SUR LA GRACE
Joan-Hupiixlc faisant coxnaitrr Jcsua-Christ comme auteur de la r/ràee eu sanetificateav des dmes,
l)e plenltiiditie ejus nos omnes accepimus... Grntia et veritas per Jesiim l'hrisluin facta est.
-Nous avons tous reçu de sa plénitude... La grâce et la véritr est venue par .l(''>iis-C:iirist (SainI Jean, i, Ki, 17.)
l^e saint précurseur l'avait déjà dit, que le Verbe de Dieu, que l'Homme-Dieu était ;)/^m de ijrdee; et c'est de cette plénitude qu'il nous apprend maintenant que nous avons tous reçu. Car c'est par Jésus-Christ que la grâce est venue, par Jésus-Christ qu'elle s'est répandue sur tous les hommes, et par Jésus-Christ qu'il' s'en fait encore tous les jours, pour la sanctification des âmes, de si salutaires elîusions. Don de la grâce, que le prophète Isa'ie nous a représenté comme des eaux bienfaisantes qui coulent des sources du Sauveur, et que nous y devons puiser avec joie ; don infiniment précieux, et par sa nécessité et par sa force. Appliquez-vous à l'un et à l'autre. Je dis la nécessité de la grâce par rapport au salut, et la force de la grâce. Sans la grâce nous ne pouvons rien, en voilà l'absolue nécessité; avec la grâce nous pouvons tout, en voilà le pouvoir et la force. De ces deux principes, qui feront le sujet des deux parties, nous tirerons, sur
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l'importante matière que je traite, et sur lusage de la grâce, les conséquences les plus solides et les plus morales; elles regarderont surtout deux sortes de personnes. Les uns sont des présomptueux qui se confient en eux-mêmes; et, dans la nécessité de la grâce, il y aura de quoi abaisser leur orgueil et le réprimer : les autres sont des pusillanimes qui sétonnent des moindres obstacles, et, dans la force de la grâce, il y aura de quoi relever leur courage et le ramener.
Sans la grâce nous ne pouvons rien. X'entrons point là dessus dans une sèche et longue dispute, mais tenons-nous en à la foi : elle nous suffit. Il ne nous faut point d'autre preuve que la parole expresse de Jésus-Christ, point d'autre que l'incontestable témoi gnage de son Apôtre, point d'autre que les décisions des conciles contre les erreurs de Pelage, et que la créance commune de l'Eglise. Il est donc certain que de notre fonds, et à l'égard de ce salut qui nous est promis comme la récompense de nos œuvres, nous ne pouvons rien sans le secours de Dieu et de sa grâce : et pour nous en convaincre nous n'avons qu'à écouter Jésus-Christ, la vérité éternelle, quand il nous dit : Vous ne ponte z rien faire uins moi (1). Prenez garde, remarque saint Augustin : wit peu, soit beaucoup, vous ne le pouvez faire, à moins que vous ne soyez aidés de celui sans cpd l'on ne peul rien faire. Nous n'avons qu'à consulter saint Paul, l'apôtre et le docteur de la grâce, quand il nous enseigne que nous ne sommes pas capables de nous-mêmes, comme de nous-mêmes.
(1) Joan.. XV, o.
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<Je former laie bonne 'pensée ; et que si nous en sommes capables, c'est par l'assislance divine (1). Nous navons qu'à parcourir les définitions des conciles et des Pères de l'Église, lorsqu'ils ont décidé tant de questions sur la grâce du Rédempteur, et quils en ont déclaré leurs sentiments. Nons navons même qu'à suivre les lumières de la raison, qui nous dicte assez que des aclions surnaturelles et dignes du royaume de Dieu ne peuvent partir dune nature aussi faible que la nôtre, si Dieu ne prend soin de la seconder, et s'il ne l'élève au dessus d'elle-même.
De là quatre conséquences qui doivent nous servir de règles dans toute la conduite de notre vie. Première conséquence : c'est de reconnaître l'extrême dépendance où nous sommes de la grâce de Dieu, et de son infinie miséricorde : c'est de nous humilier dans cette vue, et de trembler sous la main toute-puissante de Dieu; c'est de ne nous glorifier de rien, ou de ne nous glorifier qu'en Dieu, qui fait vouloir et exéruter (2), suivant sa volonté toute-bienfaisante, et qui, selon que s'exprime saint Augustin, en couronnant nos vertus, couronne ces dons beaucoup plus que nos mérites. Seconde conséquence : c'est de lever sans cesse les yeux au ciel, pour attirer sur nous l'abondance des grâces divines. Car Dieu veut que nous les demandions; il veut que, sentant notre besoin, nous ayons recours à lui, que nous lui adressions nos vœux, que nous le sollicitions ; et n'est ce pas aussi sur la néces site de la grâce qu'est particulièrement fondée la nécessité de la prière? Dans l'impuissance où nous réduit notre faiblesse, il ne nous reste que de nous écrier presque à chaque moment : .1// / Seiqneur, saii vez-nous, autrement nofis allons périr (3). Troisième
0) Il Cor., 111. ".. - (2) r'hilip.,n. K!. — Ç',) Matth., viii, 55.
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conséquence : c'est de bénir la bonté de Dieu, qui ne nous a point laissé jusques à présent manquer de grâce. Tant de fois il nous a prévenus! tant de fois il nous a éclairés, pressés, excités! Voilà le sujet de notre reconnaissance, et voilà peut être en même temps le sujet de notre confusion et de notre condamnation. Dieu nous a appelés, mais avons-nous prêté Foreille à sa voix? Il nous a inspirés, mais avons-nous répondu à ses inspirations? en avons-nous profité? Au contraire, combien de combats avons-nous livrés et soutenus pour nous défendre de sa grâce, et pour en arrêter les mouvements/ combien de temps lavons-nous laissé frapper à la porte de notre cœur? et maintenant même ne ly laissons-nous pas encore sans lui ouvrir ? C'est le reproche qu'il faisait à Jérusalem, et qu'il a bien droit de nous faire. Combien de fois, disait-il à ce peuple infidèle, ai je voulu te recueillir dans mon sein et entre mes bras? mais tu ne l'as pas voulu; et ma grâce, mille fois redoublée, n'a servi qu'à redoubler tes révoltes, et qu'à te rendre plus criminel. Reproche suivi de la plus affreuse menace. Car, poursuivait le Seigneur, c'est pour cela, peuple rebelle, que tu seras abandonné; pour cela que cette grâce, si longtemps et si indignement rebutée, se retirera de toi. Or, sans le secours de ton Dieu, que feras-tu, que deviendras tu? Quatrième et dernière conséquence : c'est de ne plus recevoir en vain la grâce, quand il plaît à Dieu de nous la donner ; de ne nous pas exposer, par nos retardement s et nos résistances, à perdre un talent qui nous doit être d'autant plus cher, qu'il nous est plus nécessaire. S'il nous échappe, où le trouverons-nous? quelle autre ressource aurons-nous? Il n'est rien que nous négligions dès que la fortune ou que la vie en dépend ! et nous négligeons, que disje ? nous méprisons formellement, nous rejetons
>UR LA (.UACli, 3:'.:.
des gi'tices à quoi nous savons (|ue le salut est atta elle.
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Avec la grâce nous pouvons tout. Qu'est-ce que la ^ràce? un secours de Dieu, qui agit dans l'homme et avec l'homme. Or, tout étant possible à Dieu, il s'ensuit que tout avec le secours de Dieu nous doit être pos sible à nous même. Mais comment possible? Allons par degrés : possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent; possible, jusqu'à devenir aisé et facile; possible, jusqu'à devenir même doux et agréable. Quelle force! voyons de quelle manière la grâce opère toutes ces merveilles.
Possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent. Paul, ce vaisseau d'élection, en est un exemple bien marqué. Assailli de la tentation, il prie Dieu de l'en délivrer, et Dieu se contente de lui répondre : Ma f/râce te suffit (1). Mais, Seigneur, l'attaque est violente ; c'est l'ange de Satan qui me poursuit sans relâche : il n'importe; quand tout l'enfer serait déchaîné contre toi, ma grâce te suffit. Mais que suis-je Seigneur, et que n'ai-je point à craindre de ma fragilité? Non, ne crains point, ma grâce te suffit; et c'est dans l'infirmité même qu'elle éclate davantage et qu'elle paraît plus puissante. Qui peut dire combien d'endurcis elle a touchés, combien d'opiniâtres elle a soumis, combien de lâches et de paresseux elle a portés aux entreprises les plus héroïques? Quelles sortes d'obs tacles n'a t-elle pas surmontés? quelles sortes d'engagements n'a telle pas rompus? Demandons-le àMade-
(1) II Cor., xiK 9.
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leine, à cette femme pécheresse que tant de nœuds attachaient si fortement au monde, et qui, d'un premier etïort de la grâce, brisa tous ses liens, renonça à tous les plaisirs et à toutes les pompes humaines, se dévoua pour jamais et sans réserve à Jésus-Christ. Demandons-le à saint Augustin, en qui la grâce, par un double triomphe, surmonta si heureusement et lobstination de l'hérésie, et la corruption du vice. Demandons-le à une multitude innombrable de pécheurs aussi fameux par l'éclat de leur pénitence, qu'ils l'avaient été par l'excès de leurs désordres.
Possible, jusqu'à devenir aisé et facile. Nous savons quels exercices et quelles austérités pratiquaient dans le désert tant de solitaires, et dans les cloîtres tant de pénitents dont nous avons entendu parlei-. Qu'était-ce que leur vie? Retraite, pauvreté, prières, jeûnes, veilles, travaux, macérations du corps, par faite abnégation deux mêmes. Tout cela leur semblait il difficile? trouvaient ils le joug trop pesant? se plai gnaient-ils que Jésus-Christ les eût trompés, en les assurant que son fardeau est léger (1)? Tous les chemins s'ouvraient devant leur pas ; et non seulement ils marchaient, mais ils couraient, comme le Prophète. dans les voies de Dieu : pourquoi? parce que la grâce leur dilatait le cœur (2), parce qu'elle leur aplanissait les sentiers les plus raboteux et les plus épineux, parce qu'elle les emportait sur ses ailes et les enlevait. Sa vertu est toujours la même qu'elle était alors; et quoique la charité se soit refroidie de nos jours, il y a néanmoins encore de ces âmes ferventes à qui la grâce fait accomplir tous les devoirs de la justice chrétienne avec une facilité et une ardeur que rien n'arrête.
(l)Matth., XI, 3U. — (2) Psalui.. cxviii, 3^.
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Possible, jusqu'à devenir même doux el agréable. (Test le prodige que les siècles passés ont admiré dans les martyrs. Quel spectacle ! Des hommes livrés aux tourments les plus cruels, des hommes exposés aux bètes féroces, attachés à des croix, étendus sur des brasiers, plongés dans des huiles bouillantes, et cependant remplis de joie, s'estimant heureux, goûtant les plus pures délices et les plus sensibles consolations! Voilà ce qu'on voyait, et où l'on reconnaissait le doigt de Dieu. Or, ce doigt de Dieu, qu'était-ce autre chose que l'Esprit de Dieu qui versait dans leurs cœurs l'onction de sa grâce ? Car tel est le caractère de la grâce, d'unir ensemble l'onction et la force, et de conduire les (l'uvres de Dieu avec autant de douceur que d'efficace.
Do tout ceci quelle conclusion ? quelles résolutions à prendre? quelles erreurs à corriger? Le voici en trois mois. De ne plus tant écouter nos défiances et nos craintes naturelles, quand il est question d'obéir à Dieu, et de travailler à notre salut et à notre perfection. De n'en point juger par nos propres forces, mais par la force de la grâce ; de nous abandonner à ces saints mouvement*, et de compter que ce que nous auront entrepris et commencé avec elle, elle nous le fera soutenir et achever; de nous encourager, comme TApotre, et de nous affermir contre les répugnances et les révoltes de la nature par ce généreux sentiment : Je pui^i taules chofiesi en celui fini me fortifie (l). Oui, je puis tout ; mais en qui et par qui? non point en moi même ni par moi-même, puisque de moi-même je ne suis rien, et que n'étant rien, je ne puis rien ; mais je puis tout dans le Tout-Puissant et parle Tout Puissant. Plus même je reconnaîtrai devant lui mon insuffisance et je me confierai en lui dans la vue de ma faiblesse,
(l)l'hili|.. iv, l:?.
plus je rengagerai à verser sur moi les richesses de sa grâce, et à déployer en ma faveur toute sa vertu. Aurat-elle pour moi moins de pouvoir que pour tant dautres? Le bras du Seigneur nest point raccourci, et sa miséricorde, qui remplit toute la terre, est inépuisable.
TROISIEME LECTURE
MERCREDI