‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 13 sur 120 · RoBiNsoN, Eléments of natural philosophy, U 1, p · texte numérisé non relu

RoBiNsoN, Eléments of natural philosophy, U 1, p

tion ne permettait plus aucun doute. L'eflfort de la pesanteur à la surface de la terre, tel qu'il se conclut des expériences sur la chute des corps, étant appliqué à la lune avec un affaiblissement proportionnel au carré des distances au centre de la terre, se trouvait presque identiquement égaler la force centrifuge de la lune, conclue de sa vitesse de circulation et de son éloignement observés. La petite différence qui restait encore entre ces deux résultats était même un nouvel indice d'exactitude; car, en supposant un pouvoir attractif émanant de tous les corps célestes, et réciproque au carré de leurs distances aux corps qu'ils attirent-, le mouvement de la lune ne doit pas seulement dépendre de sa pesanteur vers la terre ; il doit être aussi influencé par Faction du soleil; et cet effet, quoique excessivement affaibli par la distance, doit entrer pour quelque chose dans les résultats.

Aussi Newton ne douta plus; et ce grand génie, qui, pendant tant d'années, s'était tenu en suspens sur une loi qui ne lui avait pas semblé rigoureusement conforme à la nature, ne l'eut pas plutôt reconnue pour véritable, qu'il en pénétra dans l'instant les conséquences les plus éloignées, et les suivit toutes, avec une force, une continuité, et hardiesse de pensée dont il ne s'était jamais vu, dont il ne se verra peut-être jamais d'exemple chez un mortel. Car quel autre aura désormais à démontrer^ le premier, des vérités de cet ordre? Toutes les parties de la matière gravitent les unes vers les autres, avec une force proportionnelle à leurs masses, et réciproque au carré de leurs distances mutuelles : cette force retient les planètes et les comètes autour du soleil, comme chaque système de satellites autour de sa planète principale : et par la communication universelle d'influences qu'elle établit entre les parties matérielles de tous ces corps, elle détermine la nature de leurs orbes, la forme de leurs masses, les oscillations des fluides qui les recouvrent, et leurs moindres mouvements, soit dans l'espace, soit sur eux-mêmes, tout

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cela conformément aux lois observées I Qui pourra jamais donner la solution de questions naturelles plus élevées que celles-ci? Trouver la masse relative des différentes planètes; déterminer les rapports des axes de la terre; montrer la cause de la précession des équinoxes ; trouver la force du soleil et de la lune pour soulever FOcéan ! Telle fut la grandeur et la sublimité des objets qui s'ouvrirent aux méditations de Newton, après qu il eut connu la loi fondamentale du système du monde. Doit-on s'étonner s'il en fut ému jusqu'à ne pas pouvoir achever la démonstration qui l'en assurait? C'est alors qu'il dut se sentir heureux de tant d'études profondes qu'il avait faites sur le mode d'action de toutes les forces naturelles, de tant de recherches expérimentales, qu'il avait exécutées pour en connaître, pour en mesurer exactement les effets divers ; enfin, et surtout, de ce calcul nouveau * qu'il s'était créé, et par lequel il lui devenait possible d'atteindre les phénomènes les plus composés, d'en mettre en évidence les éléments simples, d'obtenir ainsi les forces abstraites qui les produisent, pour redescendre ensuite, par la connaissance de ces forces, aux détails de tous les effets. Car, avec le même génie, s'il n'eût pas possédé tous ces moyens d'exploration, le développement de sa découverte lui eût été impossible, ou, du moins, il fût demeuré toujours incomplet et borné. Mais il les possédait, et n'avait plus qu'à en faire usage. Il voyait ainsi la pensée de toute sa vie réalisée, et l'objet constant de ses désirs atteint. Il se plongea désormais tout entier dans la jouissance de cette contemplation délicieuse. Pendant deux ans que Newton employa pour préparer et développer l'immortel ouvrage des Principes de la Philosophie naturelle, où tant de découvertes admirables sont exposées, il n'exista que pour' calculer et penser ; et, si la vie d'un être soumis aux besoins de l'humanité peut offrir quelque idée de l'existence pure

s . Le calcul infinitésimal, nommé par lui calcul des fluxions. — J. G.

d'une intelligence céleste, on peut dire que la sienno présenta cette image. Souvent, perdu dans la méditation de ces grands objets, il agissait sans songer qu'il agît, et sans que sa pensée semblât conserver aucun lien avec son corps. On rapporte que, plus d'une fois, commençant à se lever, il s'asseyait tout à coup sur son lit, arrêté par quelque pensée, et demeurait ainsi à moitié nu peildant des heures entières, suivant toujours l'idée qui l'occupait. Il aurait même oublié de prendre de la nourriture, si on ne l'en eût fait souvenir; et même, quand ce besoin se faisait sentir, il n'eût pas été impossible de lui persuader qu'il était satisfait *.

Ce fut avec un pareil travail, et par l'effort non interrompu de la méditation la plus solitaire et la plus profonde, que Newton, Newton même, put développer toutes les vérités qu'il avait conçues, et qui étaient autant de déductions de sa première découverte ; de sorte que l'on peut voir, par son exemple, à quelles pénibles conditions l'intelligence humaine, même la plus sublime, peut pénétrer profondément dans les mystères de la nature, et parvenir à lui arracher la vérité. Au reste, lui-même reconnaissait volontiers cette inévitable nécessité de la constance et de la continuité dans l'exercice de l'attention pour développer le pouvoir de l'intelligence ; car un jour, comme on lui demandait de quelle manière il était parvenu à ses découvertes, il répondit : « En y pensant toujours » ; et une autre fois, il expliquait ainsi son mode de travail :

1. Un jour, le docteur Slukeley, ami particulier de Newton, étant allé diner avec lui, attendit longtemps qu'il sortît de son cabinet où il était renfermé. Enfin, pressé par le besoin, le docteur se résolut à manger d'un poulet qui se trouvait déjà placé sur la table; après quoi il remit les restes sur le plat, et y plaça aussi une cloche de métal qui servait à le couvrir. Enfin, plusieurs heures s'étant écoulées, Newton parut, et se mit à table, en témoignant qu'il avait grand'faim. Mais lorsqu'ayant levé la cloche, il vit les restes du poulet découpé : « Ah! dit-il, je croyais n'avoir pas diné; mais je vois que je me trompais! »

« Je tiens, disait-il, le sujet de ma recherche constamment devant moi, et j'attends que les premières lueurs commencent à s'ouvrir lentement et peu à peu, jusqu'à se changer en une clarté pleine et entière ». Quelle vive et naïve peinture du génie, attendant le moment de l'inspiration I Il exprime encore le même sentiment dans une lettre adressée au docteur Bentley : « Croyez-moi, lui ditil, si mes recherches ont produit quelques résultats utiles, ils ne sont dus qu'au travail, et à une pensée patiente ». Avec des goûts et des habitudes pareilles, on conçoit que la possession complète de lui-même et de ses propres idées devait être sa jouissance la plus vive. Aussi, malgré l'importance des résultats qu'il avait déjà obtenus, Newton ne se pressait point de s'en assurer la possession par la publicité ; et peut-être aurait-il tardé pendant longtemps encore à les révéler, si une circonstance accidentelle ne l'avait décidé à s'y résoudre.

Les grands résultats * que Newton a rassemblés dans le livre des Principes^ sont presque tous présentés sous Une forme synthétique, analogue aux écrits des anciens géomètres. On peut toutefois affirmer qu'il ne les avait pas . trouvés par la synthèse, qui n'est ni assez maniable ni assez féconde pour pouvoir être employée à deviïier des vérités si compliquées, et à prévoir des déductions si éloignées de leur principe. Il est donc évident, par cette impossibilité même, qu'il était parvenu à ces grands résultats par le secours des méthodes analytiques, méthodes dont il avait lui-même si fort accru la puissance ; et cette induction prend toute la certitude d'une vérité démontrée, lorsqu'on examine la correspondance écrite qui eut lieu entre Newton et Cotes, pour la seconde édition du livre des Principes,

Terminons rapidement, avant de citer quelques passages du livre des VrincipeSy l'histoire de la vie de Newton.

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