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SUR LE BAPTÊME

JranBaptistr faisant conumlvo Jérns-Chrisi comme 'ntslil}(li'in'(Jf's sa('t'em<')it!<, et en pdrliriilicr du lUtptème,

Ipsc vos baptizabit in Spiritu sancto et igni.

(i'estluiqui vous donnera le l)aptème de l'Esprit-Saint et du feu. [Saint MaKhieu, chap. m. 11.)

Ce feu de la charité, ces dons du Saint-Esprit répandus dans les cœurs, ces opérations divines et secrètes, voilà ressentielle différence qui se rencontre entre les sacrements, soit de la loi de nature, soit de la loi de Moïse, et les sacrements de la loi de Jésus-Christ. Il n'appartient qu'à ce Dieu-Homme de nous conférer, sous des signes extérieurs et visibles, une sainteté intérieure et invisible, et c'est surtout ce qu'il fait dans le sacrement du baptême. Sacrement que nous marque spécialement Jean-Baptiste, et auquel j'ai cru devoir m'attacher dans ce discours ; sacrement dont peut-être nous n'avons jamais bien connu, ni les avantages, ni les obligations. Or, il nous est important de les connaître. Avantages du baptême, obligations du baptême. Avantages que j'appellerai la giàce du baptême. Cette grâce du baptême, c'est ce que nous avons reçu de Dieu, et ce qui demande toute notre reconnaissance : premier point. Ces engagements du baptême, c'est ce que nous avons promis à Dieu, et ce qui demande toute notre fidélité : second point. L'un et l'autre mérite une attention particulière, et les plus sérieuses réflexions

3iO LKCTLRES OLOTIDIENNES.

Glace du baptême, grâce infiniment précieuse en deux manières : parce que c'est une grâce de salut et de sanctification, et parce que cest une grâce de choix et de prédilection. Grâce de salut et de sanctification : comment cela? parce que c'est en vertu de cette grâce que Ihomme, conçu dans le péché et né dans le péché, est tout à coup régénéré en Jésus-Christ et revêtu de Jésus-Christ ; que d'enfant de colère il devient enfant de Dieu, frère de Jésus-Christ, membre de Jésus Christ, héritier de Dieu et cohéritier de Jésus-Christ. Car voilà, par le changement le plus merveilleux, ce qu'opèrent dans nous ces eaux saintes dont nous sommes lavés sur les fonts sacrés. Autrefois, écrivait l'Apôtre aux Ephésiens, nous n'étions demnt Dieu, selon notre naissance, que des objets de haine et de colère: mais ce même Dieu, qui est riche en miséricorde, lorsque nous étions morts, nous a ririfiés en Jésus-Christ et avec Jésus-Christ par l'ercès de sa charité (1). C'est donc là que tout péché est effacé, que toute peine due au péché est remise ; là que l'àme est enrichie des trésors célestes, que la foi, l'espérance, la charité, que les habitudes des plus excellentes vertus lui sont infuses ; là, pour ainsi dire, que le sceau de Dieu lui est imprimé, et qu'au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, elle reçoit un caractère înelîaçable, qui est le caractère de chrétien. Caractère plus glorieux mille fois que tous ces titres de noblesse dont le monde repaît son orgueil, et dont il tire tant de vanité. Caractère dont la dignité, si j'ose user du même langage que saint Léon, va ]\i^-

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quà nous rendre eu quelque suile parlicipanls de la nature divine. Caractère que nous porterons, avec nous au tribunal de Dieu, pour y être reconnus comme les disciples de son Fils bien-aimé, comme son peuple, comme son troupeau.

Telle est, dis-je, la grâce du baptême ; tels sont pour nous les avantages inestimables qu'elle renferme. Mais y pensons nous? est ce pai- là que nous mesurons notre bonheur, et que nous nous croyons favorisés du GielV Si Dieu, par proportion, nous avait autant éleyés selon le monde ; sil nous avait délivrés des misères du monde, et comblés de ses prospérités et de ses honneurs, peut être alors serions-nous touchés de quelque reconnais sance. Du moins serions-nous sensibles et très sensibles à léclat de cette fortune temporelle. Mais qu'il nous ait purifiés, mais qu'il nous ait réconciliés, mais qu'il nous ait sanctifiés, et que par cette sanctification du baptême nous soyons entrés dans nos droits à l'héritage éternel, ce sont des faveurs trop au dessus des vues humaines, pour intéresser des mondains accoutumés à n'estimer les choses et à n'en juger que par les sens. 0 homme aveugle et tout terrestre ! ne prendrez-vous jamais des sentiments conformes à votre véritable grandeur? ne la reconnaîtrez-vous jamais? Rendez grâce à la divine Providence des autres qualités dont il lui a plu vous honorer à l'égard de cette vie mortelle et pré sente; j'y consens, et vous le devez. Quoique ce ne soient que des qualités passagères, et que toutes les grandeurs qui y sont attachées doivent périr, ce sont toujours des dons du Seigneur ; mais de quel prix ces dons peuvent-ils être à vos yeux, dès que vous les mettez en parallèle avec ce don parfait, comme parle l'Apôtre, avec ce grand don qui descend spécialement du Père des lumières, et qui vous approche de votre Dieu par de si étroits et de si saints rapports? Avançons.

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Xon seulement grâce de salut et de sanclilication, mais gi'àce de clioix et de pi-édiiection. Ce choix, cette préférence nous plaît en tout, et nous flatte. Or elle est entière ici, et cest une circonstance bien remarquable. On a formé jusques à présentât l'on forme tous les jours tant de raisonnements et de questions sur cette multitude d'enfants morts avant que de naître, et hors d'état par cette mort prématurée, de parvenir à la grâce du baptême. On demande par quel malheur imprévu, ou quelle conduite de la Providence, d'autres, heureusement nés et sur le point de recevoirla sainte ablution, ont été enlevés dans le moment qu'on s'y attendait le moins, et sans qu'on ait pu les pourvoir d'un sacrement si nécessaire. On demande pourquoi, dans les terres infidèles et dans les plus vastes empires. Dieu permet que des peuples entiers manquent de ce secours, et soient privés de ces sources de vie qui nous sont ouvertes. On fait là dessus bien des recherches, on propose bien des ditficultés, on imagine bien des convenances : et moi, sans prétendre m'ingérer dans les conseils de la Sagesse éternelle, je me contente d'adorer la profondeur de ses jugements. Car à qui appartientil de connaître les voies du Seigneur, et qui peut pénétrer dans ses pensées"? Mais, du reste, le point capital à quoi je m'attache, c'est de faire un retour salutaire sur moi même ; c'est d'apprendre de l'infortune des autres, et du triste abandonnement où ils semblent être, quel est donc le bien que je possède. Eh! mon Dieu. où en serais je, si vous m'aviez traité comme eux, et pourquoi, Seigneur, avez-vous jeté sur moi un regard plus favorable? Qu'avaient-ils fait contre vous ? qu'avais je fait pour vous? Mystère de grâce dont je suis redevable à votre miséricorde, et sur quoi je n'ai autre chose à dire que de m'écrier avec le Prophète royal, dans les mêmes sentiments d'admiration, d'amour et de gratitude: Le

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Dieu (l'lsra«M, le Dieu de 1 univers n'rn a pafi ufié de mrme envers toutes les }ntti(>ns: il ne les a pas distinguées comme moi, et ne leur a pas révélé ses commandements (1). Heureux si je sais lui rendre ce qu'il allé nd de ma fidélité !

Engagements du baptême. Le baptême est unegràce, nous n'en pouvons douter; mais c'est en même temps une dette. Nous y avons contracté des engagements inviolables; et pour concevoir une juste idée de ces engagements du baptême, considérons en, dans une courte exposition, et l'étendue et la solennité. Engage ments les plus étendus, puisqu'ils embrassent toute la loi ; engagements les plus solennels, puisque nous en avons pris Dieu même à témoin, et toute son Église.

Je dis d'abord engagements les plus étendus : car, comme l'Apôtre, instruisant les Galates, leur déclarait, et, afin de donner plus de force à ses paroles, leur protestait que quiconque, selon la pratique et l'esprit de l'ancienne loi, se faisait circoncire, était, dès lors, et en conséquence de cette circoncision légale, étroitement obligé de garder tous les préceptes de la loi juda'ïque, ainsi dois-je, avec la même assurance, non seulement annoncer et déclarer, mais protester, à tout homme honoré dans la loi nouvelle du caractère de chrétien, que du moment qu'il commença de renaître par l'eau et par le Saint-Esprit, il commença d'être soumis à la loi et à toute la loi du divin Législateur dont la grâce lui fut communiquée ; c'est-à-^dire que dès ce jour et dès cet instant il s'assujettit à l'indispensable obliga-

(1) Psalm. (;\i.vir. 20.

::44 l.lJ T( KKS ni (rniUKN.NKS.

tioii OÙ nous sommes de professer celte loi. et de ne rougir jamais de cette loi, de vivre selon cette loi, de persévérer jusqu'à la mort dans l'observation de cette loi. d'éviter tout ce que cette loi défend, et de ne rien omettre de tout ce quelle ordonne. Et parce que l'en nemi commun de notre salut, parce que le monde, la chair, s'opposent continuellement dans nous à la pratique de cette loi. et qu'ils emploient tous leurs elîorts à nous en détourner, c'est pour cela qu'en entrant dans la milice de Jésus-Christ, nous avons renoncé à Satan et à toutes ses illusions, au monde et à toutes ses pompes, à la chair et à toutes ses cupidités. D'où vient que. selon l'excellente morale des apôtres, et les enseignements qu'ils nous ont laissés, avoir été bap tisé en Jésus-Christ, c'est être mort au péché, mort à soi même, à ses passions, à ses sens, à tous les désirs du siècle, pour ne mener sur la terre qu'une vie céleste.

Saints engagements, aussi solennels qu'ils sont étendus. Je dis engagements solennels, et c'est l'autre article que j'ajoute. En effet, ces engagements du baptême, ce sont des promesses, mais des promesses faites à Dieu, faites au ministre de Dieu, faites dans le temple de Dieu, à la face des autels, au milieu des fidèles, les uns simples spectateurs, les autres garants des paroles qu'ils ont données en notre nom, et que nous-mêmes, dans le cours des temps, nous avons confirmées. Quand donc, par le dérèglement de nos mœurs, nous démentons des promesses si authentiques, et si dignes du Maître auquel nous nous sommes dévoués, voilà ce que les Pères ont traité de parjure, de désertion, d'apostasie. Or, n'est-ce pas le désordre presque général du christianisme? Où en sommes-nous, et que sommes-nous? Sommes-nous chrétiens, sommes-nous pa'iens? A le bien prendre, nous ne sommes ni l'un ni

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l'autre : ni païens, puisque nous croyons en chrétiens; ni chrétiens, puisque nous vivons en païens. Quoi qu'il en soit, la sainteté de notre caractère en qualité de chrétiens, et la corruption de notre vie en qualité de pécheurs, c'est une alliance monstrueuse, c'est un abus sacrilège et une profanation.

Elle ne demeurera pas impunie. Ce saint caractère (jue nous aurons profané, nous le conserverons jusque dans l'Enfer. Le réprouvé l'aura toujours devant les yeux, pour sa confusion et pour son désespoir; et Dieu en aura toujours le souvenir présent, pour allumer sa colère et pour exciter ses vengeances. Car c'est de là en elîet que les péchés d'un chrétien ont un degré de malice tout particulier, et c'est de là même aussi qu'ils doivent être punis plus rigoureusement. Nous mesurons la grièveté des péchés selon la sainteté des états; et, suivant cette règle très juste et très bien, fondée, nous disons qu'un prêtre qui pèche est plus coupable qu'un simple laïc, parce qu'il est plus obligé, comme prêtre, à honorer son sacerdoce par la pureté de ses mœurs et par une conduite exemplaire. Nous disons de la même action qu'elle est plus criminelle et plus condamnable dans un religieux que dans un homme du monde, parce que le religieux est appelé à une plus haute perfection que le séculier. Or nous devons raisonner de même d'un chrétien, par comparaison avec tant de peuples nés dans les ténèbres de l'infidélité et privés de la grâce du baptême. Malheur à vous, disait le Sauveur des hommes, parlant aux Juifs, et leur reprochant tout ce qu'il avait fait pour eux dans le cours de ses prédications évangéliques, malheur à vous : car au jugement de Dieu vous serez traités avec plus de sévérité que ceux de ïyr et de Sidon! pourquoi? parce que ces idolâtres se seraient convertis, et qu'ils auraient fait pénitence sous le sac

345 I.KCTLKKS nL()Tllt|i;>M-;S.

et sous la cendre, s'ils avaient été éclairés comme vous et prévenus des mêmes secours. Appliquons nous à nous mêmes cette terrible menace, et prenons garde quelle ne saccomplisse un jour dans nous-mêmes, quand Dieu nous demandera compte du précieux talent quil nous a mis dans les mains. Comme il eût mieux valu pour Judas de nétre point né, que d'avoir trahi et vendu son Maître, il vaudrait mieux alors pour nous de n'avoir jamais été initiés au christianisme, que de n'en avoir pas rempli les devoirs, et d'avoir violé des engagements aussi indispensables et aussi sacrés que le sont les promesses de notre baptême.

QUATRIEME LECTURE

JEUDI

Jean-Baptiste faisant connaître Jésiis-Christ comme juge de l'univers.

CkJus l'eiitilabrum in manu sua. et permundablt areani suam.

Il a le van en main, et il nettoiera son aire. (Saint Mathieu, chap. lu, 1^2.)

Dans cette figure, qui ne reconnait Jésus Ctirist envoyé du ciel, non plus pour sauver le monde, mais pour le juger? Comme au temps de la moisson le laboureur prend le van dans ses mains et nettoie son aire, il viendra, ce Juge des vivants et des morts, armé du glaive de sa justice, pour faire le discernement des justes et des pécheurs, et pour rendre à chacun ce qui lui appartient. Jugement universel où cet Homme- Dieu présidera lui-même et en personne; pourquoi? par trois raisons : afin que ce jugement soit plus sen sible, c'est la première ; afin que ce jugement soit plus irréprochable, c'est la seconde ; afin que ce jugement soit plus rigoureux, c'est la troisième : et voilà le sujet des trois points.

348 l^ECTLRES OLOTIUIENNES.

.lugemenl par Jésus Christ, alin que ce soit un jugement plus sensible. Développons cette première pensée. C'est un mystère de notre religion, que ce qui nous est déclaré en termes exprès dans lÉvangile au sujet du jugement général, savoir : que le Père céleste, tout Père et tout Dieu qu'il est. ne juge personne, mais qu'il a donné à son Fils toute la puissance de juger (1). Et ce qui paraît encore plus surprenant, c'est ce que l'Évangile ajoute, que le Père a donné cette puissance à son fils, non pas absolument et précisément parce qu'il est son Fils, mais parce qu'il est Fils de l'homme (2). Mystère qui ne nous est pas tellement révélé par la foi. qu'il ne se trouve en même temps fondé sur une très importante raison. Car, il est vrai, c'est à Dieu quil appartient de juger souverainement ; mais, comme a fort bien remarqué saint Augustin, Dieu, demeurant dans la forme et dans la nature de Dieu, était trop élevé au-dessus de nous, trop éloigné de notre vue et de nos sens, pour entreprendre d'exercer lui-même à notre égard un jugement public et réglé. Il a fallu qu'il s'humanisât, et. si je l'ose dire, qu'il se propor tionnàt à nous ; c'est à-dire, il a fallu qu'il se fît homme, afin qu'ayant à juger des hommes, il pût se montrer sensiblement à eux et se faire entendre. Voilà ce qu'exprimait admirablement le saint patriarche Job, lorsque, parlant à Dieu dans l'excès de sa douleur et dans l'amertume de son àme, il lui disait : Seigneur, ne me condamnez pas (3) ; quelque coupable que je sois, ne me poursuivez pas dans la rigueur de votre

1) loan.. V, 22. — (2) Ibid., 27. — (3) Job. \. -2.

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justice; mais suspendez-en les arrêts, et s'il est nécessaire, pour m'en défendre, que je me prévale de ma faiblesse, en vous opposant votre propre grandeur et l'excellence de votre être, permettez-moi de vous demander s'il vous convient d'entrer en jugement avec moi? Avez-vous, comme moi, des yeux de chair? voyezvous les choses comme je les vois? vos jours sont-ils semblables aux miens (1), et êtes-vous homme mortel comme j(» le suis? Sentiment, au rapport même de l'Ecriture, dont Job était prévenu, dans la connaissance anticipée qu'il avait qu'en effet notre Dieu se ferait chair, et que, dans cette chair empruntée de nous, il serait plus en état de faire comparaître devant lui toutes les nations, et d'appeler tout l'univers à son tri bunal.

Nous le verrons donc, et nos yeux seront frappés de l'éclat de sa gloire. Nous le verrons, dis-je, ce Fils de r homme, voiir sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté (2). Quel spectacle, quel objet de terreur, quand, après les guerres, les famines, les pestes ; après les tremblements de terre, les frémisse ments et les débordements de la mer ; après la chute des étoiles, les éclipses de la lune, du soleil ; après le bouleversement du monde et la résurrection générale des morts, il paraîtra accompagné de toute la milice du ciel, et qu'il s'assiéra sur son trùne! Les hommes en sécheront de peur (3). Et qui ne tremblerait pas, à la présence de ce Juge redoutable, devant qui toute distinction humaine disparaîtra, toute dignité sera abaissée, toute autorité détruite, toute grandeur anéantie ? Car il n'y aura plus là, à proprement parler, ni grands, ni petits, ni rois, ni sujets, ni riches, ni pauvres : tout sera confondu ; et, d'homme à homme,

(1) ioh.l't, :.. - (-2) Lu... X(. -11. - {■.',) Il.id., -2i;.

:J50 I.KCTLIîKS (JUOTILHENNKS.

il ne restera plusdaulre dilîérence que le mérile des (eiivres. Craignons dès maintenant Celui ({uil ne sera plus temps de commencer à craindre, lorsqu'il se fera voir sensiblement à nous, le bras levé, et prêt à lancer la foudre sur nos tètes. Honorons-le et imitons-le dans les travaux et les humiliations de son premier avène ment, si nous voulons nous le rendre favorable dans son avènement glorieux, et au grand jour de ses vengeances élernelles.

Jugement par Jésus-Christ, afin que ce soit un juge ment plus irréprochable. Comme Dieu est la vérité même et la sainteté, c'est le caractère de tous ses jugements d'être saints et sans reproche. Dès que ce sont les jugements du Seigneur, dit le Prophète, ils n'ont point besoin de justification, puisqu'ils se justifient assez par euxmêmes (1). Cependant, afin que ce dernier jugement, où tous les hommes seront cités et qui fera la consommation des siècles, fût encore, autant qu'il est possible et dans le sens que nous devons l'entendre, un jugement plus irréprochable, il fallait que Jésus-Christ même, rédempteur du monde, y tint la place déjuge, et qu'il y prononçât la sentence. La preuve en est évidente, et la voici : car s'il y a un jugement qui soit à couvert de tout soupçon, c'est à-dire s'il y a un jugement qui ne puisse être suspect, ni de prévention, ni d'inimitié, ni d'antipathie, ni d'envie, ni d'intérêt propre, ni de toute autre disposition mauvaise et de toute autre passion, c'est sans doute celui d'un ami, celui d'un bienfaiteur, d'un patron, celui d'un frère uni à nous par les

I ! Psalm. xviii. lit.

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iKPUcls les plus étroits de la nature et du sang. Or Jésus Christ, en qualité de Sauveur, esta notre égard plus que tout cela ; et quel droit, par conséquent, le pécheur aurait il de le récuser ? Qu'aura-t-il à lui opposer ? Quelle plainte aura t-il lieu de former ou de (|uelle excuse pourra-t-il s'autoriser?

Dira-t-il que c'est un juge préoccupé contre lui ? mais de quel front oserait-il le dire, lorsqu'il verra ce Dieu fait homme pour lui ; lorsqu'il verra la croix où ce Dieu fait homme fut attaché pour lui ; lorsqu'il verra sur le sacré corps de ce Dieu fait homme les cicatrices des plaies qu'il reçut pour lui ? Dira-t-il qu'il n'était pas instruit des voies du salut, et qu'il ne les connaissait pas ? Mais comment pourrait il le dire, lorsque ce Dieu fait homme lui présentera la loi qu'il est venu, comme nouveau législateur, nous enseigner autant par ses exemples que par ses paroles, et qui tant de fois, au milieu du christianisme (car c'est à des chrétiens que je parle ici), lui a été annoncée, notifiée, expliquée ? Dira-t-il que les grâces et que les moyens lui ont manqué ? Mais aurait-il l'assurance de le dire à ce Dieu fait homme, qui lui produira son sang comme une source inépuisable de secours spirituels dont il fut si abondamment pourvu, qui lui demandera compte de tant de lumières et de vues, de tant d'inspirations et de mouvements intérieurs, de tant de retours secrets et de remords de la conscience, de tant d'avertissements, de conseils, d'exhortations, de leçons ; qui lui fera le même reproche que Dieu faisait à Jérusalem, et dans les mêmes termes : Réponds, àme ingrate, réponds. Quai- je pu faire pour toi, que je n'ai pas fait (1) ? et de tout ce que t'a suggéré la malice de ton cœur, que n'as-tu pas fait contre moi ? De là cette

1 ) Isf

:\o2 LECTURES OLdTIlUKN.NES.

coiiviclion qui accablera le pécheur, forcé de reconnaître la multitude et lénormité de ses iniquités : de là cette confusion qui le troublera, qui l'interdira, qui lui fermera la bouche. Hé ! quelle pourrait être sa défense ? Quoi qu'il voulût alléguer en sa faveur, lunivers assemblé le démentirait. Car c'est ainsi que le Saint Esprit nous le fait entendre au livre de la Sagesse et dans les termes les plus formels : Il armera toutes les créât ((res pour tirer vengeance de ses ennemis... le monde entier combattra avec lui contre les insensés (1). Humilions-nous dès maintenant en sa présence. Ne cherchons point par de vaines excuses à nous justifier ; mais confessons nous coupables et dignes de ses chàliments, atin que l'humilité de notre confession et la sincérité de notre repentii' attire sur nous ses miséricordes.

ÎII

Jugement par Jésus Christ, afmque ce soit un juge ment plus rigoureux. Il parait étrange, et il semble d'abord que ce soit un paradoxe, de dire que nous devons être jugés avec moins d'indulgence, parce que c'est un Dieu Sauveur qui nous jugera. Nous comprenons sans peine la parole de saint Paul : Qu'il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant (2) ; mais qu'il soit en quelque sorte plus terrible de tomber dans les mains d'un Dieu médiateur, d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut : voilà ce qui nous étonne et ce qui renverse toutes nos idées. Cette vérité néanmoins est une des plus constantes et des plus solidement établies : comment ? c'est qu'après

II) Sap.. V, 18. :>1. — -2 Hebr., x, 3.

avoir abusé des mérites d'un Dieu Sauveur et profané son sang- précieux, le pécheur en sera plus criminel, et qu'une bonté négligée, offensée, outragée, devient le sujet de l'indignation la plus vive et de la plus ardente colère. Job disait à Dieu : Ah ! Seigneur, vous êtes rhciHi/é pour mol dans un Dieu cruel (1). Funeste changement qiréprouveronttant de libertins et de pécheurs, de la part de ce Dieu Homme qu'ils auront, les uns méconnu en renonçant à la foi, les autres méprisé et déshonoré par la transgression de sa loi. Ce qui devait leur donner un accès plus facile auprès de lui, et leur faire trouver grâce, je veux dire les abaissements et les travaux de son humanité, sa passion, sa mort, c'est par un effet tout contraire, ce qui l'aigrira, ce qui l'irritera, ce qui lui fera lancer sur eux les plus sévères arrêts et les anathèmes les plus foudroyants. Juge d'autant plus inexorable qu'il aura été sauveur plus miséricordieux. Aussi est-il remarquable dans l'Ecriture qu'à ce dernier jour, qui sera son jour, il nous est représenté comme un agneau, mais un agneau en fureur (2), qui répand de tous côtés la désolation et l'effroi. Telle est l'affreuse peinture que nous en fait le disciple bien-aimé, saint Jean, au chapitre sixième de son Apocalypse, lorsque annonçant par avance le dernier jugement de Dieu, dont il avait eu une vue anticipée, et le décrivant, il dit que les rois, les princes, les potentats de la terre, les conquérants, les riches, que tous les hommes, soit libres, soit esclaves, saisis d'épouvante et consternés, allèrent se cacher dans les cavernes et dans les rochers des montagnes, et qu'ils s'écrièrent: Montagnes et rochers, tombez sur nous, et dérobez-nous à la colère de l'Agneau ; car le grand jour de sa colère est arrivé, et qui peut soutenir ses regards ?

(1) Job., \\\, 21. — (-2) A|.o.-.. VI. Ifî,

Il n'y aura donc point à lui remontrer, dans l'espérance de le fléchir, tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il a souffert pour nous ; il s'en souviendra, mais pour régler par ce souvenir même la mesure de ses vengeances. Je le sais ; j'ai tout fait pour vous, tout souffert pour vous; mais vous en avez perdu tout le fruit. Or il faut que j'en sois dédommagé, que j'en sois vengé ; et pour cela: Retirez-vous de moi. maudits ! allez au feu éternel (1) ! Ils y descendront, et c'est là qu'il seront tourmentés, selon qu'ils auront été. dans la distribution de ses grâces, plus ou moins libéralement partagés. Car la rigueur de ce jugement, quoique extrême du reste, aura ses degrés. Jugement rigoureux pour tous, mais plus encore, pour les uns que pour les autres. Il ne tient qu'à nous de le prévenir, de nous rendre Jésus- Christ propice, en nous revêtant de son esprit et nous conformant à lui ; d'employer utilement ses dons, et de marcher dans les voies du salut qu'il nous a tracées ; de pratiquer fidèlement son Évangile, de prendre tous ses sentiments, d'imiter toutes ses vertus. C'est ainsi que nous mériterons qu'il nous mette au nombre de ses élus, quand il fera cette fatale séparation des bons et des méchants, et qu'il nous dise : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père : possédez le royaume qui vous a été prépart'' dés la eréation du monde (2),

(l)Matth.. XXV. 41. - (•2)ibid..?.4.

CINQUIEME LECTURE

VENDREDI

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