SUR LE DELAI DK I.A PENITENCE
rieiKsement à la réformation de leurs moeurs. Mais ce jour, disent-ils, n'est point encore venu : il serait trop tôt maintenant, et il faut attendre. Ah! il faut attendre! c'est-à-dire qu'il faut laisser le vice jeter de profondes racines et se bien établir ; c'est-à-dire qu'il en faut contracter l'habitude, quil faut la laisser croître, et lui donner tout le loisir et tous les moyens de se fortifier ; c'est à-dire qu'il faut se lier au péché, se livrer au péché, se rendre le péché si familier qu'on ne le craigne plus, et qu'on n'en ait plus de scrupule. Car, qu'est-ce que tous ces retardements dont on use, et à quoi se réduisent-ils, si ce n'est à multiplier les péchés en suivant toujours le même train de vie, en demeurant toujours dans les mêmes engagements, en sabandonnant toujours aux mêmes excès, en ne corrigeant rien, mais ajoutant toujours crimes sur crimes, débauches sur débauches? Or, pour reprendre le principe que nous avons déjà posé touchant l'habitude et son origine, n'est-ce pas là ce qui la fait naître, et n'est-ce pas ainsi qu'elle s'insinue dans un cœur et qu'elle se l'assujettit ? Un premier péché ne la forme pas ; mais, comme a remarqué saint Bernard, ce premier péché dispose au second : celui-ci donne une facilité toute nouvelle pour l'autre qui lui succède : de degrés en degrés la contagion se répand; le cœur se tourne au mal, il sy attache, et tombe dans un esclavage où il n'est presque plus maître de lui-même.
Triste vérité, d'autant plus constante que les habitudes vicieuses ont cela de propre, quelles s'impriment beaucoup plus aisément et plus profondément : pourquoi ? parce que notre nature corrompue est plus disposée à les recevoir, et que nous portons au dedans de nous-mêmes de malheureuses concupiscences qui les secondent et qui les appuient. Une prompte pénitence les préviendrait et leur couperait court, Elle ne nous
mettrait pas à couvert de toute rechute, et, quoique pénitents, nous ne serions pas impeccables, mais nous serions moins sujets à la tyrannie de Ihabitude. En appllcjuant le remède aussitôt que le mal viendrait à paraître, on lempécherait de sinvétérer. En jetant l'eau, selon la comparaison de saint Augustin, à mesure qu'elle entrerait, tout fragile et tout ouvert, qu'est le vaisseau, on le garantirait du naufrage. Et c'est à quoi lApôtre exhortait si fortement les fidèles, et ce qu'il leur recommandait par ces paroles: Mes frères, ne souffre: doue point que le péehé règnedans votrecorps mortel, en sorte que vous ro}(S soumettiez à toutes ses convoitises (1). Prenez garde : ce saint apôtre ne leur disait pas précisément : Ne tombez jamais, et préservez-vous de tout péché : heureuse disposition, qui serait bien à désirer, et qui n'est guère à espérer! Mais du moins, leur faisait-t-il entendre, si. par le poids de la faiblesse humaine, vous tombez quelquefois, si vous péchez, ne permettez pas au péché dalïermir son empire dans vous et sur vous, par une possession paisible et habituelle. Leçon dune conséquence infinie; leçon dont nous ne comprendrons jamais mieux la nécessité, que lorsque nous comprendrons toute la malignité dune criminelle habitude. Le péché est un mal; mais au-dessus de ce mal, tout extrême qu'il est, on peut dire quil y a quelque chose encore de plus à craindre : eh quoi ? c'est l'habitude dans le péché. Il n'y a qu'à consulter sur ce point de morale les Pères de l'Église et les maîtres de la vie chrétienne; il n'y a qu'à voir avec quelle force et en quels termes ils s'en expliquent. Mais allons plus loin : car peut-être dira t on que si. par le délai de la pénitence, l'habitude s'est formée, on n'est pas après tout sans ressources,
(1) Rom.. VI. 1-2.
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et que désormais n'apportant plus à sa conversion de nouveaux retardements, on peut, par un vrai retour à Dieu, réparer le passé et sanctifier le reste de ses années : espérance dont on se flatte, mais espérance (|ue doit pleinement détruire une seconde proposition qui va faire le sujet du second point.
L'habitude du péché entretient jusques à la mort le délai de la pénitence, et par là conduit à l'impénitence finale. N'exagérons rien, et, pour nous renfermer dans les bornes de la vérité la plus exacte, convenons d'abord du sens de cette proposition, et mettons-y tous les tempéraments et toutes les modifications convenables. Ce nest point une règle universelle ni absolue : ce n'est point à dire que l'habitude soit à la pénitence du pécheur un obstacle insurmontable, ni qu'elle le détermine tellement à persévérer dans son péché, qu'il ne lui soit plus libre d'en sortir. Ce n'est point à dire même que de temps en temps on n'ait vu et qu'on ne voie encore un petit nombre de pécheurs que la grâce enfin, par un dernier effort, semble arracher à l'iniquité, et en qui elle triomphe de mille résistances, et des retardements les plus opiniâtres. Voilà, pour ne donner dans aucune extrémité, ce que nous sommes obligés de reconnaître. Mais du reste, il n'en est pas moins vrai que, si le retour d'un pécheur d'habitude n'est pas impossible, il est toujours d'une difficulté extrême, et en voici la preuve convaincante. Car si le pécheur n'ayant point encore l'obstacle de l'habitude à surmonter, et avant qu'elle se soit fortifiée, n'a pas eu néanmoins le courage de rompre ses liens et d'entrer dans les voies de la pénitence, que sera-ce quand,
aux autres obstacles qui l'ont arrêté, celui-ci se trouvera joint? Que sera ce, dis-je, quand il aura laissé le vice s'enraciner dans son àrae, quand il se sera attaché plus étroitement que jamais au péché, qu'il se sera pour ainsi dire, vendu au péché, asservi au péché, naturalisé avec le péché; quand, par la force et par l'impression de l'habitude, il aura presque perdu tout le remords du péché, et que ce ne lui sera plus une charge sur la conscience ni un sujet d'inquiétude ?
De là remises surremises, et retardements surretardements. Ce n'est pas, comme je l'ai déjà observé, qu'on rejette tout à fait la pénitence, et qu'on prétende ne quitter jamais son péché. Il n'y a qu'un petit nombre d'impies qui s'abandonnent à ce désespoir. Mais tandis qu'on se flatte, qu'on se promet de retourner quelque jour à Dieu, parce qu'on en voit l'indispensable nécessité ; dans la pratique, et quant à l'exécution, on ne veut jamais se persuader que ce jour soit venu, et. selon que saint Augustin le témoigne de lui-même, on dit toujours : Demain, demain: tantôt, tantôt: encore un peu, encore un peu. Voilà par où tant de pécheurs, esclaves de l'habitude, vieillissent dans leurs désordres : et n'en avons-nous pas mille exemples devant les yeux? Cependant les années passent, la mort arrive, une dernière maladie se déclare, et alors même le malade croit toujours pouvoir remettre. Si, dans les premières atteintes du mal. on l'avertit de penser à lui, que répond-il? Attendons (1). Si, dans le cours du mal qui augmente, on le presse de nouveau, même réponse : Attendons encore. Enfin, à force d'attendre, ou tout à coup il est surpris par une subite révolution qui l'enlève, ou, dans une extrémité qui ôte presque toute connaissance, tout sentiment, il ne
(1) Isa,, XXVIII, 10.
SUK I.K DKI.AI DE I.A PKNITKNCK. 377
fait plus qu'une pénitence imparfaite, qu'une pénitence précipitée et forcée. Tout cela veut dire qu'après avoir vécu dans l'impénitence, il meurt impénitent.
Concluons avec l'Apôtre : Voici Vhenve de nous réveiller de notre sommeil, voici le temps favorable, voici les jours du salut (1); ne les perdons pas, et hâtons nous. Car ces jours de salut, ce temps, cette heure favorable que nous avons présentement, nous ne les aurons pas toujours. Ils s'écoulent, et nous ne savons quand ils reviendront. Que dis je, et savonsnous même si jamais ils reviendront? Peut-être nous persuadons nous qu'une pénitence différée cause moins de peine et qu'avec le temps elle devient plus aisée. Mais c'est une erreur, et la plus trompeuse de toutes les illusions. Tout le reste, il est vrai, s'affaiblit avec l'âge : le tempérament s'altère, les forces du corps diminuent, les lumières mêmes de la raison s'obscurcissent , mais les passions du cœur, mais les habitudes vicieuses prennent toujours de nouveaux accroissements. Le temps serre les nœuds et les endurcit; les années donnent à la passion et à l'habitude plus d'ascendant : et dans un âge avancé, non seulement on se trouve tel que l'on était dans une première jeunesse, mais c'est alors qu'on sent les funestes progrès du vice, et qu'on se voit presque hors d'état de l'attaquer et de le vaincre. De là cette maxime générale de remédier aux plus petits maux, et de bonne heure, afin d'en arrêter de plus grands où l'on se laisserait entraîner. Maxime dictée par la sagesse humaine, et appliquée à toute la conduite de la vie, en quelque conjoncture et sur quelque sujet que ce soit ; mais, à plus forte raison, maxime spécialement nécessaire dans la conduite du salut et dans la pénitence chrétienne. Quoi qu'on en
(1) Rom., xiii, 11.
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puisse penser et qu'on en puisse dire, vouloir sans cesse remettre sa pénitence d'un jour à un autre jour, d'une semaine aune autre semaine, d'un moisà un autre mois, c'est en quelque manière vouloir absolument et pour toujours y renoncer. Or, y renoncez-vous en etîet ? y renoncez-vous pour jamais? Quelle est dans cette assemblée l'âme si endurcie, qu'une telle proposition ne lui fasse pas horreur? Voilà néanmoins à quoi l'on s'expose, et ce qu'on ne peut trop craindre, ni prévenir avec trop de soin.
DEUXIEME LECTURE
MARItl
Jean-Baptiste prèehant une pénitenee sincère et sans déguisement,
liecias facite semilas ejus.
lîcndcz droites les voies du Seigneur. [Saint Luc, rhap. iir, 4.)
Ces voies du Seigneur, ce sont pour les pécheurs les voies de la pénitence, puisque c'est par la pénitence que nous nous rapprochons de Dieu, et que Dieu se rapproche de nous. Il faut que ces voies soient droites, il faut que notre pénitence soit sincère : car Dieu aime la vérité, et rien ne peut lui plaire de tout ce qui nest qu'extérieur et apparent. C'est donc dans les sentiments du cœur que consiste la vraie pénitence; c'est dans le cœur qu'elle doit naître, et du cœur qu'elle doit partir. Car. pour prendre la chose dans son fond, quelle est la nature de la pénitence, ou quelle en est la fonction la plus essentielle? c'est de détruire le péché et de rétablir Ihomme, à l'égard de Dieu, dans l'état d'où le péché l'a fait déchoir. Voici ma pensée. Le péché, disent les théologiens, consiste dans un mouvement de lame (jui se détache de Dieu et s'attache aux objets créés; et, par une règle toute contraire, la pénitence doit donc consister dans un retour de l'âme, qui se détache des objets créés et s'attache à Dieu. Or, l'un et l'autre ne se peut faire véritablement et
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sincèrement que par la pénitence du cœur. Sans la pénitence du cœur, point de vrai détachement du péché, ou des objets qui ont été la matière du péché : premier point. Sans la pénitence du cœur, point de vrai attachement à Dieu, ni par conséquent de réconciliation avec Dieu : second point. Voilà, dans un partage également simple et solide, une des instructions les plus importantes.
Sans la pénitence du cœur, point de vrai détachement du péché, ou des objets qui ont été la matière du péché. Ce n'est point par les larmes ni par les gémissements ; ce n'est point par les vœux, les longues prières, les promesses, les protestations; ce n'est même précisément, ni par la confession de ses offenses, ni par la réparation qu'on en fait au jugement des hommes; ce n'est point, dis-je, par tout cela qu'on se détache du péché : pourquoi ? parce qu'avec tout cela on peut encore avoir au péché une attache secrète et criminelle. En effet, tout cela peut subsister et se trouver dans un pécheur, sans que le cœur y ait aucune part, ou sans qu'il y ait la part qu'il y doit avoir. Les Juifs s'humiliaient, se prosternaient contre terre, se couvraient la tète de cendres, déchiraient leurs habits en signe de pénitence. Mais le Prophète leur reprochait qu'en déchirant leurs habits, ils ne déchiraient ni ne brisaient pas leurs cœurs. Or, dès que le cœur n'entre point dans ces démonstration extérieures, elles ne peuvent opérer un vrai détachement du péché : la raison en est aisée à comprendre. Car qu'est-ce que se détacher du péché? c'est renoncer au péché, c'est détester le péché, c'est prendre une sainte résolution de quitter
SUR J.A l'ENlTENCE DU CŒUK. 381
le péché, et de ne plus le commettre. Or, renoncer de la sorte, détester, résoudre, ce sont des opérations du cœur. Par conséquent si le cœur n'agit, il n'y a ni vraie résolution, et, par une même conséquence, point de vrai détachement du péché.
Mais, dira-t-on, le prêtre néanmoins, comme ministre de la pénitence, sans autres preuves que la parole du pécheur, que son accusation, sa confession, ses larmes, et les témoignages ordinaires de repentir, lui confère le bienfait de l'absolution. J'en conviens, et en cela il s'acquitte de son devoir, bien loin d'être répréhensible. Car, ne pouvant lire immédiatement dans le cœur pour en connaître la véritable disposition, il est obligé de s'en tenir à certains dehors, et de former làdessus son jugement. Ces dehors, naturellement et par eux-mêmes, 'sont les signes visibles du détachement intérieur. Ce ne sont que des apparences, je le sais ; mais dès que le ministre a pris toutes les mesures convenables pour en bien juger, dès qu'il a fait tout l'examen nécessaire, et qu'il y a employé toutes les lumières delà prudence évangélique, alors s'il se trompe, il n'est point responsable de son erreur ; elle ne lui peut être imputée, et le seul pénitent en doit rendre compte à Dieu.
Car, sous l'extérieur le plus apparent. Dieu sonde le cœur; et parce que souvent il arrive que, sous le voile le plus spécieux, le détachement du cœur n'est pas tel qu'il doit être, que sert au pécheur l'absolution qu'il a reçue, ou qu'il a cru recevoir ? à le charger devant Dieu d'un nouveau crime, et à lui attirer de la part de Dieu un nouvel anathème. Terrible vérité pour tant de mondains et de mondaines, qui, par je ne sais quelle bienséance, viennent à certains jours de l'année se présenter au saint tribunal! Sont-ils vraiment touchés? sont-ils dans le cœur vraiment détachés de leur péché ?
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prenneiil-ils les moyens de IcHre, et y font-ils toute lattention qu'il faut ? se détache-t-on sans violence, sans réflexion, sans une ferme détermination ? et cette violence, cette réflexion, cette détermination ferme et inébranlable, est-ce le fruit dune revue courte et superficielle, dune confession faite légèrement et à la hâte, de quelques prières récitées par mémoire et prononcées avec indiflérence. de quelques propositions ou de quelques velléités qui n'engagent à rien de particu lier, ni ne décident rien ? Sous cet appareil trompeur, la plaie reste toujours dans l'âme ; et si l'on a jeté sur le feu quelques cendres pour le couvrir, il est toujours dans le cœur aussi ardent que jamais. La suite le montre bien, et dès la première occasion on n'éprouve que trop combien l'on tenait encore au péché, et combien peu il avait perdu de son empire. Mais vérité surtout terrible pour tant de mourants. Us font assez entendre de soupirs et de regrets. On voit la tristesse répandue sur leur visage ; on lit dans leurs yeux le trouble qui les agite, et la frayeur dont ils sont saisis. Ils réclament la miséricorde du Seigneur, ils déplorent amèrement la perte et le mauvais emploi qu'ils ont fait de leurs années. Mais de savoir s'ils sont pour cela pleinement dé gagés des liens du péché, il n'y a que vous, mon Dieu, qui puissiez le connaître, puisqu'il n'y a que vous qui puissiez démêler les replis du cœur, et en découvrir les sentiments. Ce que nous savons, c'est que, malgré toutes ces marques de repentir, la pénitence de la plupart des pécheurs à la mort a toujours paru suspecte aux Pères de l'Église et aux maîtres de la morale chrétienne : pourquoi ? parce qu'ils ont toujours craint que ce ne fût pas une pénitence du cœur c'est-à-dire une pénitence où le cœur se fût détaché réellement et sincèrement du péché.
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Sans la pénitence du cœur, point de vrai attaciiement à Dieu, ni par conséquent de réconciliation avec Dieu. Je l'ai dit, et c'est un principe universellement reconnu, que la pénitence, en nous détachant du péché, doit en même temps nous rapprocher de Dieu. Telle est la doctrine expresse de saint Augustin, lorsqu'il nous enseigne que la pénitence est renfermée en deux mouvements tout contraires, l'un de haine, l'autre d'amour: de haine par rapport au péché, et d'amour à l'égard de Dieu. De haine, voilà le détachement du péché ; et d'amour, voilà l'attachement à Dieu. Je n'examine point quel doit être le degré de cet amour : il me sutïit que, sans quelque amour, ou parfait ou commencé, il n'y a point de pénitence recevable au tribunal de Dieu. Or, qui ne sait pas que c'est le cœur qui s'attache ; et de là qui ne conclut pas que, de la part du pécheur pénitent, il ne peut donc y avoir de véritable attachement à Dieu que par la pénitence du cœur ? Faisons du reste tout ce qui nous peut venir à l'esprit de plus généreux, de plus héro'ique et déplus grand ; sacrifions nos biens, mortifions notre chair, versons notre sang, donnons notre vie : tout cela, sans l'action du cœur, n'est point s'attacher à Dieu ni aimer Dieu ; et, par une suite évidente, tout cela n'est point conversion à Dieu, ni pénitence. Qu'est-ce donc? c'est, pour user des expressions figurées de l'Apôtre, courir en vain, et abattre l'air inutilement. C'est pour cela même aussi que Dieu, par la bouche des prophètes, rappelant les pécheurs et les invitant à la pénitence, ne leur recommandait, à ce qu'il parail, rien autre chose que de revenir à lui de cœur, de rentrer dans leur cœur, de se
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faire un cœur nouveau, parce que, n'étant point à lui de cœur, c'était n'y point être du tout.
Vérité que le Roi-prophète avait bien comprise, lorsque, reconnaissant les désordres où la passion l'avait conduit, et voulant en obtenir de Dieu le pardon, il lui disait : Si pour vous apaiser et pour me réunir à vous, vous demandiez. Seigneur, des victimes, j'en aurais assez à vous offrir ; mais que serait-ce pour un Dieu que le sang des animaux, et quelle estime feriez-vous de tous les holocaustes ? Le grand sacrifice qui doit vous plaire, ô mon Dieu ! poursuivait ce roi pénitent, c'est celui démon cœur. Sans cette offrande, toutes les autres ne vous peuvent être agréables ; mais un cœur contrit et humilié devant vous, mais un cœur qui se tourne vers vous, qui se donne à vous, voilà ce que vous n'avez jamais méprisé, et ce que jamais vous ne mépriserez.
Non. il ne le méprise point ; et que dis je ? il en est même jaloux, et tellement jaloux, qu'il daigne bien, selon le témoignage de l'Écriture, se tenir lui-même à la porte de notre cœur, pour nous en demander l'entrée et la possession. Il ne le méprisa point, ce cœur contrit, quand, touché de la pénitence de Manassès, il lui pardonna toutes ses impiétés et le rétablit dans tous ses droits ; il ne le méprisa point, quand il remit à Madeleine tous ses péchés, parce qu'elle avait beaucoup aimé, c'est à dire parce qu'ayant détaché son cœur de tous les engagements du monde, elle le lui avait dévoué désormais et sans réserve ; il ne l'a point méprisé en tant d'autres, et il ne le méprisera point dans nous.
Que de raisons nous engagent à lui faire ce sacrifice, et que de puissants motifs doivent nous exciter à cette pénitence du cœur ! Après nous être séparés d'un Maître si bon et si digne d'un attachement éternel, retournons à lui. non point dans un esprit de servi-
tilde, ni par une crainte basse et toute naturelle, mais dans un esprit de confiance, d'espérance, d'amour. Si donc en ce saint temps il nous fait entendre sa voix, n'endurcissons point nos cœurs ; mais ouvrons-les à sa grâce, qui nous est communiquée pour les amollir et pour les rendre sensibles. A quoi le seront-ils, s'ils ne le sont pas à l'offense du souverain Auteur qui les a formés, et qui ne les a formés que pour lui ?
TROISIEME LECTURE
MERCREDI