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Le Mouvement organique et la Nutrition^ p

sont mal absorbés par la surface de nos instruments, même enduits de noir de fumée, ne les distinguent essentiellement des rayons auxquels on réserve d'ordinaire le nom de rayons de chaleur. Ce que les plantes reçoivent du soleil, ce qu'elles absorbent, c'est dé la chaleur, c'est la force vive d'un mouvement ondulatoire qui ne diffère que par sa période et son amplitude des mouvements les plus propres à agir sur nos thermomètres. C'est en consommant cette force vive qu'elles peuvent augmenter la quantité de matières combustibles qui existe à la surface de notre planète.

En brûlant les produits de la végétation, nous ne faisons que régénérer cette force vive calorifique. C'est donc par une transformation de l'action solaire que s'engendrent le seul combustible dont fasse usage encore aujourd'hui la plus grande partie de la race humaine et les plantes alimentaires où les animaux et nous-mêmes nous puisons toute notre force motrice. C'est par une transformation semblable que s'est engendré autrefois tout le combustible, maintenant fossile, qui est devenu l'aliment principal de notre industrie. Si vous songez de plus que c'est le soleil qui fait souffler le vent, qui évapore l'eau des mers et donne ainsi naissance à la pluie et aux eaux courantes, vous reconnaîtrez qu'en dehors du mouvement des marées tout mouvement produit h la surface de la terre a pour cause directe ou indirecte la chaleur du soleil. Si l'on voulait absolument se procurer une puissance motrice qui n'eût pas cette origine, il n'y aurait guère d'autre moyen que de brûler sous la chaudière d'une machine à vapeur du soufre natif ou du fer météorique.

Cette belle harmonie naturelle porte notre attention sur le centre de notre système planétaire et nous amène

à Tétude des applications astronomictues de la nouvelle théorie.

Vous connaissez tous Thypothèse par laquelle Buffon a essayé d'expliquer comment s'entretient la chaleur solaire. Suivant ce grand naturaliste ce sont les comètes qui, en tombant sur la surface du soleil, fourniraient sans cesse de nouveaux matériaux à sa combustion. A mesure qu'on a mieux observé le mouvement des comètes et qu'on a cessé de voir dans le soleil un foyer de combustion semblable à nos sources de chaleur artificielles, on a de plus en plus oublié l'hypothèse de Buffon. La théorie mécanique de la chaleur l'a renouvelée sous ui\e autre forme et pour ainsi dire rajeunie. Mayer a fait remarquer le premier qu'un corps quelconque qui arrive à la surface du soleil perd, au moment du choc, l'énorme quantité de force vive que lui a communiquée l'action de la gravitation, et que cette perte de force vive a pour conséquence un dégagement de chaleur. Pour restituer au soleil toute la chaleur qu'il rayonne dans l'espace, il suffit donc que sa masse s'accroisse continuellement par une chute de comètes, d'aérolithes ou de toute autre matière cosmique. M. William Thomson, qui a poursuivi avec autant de pénétration que de hardiesse, le dévelop^ pement des idées de Mayer, a indiqué, comme l'origine la plus probable de la matière qui vient échauffer le soleil en s'y incorporant, cette immense nébulosité circumsolaire que les astronomes connaissent sous le nom de lumièi-e zodiacale. En admettant cette origine, il a pu calculer la quantité de matière qui devrait tomber chaque année sur le soleil pour compenser la déperdition calorifique que l'on peut déduire des expériences de M. Pouillet sur les effets thermométriques du rayonnement solaire. Ramenée à la densité moyenne du soleil, toute cette matière formerait à sa surface une couche de 20 mètres d'épaisseur seulemç^t. Une épaisseur moindre encore gérait suffisante si on supposait, avec M^ Waterston,

que la matière qui vient s'incorpoper au soleil fût empruntée indifféremment à toutes les régions de l'espace . Dans Fun et dans Tautre cas, il n'en résulterait qu'un accroissement de diamètre insensible à l'observation^ la plus délicate pendant de longues années. Dans l'hypothèse même de M. Thomson, il ne faudrait pas moins de 40 siècles pour que l'angle visuel sous lequel le globe solaire nous apparaît fût augmenté de ^^ d® seconde. Mais une autre conséquence de l'hypothèse pourra être soumise plus facilement au contrôle de l'expérience. Le soleil tourne sur son axe de manière à accomplir une révolution entière en vingt-cinq jours k peu près. Toute matière étrangère qui vient s'unir à sa masse diminué sa vitesse de rotation, particulièrement si elle se fixe à la surface, c'est-à-dire aux points où la vitesse absolue est le plus considérable. La couche de matière dont M. Thomson a calculé l'épaisseur augmenterait ainsi d'une heure en cinquante-trois ans la durée de la révolution. Malheureusement, dans l'état actuel des observations, cette durée n'est pas connue à une heure près; c'est un des éléments astronomiques les plus difficiles à déterminer, car on en déduit la valeur de l'étude des taches solaires qui sont animées à la fois d'un mouvement propre et du mouvement général du soleil, et il n'y a qu'une très longue série d'observations qui permettent d'éliminer l'effet du mouvement propre. Cette deuxième vérification est donc impossible poiir le présent et paraît devoir l'être longtemps encore. Mais elle n'est pas, comme la première, ajournée à un avenir indéfini.

On a combiné le principe de la théorie mécanique de la chaleur avec l'hypothèse de Laplace sur l'origine du système planétaire, et il est résulté de là une explication nouvelle de la chaleur propre du soleil et des planètes. On a même essayé d'en faire sortir tout récemment une détermination de l'âge du soleil. Je ne vous demanderai pas de me suivre dans ces spéculations qui

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VOUS sembleraient peut-être trop conjecturales ou plutôt trop éloignées du contrôle actuel de Texpérience, mais j'ai dû vous indiquer jusqu'où s'étend la portée de la théorie nouvelle. On a dit, à son occasion, que la science était aujourd'hui sur la voie de découvrir un nouveau système du monde, tout aussi profond et aussi important que celui que Newton avait révélé à son siècle. Peut-être estimerez-vous qu'il n^ a rien d'excessif dans ce jugement.

Je ne voudrais pas cependant vous laisser croire que ce système du monde est déjà fait et après vous avoir montré tout ce que la théorie nouvelle nous apprend, je dois vous signaler en général ce qu'elle nous laisse ignorer. Le principe de l'équivalence du travail et de la chaleur n'est qu'une forme de l'équation des forces vives. Or l'avantage propre des applications de cette équation est d'établir entre deux états différents d'un même système des relations indépendantes des états intermédiaires que le système a traversés, mais leur inconvénient est de ne rien nous apprendre du tout sur ces états intermédiaires eux-mêmes. Tel est précisément le caractère de la théorie nouvelle. Elle nous fait connaître ce qu'on peut appeler le pourquoi et le combien des phénomènes, elle nous en laisse ignorer le comment* Ainsi nous voyons bien que dans sa détente la vapeur transforme en travail ou en force vive une partie de la chaleur qu'elle contient; nous comprenons que les courants induits sont nécessaires à l'exercice simultané de la puissance motrice et de la puissance calorifique des courants ; mais dans l'un et dans l'autre cas le mécanisme propre des phénomènes, le jeu des forces élémentaires nous demeure inconnu.... (Verdet, Œuvres, t. VII. Leçons Bur la théorie mécanique de la chaleur^ p» lxxx.)

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