‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 94 sur 120 · On a trouvé, depuis · texte numérisé non relu

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ces bases. 11 trouve ainsi par la première méthode : 86, 1 p. 100 de la base et 13,9 d'oxygène dans la potasse, 80 p. 100 de la base et 20 d'oxygène dans la soude ; et par la seconde méthode : 84 p. 100 de la base et 10 d'oxygène pour la potasse; 76 p. 100 de la base et 24 d'oxygène pour la soude, au lieu de 83 p. 100 et 17 p. 100 pour la potasse; 74, 2 et 25,8 pour la soude. Puis il continue ainsi :

Les bases de la potasse et de la soude doivent-elles porter le nom de métaux? Le plus grand nombre des chimistes auxquels cette question a été adressée a répondu par l'affirmative. Ces bases ressemblent aux métaux par l'opacité, l'éclat, la malléabilité, la faculté conductrice de la chaleur et de l'électricité; enfin par leur disposition aux combinaisons chimiques. Je me suis donc hasardé à désigner ces deux substances nouvelles par les noms de Potassium et de Sodium, (Davy, Extrait de la Bibliothèque Britannnique, — Annales de chimie^ t. LXVIII, p. 203, année 1808.)

Paris, 1811.

.... Examinez bien, je vous en conjure, mon cher Bonjour (car c'est à vous que je viens d'écrire tout cela, et non à Bredin, qui secoue la métaphysique comme la poussière de ses pieds), examinez ce tableau * en le comparant, pour le bien comprendre, à ce que je vous ai laissé sur ce sujet, puis dites-moi oui ou non, avec vos motifs, si vous avez le temps; mais toujours oui ou non, soit sur le nouveau phénomène introduit dans le tableau, soit sur les deux changements de dénomination du jugement et de la contuition.

Tâchez d'engager Bredin à en conférer avec vous, décidez à vous deux; mais que Bonjour me fasse part le plus tôt qu'il lui sera possible de la décision de ce tri-

1. Probablement un tableau de la classification des connaissances humaines, sujet dont Ampère s'est longuement occupé. — J. G.

bunal. Pour Ty engager, si ce n'est pas assez du plaisir qu'il fera à un pauvre malheureux qui n'a plus de plaisir dans le monde que celui de recevoir des lettres de Lyon, on lui dira que la décomposition de la potasse et de la soude, oxydes de deux nouveaux corps combustibles métalliques, découverts par M. Davy à Londres, est attaquée par quelques mauvaises raisons fondées, suivant moi, sur des mésentendus, quoique les expériences aient complètement réussi à Paris. J'ai vu débrûler et rebrûler ces substances métalliques; elles brûlent avec des étincelles rayonnantes semblables à celles du zinc brûlant, ce qui me parait prouver complètement la fausseté de l'hypothèse qu'on oppose à la découverte de M. Davy, en disant que la potasse, corps simple, se combine avec l'hydrogène, et que c'est cette combinaison qui offre le brillant métallique qu'on prend pour un métal. Cette hypothèse qui semble un réchauffé de celle de Kirwan, combattue dans le temps par Lavoisier et BerthoUet, savoir que Thydrogène était le phlogistique et entrait comme élément dans tous les métaux, n'a pas laissé que d'être accueillie comme probable par la plupart des chimistes, même par Thénard.

Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de toute mon âme. (Ampère, Extrait d'une lettre datée de 1811 à ses amis intimes Bonjour et Bredin, de Lyon. — Con^espondance et Souvenirs, t. I, p. 82. — Valson, la Vie et les Travaux d!A,-M. Am'père, p. 262.)

La découverte de l'iode.

Paris, 11 mars 1814.

Je sais, mon cher ami, que vous craignez de m'écrira de peur que ma réponse ne soit accompagnée d un tableau de métaphysique. Ahl soyez sans crainte à cet égard : je n'ai plus le temps d'y penser, et une de vos lettres me ferait plaisir.

Depuis que j'ai quitté Nogent, voilà bientôt six mois, je n'ai pas songé deux heures à la métaphysique. Mes conversations avec M. Davy m'avaient donné une impulsion des plus grandes pour la chimie. Je me suis occupé environ deux moiè d'un travail dont le résultat me semblait devoir ouvrir dans cette science une nouvelle carrière et donner le moyen de prévoir a priori les rapports fixes suivant lesquels les corps se combinent, en rapportant leurs diverses combinaisons à des principes qui seraient l'expression d'une loi de la nature, dont la découverte sera peut-être, après ce que j'ai fait l'été passé en métaphysique, ce que j'aurai conçu de plus important dans toute ma vie. Je dis « après ce que j'ai fait en métaphysique », parce que cette dernière science est la seule vraiment importante ; car la théorie des combinaisons chimiques est bien autrement claire et incontestable, et deviendra une chose aussi usuelle dans les sciences physiques que les autres théories généralement admises. J'y ai travaillé avec beaucoup d'ardeur; niais, comme un pareil travail ne pouvait me faire un titre pour une place de mathématicien à l'Institut, je l'ai quitté pour faire des mémoires de mathématiques qui avancent peu, tant parce que je pense encore malgré moi à la chimie que parce qu'il m'est survenu toutes sortes d'ennuis et de chagrins qui ne me permettent presque plus de captiver mon esprit. En attendant, on a remis la nomination du successeur de l'abbé Bossut à six mois, ce qui me donne le temps d'acquérir des titres *. Vous savez toutes les belles choses qu'on a faites sur l'iode ! qui s'est U^ouvé un quatrième oxygène^ comme je V avais conjecturé le premier > Cette substance a toutes les propriétés du chlore, cidevant acide muriatique oxygéné, et n'en diffère que parce qu'elle est solide et semblable à de la mine de

1. Ampère fut nommé en effet quelques mois après, à la place de Bossut, au premier tour de scrutin. — J. G.

plomb à la température ordinaire; elle passe à l'état d'un gaz d'une superbe couleur violette à une chaleur inférieure à celle de Teau bouillante. Tout ce qu'on a fait sur cette substance semble enfin avoir convaincu nos chimistes que le chlore est, comme elle, un corps simple, analogue par ses propriétés à l'oxygène, mais qui n'en contient pas plus que les corps combustibles simples ne contiennent de l'hydrogène « Vous savez que les adversaires de Lavoisier avaient prétendu cette dernière chose : ils ne se trompaient certes pas plus que ceux qui voudraient encore admettre de l'hydrogène dans le chlore, l'iode et le fluor ou fluorine. Je ne sais pas de quoi je vais vous parler, mais heureux qui peut s'occuper de tout cela, au lieu de penser aux malheurs de l'Europe dont je suis atterré. Avais-je tant de tort de redouter que la France fût envahie? Comme elle tend les mains à ses futurs oppresseurs î

Mon ami, donnez-moi de vos nouvelles, et comptez de ma part sur une amitié à toute épreuve. (A. -M. Ampère, Lettre à M. Roux, de Genève. — Con*espondance et Souvenirs, 1. 1, p. 84. — Valson, la Vie et les Ti'avavx cTA.-M, Ampère, p. 264.)

Peu après, Gay-Lussac publia dans les Annaks de chimie (t. XCI) le résultat de ses expériences sur l'iode. Ampère, avant lui, s'était rendu compte de la nature de cette substance, mais, distrait par d'autres travaux, il avait laissé ses recherches inachevées sans en publier les premiers résultats. La lettre suivante, écrite à l'un de ses plus chers amis de Lyon, le philosophe Ballanche, en même temps qu'elle témoigne de l'impression considérable faite sur les chimistes par la publication du célèbre mémoire de Gay-Lussac, fait connaître Ampère tout entier.

Du 3 septembre 1814.

Mon ami, je n'aurais jamais dû venir à Paris. Pourquoi ne suis-je pas i*esté toute ma vie professeur de chimie à

Bourg ou à Lyon ! c'était la seule chose qui eût convenu à ma tranquillité et à mon bonheur. Avec Elle * je serais devenu un grand homme, mais il n'est plus temps! ! Heureux ceux qui cultivent une science à l'époque où elle n'est point achevée, mais quand sa dernière révolution est mûre ! La voilà faitç entièrement par Gay-Lussac, qui termine l'ébauche créée par le génie de Davy ', mais que j'eusse infailliblement faite, que j'ai faite réellement le premier; malheureusement je ne l'ai pas publiée à temps. Que m'importe, au reste ! L'épreuve est courte sur la terre ; voilà ce qui doit consoler de tout. Qu'ai-je recueilli de mes dix ans passés à Paris? Des sujets de peines éternelles!

Nous riions de si bon cœur à Lyon ! Mais ici on ne rit pas.

Je vais me remettre aux mathématiques. J'éprouve une certaine difficulté d'abord, mais la première répugnance vaincue, le charme revient quand je puis écarter toute autre pensée et m'y consacrer uniquement, absolument uniquement; je voudrais ne plus quitter les calculs. J'espère avoir encore bientôt une autre occupation comme membre d'une académie psychologique formée par MM. de Gérando, de Biran, G. Cuvier, son frère Frédéric, Guizot, secrétaire général de l'Intérieur; Fauriel, traducteur delà Parthénéide] Royer-Collard, le conseiller d'État; Durivaux, Maurice Genevois, directeur des études à l'École polytechnique. Demande là-dessus des renseignements à Camille (Jordan), car il est le premier correspondant de la liste.

Adieu, bien cher et bon ami, je t'embrasse un million de fois. (A. -M. Ampère, Lettre à Ballanche. — Correspondance et Souvenirs^ t. I, p. 87, et Valson, la Vie et les Ti^avaux d'A.-M, Ampère^ p. 265.)

\ . Mme Ampère, née Julie Carron, morte en juillet 1804. — \o\t Journal et Correspondance d'A.-M. Ampère. — J. G.

2. Davy avait soutenu contre Thénard que le chlore était un corps simple. La découverte de l'iode était venue confirmer cette opinion. — J. G.

La découverte de Tiode et du cyanogène.

Les vues que cette controverse avait fait naître, devinrent très utiles à Gay-Lussac, lorsque, vers la fin de 1813, son attention se porta sur une nouvelle substance, qu'un manufacturier français, M. Courtois, avait découverte dans les lessives de varechs. Le 6 décembre, il lut à l'Institut un court mémoire, dans lequel il établissait ses propriétés distinctives, et la désignait, comme substance simple, par le nom dïorfe, en anglais iodine^ qui lui est resté. Ayant reconnu, dès ces premières épreuves, son analogie avec le chlore, il l'avait engagée aussitôt dans une multitude de combinaisons parallèles, où elle porta des caractères semblables. Il l'avait combinée de même avec l'hydrogène, et en avait obtenu ainsi un acide puissant, qu'il appela hydnodtque, s'autorisant de ce nouveau fait, pour se rallier ouvertement au mode d'interprétation qu'il avait voulu d'abord adopter, dans le cas du chlore. Quinze jours après, le 20 décembre, il annonça qu'il était parvenu à combiner aussi l'iode avec l'oxygène, d'où résultait un deuxième acide, qu'il appelait Viodique, Ceci pouvait paraître un aperçu contestable ; il le confirma plus tard, par une autre voie. Dans l'intervalle de ces deux communications, Davy se trouvait à Paris, son génie lui ayant servi de titre à un passeport exceptionnel. On vit alors un bel exemple d'émulation scientifique. On lui avait donné quelque peu de la nouvelle substance. Il en fit des essais en petit, avec cette adresse ingénieuse qui lui faisait trouver, dans les moindres objets, des instruments d'expérimentation. A la prière de ses amis, au nombre desquels étaient ses émules, il consigna le résumé de ses observations, dans une note, qui fut lue à l'Institut le 13 décembre, après la première et avant la seconde communication de Gay-Lussac. Tous deux, depuis, continuèrent à s'occuper de ce sujet, pendant l'année sui-

vante, avec une égale activité d'esprit, mais dans des conditions de travail bien différentes. Davy, devenu riche par up mariage récent, se rendait avec sa femme en Italie. Quelques instruments de précision et de manipulation, quelques réactifs chimiques bien purs, les plus indispensables, lui composaient un laboratoire portatif, qui le suivait partout, et lui suffisait. Il n'avait à sa disposition qu'une petite quantité d'iode, et ne pouvait donner aux expériences que les moments de loisir d'un voyage d'agrément. Mais sa pensée y était toujours. Des trois mémoires qu'il adressa à la Société Royale, au sujet de l'iode, le premier est daté de Paris, le second de Florence, le troisième de Rome *. Ce dernier est du mois de février 1815. Il contient la découverte de l'acide iodique, à l'état solide et cristallisé, tandis que Gay-Lussac ne l'avait obtenu qu'en dissolution dans l'eau, ou en combinaison avec des bases, de manière à en donner toutefois l'analyse exacte. Du reste, par une conséquence naturelle, ces mémoires de Davy offrent une riche collection de faits détachés, habilement vus, plutôt qu'un travail d'ensemble. Gay-Lussac, mieux pourvu de matière, d'instruments, et de temps, effectua ce travail dans les sept premiers mois de 1814 '. Guidé par l'analogie qu'il avait reconnue entre le chlore et l'iode, il développa savamment et patiemment ce parallèle. Il suivit la nouvelle substance dans toutes ses combinaisons, acides, salines, métalloïdes, éthérées, dont il assigna la composition ; et il fixa toutes ses propriétés spéciales, si exactement, que l'on a pu seulement, depuis, étendre les résultats qu'il avait obtenus, ou perfectionner les procédés qu'il avait employés, sans rien trouver à

1. Transactions philosophiques pour 1814, p. 74, daté de Paris, 10 décembre 1813, lu à la Société Royale; 20 janvier 1814; même volume, p. 487, daté de Florence, 23 mars 1814, lu à la Société Royale, 16 juin 1814.— - Iran*. Philos, pour 1815, p. 203, daté de Rome, 10 février 1815, lu à la Société Royale, 20 avril 1815.

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