît sagement conçu pour la conservation, la propagation et le perfectionnement des connaissances humaines. Ces trois degrés successifs ouvrent à l'instruction une source féconde et habilement ménagée, et j'y vois des moyens tout à la fois convenables et efficaces pour seconder les talents des citoyens qui se livreront à la culture des lettres, des sciences et des beaux-arts.
Mais avant ces degrés supérieurs, qui ne peuvent devenir utiles qu'à un petit nombre d'hommes, je cherche une instruction générale pour tous, convenable aux besoins de tous, qui est la dette de la République envers tous ; en un mot, une éducation vraiment et universellement nationale;
et j'avoue que le premier degré que le Comité vous propose sous le nom d'écoles primaires, me semble bien éloigné de présenter tous ces avantages.
D'abord je remarque avec peine que jusqu'à six ans l'enfant échappe à la vigilance du législateur, et que cette portion importante de la vie reste abandonnée aux préjugés subsistants et à la merci des vieilles erreurs.
 six ans la loi commence à exercer son influence : mais cette influence n'est que partielle, momentanée ; et par la nature même des choses, *elle ne peut agir que sur le moindre nombre des individus qui composent la nation. Suivant le projet, il doit être établi environ vingt à vingt- cinq mille écoles primaires, c'est-à-dire à peu près une école par lieue carrée.
Ici commence à se faire sentir une première inégalité; car les enfants domiciliés dans la ville, bourg, village, où sera située l'école primaire seront bien plus à la portée des leçons, en profiteront et bien plus souvent, et bien plus constamment ; ceux au contraire qui habitent les campagnes et les hameaux ne pourront pas les fréquenter aussi habituellement, à raison des difflcultés locales, des saisons et d'une foule d'autres circonstances.
Une bien plus grande inégalité va s'établir encore à raison des diverses facultés des parents : et ici les personnes aisées, c'est-à-dire le plus petit nombre, ont tout l'avantage. Quiconque peut se passer du travail de son enfant pour le nourrir, a la facilité de le tenir aux écoles tous les jours et plusieurs heures chaque jour.
Mais quant à la classe indigente, comment fera-t-elle? Cet enfant pauvre, vous lui offrez bien l'instruction ; mais avant il lui faut du pain. Son père laborieux s'en prive d'un morceau pour le lui donner; mais il faut que l'enfant gagne l'autre. Son temps est enchaîné au travail, car au travail est enchaînée la subsistance. Après avoir passé aux champs une journée pénible, voulez-vous que, pour repos, il s'en aille à J 'école éloignée peut-être d'une demi-lieue de son domicile?