SUR LE RESPECT HUMAIN
RESUME
Sc.iKT. Hionlipurpux celui qui up î^era point .scandalisé de moi.
C'est à f-e caractèie que le Sauveur du monde reconnaît ses vrais disciples. Il veut des hommes fervents, généreux, sincères, qui se fassent un honneur de l'avoir pour maître, et un devoir de lui obéir. Or, par là il exclut de son royaume ces lâches chrétiens qui se laissent dominer par le respect humain, et c'est ce même respect humain que j'entreprends de combattre dans ce discours.
Division. Indignité du respect humain par rapport à nousmêmes; 1" partie. Désordre du respect humain par rapport à Dieu, 2' partie. Scandale du respect iiumain par rapport au prochain, 'V partie. Les deux premiers points regardent ceux «jui sont les esclaves du respect humain, et le troisième ceux f|ni en sont les auteurs.
Premikre partie. Indignité du respect humain, parce (iinc'est : i' une servitude honteuse ; 2° une lâcheté mépri.sable.
1 ' Servitude honteuse ; car, qu'y a-t il de plus .servi le (|iit' d'être réduit, ou plutôt de se réduire soi-même à la néce.ssité de régler sa religion et toute .sa conduite sur le caprice des autres et sur les vains jugements du monde? Saint Augustin déplorait la condition de ces anciens philosophes qui, par la raison, ne reconnaissant qu"un Dieu, ne laissaient pas, pour s'accommoder au temps, d'en adorer plusieurs. Ainsi, dit ce Père, ils adoraient
ce qu'ils inépiisaieiit. et nous, par un autre respect liumain, nous méprisons, nous outrageons ce que nous adorons.
Il y a des choses, ajoute saint Augustin, où la servitude est lolérable, d'autres où elle est raisonnable, quelques-unes où elle peut être honorable : mais s'y soumettre dans ce qu'il y a de plus essentiellement libre, qui est la profession de sa foi et l'exercice de sa religion, c'est ce que la dignité de notre être, non plus que la conscience ne peut comporter.
Laissez-nous aller au désert, disaient les Hébreux aux Egyptiens : car, tandis que nous sommes parmi vous, nous ne pouvons pas librement sacrifier au Dieu d'Israël. En tout le reste nous vous obéirons, mais, dans le culte de notre Dieu, la liberté nous est nécessaire. Telle est la disposition où doit être un vrai fidèle : et s'il lui était impossible de garder cette sainte liberté dans le monde, dès là il devrait sortir du monde, et, à l'exemple des Israélites, se retirer dans le désert.
Servitude du respect humain, d'autant plus honteuse que c'est l'effet d'une petitesse d'esprit et d'une faiblesse de cœur que nous tAchons, mais en vain, de nous cacher à nous-mêmes. Car, si nous avions cette grandeur d'àme qu'inspire le christianisme, nous dirions, comme saint Paul : Je ne rougis point de l'Évan- Utir. Nous imiterions le jeune Tobie; ni le nombre, ni la qualité des personnes ne pourraient nous ébranler. Mais nous n'avons pas assez de force pour nous mettre au-dessus du monde et de sa censure. Nous nous laissons troubler : de quoi ? d'uoe parole : et par qui ? par des hommes vains, dont souvent toute la légèreté nous est connue aussi bien que l'impiété. Châtiment de Dieu visible, qui permet qu'en voulant secouer son joug, nous en prenions un autre mille fois plus humiliant et plus pesant.
2" De là, caractère de servitude qui porte encore avec soi un caractère de lâcheté. Lâcheté odieuse: j'appartiens à Dieu, je lui dois tout et je le trahis! Lâcheté impardonnable: nous ne la pouvons pas même supporter dans ces âmes mercenaires que leur condition et le besoin attachent au service des grands. Lâcheté réprouvée dans l'Évangile : Quiconque me désavouera derant les hommes, disait le Fils de Dieu, je le désavouerai decant mon Père. Lâcheté que les païens mêmes ont condamnée dans les chrétiens. Exemple de ce sage empereur, père du grand Constantin, qui, tout païen qu'il était, retint auprès de sa personne ceux d'entre ses officiers et ses soldats qu'il trouva fermes dans la foi chrétienne, et renvoya les autres, qui, par une crainte humaine, l'avaient renoncée ou dissimulée. Ah 1 souvenons-nous de tant dp martyrs, nos frères en Jésus-
SUH Ll- lŒSriii.T HUMAIN. l:il
Cliiist. Craigiiaient-ils la présence des homiiies? ou le Dieu pour qui ils mouraient, était-il plus leur Dieu que le nôtre? N'allons pas si loin ; cette cour est composée d'hommes fameux par leur bravoure et par leurs exploits militaires. Avoir une fois hésité dans le péril, c'est ce qu'ils regarderaient comme une tache ineffaçable. Pourquoi donc dans les choses de Dieu devenonsiious, selon la figure de l'Evangile, comme le roseau? Que n'imitons-nous Jean-Baptiste? Jusques au milieu des fers, il confessa Jésus Christ; jusque dans la cour, il lui rendit témoig-nage. Voilà votre modèle. S'il faut être esclave, ce n'est point l'esclave du monde, mais le vôtre, ô mon Dieu! Si nous savons nous affranchir du monde, le monde, tout perverti qu'il est, nous respectera ; et si nous y demeurons au contraire servilement assujettis, le monde même nous méprisera. Mais enfin, quoi que le monde en puisse penser, le Dieu que nous servons est un assez grand maître pour mériter qu'on lui fasse un sacri- (ice du monde.
Deuxième partie. Désordre du respect humain. 1° Parce que le respect humain détruit dans le cœur de l'homme le fondement de la religion, qui est l'amour de Dieu. 2" Parce qu'il fait tomber l'homme dans les plus criminelles apostasies. 3" Parce qu'il arrête dans l'homme l'effet des grâces les plus puissantes. 4" Farce que c'est ainsi l'obstacle le plus fatal à la conversion de l'homme mondain.
I" Il détruit dans le cœur de l'homme l'amour de Dieu : j'entends cet amour de préférence que nous devons à Dieu. Car qu'est-ce que le respect humain, ou plutôt, pourquoi l'appelonsnous respect humain, sinon, dit saint Thomas, parce qu'en mille rencontres, il nous fait respecter la créature plus que Dieu ? Et voilà ce que ïerlullien reprochait aux païens, quand il leur disait : Vnvs craiçinez plus César que Jupiter uiêine.
(iràce à la Providence, nous avons un roi fidèle ; mais si le ciel nous avait fait naître sous la domination d'un prince moins religieux, combien de courtisans rechercheraient aux dépens de Dieu la faveur de César! Sans faire nulle .supposition, combien en voyons-nous actuellement disposés de la sorte, c'est-à-dire non pas impies et scélérats, mais prêts à l'être, s'il fallait l'être pour leur fortune? Ne remontons pas même si haut : à combien de pui.ssances subalternes n'est-on pas dévoué plus qu'à Dieu ? et en faut-il davantage pour renverser toute la religion ?
2' Le respect humain fait tomber l'homme dans les plus criminelles apostasies. Souvenez vous des irrévérences qu'il vous a fait commettre en présence de cet autel. Je pourrais bien mieux
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l'npppler l'aulel du Dieu inconnu, que celui dont parle saint Paul : Jgnoln Deo. Cet autel que trouva saint Paul, il ne le trouva qup parmi des idolâtres; et celui que je trouve ici, j'ai la douleur de le trouver parmi des chrétiens. Ne pas connaître le vrai Dieu que l'on adore, c'est ignorance ; mais insulter jusques à ses autels le vrai Dieu que l'on connaît ; assister à son sacrilice en courtisan et en mondain, c'est ce que j'appelle, après saint Cyprien, apostasie : In liis omnibus quœdam apostasia fifJei est. Nous condamnons ces lâches chrétiens qui, dans les persécutions, renonçaient Jésus-Christ : c'étaient des apostats ; mais, après tout, ils ne cédaient qu'à la violence des tourments, et par là ils étaient dignes en quelque sorte de compassion : au lieu qu'il ne s'agit plus pour nous de vaincre ni les tourments, ni la mort, mais un vain respect que nous pouvons si aisément surmonter.
3'' De là même qu'arrive-t-il ? c'est que le respect humain arrête l'effet des grâces de Dieu les plus puissantes, et devient encore par là l'obstacle le plus fatal à la conversion de l'homme mondain. On se sent de bonnes dispositions; mais une fausse crainte du monde et de ses raisonnements fait tout évanouir. On voudrait que le monde fût plus équitable ; mais tout injuste qu'il est, on se soumet à sa loi, ou, pour mieux dire, à sa tyrannie. .Fusques à la mort même, ne voyons-nous pas des hommes succomber à cette tentation du respect humain, et s'en faire un dernier prétexte contre tout ce que leur prescrit alors la religion.
C'est donc maintenent que je conçois la véjité de cette parole de Tertullien : Je suis assuré de mon salut, si je ne rougis point de mon Dieu. Car, si je ne rougis point de mon Dieu, je ne rougis pas de mes devoirs ; et en observant mes devoirs malgré les discours du monde, je suis sauvé. Le coup de salut pour Madeleine fut de ne point écouter le monde. Si elle eût consulté la prudence du siècle, elle était perdue.
Troisième partie. Scandale du respect humain, c'est-à-dire scandale que causent dans le monde ceux qui, par leurs discours ou par leur conduite, servent à y entretenir le respect humain. l" Scandale qui va spécialement à la destruction du culte de Dieu : en voilà la nature. 2" Scandale d'autant plus pernicieux, qu'il .se répand avec plus de facilité : en voilà le danger. 3° Scandale qu'il vous est d'autant plus étroitement ordonné d'éviter, grands du monde, que de votre part il devient plus contagieux : voilà, par rapport à vous, les obligations qui eu naissent. 4" Scandale que vous pouvez aisément corriger, en opposant au resppct humain votre bon exemple : en voilà le remède.
SI l{ l.h KKSl'IiCl IIL.MAIN. 1-2:?
1» Srandalo qui va spécialomont à la destruction du culto de Dieu. Car, comme les enfants d'Kéli détournaient le peuple du sacrifice, et en cela même commettaient un crime énorme, grande /M m /n; ainsi tant de libertins, en raillant de la piété et de la religion, la décréditent, et contribuent, autant qu'il est en eux, à l'abolir. Or, avec la même sévérité que Dieu punit Ophni et Phinéès, il punira les imi)ies du siècle. Qu'un particulier, dans un État, corrompît la fidélité des sujets, il n'y a point de supplice dont il ne fiit dig-ne. Que sera-ce d'un bomme qui ose attenli'i- aux droits de Dieu?
2' Scandale le plus contagieux et le plus prompt à se communiquer. C'est ce qui porta l'invincible Mathathias à sacrifier luimême et à frapper du coup mortel un Israélite qu'il vit sur le point d'adorer publiquement l'idole. Il comprit que l'exemple d'un seul, toléré, suffirait pour ébranler toute la nation ; et je puis dire qu'un mot, qu'un regard, qu'un exemple corrompt de nos jours plus de chrétiens que tout ce qu'ont autrefois inventé les tyrans pour exterminer le christianisme. Car que ne peut point cet attrait naturel que nous sentons à faire comme les autres? Si donc ils nous tracent le chemin du vice et de l'impiété, combien cette tentation fera-t-elle d'apostats?
3" De là naît, pour toutes les personnes qui ont quelque autorité dans le monde, une obligation plus étroite d'être exemplaires dans l'exercice de leur religion : et cet exemple qu'elles donnent est 4" le remède le plus efficace contre le scandale du respect humain. Car qui ne sait pas quelle impression fait sur les esprits l'exemple des grands ? C'est pourquoi ce vieillard vénérable, Eléazar, ne put jamais se résoudre, non-seulement à manger de la chair défendue, mais à feindre d'en manger, de peur que son exemple ne fût un scandale pour les autres.
Belle leçon pour vous, à qui Dieu n'a fait part de son pouvoir que pour le faire servir à son culte ! Que doit dire un père à ses enfants ? Que doit dire un maître à ses domestiques ? Que devons-nous faire chacun dans notre condition ? tout ce qui tlépend de nous pour affermir la religion dans l'esprit que Dieu nous a soumis.
Je parle dans la cour d'un prince qui donne du crédit à la religion ; et ce que j'aurais à craindre, c'est qu'au lieu que le respect humain faisait autrefois à la cour des libertins, il n'y fit maintenant des hypocrites. Mais outre que la religion prendrait au moins par là le dessus, ne laissons pas, vous dirais-je, de nous prévaloir de l'heureuse disposition des choses. Quand le respect humain nous attache à nos devoirs, quoiqu'il ne soit ni saint.
ni louable, il u'est pas toujours inutile. C'est un soutien à notre faiblesse, et il peut servir à nous élever de la créature au Créateur.
Or, suivant ce principe, bénissons le Ciel de nous avoir donné un maître qui ne porte pas en vain le titre de protecteur de sa religion. Nous avons, dans son zèle, le plus puissant secours pour nous animer et pour nous soutenir. Heureux donc celui qui ne sera point scandalisé de Jésus-Christ! Le Sauveur du monde n'exceptait point de cette béatitude ceux qui habitent dans les palais des rois. C'est le même î^vangilc qu'on nous annonce à tous, et nous devons tous également le recevoir et le pratiquer sans en rougir.
DEVELOPPEMENT
Bealas qui non fuerit scandalizatus in me.
Bienheureux relui qui ne sera point srandalisé de moi iSamt Mathieu, •hap. \i. fi.)
Sire, C'est à ce caractère que le Sauveur du monde reconnaît ses vrais disciples; c'est la condition que cet Homme Dieu leur propose pour être reçus à son ser vice, et pour mériter de vivre sous sa loi. Il leur dé clare qu'il faut prendre parti; qu'il ne faut point espérer d'être du nombre des siens, si l'on n'est résolu d'en faire hautement profession; que quiconque étant chrétien craint de le paraître, est indigne de lui; qu'il ne suffit pas. pour être à lui. de croire de cœur, si l'on ne confesse de bouche; qu'il ne suffit pas de confesser de bouche, si l'on ne s'explique par ses œuvres; enfin, qu'il veut des hommes fervents, généreux, sincères.
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qui se fassent un honneur de lavoir pour maître, et un mérite de lui obéir.
Or, par là il exclut de son royaume ces lâches mondains qui, bien loin de se déclarer pour Jésus-Christ, rougissent de Jésus-Christ ; qui bien loin d'honorer Jésus-Christ, se scandalisent de Jésus Christ, et qui, non contents de se scandaliser de Jésus-Christ, le scandalisent tous les jours lui-même dans la personne de ses frères, en inspirant aux autres la même crainte qui les arrête, et le même respect humain qui les domine : c'est ce que j'entreprends de combattre dans ce discours. Cette honte du service de Dieu, ce respect humain qui nous empêche d'être à Dieu, cette crainte du monde, ou cette complaisance pour le monde, qui détruit le culte que nous devons rendre à Dieu, je veux vous en faire voir l'indignité, le désordre et le scandale : l'indignité du respect humain par rapport à nous mêmes, son désordre par rapport à Dieu, son scandale par rapport au prochain.
11 y en a qui sont les esclaves du respect humain, et il y en a qui en sont les auteurs : esclaves du respect humain, je leur parlerai dans la première et dans la seconde partie, et je leur montrerai combien leur con duite est indigne, combien elle est criminelle; auteurs du respect humain, je leur parlerai dans la dernière partie, et je leur montrerai combien leur conduite est scandaleuse : l'indignité du respect humain nous le fera mépriser; le désordre du respect humain nous le fera condamner; le scandale du respect humain nous en fera craindre les suites : c'est tout mon dessein.
h2o I.ECTL'RKS KOMIMc Al.F.
C'est de tout temps que les hommes se sont laissé dominer par le respect humain, et cest de tout temps que les partisans du monde se sont fait du respect humain une malheureuse politique aux dépens de leur religion. Mais de quelque prétexte, ou de nécessité, ou de raison dont ils aient taché de se couvrir en soumettant ainsi leur religion aux lois du monde, je dis que ce respect humain a toujours été une servitude honteuse ; je dis que cette politique a toujours passé ou toujours dû passer pour une lâcheté méprisable. Caractère de servitude, caractère de lâcheté, l'un et l'autre indignes de tout homme qui connaît Dieu, mais encore bien plus d'un chrétien élevé par le baptême à l'adoption des enfants de Dieu. Appliquez-vous, mes chers auditeurs, et ne perdez rien de ces deux importantes vérités.
C'est une servitude honteuse, et je l'appelle la servitude du respect humain, (^ar, qu'y a-t il déplus ser^ vile ({ue d'être réduit ou plutôt que de se réduire soirnéme à la nécessité de régler sa religion parle caprice d'autrui? de la pratiquer, non pas selon ses vues et ses lumières, ni même selon les mouvements de sa conscience, mais au gré d'autrui? de n'en donner des mar ques etde n'en accomplirles devoirs que dépendamment des discours et des jugements d'autrui? en un mot, de n'être chrétien ou du moins de ne le paraître qu'autant qu'il plaît ou qu'il déplaît à autrui ? Est-il un esclavage comparable à celui-là? Vous savez néanmoins, et peutêtre le savez-vous à votre confusion, combien cet es clavage, tout honteux qu'il est, est devenu commun dans le monde, et le devient encore tous les jours.
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Quand Saint Augustin parle de ces anciens philosopiies, de ces sages du paganisme, qui, par la seule lumière naturelle, connaissaient, quoique païens, le vrai l)ieu, il trouve leur condition bien déplorable : pourquoi ? parce qu'étant convaincus, comme ils l'étaient, (juil n'y a qu'un Dieu, ils ne laissaient pas, pour s'accommoder au temps, d'étreforcésà en adorer plusieurs. Prenez garde, chrétiens : ceux là. par respect liumain. faisaient violence à leur raison, et servaient des dieux qu'ils ne croyaient pas; et nous, par un autre respect humain, nous faisons violence à notre foi, et nous ne servons pas le Dieu que nous croyons ; ceux là, malgréeux,maispourplaireau monde, étaientsuperstitieux et idolâtres; et nous, par un effet tout contraire, mais par le même principe, nous devenons, souvent malgré nous mêmes, libertins et impies; ceux-là, pour ne pas s'attirerla haine des peuples, pratiquaient ce qu'ils condamnaient, adoraient ce qu'ils méprisaient, professaient ce qu'ils détestaient; ce sont les termes de saint Augustin : Cokhant qtiod veprehendehant, agcbant (piod argnehant. (juod culpahanî ndorahant: et nous, pour éviter la censure des hommes, et par un vil assujettissement auxusagesdu siècle corrompu et à ses maximes, nous déshonorons ce que nous professons, nous profa nous ce que nous révérons, nous blasphémons, au moins par nosœuvres. non pas, comme disait un apôtre, ce que nous ignorons, mais ce que nous savons et ce que nous reconnaissons. Au lieu que ces esprits forts de la gentilité, avec leur prétendue force, se capti valent par une espèce d'hypocrisie, nous nous captivons par une autre; au lieu qu'ils jouaient la comédie dans les temples de Rome, en contrefaisant les dévots, nous la jouons au milieu du christianisme, en contre faisant les athées : avec cette différence, remarquée par saint Augustin, que l'hypocrisie de ceux-là était
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une pure fiction qui n'intéressait tout au plus ^que de fausses divinités; au lieu que la nôtre est une abomination réelle, une abomination telle que l'a prédite le Prophète, placée dans le lieu saint ; une abomination qui outrage tout à la lois, et la vérité, et la majesté, et la sainteté du vrai Dieu.
Or, en user de la sorte, n'est ce pas se rendre esclave, mais esclave dans la chose même où il est moins supportable de lètre. et où tout homme sensé doit plus se piquer de ne lètre pas? Car il y a des choses, poursuit ce saint docteur, où la servitude est tolérable, d'autres où elle est raisonnable, quelques-unes même où elle peut être honorable ; mais de s'y soumettre jusque dans les choses les plus essentiellement libres, jusque dans la profession de sa foi, jusque dans l'exercice de sa religion, jusque dans ses devoirs les plus indispensables, dans ce qui regarde notre éternité, notre salut, c'est à quoi répugne un certain fonds de grandeur qui est en nous et avec lequel nous sommes nés ; c'est ce que la dignité de notre être, non plus que la "^conscience, ne peut comporter.
Laissez-nous aller dans le désert, disaient les Hébreux aux Égyptiens ; car, tandis que nous sommes parmi vous, nous ne pouvons pas librement sacrifier au Dieu d'Israël. Or, il faut que nous soyons libres dans les sacrifices que nous lui offrons. En tout le reste, vous nous trouverez souples et dépendants ; et quelque rigoureuses que soient vos lois, nous y obéirons sans peine : mais dans le culte du souverain Maître que nous adorons et que nous devons seul adorer, la liberté nous est nécessaire ; et quand nous vous la demandons, ce n'est qu'en vertu du droit que nous y avons, et en vertu même du commandement exprès que notre Dieu nous a fait de ne nous la laisser jamais enlever. C'est ainsi, mes frères, reprend saint Jérôme,
::LI; Li: l;h>l'l.i.l lit MAI.N.
expliquant ce passage de lExode, cest ainsi que doit parler un chrétien engagé par la Providence à vivre dans le monde, et, par conséquent, à y soutenir sa religion. Sur toute autre chose, doit-il dire, jeme confor merai aux lois du monde, je garderai les bienséances du monde, je me contraindrai même, s'il le faut, pour ne rien faire qui choque le monde; mais quand il s'agira de ce que je dois à mon Dieu, je me mettrai au-dessus du monde, et le monde n'auranulempiresur moi. Dans l'accomplissement de ce devoir capital, qui est le premier devoir du chrétien, je ne serai ni bizarre, ni indiscret; mais je serai libre, et la prudence dont j'userai pour me conduire n'aura rien qui dégénère de cette bienheureuse indépendance que saint Paul veut que je conserve comme le privilège inaliénable de l'état de grâce où Dieu m'a élevé. Telle est, dis-je, selon saint Jérôme, la disposition où doit être un homme tidèle : et si la tyrannie des lois du monde allait jusque là, qu'il y eût en effet des États où il fût impossible de maintenir cette sainte et glorieuse liberté avec laquelle Dieu veut être servi, ou plutôt, si l'homme se sentait faible jusqu'à ce point qu'il désespérât d'y pouvoir librement servir Dieu, il devrait, à l'exemple des Israélites, prendre le parti d'une généreuse retraite, et chercher ailleurs un séjour où, affranchi du joug du monde, il pût sans gêne et sans contrainte rendre à Dieu les hommages de sa piété; faisant divorce pour cela, non pas avec le monde en général, mais avec ces conditions particulières du monde où l'expérience lui aurait appris que sa religion lui serait devenue comme impraticable. Pourquoi? parce qu'au moins est-il juste qu'étant né libre, il le soit inviolablement pour celui à qui il doit tout, comme au principe et à l'auteur de son être, et qu'il n'abandonne jamais la possession où Dieu l'a mis d'être à
liî'J LECTLIitS DOMINICALES.
cet égard dans la main de son conseil el de sa raison. Servitude du respect humain, d'autant plus honteuse que c'est l'effet tout ensemble, et dune petitesse desprit, et d'une bassesse de cœur que nous nous cachons à nous mêmes, mais que nous nous cachons en vain, et dont nous ne pouvons étouffer le secret reproche. Car, si nous avions ce saint orgueil, selon l'expression d'un Père, cette noblesse de sentiments qu'inspire le christianisme, nous dirions hautement comme saint Paul : ^'on crubesco Enaiiydlum (1) : Je ne rougis point de l'Evangile. Nous imiterions ces héros de l'Ancien Testament qui se faisaient un mérite de pra- ({uer leur religion à la face même de l'irréligion. Pendant que tous les autres couraient en foule aux idoles de Jéroboam, le jeune Tobie. sans craindre de paraître singulier, et se glorifiant même de l'être dans une si belle cause, allait lui seul au temple de Jérusalem, et se rendait par là digne de l'éloge que l'Ecriture a fait de sa fermeté et de sa constance : Dcnique cinnirent omnes ad nitulos aureos qnos fecerat Jeroboani; re.r Israël, hic soins pcrgebat in Jérusalem ad templum Domini (2). Ainsi, quand tout ce qui nous environne vivrait dans l'oubli de Dieu et dans le mépris de sa loi, nous nous glorifierons, comme chrétiens, d'être les sincères observateurs de cette divine loi ; et par une singularité que le monde, même malgré lui, respecterait, nous nous distinguerions, et s'il le fallait, nous nous séparerions de ces mondains qui en sont les prévaricateurs. Xi le nombre, ni la qualité de leurs per sonnes ne nous ébranleraient pas. Fussions-nous les seuls sur la terre, nous persisterions dans cette résolution, et la consolation intérieure que nous aurions d'être de ceux que Dieu se serait réservés, et qui n'au-
• li Rom., i. IG. — (-2j Tob., r, .o.
SLlv IM KliSl'ECT IIIMAI.N. 131
laient point lléclii le genou devant Baal, c'est à-clire le témoignage que nous rendrait notre conscience d'avoir résisté au torrent de lidolàtrie du siècle, serait déjà pour nous le précieux fruit de la victoire que notre foi aurait remportée sur le respect humain. Voilà les heureuses dispositions où nous mettrait une liberté évangélique.
D'où vient donc que nous n'y sommes pas ?et qu'estce que ce respect humain qui nous arrête? timidité et pusillanimité. Nous craignons la censure du monde, et par là nous avouons au monde que nous n'avons pas assez de force pour le mépriser dans les conjonctures même où nous le jugeons plus méprisable : aveu qui devrait seul nous confondre. Nous craignons de passer pour des esprits faibles, et nous ne pensons pas que cette crainte est elle-même une faiblesse. Nous avons honte de nous déclarer, et nousnevoyons pas que cette honte, pour m'exprimer de la sorte, est elle-même bien plus honteuse que la déclaration qu'il faudrait faire. Car, qu'y a-t-il de plus honteux que la honte de paraître ce que l'on est et ce que l'on doit être? Une parole, une raillerie nous trouble, et nous ne considérons pas ni de quoi ni par qui nous nous laissons troubler. De quoi? puisqu'il n'est rien de plus frivole que la raillerie, (juand elle s'attaque à la véritable vertu; par qui? puisque c'est par des hommes vains dont il nous doit peu importer d'être ou blâmés ou approuvés; des hommes dont souvent nous ne faisons nulle estime; des hommes dont la légèreté nous est connue aussi bien que l'impiété; des hommes dont nous ne voudrions pas suivre les conseils, beaucoup moins recevoir la loi, dans une seule affaire; des hommes pour qui nous ne voudrions pas nous contraindre dans un seul de nos divertissements : ce sont là néanmoins ceux pour qui nous nous faisons violence, ceux que nous ménageons,
ceux à qui. parle plus déplorable aveuglement, nous nous assujettissons en ce qui touche le plus essentiel de nos intérêts, savoir : le salut et la religion. Après cela, piquons-nous, je ne dis pas de grandeur dame, mais de sagesse et de solidité d'esprit; après cela, flat tons nous d'avoir trouvé la liberté en suivant le parti du monde. Non. non. mes frères, reprend saint Chrysostome. ce nest point là qu'on la trouve : bien loin d y parvenir par là, cesl parla que nous tombons dans la plus basse servitude; et lun des plus visibles châtiments que Dieu exerce déjà sur nous, quand nous voulons vivre en mondains, c'est qu'au même temps que nous pensons à secouer son joug, cjuil appelle et qu'il a bien sujet d'appeler un joug doux et aimable, il nous laisse prendre un autre joug mille fois plus humiliant et plus pesant, qui est le joug du monde et des lois du monde. Caractère de servitude dans le respect humain, et caractère de lâcheté.
Je dis lâcheté, et lâcheté odieuse. J'appartiens à Dieu par tous les titres les plus légitimes, et comme homme formé de sa main, enrichi de ses dons, racheté de son sang, héritier de sa gloire ; et comme chrétien, lié à lui par le nœud le plus inviolable, et engagé par une profession solennelle à le servir; mais au lieu de m'ai*mer d'une sainte audace et de prendre sa cause en main, je l'abandonne, je le trahis! Lâcheté impardonnable : on ne peut pas même la supporter dans ces âmes mercenaires que leur condition et le besoin attachent au service des grands ; et ce qui doit bien nous confondre, c'est le zèle qu'ils font paraître, et où ils cherchent tant à se signaler, dès qu'il s'agit de ces maîtres mortels dont il attendent une récompense humaine et une fortune périssable. Lâcheté frappée de tant danathèmes dans l'Evangile, et qui doit être si hautement réprouvée au jugement de Dieu, puisque
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resl là que le Fils de l'Homme rougira de quicoii(|ue l'aura désavoué, renoncera quiconque l'aura renoncé : Qui erubuerlt me, crubcscam cl (>(/o ilhrm (1). Lâcheté que les pa'iens même ont condamnée dans les chi-étiens, et sur quoi ils onl fail de si belles et de si solides leçons.
N'est-ce pas le sentiment qu'en eut autrefois ce sa^e empereur, père du grand Constantin ? Eusèbe nous l'apprend : et vous le savez, quoique infidèle, quoique païen, il avait et des otliciers chrétiens dans sa cour, et des soldats chrétiens dans son armée. Il voulut éprouver leur foi; il les assembla tous devant lui; il leur parla en des termes propres à les tenter ; enfin il les obligea à se faire connaître et à s'expliquer. Comme il y en a toujours eu de tous les caractères, je ne suis pas surpris que les uns, fermes pour Jésus-Christ, aimas sent mieux risquer leur fortune que démentir leur religion, et que d'autres, dominés par le respect humain, choisissent plutôt de dissimuler leur religion que de hasarder leur fortune. Ainsi, dans le monde, et dans le christianisme même, les choses de tout temps ontelles été partagées. Mais ce qu'Eusèbe remarque, et ce qui doit être une instruction vive et touchante pour ceux qui m'écoutent ici (elle convient admirablement au lieu où je parle, et je suis certain qu'elle sera de votre goût), c'est le discernement judicieux que fit le prince de ces deux sortes de chrétiens, lorsque, par un traitement aussi contraire à leur attente qu'il fut conforme à leur mérite, il retint auprès de sa personne ceux qui, méprisant les vues du monde, avaient témoigné un attachement inviolable pour leur religion, et renvoya les autres. Car il jugea, ajoute l'historien, qu'il ne devait rien se promettre de ceux-ci ;
(1. Luc, i.\. 26.