‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 91 sur 120 · Voir plus haut, p. 75 et · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p. 75 et

certitude les principes de la géométrie élémentaire avant d'aborder les difficultés de la géométrie supérieure.

Lavoisier, ajournant Tétude de la force qui produit les phénomènes chimiques, avait donc concentré son attention sur le rôle de la matière pondérable. Il avait considéré, sans doute, la chaleur dégagée ou absorbée dans les réactions des corps comme un phénomène fondamental dont la mesure était aussi nécessaire à leur explication que la détermination du poids des substances obtenues, mais on ne voit pas qu'il ait considéré cette chaleur comme l'expression de la force chimique.

Matière pondérable, chaleur, attraction moléculaire : voilà les trois termes auxquels Lavoisier a eu recours et dont il s'est contenté pour l'explication des phénomènes chimiques. Il a soumis la matière et la chaleur dans leurs déplacements aux mesures les plus exactes et les plus délicates. Il a laissé l'attraction à l'écart comme une notion inaccessible à l'expérience et ne pouvant donner lieu de son temps qu'à des hypothèses inutiles.

Lavoisier avait donc admis l'attraction chimique, l'affinité, et n'en avait pas cherché l'explication. En cela, il s'était trouvé d'accord avec Newton. Ce grand homme énonçait, en effet, de la matière suivante, le résultat de ses travaux et de ses réflexions sur les phénomènes chimiques près d'un siècle auparavant, montrant par la précision des détails et la profondeur des vues que les humbles études pratiques du laboratoire lui étaient aussi familières que les conceptions les plus élevées de la mécanique céleste :

« Les petites particules des corps, dit-il *, n'ont-elles pas certaines vertus, puissances ou forces au moyen desquelles elles agissent à certaines distances, non seulement sur les rayons de la lumière pour les réfléchir, les rompre et les infléchir, mais encore les unes sur les

i. Nkwton, VOptique, t. II, liv. 111 : Question 31. — J. G.

autres? C'est une chose connue que les corps agissent les uns sur les autres par les attractions de la gravité, du magnétisme et de Télectricité ; ces exemples qui nous montrent Tordre et les procédés que suit la nature, nous montrent aussi qu'il peut y avoir d'autres puissances attractives.

« Ce que j'appelle attraction peut être produit par impulsion ou par d'autres moyens qui nous sont inconnus. Je n'emploie ce mot d'attraction que pour désigner en général une force quelconque par laquelle les corps tendent réciproquement les uns vers les autres, quelle qu'en soit la cause.

« Car c'est par l'étude directe des phénomènes de la nature que nous devons apprendre quels corps s'attirent réciproquement, et quelles sont les lois et les propriétés de cette attraction, avant de rechercher la cause efficiente qui la produit.

« Les attractions de la gravité, du magnétisme et de l'électricité s'étendent jusqu'à des distances fort sensibles; aussi tombent-elles sous les sens et la perception même du vulgaire. Mais, il peut y avoir d'autres attractions qui s'arrêtent à de si petites distances qu'elles ont échappé jusqu'ici à toute observation, et peut-être que l'attraction électrique peut agir à ces sortes de petites distances, même sans être excitée par le frottement. »

Newton explique par cette attraction la propriété qu'ont certains sels, de prendre l'eau à l'air et la difficulté qu'on éprouve à en séparer cette eau par la chaleur ; de même l'absorption de la vapeur d'eau par l'acide sulfurique et la chaleur développée par le mélange de cet acide avec l'eau :

« Si l'acide du vitriol chasse du sel marin ou du nitre les acides qui y sont contenus, c'est qu'il est plus vivement attiré qu'eux par leur alcali fixe, lequel, n'étant pas capable de retenir deux acides à la fois, laisse échapper le sien.

« Si la potasse précipite les dissolutions métalliques,

c'est que les particules acides sont plus fortement attirées par Talcali que par le métal.

« Si une dissolution de cuivre dissout le fer et laisse aller le cuivre; si une dissolution d'argent dissout le cuivre et laisse aller Targent, etc., n'est-ce pas que les particules acides sont plus attirées par le fer que par le cuivre, par le cuivre que par l'argent?

« Les métaux rongés par un peu d'acide se changent en rouille, terre insipide et qui ne peut être dissoute par Teau. Cette terre infusée dans un peu plus d'acide devient un sel métallique. Certaines pierres dissoutes dans des menstrues * convenables deviennent des sels. Tout cela ne montre-t-il pas que les sels sont composés d'une terre sèche et d'un acide aqueux unis ensemble par attraction, et que la partie terreuse ne peut devenir sel, si on n'y ajoute une quantité d'acide assez grande pour qu'elle puisse ensuite être dissoute par l'eau? »

Je ne pense pas qu'aucun chimiste contemporain de Newton ait possédé la notion juste et saine des principes de la Chimie que résument ces lignes. Il est douteux que de son temps on en ait compris la force et la portée.

On peut donc considérer, non comme de vaines hypothèses, mais comme le fruit d'une expérience très avancée, de longues et substantielles études, les réflexions suivantes de Newton :

« Les plus petites particules de matière peuvent être unies par les plus fortes attractions et composer des particules plus grosses dont la force attractive sera moins considérable : plusieurs de ces dernières peuvent s'unir, à leur tour, et composer des particules plus grosses dont la force attractive soit encore moins considérable, et ainsi de suite, en continuant la série, jusqu'à ce que la progression finisse par les plus grosses particules d'où dépendent les phénomènes chimiques et les couleurs des

Page 1