‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 38 sur 120 · FOURIER · texte numérisé non relu

FOURIER

La chaleur rayonnante.

Joseph Fourier, né à Auxerre en 1768, fut admis, sur la recommandation de l'évêque d'Auxerre, à l'École militaire dirigée par les Bénédictins de Saint -Maur. Professeur à rÉcole polytechnique récemment fondée, il lit partie avec Monge et Berthollet de Texpédition d'Egypte en 1798 et fut secrétaire perpétuel de l'Institut d'Egypte. Nommé préfet de risère en 1802, il occupa ces fonctions jusqu'à la fin de l'Empire. 11 signala son administration par une œuvre d'une grande importance : le dessèchement des marais de Bourgoin.

Élu à l'unanimité membre de l'Académie des sciences en 1817, dans la section de physique, il fut bientôt élu en outre à TAcademie française. 11 mourut en 1830.

Il a publié sur la chaleur des études d'une haute importance.

La chaleur se présente dans les phénomènes naturels et dans ceux qui sont le produit de Fart sous deux formes entièrement distinctes, que Fourier a envisagées séparément. J'adopterai la même division, en commençant toutefois l'analyse historique que je dois vous soumettre par la chaleur rayonnante.

Personne ne peut douter qu'il n'y ait une différence physique, bien digne d'être étudiée, entre la boule de fer à la température ordinaire qu'on manie à son gré, et la

FOURIER. 2il

boule de fer de même dimension que la flamme d'un fourneau a fortement échauffée, et dont on ne saurait approcher sans se brûler. Cette différence, suivant la plupart des physiciens, provient d'une certaine quantité d'un fluide élastique, impondérable, ou du moins impondéré, avec lequel la seconde boule s'était combinée dans l'acte de réchauffement. Le fluide qui, en s'ajoutant aux corps froids, les rend chauds, est désigné par le nom de chaleur ou de calorique.

Les corps inégalement échauffés, placés en présence, agissent le» uns sur les autres^ même à de grandes distances, même à travers le vide, car les plus froids se réchauffent et les plus chauds se refroidissent; car, après un certain temps, ils sont au même degré, quelle qu'ait été la différence de leurs températures primitives.

Dans l'hypothèse que nous avons signalée et admise, il n'est qu'une manière de concevoir cette action à distance : c'est de supposer qu'elle s'opère à l'aide de certains effluves qui traversent l'espace en allant du corps chaud au corps froid; c'est d'admettre qu'un corps chaud lance autour de lui des rayons de chaleur, comme les corps lumineux lancent des rayons de lumière.

Les effluves, les émanations rayonnantes à l'aide desquelles deux corps éloignés l'un de l'autre se mettent en communication calorifique, ont été très convenablement désignés sous le no'm de calorique rayonnant.

Le calorique rayonnant avait déjà été, quoi qu'on en ait dit, l'objet d'importantes expériences, avant les travaux de Fourier. Les célèbres académiciens del Cimento trouvaient, il y a près de deux siècles, que ce calorique se réfléchit comme la lumière ; qu'ainsi que la lumière, un miroir concave le concentre à son foyer. En substituant des boules de neige à des corps échauffés, ils allèrent même jusqu'à prouver qu'on peut former des foyers frigorifiques par voie de réflexion.

Quelques années après, Mariotte, membre de cette

Académie, découvrit qu'il existe différentes natures de calorique rayonnant; que celui dont les rayons solaires sont accompagnés, traverse tous les milieux diaphanes aussi facilement que le fait la lumière; tandis que le calorique qui émane d'une matière fortement échauffée, mais encore obscure, tandis que les rayons de calorique, qui se trouvent mêlés aux rayons lumineux d'un corps médiocrement incandescent, sont arrêtés presque en totalité dans leur trajet au travers de la lame de verre la plus transparente I

Cette remarquable découverte, pour le dire en passant, montra combien avaient été heureusement inspirés, malgré les railleries de prétendus savants, les ouvriers fondeurs qui, de temps immémorial, ne i*egardaient la matière incandescente de leurs fourneaux qu'à travers un verre de vitre ordinaire, pensant, à l'aide de cet artifice, arrêter seulement la chaleur qui eût brûlé leurs yeux.

Dans les sciences expérimentales, les époques de brillants progrès sont presque toujours séparées par de longs intervalles d'un repos à peu près absolu. Ainsi, après Mariotte, il s'écoule plus d'un siècle sans que l'histoire ait à enregistrer aucune nouvelle propriété du calorique rayonnant. Ensuite, et coup sur coup, on trouve dans la lumière solaire des rayons calorifiques obscurs, dont l'existence ne saurait être constatée qu'avec le thermomètre, et qui peuvent être complètement séparés des rayons lumineux à l'aide du prisme ; on découvre, à Tégard des corps terrestres, que l'émission des rayons calorifiques, et cottséquemment que le refroidissement de ces corps est considérablement ralenti par le poli des surfaces; que la couleur, la nature et l'épaisseur des enduits dont ces mêmes surfaces peuvent être revêtues, exercent aussi une influence manifeste sur leur pouvoir émissif ; l'expérience enfin rectifiant les vagues prévisions auxquelles les esprits les plus éclairés s'abandonnent eux-mêmes avec tant d'étourderie, montre que les rayons calorifiques qui s'élan-

Page 1