‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 31 sur 55 · I.ECTL'RHS OlOTiniENNES · texte numérisé non relu

I.ECTL'RHS OlOTiniENNES

estime qu'elles nous donneront de cette souveraine béatitude, nous engageront à y penser uniquement, et à redoubler sans cesse nos soins pour la mériter.

Bonheur du ciel, bonheur dont la possession est pour les élus de Dieu une félicité consommée. Car un état où l'homme n'a plus rien à désirer de tout ce qui peut contribuer à sa béatitude, et un état où l'homme n'a plus rien à craindre de tout ce qui pourrait troubler sa béatitude et la terminer, voilà ce que nous pouvons appeler une félicité complète. Or, tel est l'état des élus de Dieu dans le ciel. Ils possèdent Dieu, et dans Dieu ils trouvent le repos le plus parfait et l'assemblage de tous les biens : le repos le plus parfait, puisque Dieu est leur fin dernière, et que chaque être parvenu à sa fin s'y repose comme dans son centre ; l'assemblage de tous les biens, puisque Dieu est seul tout leur bien, et que lui seul, par une conséquence naturelle, il leur tient lieu de toutes choses. C'est pourquoi le Sauveur des hommes disait à ses disciples : Votrr cœur sp réjouira, et nul ne vous ravira rotrr joir. Alors vous ne me demanderez rien (1) ; leur faisant entendre ([ue rien alors ne leur manquerait. Mais qu'est ce que cette possession de Dieu ? Qu'opère telle dans l'àme bienheureuse ? comment la remplit-elle, la rassasie t elle, l'enivre-t elle de ces torrents de joie dont a parlé le Prophète ? Mystères, nous répond le grand Apôtre, qu'il n'est permis à nul homme sur la terre de pénétrer ; mystères au-dessus de tout ce \ que l'œil de

(1) Joan.. XVI, 22. 23.

SLR LI-: BONHELR DU CIEL. 3ÔT

I liomme a jamais vu, de tout ce que l'oreille de I homme a jamais entendu, de tout ce que l'esprit de Ihomme a jamais compris. Et de ce que ni l'œil de l'homme n'a jamais rien vu, ni l'oreille de l'homme n'a jamais rien entendu, ni l'esprit de l'homme n'a rien conçu de pareil, n'est-ce pas cela même qui nous fait mieux connaître l'excellence de ce bonheur incompréhensible et ineffable?

Quoi qu'il en soit, il nous suffit de savoir, et la foi nous l'enseigne, que dans cette béatitude tous les désirs de notre cœur seront tellement accomplis, qu'il ne nous restera plus rien à souhaiter; de même aussi que, dans tout l'avenir et dans tout le cours de cette éternelle béatitude, nous n'aurons plus rien à craindre parce que c'est une béatitude sans terme, et qu'elle nous mettra à couvert de toutes les révolutions et de tous les changements. Ainsi nous a-t-elle été annoncée dans l'Evangile et promise par Jésus-Christ, comme ^//i^joif' durable et permanente que personne ne peut rai)ir; comme un bonheur indépendant de tout accident humain; de toute puissance ennemie; comme une rédemption [i), un affranchissement, une délivrance de tous les maux, soit de l'âme, soit des sens^ ; de toutes les entreprises et de toutes les persécutions où peuvent exposer l'animosité, l'envie, la violence, l'intrigue, la cabale. Éternellement les élus du Seigneur, rassemblés dans son sein, aimeront Dieu et seront aimés de Dieu ; et dans cet amour mutuel et invariable, éternellement ils jouiront de l'abondance de la paix et des plus pures délices,

Que prétendons-nous et à quoi aspirons-nous, si ce n'est pas là que nous portons tous nos vœux? Qui nous arrête, et quel autre bonheur nous enchante ? Où

(t) Luc, XXI, 28.

le faisons-nous consister, ce faux bonlieur dont nous sommes si jaloux? Est ce dan^ ces biens bornés qui jamais n'éteignent notre soif, et nous laissent toujours un vide infini dans le cœur? Quel opulent du siècle a dit quelquefois : C'est assez? Quel ambitieux, comblé d'honneurs, a dit : Il ne m'en faut pas davantage, et je ne vise pas plus haut? Quel voluptueux, nourri dans le plaisir a dit : Je suis content, et je ne veux rien de plus ? Est-ce dans ces biens passagers, que nous ne possédons jamais sans inquiétude, parce que nous savons à combien de revers et à quelles décadences ils sont sujets? Hommes aveugles et insensés! jusques à quand le charme de la bagatelle nous fascinera-t-il les yeux, et nous cachera-t-il le seul bien solide et véritable que nous devons rechercher? Quelle comparaison de ce souverain bien, et de ces ombres sans fond et sans consistance, de ces vaines figures qui nous éblouissent et qui nous jouent ? Cependant, par le renversement le plus déplorable et par une espèce d'ensorcellement, c'est à ces figures que nous nous attachons, et c'est après ces ombres que nous courons. Car voilà à quoi se passe la vie de tout ce que nous voyons de mondains ; les uns tout occupés de leur agrandissement selon le monde; les autres dominés par un vil intérêt, et dévorés dune insatiable avidité qui ne demande qu'à se remplir; d'autres, plongés dans une oisive mollesse, uniquement attentifs à contenter leurs sensuelles cupidités ; tous aussi peu touchés de l'avenir que s'ils n'avaient rien à y prétendre, et qu'ils n'eussent aucune part aux promesses du Seigneur. iJis-je rien dont nous ne soyons témoins; et pour peu qu'on ait de zèle, peut on voir un égarement si prodigieux sans en ressentir la douleur la plus amère ?

^11! i.i; i;(t.Mii;LK in cikl. 359

JJoiiheurdu (/iel, bonheur dont la seule attente est, dès ce monde même, pour les élus de Dieu, une félicité anticipée. Deux eiïets qu'elle produit dans une àme chrétienne: lun est d'y retrancher les principes ordinaires des peines qui nous troublent en ce monde, et l'autre est d'y répandre une onction toute divine, et d'y faire couler les plus douces consolations par un avant-goût des biens de l'éternité. Donnons à l'un et à l'autre l'éclaircissement nécessaire.

Quels sont communément les principes de tant de peines dont nous sommes sans cesse agités et troublés? (i'est notre extrême attachement aux biens de la vie, et c'est la vivacité de notre sentiment dans les maux de la vie. Nous estimons les biens de la vie, nous les aimons et de là, pour les acquérir ou pour les conserver, mille désirs qui nous brûlent, mille passions qui nous [déchirent, mille jalousies qui nous rongent, mille soins, mille embarras qui nous tourmentent. Nous redoutons les maux de la vie, nous y sommes sensibles à l'excès; et de là, soit que nous en soyons attaqués ou seulement que nous en soyons menacés, ces frayeurs mortelles qui nous dessèchent, ces impatiences qui nous aigrissent, ces dépits qui nous désespèrent, ces chagrins, ces désolations qui nous accablent. N'est-ce pas là ce qui fait dès maintenant le supplice de tant de gens; n'est-ce pas ce qui les rend malheureux?

Mais quel serait le remède? c'est une sainte indifférence qui corrigeât cet amour désordonné des biens de la vie; et c'est une généreuse patience qui modérât cette sensibilité excessive dans les maux de la vie. Or, telles sont les heui'euses dispositions où s'établit une

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âme fidèle qui tourne toutes ses pensées vers le ciel, et ne s'occupe que du royaume de Dieu où elle est appelée. Voit-elle les grandeurs du monde, les fortunes du monde : tout cela ne la touche point, parce qu'elle sait quelle n'est point faite pour tout cela, mais qu'elle est destinée à quelque chose de plus grand. J'ai prié h' Seigneur, dit-elle avec le Prophète-roi, je lui ai demandé qu'il me fît connaître ma fin (1). J'ai considéré que mes jours sont m^esurés. et que toute la vie de l'homme ici-bas nest que vanité; qu'il thésaurise sans savoir pour qui, et qu'après s'être fatigué inutilement, il disparaît comme un songe. Eh! quelle est donc mon attente? ai-je conclu; n'est-ce pas le Seigneur (2), et ce qu'il me réserve dans sa gloire? Que m'importe tout le reste ? Est-elle assaillie de , disgrâces temporelles, de soulïrances, d'adversités, de misères; tout cela ne l'ébranlé point, parce quelle sait que tout cela ne sert, en l'éprouvant, qu'à lui assurer la couronne qui est le terme de son espérance. Je souffre, sécrie-t-elle avec r Apôtre des nations, mais je n'en ai point de confus'ion (3), et, au milieu de toutes les calamités humaines, je ne me laisse point déconcerter ni abattre : car je n'ignore pas quel est celui en qui je me confie, et je puis compter qii'il me garde mon dépôt, et que mon trésor ne périra point entre ses mains. Quel soutien! et dans ce lieu d'exil où nous vivons, s'il peut y avoir quelque bonheur pour nous, en concevons-nous un autre que ce dégagement du cœur, que cette paix inaltérable, que cette indépendance de toutes les vicissitudes et de tous les événements ; que cette force, cette fermeté supérieure à tout ce qui peut arriver d'infortunes, de pertes, de traverses, d'humiliations, dinfirmités ?

(1) Psalm. xwviii. :;. — (-2) Ibid.. 6, T. 8. — ^3) Il ad Tiiu . i. 1-2.

SUK I.E HONHELK DU ClEI,. 3rtt

Que sera-ce, si nous ajoutons lonction sainte et les consolations intérieures que l'on goûte à contempler la maison de Dieu et toutes ses richesses ? Car, dès cette vallée delarmes où nous n'en n'avons encorequ'une image imparfaite et ne la voyons que de loin, la méditation, aidée de la grâce, nous la rend en quelque sorte présente, et nous enfaitdéjà sentir par avance les beautés inestimables. Mais n'entrepenons point ici d'expliquer ce que c'est que ce sentiment, que ce goût : il en faut faire l'épreuve pour le connaître. David l'éprouvait et le connaissait, et c'est au souvenir de la céleste Jérusalem que son âme s'enflammait, qu'elle s'abîmait pour ainsi dire, et se perdait heureusement en Dieu : Seigneur, Dieu des vertus, que j'aime à me retracer la magnificence, l'éclat, la splendeur de vos tahernaclex (1)! Plus j'y pense, plus la vue que j'en ai me touche; et le trait qui me pénètre est si vif que j'en tombe même en défaillance. Tant de saints l'ont éprouvé et l'ont connu ; bien d'autres l'éprouvent chaque jour et le connaissent : car, dans tous les états, malgré la corruption du siècle, il y a toujours, par la Providence divine, un petit nombre d'àmes ainsi dégagées de la terre, et dont tout le commerce est au ciel (2). Envions leur sort et déplorons le nôtre. Reconnaissons notre aveuglement, et travaillons à le guérir. Nous voulons dès ce monde une vie tranquille, et nous négligeons d'apprendre où se trouve cette tranquilité et ce calme. Ouvrons les yeux de la foi. Élevons-nous par l'espérance chrétienne au-dessus de tous les objets mortels et périssables ; et, pour notre bonheur même présent, ne nous occupons que du bonheur à venir.

(1) l'salin. Lxwiu, -1. - (2) l'hilip., m. ^20.

SIXIEME LECTURE

SAMEDI

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