‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 5 sur 120 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

C'est Galilée qui, en s'attaquant le premier, avec éclat et à ses dépens, à l'autorité absolue d'Arislole, a véritablement fondé la méthode expérimentale. C'est à lui qu'il convient de faire remonter Forigine de la physique moderne, et il est naturel que son nom soit le premier à se rencontrer dans ce I recueil.

Son procès a été l'objet d'un nombre considérable d'études

, et de publications de genre et d'étendue fort variables. Mais

ses œuvres, plusieurs fois réimprimées en Italie, n'ont jamais

! été, sauf d'assez courts fragments, traduites en français. C'est

. une lacune singulièrement regrettable, et il est fort à désirer

qu'elle soit bientôt comblée.

Nous donnerons à la suite d'une courte notice sur sa vie et ■ses œuvres, la liste de ses ouvrages, puis celle de quelques- . unes des meilleures études sui* sa vie et sur son procès.

Galilée est ûé à Pise le 18 février 1564 d'une famille noble;

mais sans fortune. 11 fit ses premières études au monastère de Valiombrosa. Puis il étudia la médecine à Pise (1581) dans la pensée d'en faire sa carrière. Mais, entraîné par son goût pour les mathématiques, il abandonna bientôt la médecine, non sans résistance de la part de son père, pour se livrer entièrement à ses études préférées (1585). Nommé professeur à Pise, à Fàge de vingt-cinq ans, en 1589, par la protection du cardinal Del Monte, il y resta jusqu'en 1592. C'est à cette époque que se rapportent la découverte des lois de la chute des corps et les premières études sur le pendule (loi de l'isochronisme). Il . passa en 1593 au service de la république de Venise, comme professeur à Padoue.

En 1609, à l'aide de la lunette hollandaise, reconstituée par lui sur des indications très sommaires et nommée depuis lunette de Galilée, il découvrit en quelques jours les quatre Satellites de Jupiter, les taches du Soleil *, les montagnes de la lune, plusieurs étoiles nouvelles, les phases de Vénus, etc. Il annonça ces découvertes dans un écrit intitulé Nuntius sidereus, qui parut à Florence en mars 1610 et qui eut un immense retentissement. La même année (1610), rappelé par le grand-duc de Toscane, Ferdinand, qui lui assura de nombreux avantages, il revint s'établir à Florence; il avait alors quarante-six ans.

A cette époque aussi commencent les luttes ardentes qu'il eut à soutenir contre les péripatéticiens d'abord, qui ne lui pardonnaient pas de s'attaquer à l'autorité d'Aristote, puis contre les théologiens. Dans le mois de mai 1612, il écrivait au prince Cesi ^ à Rome :

Quant aux taches solaires, je conclus finalement, et je crois pouvoir démontrer d'une façon péremptoire, qu elles sont contiguës à la superficie du corps du Soleil, où elles s'engendrent et se dissolvent continuellement, à peu prùs comme les nuages autour de la terre; et s'en vont portées circulairement par le même corps qui tourne sur lui-même dans l'intervalle d'environ un mois lunaire....

1. Aperçues un peu avant lui, mais à son insu, par Fabricius et par le P. Scheiner. — J. G.

2. Président de l'Académie des Lyncoi à Rome, dont Galilée fainait partie. — J. G.

Je ppésume que ces nouveautés feront les funérailles, ou plutôt la fin et le jugement dernier de la pseudo-philosophie, des signes en étant déjà ainsi apparus dans la lune et le soleil. Et je m'attends à ouïr à ce sujet de grandes choses proclamées par les péripatétiques, pour maintenir Timmutabilité des cieux, laquelle je ne sais pas comment, elle pourra être sauvée et conservée, quand le soleil lui-même en montre à nos yeux des effets si manifestes *. — C'est, continue M. Biot*, ce que les parr tisans des anciennes doctrines voyaient tout aussi bien que lui, avec plus de frayeur; et, après avoir crié, soutenu autant qu'ils l'avaient pu, que les observations de Galilée étaient fausses, ils s'étaient réfugiés à dire, et à prétendre, que l'idée de supposer la terre en mouvement et le soleil immobile, est contraire au texte de l'Écriture, conséquemment hérétique, et inadmissible catholiqueraent. Par malheur,Galilée eut l'imprudence de leur fournir des armes contre lui-même en les suivant sur ce terrain.

En vain, ses amis, notamment les cardinaux Bellarmin et Del Monte, et le cardinal Maffeo Barberini, qui fut depuis le pape Urbain VIII, lui firent-ils dire que, « s'il voulait se borner à présenter sa doctrine au titre de spéculations mathématiques, on avait l'espérance qu'il ne serait pas inquiété » 3, il ne put se résoudre à xette prudence et, dans des écrits nombreux, il s'appliqua à discuter avec les théologiens, à présenter de nouvelles interprétations des Écritures. Ses ennemis profitèrent habilement de l'avantage qu'il leur offrait. Ces luttes remplirent plus de vingt années de sa vie. Nous ne pouvons -songer à les raconter ici. Nous nous bornerons à indiquer à la suite de cette notice quelques-uns des très nombreux ouvrages où elles sont le mieux racontées. Rappelons seulement quelques dates.

1. Opère complète di Galileo Galilei (édit. de Florence, 16 vol in-8, 1842-1856), t. VI, p. 181.

2. BiOT, Mélanges scientifiques et littéraires, t. III, p. 2.

3. BiOT, toe. dt, — Veî<turi, Memorie e lettere inédite di Galileo Galilei, t. î, p. 220 et 221. Modène, 2 vol. in-4, 1818 et 1821.

Terminée une première fois par le décret du 23 février 1616 qui condamnait la doctrine du mouvement de la terre, mais sans nommer Galilée, la querelle recommença en 1623 après la ^lort du pape Paul V et l'avènement du cardinal Barberini, sous le nom d'Urbain VIII. Après de longues péripéties et des luttes ardentes, elle aboutit le 22 juin 1633 à la condamnation formelle et personnelle de Galilée par le tribunal de l'Inquisition. Les dernières études sur ce célèbre procès ont établi deux points importants : Galilée ne fut pas mis à la torture, et l'arrêt de condamnation, signé par une partie seulement des cardinaux qui composaient le tribunal * (sept sur dix), ne reçut jamais la sanction et la signature du pape. Il a donc la valeur d'un jugement rendu par un très haut tribunal, mais il n'engage en aucune façon la doctrine même de l'Eglise et l'autorité pontificale.

Galilée était condamné à être enfermé dans les prisons du Saint-Office. Le pape Urbain VIII commua immédiatement la peine en réclusion dans le palais de l'ambassadeur de Toscane, Nicolini, au jardin de la Trinité des Monts. Quelques jours après, il partait pour Sienne et passait cinq mois chez son ami le cardinal Piccolomini, entouré d'hommages, mais prisonnier. Il quitta Sienne à la fin de 1633 pour se retirer à Arcetri, près de Florence, dans une villa achetée dans le voisinage du couvent de San Matteo où sa fille Marie-Céleste était religieuse. C'est là qu'il passa les dernières années de sa vie, prisonnier sur parole, mais soumis à la surveillance de l'Inquisition. Il y fut visité en 1636 par le comte de Noailles, ambassadeur de France à Rome ; il lui remit le manuscrit de son célèbre ouvrage Dialoghe délie nuove scienze, qui fut imprimé à Leyde par les Elzévirs en 1638. Il devint aveugle vers le même temps. «, Ce ciel, ce monde, cet univers que par mes observations merveilleuses et mes évidentes démonstrations j'avais agrandi cent et mille fois au delà de ce qu'avaient cru les savants de tous les siècles passés, sont maintenant devenus pour moi si restreints et si diminués, qu'ils ne s'étendent pas au delà de l'espace occupé par ma personne. » {Lettre de Galilée à Diodati^ du 2 janvier 1638.)

1. Voir dans Biot {loc. cit., p. 45) le texte latin de la condamaation de (îalilée, la liste des juges et celle des signataires de Tarr^t.

GAULEE. 5

Ses amis, Peri, Settini, Torricelli, Viviani, etc., et son fils Vincenzo Galilei adoucirent la fin de sa vie. 11 mourut le 8 janvier 1642, à Tàge de soixante-dix-sept ans et dix mois, dans les sentiments de la plus grande piété.

C'est dans ses leçons, ses conversations et ses lettres que Galilée exposait d'abord ses idées et ses découvertes. Les premiers ouvrages publiés par lui sont en général d'une date bien postérieure. Il en résulte une grande difficulté pour fixer la date de .plusieurs des découvertes qui lui sont attribuées. Il en est ainsi notamment de la reconstitution de la lunette hollandaise ou lunette de Galilée, de l'application du pendule aux horloges, de la découverte du thermomètre, de Texpérience montrant que l'air est pesant, etc.

Nous nous bornerons à indiquer sommairement la liste et le contenu des principaux ouvrages de Galilée, en nous servant surtout de la notice d'Arago *.

Sa première publication importante est le Nuntius sidereus (Firenze, mars 1610, in-4), dont nous avons parlé plus haut. En voici le titre complet, qui contient le résumé des découvertes décrites dans cet ouvrage : Sidereus nuncius magna Iongcque adndrabiUa spectacula pandens siiscipiendaque proponem unicuique, prœsertim vero philosophis atque astronomiSy quge a Galilei ùalileo, patricio florentino, patavii gymnasii publico mathematico perspidlli nuper a se reperti beneficio sunt ol)servata in lunœ fade, fixis innumenSy lacteo circulo, stellis nebulosis^ apprime vero in quatuor planetis circa Jovis stellam disparibus intervallis atque periodis celeritate mirabili circumvolutiSy quos nemini in leone usque diem cognitos novissime auctor deprehendit primus atque medicea sidéra nunciipandos decrevit.

1612. — Discorso intorno aile cose, che stanno in sii Vacqua o che in quella muovono. Firenze, in-4. — Ouvrage consacré à la défense d'Archimède contre les attaques des péripatéliciens. Le principe des vitesses virtuelles s'y trouve énoncé pour la première fois.

1643. — Storia e dimostrazioni intorno aile machie solari in Ire lettere stritte da .... Roma, in-4.

1623. — // saggiatgrcj net quale si ponderano le cosc contenutr nella libra astronomica c filosofica di Lotano Sarsi, scritto in

i. Arago, Œuvres. Notices biographiques, t. Ill, p. 264'296«

b LA PESANTEUR.

f(yirma di lettera, dal signor Galileo Galilei. Roma, in-4. — C'est une dissertation sur la nature des comètes. « Considéré, dit Arago, par des juges compétents comme un chef-d'œuvre de style, de dialectique, de fine plaisanterie, le Saggiatore m'a paru d'une prolixité fatigante. »

4632. — Dialogo suprà i due mastissimi sistemi del mondo^ Tolemaico e Copernicano. Firenze, in-4. — Ce sont les fameux dialogues qui entraînèrent la condamnation de Galilée. Il y en a quatre, entre Salviati, noble florentin, Sagredo, noble vénitien, tous deux anciens protecteurs de Galilée, qui soutiennent le système de Copernic, et Simplicius, péripatéticien, qui le combat. Les Dialogues ont été traduits en latin et publiés sous le titre : Systema cosmicum, auctore Galileo Galilei, à Strasbourg, en 1635; à Lyon, en 1641; à Leyde, en 4699. Arago regrette vivement qu'au lieu d'employer la forme didactique, Galilée ait préféré celle des dialogues. « Je pourrais, dit-il (loc. cit., p. 284), conseille r aux observateurs de ne pas perdre leur temps à cette lecture. Les choses les plus simples y sont exposées avec une prolixité qui, à notre époque, n'aurait pas d'excuses. Il faut y chercher les vérités dignes d'être retenues, et elles sont nombreuses, au milieu des fades compliments que s'adressent Salviati, Sagredo et Simplicius. »

1634. -— Lettera a madama Christina, Leyde. — Galilée y discute ses découvertes au point de vue théologique et propose une interprétation nouvelle de la Bible. Cette lettre avait été écrite et répandue bien longtemps avant sa publication à Leyde.

1638. — Discorsi e^dimostrazione matematiche intorno a due nuove scienze attenenti alla mecanica e i movimenti locali, Leyde. Appresso gli Elzevirii, 1638, in-4. — Cet ouvrage dont nous avons raconté plus haut la publication est, d'après Lagrange, Arago, Biot, l'œuvre la plus considérable de Galilée, celle qui montre le mieux le génie extraordinaire de l'auteur.

Il est partagé aussi en quatre journées ou dialogues entre les mêmes interlocuteurs, Salviati, Sagredo et Simplicius.

L'objet de la première journée ou du premier dialogue est le suivant : Scientia 7iuova primai intorno alla rcsistenza de i corpi solidi aW essere spezzati. Les lois du pendule découvertes par Galilée depuis longtemps y sont pour la première fois formulées avec netteté. Nous les citons plus loin dans l'histoire du pendule.

. (iALILEE. 7

Dans la deuxième journée : Quai potcsse esser la causa di tal coérenza^ Galilée étudie longuement la théorie du levier.

La troisième et la quatrième journée, intitulées : de Motu locaH et de Motu projectorum, ont en grande partie la forme didactique et sont divisées, comme le sera plus tard le livre des principes de Newton, en définitions, axiomes, théorèmes, propositions. Toute la partie didactique y est en latin; seules, quelques portions de dialogues contenant des développements ou discussions sur le texte latin des propositions sont en italien. C'est dans ces deux journées que se trouvent exposées les lois du mouvement uniforme, du mouvement uniformément accéléré, les lois de la chute des corps suivant la verticale ou sur un plan incliné :

« Si aliquod mobile motu uniformiter accelerato descendat ex quiète; spatia, quibuscunque temporibus ab ipso peracta, sunt inter se in duplicata ratione eorumdem temporum; neinpe ut eorumdem temporum quadrata »

(p. ni).

« Si super piano inclinato, atque in perpendiculo, quorum eadem sit altitudo, feratur ex quiète idem mobile ; tempora lationum erunt inter se, ut plani ipsius, et perpendiculi longitudines » (p. 177).

« Tempora lationum super planis œqualibus, sed insequaliter inclinatis, sunt inter se in subdupla ratione elevationum eorumdem planorum permutatim accepta » (p. 178).

« Projectum dum fertur motu composito ex horizontal! œquabili, et ex naturaliter accelerato deorsum, lineam semiparabolicam describit in sua latione » (p. 237).

A la suite des quatre journées se trouve un appendice,

in qua continentur theoremata, eorumque demonstrationes, quœ ab eodem autore circa centrum gravitatis solidorum olim conscripta fuerunt.

Les lois de la composition des forces y sont développées. Cet ouvrage de Galilée est le seul dont il existe une traduc-

lion française, malheureusement très ancienne, insufOsante et difficile à trouver, sous ce titre : Les nouvelles pensées de Galilée, où il est traité de la proportion des mouvements naturels et viole7its. Paris, 1639, in-8.

1640. — La opcrazione del compasso geometrico et militare, Padova, in-8.

Les œuvres de Galilée, Opère complète di Galileo Galilei, ont été rééditées plusieurs fois : en 1744, Padova, 4 vol. )n-4; — en 1808, Milano, 13 vol. in-8.

Enfin Alberi en a donné une édition complète : Opère corn-' plete di Galileo Galilei. Firenze, 1842-46, 16 vol. in-8.

Nous indiquerons maintenant quelques-uns des principaux ouvrages sur Galilée.

ViviANi, Vita di Galileo^ dans Quinto libro degli elementi d*Euclide, 1674. — Targioni-Tozzettï, Atti et memorie inédite delV Academia del Cimento. Firenze, 1680, 3 vol. in-4. — Nelli (Clé ment), VHa e commercio litterario di Galileo Galilei. 3 vol. in-8

— Arago, Notices biographiques, t. UI, 1855, in-8. — Biot, Mélanges scientifiques et littéraires, t. Il et IIÏ, 1858, in-8. — J. Beutrand, Galilée et ses travaux, dans Revue des Deux-Mondes 1^»' novembre 1864, et dans les Fondateurs de l'astronomie moderne, 1865, in-8. — Martin (Th. -H.), Galilée, les droits de la science et la méthode des sciences physiques. Paris, 1868. — Gilbert, le Procès de Galilée. Louvain, 1869. — Gilbert, la Condamnation de Galilée. Bruxelles, 1869. — L'Epinois (Henri de), la Question de Galilée. Les faits et leurs conséquences, Paris-Bruxelles, 1878, 1 vol. in-12. Ce volume, très complet et très intéressant, contient une bibliographie étendue des écrits sur Galilée. — Valson, les Savants illustres du XV I'^ et du XVIV siècle, Paris-Bruxelles, 1880, 2 vol. in-12. — Marie (Maximilien), Histoire des sciences mathématiques et physiques, 12 vol. pet. in-8; Paris, Gauthier- Villars, 1883-1888; t. III. — Poggendorff, Histoire de la physique; traduit par MM. Bibart et de la Quesnerie. Paris, Dunod, 1883.

— Antonio Favaro, Galileo Galilei é lo studio di Padova, Firenze, 1883, 2 vol. in-8.

Quant au manuscrit du procès, contenant tous les actes qui y sont relatifs, il a subi de nombreuses vicissitudes. Enlevé lors de la prise de Rome par les troupes de Napoléon, et transporté à Paris, il ne fut restitué au Saint-Siège, malgré de nombreuses réclamations, qu'en 1846 ou 1847. Déposé aux Archives du

Vatican en 1850, après le retour de Pie IX à Rome, il y est resté. Publié en partie en 1850, puis en 1857, il fut publié intégralement en 1877, par M. de l'Epinois sous ce titre : les Pièces du procès de Galilée^ Rome et Paris, 1877, in-8; et quelques mois après, en Allemagne, par M. de Gebler. — J. G.

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