SUR LE DÉLAI DE LA PÉNITENCE
Jean-Bapîisle jjn'chant iine pénitence prompte et mm retardement.
Jam securis ad radicem arhovum posita est.
La cognée est déjà à la racine des arbres. {Saint Luc, chap. m. 9.)
Il n'y a donc point lieu de différer et d'attendre, puisque l'arbre est si près de sa chute, et que le coup qui va l'abattre va bientôt partir et le renverser. Parlons sans figure, ou tirons de cette figure l'avis important que Jean-Baptiste voulait donner à tout pécheur actuellement engagé dans le désordre du péché, qui est de n'y point demeurer, de ne s'y point obstiner, mais de retourner promptement à Dieu, et de ne pas s'exposer aux suites funestes d'un retardement très dangereux. Je dis d'un retardement très dangereux; et sans insister sur ces accidents imprévus, où la mort, par un juste châtiment de Dieu, surprend un pécheur ([ui diffère, mais pour ne prendre la chose que dans le cours même le plus naturel et le plus commun, arrêtons nous aux deux effets les plus ordinaires du délai delà pénitence, et renfermons-les en deux propositions. Car le délai de la pénitence forme l'habitude du péché: c'est le premier effet de la première proposition : et par un retour presque immanquable, l'habitude du péché entretient jusques à la mort le délai de la pénitence, et par là
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conduit à l'impénitence finale : c'est le second effet et la seconde proposition, Expliquons-nous mieux et en moins de paroles: habitude du péché, effet du délai de la pénitence ; délai de la pénitence, effet de l'habitude du péché ; de l'un et de l'autre, impénitence finale : voilà ce que nous allons développer; et si ces vérités ne nous touchent pas, il faut que nous soyons bien peu sensibles aux intérêts de notre salut.
Le délai de la pénitence forme l'habitude du péché. Il n'est pas difficile de le comprendre, et l'on en voit d'abord la raison. Car ce qui forme les habitudes, ce sont les actes fréquents et réitérés; et ce qui doit par conséquent former l'habitude du péché, ce sont les longues et fréquentes rechutes dans le péché. Or tel est l'état d'un pécheur qui diffère sa pénitence; voilà l'effet de ses remises continuelles et de ses retardements.
Il s'agit d'un homme que ses passions ont entraîné hors des voies de Dieu, et fait entrer dans les voies de l'iniquité; il s'agit dune femme, d'une jeune personne que le monde éblouit, que le plaisir enchante, que certains objets attachent, que la sensibilité du cœur précipite dans les dérèglements, ou secrets, ou même connus. Dieu les rappelle, il les presse par sa grâce : on leur parle de sa part, on leur prêche la pénitence. Mais que répondent-ils? Ils ne s'aveuglent point assez pour prétendre justifier leur conduite ; ils conviennent qu'il y a du libertinage, et qu'ils ne vivent pas dans l'ordre ni selon la loi de Dieu ; ils comptent sur l'avenir, et ils se promettent bien de changer quelque jour-, de prendre une route tout opposée, et de travailler se-