‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 56 sur 120 · GrimaldI) Physico^mathesis de lumine. Bologne, i · texte numérisé non relu

GrimaldI) Physico^mathesis de lumine. Bologne, i

se répandre dans l'ombre des corps : « Il est vrai que les rayons, passant le long d'un corps, s'infléchissent un peu, comme je l'ai fait voir plus haut; mdiis cette inflexion ne se fait pas vers l'ombre, elle se fait du côté opposé et seulement lorsque les rayons t)a8sent à une très petite distance du corps, après quoi ils se propagent en ligne droite ». On a peine à concevoir comment l'inflexion de la lumière dans Tintérieur des omhres a pu échapper à un aussi habile observateur, surtout quand on réfléchit qu'il avait fait des expériences sur les corps les plus étroits, puisqu'il a même employé des cheveux. On serait tenté de croire que ses préventions théoriques ont pu contribuer, jusqu'à- un certain point, à lui fermer les yeux sur ces phénomènes importants, qui aff'aiblissaient beaucoup l'objection principale sur laquelle il fondait la supériorité de son système.... (Fresnel, Œuvres, t II, p. 7.)

Dd la double tétt&ciion et de la polarisatioii.

Lorsqu'on fait tomber un faisceau lumineux sur une des faces naturelles d'un rhomboïde de spath calcaire, il se divise dans son intérieur en deux autres faisceaux, qui suivent des routes différentes, et présentent ainsi deux images des objets vus au travers du rhomboïde* On a donné le nom de double réfraction à ce phénomène, ainsi qu'à tous ceux du même genre que produisent beaucoup d'autres cristaux, quand on les taille en prismes pour rendre plus sensible la séparation des deUx images.

Mais cette bifurcation de la lumière n^est pas le seul fait remarquable qu'offre la double! t^éfràction : chacun des deux faisceaux dans lesquels se divisent les rayons incidents jouit de propriétés singulières, qui établissent des différences entré ses côtés. Pour décrire avec précision les phénomènes qu'elles présentent, il est nécessaire d'employer et de faire connaître les expressions usitées.

Dans les cristaux où les lois de la double réfraction sont réduites à leur plus grande simplicité, il est toujours une certaine direction autour de laquelle les choses se passent de la même manière de tous les côtés, qu'on appelle l'axe du cristal. Il ne faut pas le regarder comme une ligne unique; on peut concevoir autant d'axes dans un cristal que de lignes parallèles à cette direction ; et cependant celui-ci porte le nom de cristal à un seul axe, si d'ailleurs il y a une parfaite similitude dans les phénomènes optiques tout autour de l'axe. On voit que ce terme perd ici son acception ordinaire et devient synonyme de direction. On conçoit que la direction de l'axe tient à l'arrangement cristallin des particules du milieu, et qu'elle doit avoir, relativement à leurs faces ou leurs lignes de cristallisation, une position déterminée, qui reste toujours la même dans le cristal, de quelque manière qu'on le présente aux rayons incidents.

Il existe des cristaux où la similitude autour de l'axe n'a pas lieu, et où il en résulte la manifestation de deux directions particulières plus ou moins inclinées entre elles, qui présentent des phénomènes semblables à ceux qu'on observe suivant l'axe lorsque tout est pareil autour de lui : on les appelle cristaux à deux axes. Mais nous ne parlerons que des cristaux à un axe, dont les propriétés optiques sont plus simples et plus faciles à saisir.

On appelle section principale le plan mené par l'axe perpendiculairement à la surface du cristal. Comme notre objet n'est pas d'exposer ici toutes les manières diverses dont les rayons lumineux sont brisés par les cristaux, mais seulement leur mode de propagation dans ces milieux, et les propriétés optiques qu'ils y prennent, nous supposerons pour simplifier les raisonnements, que les rayons incidents sont toujours perpendiculaires aux faces du cristal, et compris ainsi dans le plan de sa section principale : quand nous voudrons étudier leuf

marche dans des directions diverses par rapport à Taxe, nous supposerons chaque fois que les faces d'entrée et de sortie ont été taillées perpendiculairement èi ces directions.

Cela posé, on remarque dans le carbonate de chaux, dont la double réfraction est très forte, qu'un des deux faisceaux prend une direction oblique à la surface, quoique les rayons incidents lui soient perpendiculaires; tandis que l'autre n'éprouve aucun brisement, conformément à la loi ordinaire de la réfraction; aussi dit-on de celui-ci qu'il est réfracté ordinairement ^ et de l'autre qu'il est réfracté extraordinairement ; et, pour les distinguer l'un de l'autre, on leur donne les mêmes noms qu'au mode de réfraction qu'ils éprouvent; ainsi l'on appelle faisceau ordinaire celui qui subit la réfraction ordinaire, et faisceau extraordinaire celui qui éprouve la réfraction extraordinaire : on donne pareillement le nom d'image ordinaire à celle qui est produite par les rayons ordinaires, et le nom d'image extraordinaire à celle qui provient des rayons extraordinaires. Dans les autres cristaux doués de la double réfraction, tels que le cristal de roche, la même bifurcation a lieu dans les mêmes circonstances, mais si faiblement qu'il faudrait des plaques très épaisses pour la rendre sensible. On y parvient plus aisément en taillant le cristal de manière que la face de sortie soit inclinée sur la première; ce qui fait que les deux faisceaux, ne sortant plus dans des directions parallèles, finissent toujours par se séparer, si on les suit un peu loin. Mais, sans nous occuper des détails des expériences qui établissent les lois générales de la double réfraction, nous exposerons seulement les principaux résultats auxquels elles ont conduit.

Il est à remarquer d'abord que, lorsque les rayons incidents sont perpendiculaires à la surface du cristal, comme nous le supposons, la déviation du faisceau extraordinaire se fait toujours suivant le plan de la section

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principale, et ensuite que cette déviation devient nulle toutes les fois que les rayons traversent le cristal parallèlement ou perpendiculairement à Taxe.

L'observation a démontré que, lorsque les rayons sont parallèles à Taxe, ils ne suivent pas seulement la même direction, mais parcourent le cristal avec la même vitesse; et quand ils sont perpendiculaires à Taxe, c'est au contraire alors que leurs vitesses de propagation diflFèrent le plus, quoiqu'ils suivent encore la même route. La vitesse de propagation des rayons ordinaires est la même dans toutes les directions, et c'est pour celst qu'ils sont assujettis aux lois ordinaires de la réfraction. La vitesse des rayons extraordinaires varie suivant l'angle qu'ils font avec l'axe; et l'on jugé de cette vitesse, dans le système des ondulations comme dans celui de l'émission, par le brisement qu'ils éprouvent à leur entrée et leur sortie sous des incidences obliques, lequel donne le rapport entre les sinus des angles d'incidence et de réfraction. Les expériences de Huyghens, de M. Wollaston et de Malus sur le carbonate de chaux, et les observations nombreuses de M. Biot sur le cristal de roche, dans lesquelles il a porté à un haut degré de précision les mesures angulaires de la double réfraction, démontrent que la différence entre les carrés des vitesses de propagation des rayons ordinaires et extraordinaires est proportionnelle au carré du sinus de l'angle que la direction de ceux-ci fait avec l'axe, si l'on calcule les vitesses d'après l'hypothèse de l'émission, comme l'a fait le célèbre auteur de la Mécanique céleste ; et dans la théorie des ondulations, c'est entre les quotients de l'unité divisée par les mêmes carrés qu'existe cette relation; car les rapports des vitesses sont toujours inverses dans les deux systèmes. Cette loi importante, dont la découverte est due au génie de Huyghens, nous représente comme des conséquences les faits que nous venons d'exposer : les deux espèces de rayons auront la même vitesse dans la direction de Taxe, puisque alors

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ce sinus est égal à zéro ; et la différence de vitesse croîtra graduellement avec ce sinus à mesure qu'ils s'éloignent de Taxe, jusqu'à ce qu'ils lui soient perpendiculaires, direction où elle atteindra son maximum.

Cette différence de vitesse est positive dans certains cristaux, et négative dans d'autres; c'est-à-dire que dans les uns les rayons ordinaires marchent moins vite que les rayons extraordinaires, et que dans les autres au contraire ils ont plus de vitesse. Le carbonate de chaux ou spath calcaire offre un exemple du premier cas, et le cristal de roche du second.

Voilà l'exposé succinct des principes généraux de la marche des rayons ordinaires et extraordinaires dans le cristal : revenons maintenant aux propriétés physiques qu'ils manifestent à leur sortie, lorsqu'on leur fait traverser un second cristal capable, comme le premier, de diviser la lumière en deux faisceaux distincts *.

Considérons successivement chacun des deux faisceaux qui sortent du premier rhomboïde de spath calcaire, et d'abord celui qui a été réfracté ordinaiirement. Les deux nouveaux faisceaux qu'il produit en traversant le second rhomboïde ne sont d'égale intensité qu'autant que la section principale du second cri&tal fait un angle de 45^ avec celle du premier ; pour toutes les autres positions, les deux faisceaux ou les deux images qu'ils donnent, ont des intensités inégales, et même un d'eux s'évanouit entièrement lorsque la section principale du second rhomboïde est parallèla ou perpendiculaire à celle du premier ; quand elle lui est parallèle, c'est l'image extraordinaire qui s'évanouit, et l'image ordinaire parvient en même temps à son maximum d'éclat ; quand la section principale du second

1. J'emploierai dorénavant l'expression de faisceau, empruntée à la théorie de l'émission pour désigner en général un système d'ondes qui se sépare des autres par sa direction, ou même simplement par sa différence de vitesse.

rhomboïde est perpendiculaire à Celle du premier, c'est au contraire Timage ordinaire qui disparaît, Timage extraordinaire qui atteint son maximum. Le faisceau extraordinaire sorti du premier rhomboïde présente, en traversant le second, des effets inverses; son image ordinaire devient nulle quand la section principale du second cristal est parallèle à celle du premier; elle atteint son maximum, au contraire, quand la section principale du second cristal est perpendiculaire à celle du premier, et c'est alors l'image extraordinaire qui s'évanouit. En résumant, nous voyons donc que chaque faisceau produit par une des deux réfractions du premier cristal se partage généralement entre les deux réfractions dans le second, mais en portions inégales, tant que la section principale du second cristal ne fait pas un angle de 45° avec celle du premier; qu'il n'éprouve plus qu'un seul mode de réfraction dans le second cristal quand la section principale de celui-ci est parallèle ou perpendiculaire à celle du premier, et que cette nouvelle réfraction est de même nature dans le premier cas, et de nom contraire dans le second.

11 résulte de ces faits que les deux faisceaux produits par la double réfraction n'ont pas les mêmes propriétés optiques tout autour de leur direction, puisqu'ils subissent tantôt la réfraction ordinaire et tantôt la réfraction extraordinaire, selon que la section principale du second cristal est dirigée suivant un certain plan ou perpendiculairement à ce plan. Si donc on mène des lignes droites perpendiculaires aux rayons suivant ces plans, et qu'on les conçoive emportées par le système d'ondes dans sa marche, elles indiqueront les deux sens dans lesquels il présente des propriétés optiques opposées.

Malus a donné le nom de polarisation à cette singulière modification de la lumière, d'après une hypothèse que Newton avait imaginée pour expliquer le phénomène ; ce grand géomètre supposait que les molécules lumineuses ont deux sortes de pôles, ou plutôt de faces, jouissant de

propriétés physiques différentes; que dans la lumière ordinaire les faces de même espèce des diverses molécules lumineuses sont tournées dans toutes sortes de sens, mais que par Faction du cristal les unes se trouvent dirigées parallèlement à sa section principale et les autres perpendiculairement, et que le genre de réfraction qu'éprouvent les molécules lumineuses tient au sens dans lequel leurs faces sont tournées relativement à la section principale. On conçoit qu'on peut, en effet, représenter les faits avec cette hypothèse. Sans m'arrêter à la discuter et à faire voir les difficultés, je dirais même les contradictions auxquelles elle conduit dans un examen approfondi, je ferai remarquer seulement qu'on peut aussi concevoir cette différence des propriétés optiques que présentent, dans deux sens rectangulaires, les faisceaux séparés par la double réfraction, en supposant dans les ondes lumineuses, des mouvements transversaux * qui ne seraient pas les mêmes dans les deux sens. Mais abandonnons toute idée théorique pour le moment, et continuons à étudier les faits.

Ce n'est pas seulement par son passage au travers d'un cristal qui la divise en deux faisceaux distincts que la lumière reçoit cette singulière modification; elle peut encore être polarisée par la simple réflexion sur la surface des corps transparents, ainsi que Malus l'a observé le premier. Si l'on fait tomber sur une glace non étamée un faisceau de lumière directe sous une obliquité de 35° environ comptés à partir de la surface, et qu'on place un rhomboïde de spath calcaire sur le trajet du rayon réfléchi, on remarque que les deux faisceaux dans lesquels il se divise en traversant le cristal ne sont d'égale intensité que lorsque la section principale du rhomboïde fait un

1. J'appelle mouvements transversatcx des oscillations des molécules éthérées qui s'exécuteraient perpendiculairement à la direction des rayons.

angle de 4p<».avec le plan de réflexion, et que pour toutes les autres directions de la section principale les intensités des images sont inégales : cette inégalité est d'autant plus sensible que la section principale s'écarte plus de Tangle de 45°; et enfiUv lorsqu'elle est parallèle ou perpendiculaire au plan d'incidence, l'une des deux images s'évanouit : c'est l'image extraordinaire dans le premier cas, et l'image ordinaire dans le second. On voit que la lumière réfléchie sur le verre, sou$ l'inclinaison 4e S^**, se comporte précisément comme le faisceau ordinaire sorti d'un rhomboïde dont la section principale aurait été dirigée dans le plan de réflexion. On dit du faisceau réfléchi qu'î7 est polarisé dans le plan de réflexion^ et pareillement du faisceau ordinaire sorti d'un rhomboïde de spath calcaire, qu'il est polarisé dans le plan de la section principale de ce cristal ; on doit donc dire aussi que le faisceau extraordinaire est polarisé perpendiculairement à la section principale, puisqu'il présente dans ce sens les mêmes propriétés que le faisceau ordinaire dans le plan de la section principale.

La polarisation complète de la lumière s'opère par réflexion à la surface de l'eau sous l'inclinaison de 37^ et, en général, à la surface des corps transparents sous une incidence telle que le rayon réfléchi soit perpendiculaire au rayon réfracté. La découverte de cette loi remarquable est due au docteur Brewster. Est-ce une;loi rigoureuse, ou n'est-elle qu'approximative? La question est difficile 4 décider ; mais la seconde hypothèse paraîtrait la plus probable,*.

Sous les autres incidences la polarisation n'est que partielle, c'est-à-dire qu'en faisant tourner le rhomboïde on ne voit jamais disparaître une image. Elles passent bien à la vérité par des degrés différents de clarté ; mais leurs

1. On sait que Fresnel est parvenu plus tard à donner une démonstration théorique de la loi de M. Brewster.

minima d'intensité, qui répondent toujours aux ménies directions de la section principale, ne sont plus égaux à zéro. Enfin, lorsque les rayons incidents sont perpendiculaires o^ presque parallèles à la surface, la lumière réfléchie n€| présente plus aucune trace de polarisation, c'est-à-dire que les deux images sont toujours d'égale intensité dans toutes les positions du rhomboïde.

Plusieurs corps opaques qui ne sont pas trop réfringents, tels que le marbre, les vernis noirs, etc., peuvent imprimer au^i une polarisation complète aux rayons qu'ils réfléchissent régulièrement sur leur surface; tandis que d'autres corps parfaitement diaphanes ou demi-transparents, mais, très réfringents, tels que le diamant ou le verre d'antimoine, ne la polarisent jamais parfaitement. Mais ce sopt surtout les métaux qui polarisent le moins bien la lumière qu'ils réfléchissent, même sous les inçi* dences les plus favorables. Il est à remarquer que les incidences qui répondent au maximum de polarisation se rapprochent d'autant plus de la surface que le corps réflé-. chissant e^t plus réfringent, autant qu'on en peut juger du moires ppir l'abondance de la lumière qu'il réfléchit, quand il est tout à fait opaque comme les métaux.

Les corps transparents ne polarisent pas seulement la lumière, par réflexion, ils la polarisent encore par réfraction, et d'autant plus que leur surface est plus inclinée relativppient jaux rayons; mais elle n'est jamais complètement polarisée de cette manière, à moins qu'on tue lui fasse traverser successivement plusieurs plaques parallèles :.H,en faut d'autant plus qu'elles sont moins inclinées sur les rayons incidents. Malus, auquel on doit encore la découverte de ce mode de polarisation, montra que les rayons transmis étaient polarisés dans un sens perpendiculaire à celui des rayons réfléchis; ainsi les premiers étant polarisés suivant le plan d'incidence, les seconds le sont perpendiculairement à ce plan. M. Arago a reconnu, par des expériences ingénieuses. qui lui fournissaient des

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moyens d'observation très précis, que la quantité de lumière polarisée par réflexion sur la surface est toujours égale à celle qui se polarise par réfraction. On peut généraliser renoncé de ce principe remarquable, et dire que, toutes les fois que la lumière se divise en deux faisceaux (sans qu'il y ait absorption), la même quantité de lumière polarisée dans Fun se retrouve dans l'autre polarisée suivant une direction perpendiculaire.... (Fresnel, Œuvres^ t. II, p. 91.)

Je bornerai ici cet extrait de mes mémoires.... J'ai cru devoir me borner èi exposer les propriétés les plus générales de la lumière et les faits élémentaires, si je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire ceux qui reviennent le plus fréquemment et dont les autres ne sont en quelque sorte que des combinaisons plus ou moins complexes. J'ai montré comment la théorie des ondulations pouvait les expliquer et fournir les moyens d'en représenter les lois par des expressions analytiques. Pour calculer les phénomènes si variés de la diffraction, celui des anneaux colorés produits par une lame mince d'air ou d'eau ou de tout autre milieu réfringent, la réfraction même, dans laquelle le rapport du sinus d'incidence au sinus des rayons réfractés est précisément celui des longueurs d'ondulations dans les deux milieux, les couleurs et les singuliers modes de polarisation que présentent les lames cristallisées, il suffit de connaître les diverses longueurs d'ondulation de la lumière dans les milieux qu'elle traverse; c'est la seule quantité qu'on soit obligé d'emprunter à l'expérience, et elle est la base de toutes les formules. Si l'on fait attention à ces relations intimes et multipliées que la théorie des ondulations établit entre les phénomènes les plus différents, on doit être frappé à la fois de sa simplicité et de sa fécondité, et convenir que, lors même qu'elle n'aurait pas sur le système de l'émission l'avantage d'expliquer plusieurs faits absolument inconcevables dans celui-ci, elle mériterait déjà la préférence

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par les moyens qu'elle donne de lier entre eux tous les phénomènes de Toptique en les embrassant dans des forniules générales.

Sans doute il reste encore beaucoup de points obscurs à éclaircir, surtout ceux qui tiennent à l'absorption de la lumière, tels que la réflexion sur les surfaces métalliques et les corps noirs, le passage de la lumière à travers les milieux imparfaitement transparents et les couleurs propres des corps. Il est probable que dans ces différents cas une partie de la lumière se trouve dénaturée et changée en vû)rations calorifiques qui ne sont plus sensibles pour nos yeux, parce qu'elles ne peuvent plus en pénétrer la substance ou faire vibrer le nerf optique h leur unisson, en raison des modifications qu'elles ont éprouvées. Mais la quantité totale de force vive doit rester la même, à moins que l'action de la lumière n'ait produit un effet chimique ou calorifique assez puissant pour changer l'état d'équilibre des particules des corps et avec lui l'intensité des forces auxquelles elles sont soumises ; car on conçoit que si ces forces s'affaiblissaient tout à coup, il en résulterait une diminution subite dans l'énergie des oscillations des particules du corps échauffé, et par conséquent une absorption de chaleur, pour me servir de l'expression usitée. C'est peut-être ainsi que les choses se passent quand un solide se liquéfie ou quand un liquide se vaporise.

Si la lumière n'est qu'un certain mode de vibration d'un fluide universel, comme les phénomènes de la diffraction le démontrent, on ne doit plus supposer que son action chimique sur les corps consiste dans une combinaison de ses molécules avec les leurs, mais dans une action mécanique que les vibrations de ce fluide exercent sur les molécules pondérables, et qui les oblige à de nouveaux arrangements, à de nouveaux systèmes d'équilibre plus stables, pour l'espèce ou l'énergie des vibrations auxquelles elles sont exposées. On voit combien l'hypo-

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thèse que rqn adopte $ur la nature de la lumière et de la chaleur peut changer la manière de concevoir leurs actions chimiques, et combien il importe de ne pas se méprendre sur la véritable théorie pour arriver enfin à la découverte des principes de la mécanique moléculaire, dont la connaissance jetterait un si grand jour sur toute la chimie. Si quelque chose doit contribuer puissamment à cette grande découverte et révéler les secrets de la constitution intérieure des corps, c'est Tétude approfondie des phénomènes de la lumière. (Fresnel, Œuvres, t. II, p. 1?9.)

La lettre suivante marque le point de départ des recherches d'Augustin Fresnel sur la théorie de la lumière. Elle est adressée à son frère Léonor, et datée de Nyons, 5 juillet 1814.

.... Passons à la lumière. Suivant le système de Newton, les molécules lumineuses s'élancent des corps radieux pour arriver jusqu'à nous. Mais n'est-il pas probable que, dans un corps qui lance de la lumière, les molécules lumineuses doivent être chassées avec plus ou moins de vitesse, puisqu'elles ne se trouvent pas tdutes dans les mêmes circonstances, et que vraisemblablement les unes sont exposées à une plus forte répulsion que lés autres *? Or, si l'on admet que les molécules luïnîneuses, en partant du soleil, par exemple, peuvetit avoir différentes vitesses, il s'ensuit qu'elles doivent avoir différents degrés de réfrangibilité. Mais les rayons de même couleur sont toujours également réfrangibles : il faut donc supposer que les différences de couleur viennent des différences de vitesse. Il s'ensuivrait que les premiers rayons qui nous arriveraient après une éclipse de soleil seraient des Tayons rouges; or, d'après un calcul que j'ai fait dans

1. Cela est si probable que beaucoup de physiciens supposent qu'il n'y a entre le calorique et la lumière d'autre diflférence que celle de vitesse.

cette hypothèse, mais dont je ne te garantis pas l'exactitude, il s'écoulerait assez de temps entre Tarrivée des rayons rouges et des rayons violets pour que nous nous aperçussions de la différence de couleur. Mais nous savons par Texpérience qu'il n'en est rien. — Tire-toi, ou plutôt tire-moi de là. Tu es dans la société des savants, et si tu n'en viens pas à bout toiit seul, tu peux avec leur secours pulvériser mes objections.

En attendant, je t'avoue que je suis fort tenté de croire aux vibrations d'un fluide particulier pour la transmission de la lumière et de la chaleur. On expliquerait l'uniformité de vitesse de la lumière comme on explique celle du son ; et Ton verrait peut-être dans les dérangements d'équilibre de ce fluide la cause des phénomènes électriques. On concevrait facilement pourquoi un corps perd tant de chaleur sans perdre de soû poids, pourquoi le soleil nous éclaire depuis si longtemps sans diminuer de volume, etc. (Frêsnel, Œuvres, L II, p. 821*)

Les idées de Fresnel sur la direction des vibrations lu mi* neuses ont reçu, récemment une conûrmation expérimentale, longtemps cherchée en vain, qui a fait ressortir la profondeur du génie de notre illustre compatriote. M. Cornu a décrit et apprécié cette expérience due à M. Otto Wiener, de Strasbourg, dans la séance de l'Académie des sciences du 26 janvier 1891.

Le problème de la direction des vibrations de la lumière polarisée manquait, jusqu'à ces derniers temps, d'une solution expérimentale directe. Fresnel, il est vrai, avait apporté tant de considérations décisives tirées des lois de la réflexion et de la double réfraction de la lumière en faveur de la normalité de la vibration au plan de polarisation, qu'aucun doute à ce sujet ne subsistait dans l'esprit de la plupart des physiciens. Toutefois l'obtention d'une preuve expérimentale directe était désirable : l'Académie l'avait mise plusieurs fois au concours, mais aucune réponse n'avait apporté la solution définitive de la question.

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L'Académie apprendra sans doute avec intérêt que cette démonstration vient d'être faite.

M. Cornu donne ensuite la description, qui ne saurait trouver place ici, de l'expérience de M. 0. Wiener. Il continue ainsi ^

Les vibrations de la lumière polarisée sont donc normales au plan de polarisation.

Cette belle expérience, complément longtemps désiré de celle de Fresnel et Arago, mérite de faire époque dans l'histoire de l'Optique : elle renverse définitivement les théories qui placent la vibration dans le plan de polarisation de la lumière, comme celle de Mac-Cullagh et Neumann; par contre, elle confirme d'une manière éclatante les idées de Fresnel et de ses disciples, notamment dans toutes les conséquences relatives à la double réfraction, à l'aberration, à la constitution de l'éther dans les milieux isotropes ou cristallisés.

Elle précise par un fait palpable le caractère dynamique de la vibration lumineuse, qui commençait à passer, dans l'esprit de certains géomètres, pour une conception abstraite, pour une entité symbolique indifféremment réduc* tible k des équivalences cinématiques très diverses.

En présence de ce fait, où l'expérimentateur dirige à son gré l'action mécanique de la vibration lumineuse comme celle de la vibration sonore, on ne peut plus affirmer que la vibration optique soit une simple abstraction géométrique et que nos connaissances sur sa nature se réduisent à dire que c'est un vecteur»

On conçoit qu'il puisse rester d'autres interprétations de l'oscillation lumineuse, mais le champ des équivalences acceptables se trouve maintenant singulièrement réduit. (Cornu, Comptes rendus de VAcad, des sciences y t. CXII, p. 186.)

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