NOTICE SUR BOURDALOUE
Louis Bourdalouc naquit à Bourges le 20 août 1632. Sa famille était l'une des plus considérables de la ville. A l'âge de 15 ans il désira entrer dans la Compagnie de Jésus et il y fut admis le 10 novembre 1648.
iVprès avoir fait ses études avec un rapide succès, il fut chargé de professer successivement la rhétorique, la philosophie et la théologie. Il donna dès lors des preuves de l'étendue et de la solidité de son esprit. Il commença ses prédications en 1666.
Bourdaloue passa avec raison pour le véritable réformateur de la chaire : et, s'il n'est pas le premier qui l'ait purgée de ses défauts, il a fait plus, il a créé l'éloquence et l'art de la prédication. « Qu'était-ce parmi nous que l'éloquence de la chaire, dit l'abbé d'Olivet, avant que les Bourdaloue eussent fait préférer à tout le reste la raison mise dans tout son jour? c'était mettre ensemble beaucoup de pensées mal assorties, souvent frivoles, et les énoncer avec de grands mots. » (1)
Il prêcha devant Louis XIV l'Avent en 1670 et le Carême en 1672. Il fut redemandé pour les Avents de 1684, 1686, 1689, 1693 et pour les Carêmes de 1674, 1675, 1680 et 1682. C'était une chose inouïe. Rarement le même prédicateur était appelé trois fois à la cour, et Bourdaloue y parut dix fois avec le même succès. Louis XIV avait manifesté le désir de l'entendre tous
(Il Hist. de lAcad. française, Paris, lTJt\ tome III. p. 17-2,
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les deux ans, aimant mieux, disait-il, sc8 riKlites que les choses nouvelles d'un autre.
Le succès du P. Bourdaloue surpassait encore à Paris ceux qu'il obtenait à Versailles. M°^« de Sévigné ne parle en général de ses sermons qu'avec enthousiasme; et rendant compte d'un de ces sermons qu'elle venait d'entendre : « Cela fut poriè au point de la plus haute perfection, dit-elle, et certains points furent poussés comme les aurait poussés V apôtre saint Paul, »
La vertu de Bourdaloue égalait son beau talent. Il était admiré de tous ceux qui l'entendaient, respecté même de ceux qui ne cherchaient point à l'entendre,
Bourdaloue fut jugé par ses contemporains, comme il l'a été dans le xviii^ siècle et comme il l'est de nos jours : La Bruyère, dans ses Caractères, le comparait à Cicéron, Boileau le proclamait dans ses vers /c idus grand orateur. Dans le siècle suivant, d'Aguessau (1) préfère Bourdaloue à Bossuet ou à Fléchier comme modèle de celui qui -se destine a parler pour prouver et pour convaincre. Un de nos plus célèbres orateurs, après avoir admiré les différents genres de mérite et de beautés qu'on trouve dans Bourdaloue, s'écrie : « Voilà donc jusqu'où le génie peut fi'êlever, quand il est soutenu pjar le travail (2). »
Les sermons de Bourdaloue renferment tout le dogme et toute la morale, tout ce qu'il faut croire et tout ce qu'il faut pratiquer. On voit partout qu'il est versé dans l'intelligence des Livres saints, dans l'étude des Pères, dans la connaissance du cœur humain; et c'est à ces trois sources qu'il puise l'abondance et la solidité de ses preuves. Ses idées se développent dans un ordre parfait. D'une vérité établie naissent une foule d'autres vérités qui se soutiennent ensemble et se fortifient mutuellement. Il est profond, mai'^ sans obscurité; il éclaire quand il discute, et quand il raisonne il prouve.
(1) Instruction sur les études propres à former un magistrat.
(2) Principes de Véloquence de la chaire, par S. E. le cardinal Maury.
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On fli l'ait que les mystères mêmes do la religion semblent cesser d'être des mystères quand il. les développe. Il attaque, il subjugue l'esprit, il exhorte moins qu'il n'ordonne, il entraîne plutôt qu" il ne séduit. Une logique puissante le fait toujours arriver jusqu'à l'évidence.
Aucun dos nombreux sermons de Bourdaloue ne resscmlile à un autre, quoiqu'il en ait compose trois ou quatre sur le même sujet. L'inépuisable fécondité de ses plans, toujours variés, toujours différents, fait connaître toute la richesse de son génie et sera toujours un objet d'admiration et d'étonnement.
Son style clair, périodique, est tantôt élevé, tantôt simple; toujours noble, jamais familier : il est nerveux, sans sécheresse; concis, sans affectation; sévère mais sans exclure ni les fleurs, ni les ornements qui s'y placent d'eux-mêmes et présentent ainsi la grâce réunie à l'austérité. Tout est plein et solide dans SOS discours : rien n'est omis, mais rien n'est inutile. Il s'exprime avec force sur la morale, avec netteté sur les mystères, avec dignité dans les panégyriques, avec sentiment et avec art dans les oraisons funèbres.
Bourdaloue s'était formé par un long silence au grand art de parler et il savait se mettre à la portée de tous les hommes qu'il avait ainsi observés et étudiés. Bossuet lui-même a dit, en parlant de Bourdaloue: « Cet homnip KorRéternelloment notre maître en tout .» Cependant il ne faut pas prendre à la lettre ce jugement de Bossuet : si Bourdaloue l'emportait sur lui comme prédicateur, l'évêque de Meaux était supérieur à Bourdaloue dans l'oraison funèbre.
La supériorité de Bourdaloue dans l'éloquence de la chaire était si bien établie qu'on l'appelait le prédica teardes roi.s et le roi des prédicateurs.
Dans les dernières années de sa vie, en 1700, lorsque sa réputation ne pouvait plus monter et que ses contemporains parlaient d'avance pour lui le langage de la postérité, lorsqu'on le proclamait le chef et le
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maître de l'éloquence chrétienne, il n'était ébloui ni de la considération dont il jouissait, ni des suffrages de Louis XIV et de sa cour, ni de l'éclat attaché à son nom.
Il rapportait tout à Dieu. On l'entendit dire un jour: Dieu m'a fait la grâce de connaître le néant de ce qui brille le plus aux yeux des hommes et il me fait encore oelle de n'en être point touché. » Il disait encore dans une autre circonstance, être « si parfaitement convaincu de son incapacité pour tout bien, que, malgré tous ses succès, il avaitbeaucoupplus à se défendre du découragement que de la présomption », en sorte que rien n'était plus remarquable, au milieu de tant de gloire, que tant d'humilité.
Bourdaloue rendit son âme à Dieu le mardi 13 mai 1704, dans la soixante-douzième année de son âge, après avoir passé cinquante-six ans dans la Compagnie de Jésus, Il avait brillé dans la chaire, au premier rang des orateurs, pendant trente-quatre ans.
Vingt-neuf jours auparavant était mort Bossuet.
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