CHAPITRE II
La découverte du potassium et du sodium.
Sur quelques nouveaux phénomènes de changements chimiques produits par r électricité^ particulièrement la décomposition des alcalis fixes et la séparation des substances nouvelles qui constituent leurs bases, et sur la question des alcalis en général, par M. Davy.
Davy se servait des batteries voltaïques de l'Institution Royale, contenant 24 plaques carrées cuivre et zinc de 12 pouces de côté; 100 plaques de 6 pouces; et 150 de 4 pouces, chargées avec des solutions d'alun et d'acide nitreux i.
Il essaya d'abord la solution de potasse, mais il n'eut que de l'hydrogène avec beaucoup de chaleur et une violente effervescence.
Après d'autres essais, il fut conduit à employer la potasse rendue humide par un court séjour à l'air.
On prit, dit-il, un petit morceau de potasse pure qui avait été exposé pendant quelques secondes à Tatmosphère, de manière à acquérir la faculté conductrice à sa surface; on le plaça sur un disque isolé de platine, mis
1. Une partie de ces batteries se trouvait à l'Exposition universelle de 4889, dans les galeries de THistoire du travail, au Palais des Arts libéraux. — J. G.
en communication avec le côté négatif de la batterie de 250 plaques de 6 et 4 pouces, dans un état de grande activité : on amena en contact avec la surface supérieure de l'alcali un fil de platine, communiquant avec le côté positif. Tout Tappareil était exposé à Tair libre.
On ne tarda pas à voir se manifester une action très vive. La potasse commença à fondre aux deux points d'électrisation. Une effervescence violente se montrait à la surface supérieure : à la surface inférieure ou négative on ne voyait aucun dégagement de fluide élastique, mais on découvrait de petits globules qui avaient un éclat métallique très brillant, et qui ressemblaient tout à fait à du mercure ; quelques-uns brûlaient avec explosion et flamme vive à Tinstant où ils étaient formés; d'autres subsistaient, mais ne tardaient pas à être ternis, et finalement couverts par un enduit blanc qui se formait à leur surface.
De nombreux essais me montrèrent bientôt que ces globules n'étaient autre chose que la substance que je cherchais et un principe inflammable particulier, la base * de la potasse....
.... La soude, soumise au même procédé que la potasse, montra un résultat analogue, mais sa décomposition exigeait une plus grande intensité d'action dans les batteries; ou bien que l'alcali fût en morceaux plus petits et plus minces....
La substance produite par la potasse demeurait fluide à la température de l'atmosphère, au moment de sa production ; celle qui provenait de la soude était fluide à la température acquise par l'alcali pendant sa formation; mais elle devenait solide en se refroidissant, et prenait la couleur et le lustre de l'argent....
1. Il est à peine besoin de faire remarquer que le mot base est employé ici dans le sens de radical. Lavoisier, qui, on Ta vu plus haut, avait prévu la décomposition de la potasse et de la soude, avait déjà employé ce mot base dans le môme sens. — J. G.
Davy remarque que le gaz dégagé au pôle positif était de l'oxygène pur, et qu'il n'y avait aucun gaz au pôle négatif, à moins qu'il n'y eût de l'eau en excès dans l'appareil.
Il remarque de plus que la croûte blanche formée sur les globules métalliques à l'air était de la potasse pure, et il conclut nettement que la potasse et la soude sont formées chacune d'oxygène et d'une base combustible spéciale, comme l'avait prévu Lavoisier.
Davy étudie ensuite les propriétés et la nature de la base de la potasse.
Il trouve que les globules obtenus à 60® F. (i3<>,3 C.) ressemblent beaucoup à du mercure, qu'à 100® F. (37®,8 C.) leur fluidité est parfaite, à 50° F. (10<» G.) cette matière devient un solide mou et malléable qui a le lustre de l'argent poli. Vers la température de la glace, cette substance devient dure, fragile, à cassure cristalline. Sa densité est à celle du mercure comme 10 est à 223, soit les 0,6 de celle de l'eau *. Cette substance forme ainsi avec le mercure un amalgame qui devient solide et cassant si on augmente la proportion du métal. Cet amalgame décompose l'eau rapidement et avec sifflement; la potasse se forme, il se dégage de l'hydrogène pur et le mercure demeure libre. Cette base de la potasse réduit promptement les oxydes métalliques, prend l'oxygène et met le métal en liberté.
Quant à la base de la soude, Davy en détermine la densité en remarquant qu'elle flotte dans l'huile de sassafras de densité 1,096, qu'elle tombe au fond du naphte de densité 0,861 et qu'elle reste en équilibre dans un mélange de 12 de napbte et de 5 d'huile de sassafras, ce qui donne pour sa densité 0,9348 (au lieu de 0,97 trouvé depuis).
Il étudie ensuite les proportions de ces bases et d'oxygène dans la potasse et dans la soude par deux moyens :
1<* En cherchant directement le volume d'oxygène absorbé par un poids déterminé de ces bases ;
2<* En décomposant l'eau par un amalgame de ces bases préparé sous le naphte, afin que la décomposition de l'eau soit plus lente qu'avec ces bases pures. Il mesure l'hydrogène dégagé, d'où il déduit l'oxygène mis en liberté et combiné avec