‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 27 sur 55 · SUR L'INCARNATION DIVINE · texte numérisé non relu

SUR L'INCARNATION DIVINE

Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme Dieu-Homme.

fjuipost me venturus est... ante me factus est... quia prior me erat. Celui qui va venir après moi. est avant moi: car il est plus ancien que moi. (.Saint Jean, i, -27, .30.)

Dans ces paroles il y a, ce semble, de la contradiction ; mais cette contradiction apparente, c'est ce qui nous fait connaître en Jésus Christ une double génération; l'une éternelle, l'autre temporelle : génération éternelle dans le sein de Dieu son Père, et génération temporelle dans le sein de Marie, sa Mère. Selon cette génération éternelle, qu'est-ce que Jésus-Christ? le Fils unique de Dieu, et Dieu lui même, mais selon sa génération temporelle, qu'est-ce que ce même Jésus- Christ? Le Fils de Marie, et homme semblable à nous. Voilà donc comment il était tout à la fois, et avant, et après Jean-Baptiste. Avant Jean-Baptiste, comme Dieu : // est avant moi, et plus ancien quemoi; après Jean-Baptiste, en qualité d'homme : // va venir après moi. Mystère d'un Dieu-Homme, mystère ineffable, mystère caché en Dieu de toute éternité, et révélé au monde dans la suite des siècles. En trois mots, qui contiennent tout le fond de ce discours, mystère dont nous devons faire, surtout en ce saint temps, le

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siijel le plus ordinaire de nos méditations, cest le premiei- point; lobjet de nos plus tendres affections, c'est le second point; la règle universelle de toutes nos actions, c'est le troisième point.

Mystère dont nous devons faire le sujet le plus ordinaire de nos méditations. C'est particulièrement en cette vue que l'Église a institué l'Avent. Il est vrai que dans tous les autres temps de Tannée, nous ne pouvons mieux ni plus utilement nous occuper que des incompréhensibles merveilles de l'incarnation divine ; mais l'Eglise veut encore qu'il y ait des jours spécialement consacrés à la mémoire du Verbe incarné ; et ces jours, ce sont ceux où nous entrons. Que n'avons-nous point à méditer dans ce profond mystère ? quels prodiges à considérer ! quels abîmes à creuser ! Dieu descendu jusqu'à l'homme, et l'homme élevé jusqu'à Dieu ; Dieu glorifié par ses anéantissements mêmes et l'homme sauvé ; toute la puissance de Dieu déployée dans ce grand ouvrage ; sa sagesse, sa sainteté, sa justice, sa miséricorde, son infinie libéralité, sa charité, ses perfections connues et manifestées. Plus nous y penserons, plus nous découvrirons de nouveaux miracles.

Mais sur cela deux désordres. Les uns jouissent du don de Dieu, et du plus signalé bienfait; mais, par un monstrueux oubli, ils y font aussi peu de réflexion que s'ils n'y avaient nul intérêt. Cependant de quoi se remplissent-ils l'esprit ? de mille sujets frivoles, et des divers événements du monde, où souvent ils n'ont point de part, tandis qu'ils perdent le souvenir de l'événement le plus prodigieux, et dont il leur est le plus important d'être bien instruits, puisque c'est le mystère

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de leur rédemption et de leur salut. Les autres y pensent, mais, par une curiosité présomptueuse, ils vou draienl comprendre et pénétrer, avec les faibles lumières de leur raison, ce qui est au dessus de la raison humaine et de ses connaissances. l)où il arrive qu'abandonnés à leur propre sens, ils tombent dans les plus grossières erreurs, et qu'ils s'y attachent quelquefois avec une telle obstination, qu'il n'est presque plus possible de les en retirer. L'Eglise, hélas ! ne l'a que trop éprouvé et n'en a que trop gémi, puisque c'est de là que sont venues tant d'hérésies qui l'ont désolée.

Xe cessons point de méditer un mystère si digne de toute notre attention ; mais méditons-le en chrétiens, c'est-à-dire avec toute la simplicité de la foi, et toute sa soumission. Car nous ne le pouvons connaître que par la foi ; et plus même notre foi sera simple et soumise, plus serons-nous en état d'entrer, si j'ose parler ainsi, dans ce sanctuaire, et de découvrir les immenses trésors de grâce et de gloire qui y sont renfermés : je dis de grâce pour nous, et de gloire pour Dieu. Ce sont les humbles que Dieu éclaire, et c'est à eux qu'il communique ses vérités les plus sublimes et les plus secrètes : au lieu qu'il laisse errer en d'épaisses ténèbres ces esprits orgueilleux qui présument d'eux mêmes, et prétendent tout voir par eux-mêmes.

Mystère dont nous devons faire l'objet de nos plus tendres affections. Vn Dieu-Homme, réduit à toutes les misères de l'homme, et cela pour l'homme : si ce n'est pas un objet propre à exciter dans nos cœurs les sentimenls les plus aftectueux, il n'y a rien qui puisse nous alîectionner et nous toucher. Sentiments dadmi-

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l'aiion. de vénération, damour, de reconnaissance, de zèle ; et si nous avons eu jusques à présent le malheur de ne rien faire pour un Dieu qui a tout l'ail pour nous ; si même, par la plus énorme ingratitude, la passion nous a portés jusqu'à loiïenser et à lui dé plaire ; sentiments de repentir, de douleur, de confusion ; résolutions à l'égard de l'avenir les plus sincères, protestations les plus vives, désirs les plus ardents. Tels ont été, dès l'ancienne loi, les sentiments des patriarches et des prophètes, dans la vue anticipée que Dieu leur donnait de Jésus-Christ qu'ils attendaient, et après lequel ils soupiraient. Tels ont été, depuis la venue de ce Fils éternel de Dieu, les sentiments de toute l'Église ; et voilà ce qui fait le plus doux entretien des âmes fidèles. De là ces extases, ces ravis sements, ces saints transports où elles entrent. De là (' € fe a qui s ail u me (hf m leur médl ta tlon ( 1 ) , comme parle le Prophète royal, et dont elles sont tout embrasées.

Cependant, affreux dérèglement de l'esprit de l'homme ! ce même mystère, capable de produire des sentiments si justes, si purs, si relevés, ce fut pour les Juifs un scandale, ce fut pour les Gentils une folie ; et n'est-ce pas encore l'un et l'autre pour tant de libertins et de prétendus esprits forts ? Ce qui devrait leur rendre un Dieu-Homme plus adorable et plus aimable, je veux dire ses abaissements et ses humiliations, c'est ce qui les en détache, c'est ce qui choque leur fausse prudence, ce qui les révolte et qui les rebute, ce qui devient la matière de leurs impiétés et de leurs blasphèmes.

ils ne peuvent se persuader qu'un Dieu ait voulu descendre de sa gloire, et s'assujettir à toutes les infir-

(1) F*salm. xxxviii, 4.

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mités d'une nature aussi faible que la noire. Cet état vil et obscur, cet état de pauvreté, de misère, de souffrance, de dépendance, leur paraît indigne delà majesté du Très Haut : pourquoi ? parce qu'ils en jugent en hommes, et quils n'ont jamais compris quelle est rétendue des divines miséricordes. Mais, par une conséquence toute contraire, plus mon Dieu s'est fait petit, dit saint Fulgence, plus il m'est cher : comment cela ? c'est que je sais qu'il ne s'est ainsi humilié, ainsi anéanti que pour moi : c'a été de sa part un excès d'amour ; mais cet excès d'amour pour moi est justement ce qui demande et ce qui excite tout mon amour pour lui. Que les impies raisonnent donc tant qu'il leur plaira, et comme il leur plaira ; malgré leurs raisonnements et leurs vaines diificultés, nous conclurons toujours avec saint Bernard, et nous dirons : Ah ! Seigneur, que ne tous dois je point pour m'avoir créé ? mais, après mètre perdu moi-même, combien vous suis- je encore pins redevable de m' avoir racheté, et racheté à ce prie!

Mystère dont nous devons faire la règle universelle de nos actions : pourquoi ? c'est qu'en se faisant homme, le Fils de Dieu vient se proposer à nous comme notre modèle ; car c'est dans ce dessein qu'il nous est donné ; de sorte que Dieu, selon le témoignage exprès de l'Apôtre, ne nous reconnaîtra jamais pour ses enfants, et pour ses élus, qu'autant qu'il nous trouvera conformes à l'image de son Fils. Et voilà pourquoi ce Dieu-Homme s'est revêtu de notre chair, afin de pouvoir se montrer sensiblement à nos yeux, et que nous puissions en observer tous les traits, et les imiter.

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S il t'^lail seiilemenl l)ieu, lemaïque saint J.éon, il ne poui'rait nous servir d'exemple, parce que nous ne poumons le voir ? mais étant J)ieu et homme lout ensemble, il a de quoi frapper nos sens, et il a droit de nous dire : Regardez-moi, et formez-vous sur moi. 11 nous le dit en elTet, il veut qu'entre sa vie mortelle et la nôtre il y ait une ressemblance aussi parfaite quelle peut l'être ; car il ne prétend point tellement nous sauver par l'eflicace de ses mérites, qu'en même temps nous ne nous sauvions pas nous-mêmes par la sainteté de nos œuvres. Or nos œuvres ne sont saintes qu'à proportion qu elles sont faites en Jésus Christ, selon .lésus Christ, conformément à l'esprit et aux œuvres de Jésus-Christ ; si bien que chacun de nous, pour user de l'expression de saint (îrégoire de Nysse, de vienne dans toutes ses intentions, tous ses désirs, toutes ses entreprises, dans toutes ses démarches et toute sa conduite, comme un autre Jésus Christ.

Excellente règle, règle toute divine, et qui ne nous peut tromper. Car pour nous tromper, il faudrait, ou que Jésus Christ se trompât lui même, ou qu'il voulût nous tromper. Or Jésus Christ, comme Dieu, est tout à la fois et la sagesse môme et la bonté même. Puisqu'il est la souveraine sagesse, tout lui est présent et rien n'échappe à sa connaissance, d'où il faut conclure qu'il est donc incapable de se tromper ; et puisqu'il est la bonté souveraine, il nous aime, et ne cherche que notre bien, ce qui prouve évidemment qu'il ne veut donc pas nous tromper. Ainsi nous pouvons et même nous devons, avec une confiance entière, régler sur lui tout le plan de notre vie.

Mais est-ce là la règle que nous suivons ? Déplorable renversement dans le christianisme ! Nous sommes chrétiens, ou nous nous disons chrétiens ; mais du reste, comment vivons nous et par quels principes

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agissons nous ? selon les maximes du monde, selon les jugements du monde, selon les intérêts du monde, selon les coutumes et le torrent du monde. Toutefois, prenons y garde, et ne nous flattons point : Jésus-Christ est la voie, comme il nous la fait lui même entendre et l'unique voie. Par conséquent, tout autre voie nous égare et nous mène à la perdition. Point de milieu : ou la vie par Jésus-Christ, ou, hors de Jésus-Christ une mort éternelle et la damnation. Plaise à Jésus Christ même, notre médiateur et notre rédempteur, de nous aider à le suivre, et à parvenir au bienheureux terme dont il vient nous enseigner le chemin !

DEUXIEiME LECTURE

MARDI

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