‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 90 sur 120 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les puissances qui produisent les phénomènes chimiques sont toutes dérivées de l'attraction mutuelle des molécules des corps à laquelle on a donné le nom d'affinité, pour la distinguer de l'attraction astronomique.

Il est probable que l'une et l'autre ne sont qu'une même propriété; mais l'attraction astronomique ne s'exerçant qu'entre des masses placées à une distance où la figure des molécules, leurs intervalles et leurs affections particulières, n'ont aucune influence, ses effets toujours proportionnels à la masse et à la raison inverse du carré des distances peuvent être rigoureusement soumis au calcul : les effets de l'attraction chimique ou de l'affinité sont au contraire tellement altérés par les conditions particulières et souvent indéterminées, qu'on ne peut les déduire d'un principe général; mais qu'il faut les constater successivement. Il n'y a que quelquesuns de ces effets qui puissent être assez dégagés de tous les autres phénomènes, pour se prêter à la précision du calcul.

C'est donc l'observation seule qui doit servir à con-

stater les propriétés chimiques des corps, ou les affinités par lesquelles ils exercent une action réciproque dans une circonstance déterminée; cependant, puisqu'il est très vraisemblable que l'affinité ne diffère pas dans son origine de l'attraction générale, elle doit être également soumise aux lois que la mécanique a déterminées pour les phénomènes dus à l'action de la masse, et il est naturel de penser que plus les principes auxquels parviendra la théorie chimique auront de généralité, plus ils auront d'analogie avec ceux de la mécanique; mais ce n'est que par la voie de l'observation qu'ils doivent atteindre à ce degré, que déjà l'on peut indiquer.

L'effet immédiat de l'affinité qu'une substance exerce, est toujours une combinaison; en sorte que tous les effets qui sont produits par l'action chimique, sont une conséquence de la formation de quelque combinaison.

Toute substance qui tend à entrer en combinaison, agit en raison de son affinité et de sa quantité. Ces vérités sont le dernier terme de toutes les observations chimiques....

La chimie ne faisait que se grossir d'observations incomplètes, et de théories particulières qui n'avaient aucune liaison entre elles, qui se succédaient comme les caprices de l'imagination, et qui n'avaient aucun rapport avec les lois générales; orgueilleuse et isolée de toutes les autres connaissances, plus elle faisait d'acquisitions, plus elle s'éloignait du caractère des véritables sciences.

Ce n'est que depuis que l'on a reconnu l'affinité comme la cause de toutes les combinaisons, que la chimie a pu être regardée comme une science qui commençait à avoir des principes généraux : dès lors on a cherché à soumettre à un ordre régulier la succession des combinaisons, que différents éléments peuvent former, et à déterminer les proportions qui entrent dans ces combinaisons.

Bergmann donna beaucoup plus d'étendue à l'application de ce premier principe : il fit apercevoir la plupart

des causes qui pouvaient en déguiser ou en faire varier les effets : il fonda sur lui les méthodes des différentes analyses chimiques, qu il porta à un degré de précision inconnu jusqu'à lui.

Cependant un grand nombre de phénomènes dépendent de la combinaison de l'oxygène qui est la substance dont les affinités paraissent le plus actives ; et son existence même n'était point connue : il fallait suppléer par des hypothèses à l'action qu'il exerce. Priestley n'eut pas plutôt fait connaître cette substance qui joue un rôle si important, que Lavoisier en détermina les combinaisons, et rappela (ou rapporta) à cette cause réelle les nombreux effets qu'elle produit. Le grand jour que ses découvertes immortelles répandirent non seulement sur les phénomènes qui en dépendaient, mais encore sur l'action de plusieurs autres gaz découverts à la même époque, mérita à la révolution qu'il produisit l'honneur d'être regardée comme une théorie générale et nouvelle.

La considération précise d'une cause également puissante, par les modifications qu'elle introduit dans les résultats de l'affinité, celle de l'action de la chaleur était aussi nécessaire pour l'interprétation de la plupart des phénomènes : on devait à Black la découverte des propriétés fondamentales de la chaleur; elles avaient occupé après lui plusieurs physiciens ; mais elles furent soumises à des lois bien déterminées, dans un savant mémoire qu'on doit à Laplace et à Lavoisier.

On voit donc que la chimie a acquis de nos jours la connaissance de ces propriétés génératrices qui accompagnent toute action chimique, et qui sont la source de tous les phénomènes qu'elle produit : cette science a donc pu être fondée sur des principes dont l'application a fait faire des progrès rapides à toutes les connaissances qu'elle embrasse. (Berthollet, Essai de statique chimique, 2 vol. in-8, Paris, 1805, t. I, p. 1-5.)

Remarques sur l'affinité.

Quelle est la force qui détermine les corps simples à s'unir à d'autres corps simples pour former des composés : les acides aux bases pour produire des sels ; la chaux vive à Teau pour faire la chaux éteinte ; le charbon à brûler dans Fair, le fer à s'y couvrir de rouille?

Cette force, on ne la connaît pas. On sait seulement qu'elle ne s'exerce qu'au contact apparent des corps; qu'elle devient insensible à des distances sensibles; que si la masse des corps intervient dans les phénomènes qu'elle produit, c'est surtout leur nature qui exerce l'action prépondérante.

On la désigne sous le nom dCaffinité*

Newton, cela est connu *, avait fait de nombreuses expériences de chimie qui ont été perdues. Les conclusions qu'il en avait tirées ont été résumées par lui-même. Elles ont servi de base à la doctrine chimique de Bergmann et à celle de BufFon, qui, par un emploi prématuré des principes de Newton, n'ont pas peu contribué à éloigner les chimistes de le.ur accorder le respect qu'ils méritent. Aussi- le nom de Newton a-t-il disparu des traités de chimie, et je pense avec M. Chevreul, ainsi que M. Trouessart, qu'il doit y être rétabli, comme ayant le premier bien compris la nature de l'affinité.

Lavoisier, contemporain de Buffon, mais plus réservé que lui sur une matière dont les difficultés lui étaient mieux connues, ne s'est jamais expliqué d'une manière expresse au sujet de l'affinité. Il considérait même cette branche de la science comme trop élevée pour être à la portée des chimistes de son temps, et il leur conseillait, avant de s'en occuper, d'asseoir sur une base solide les éléments de la chimie, de même, dit-il, qu'on fixe avec

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