‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 6 sur 55 · DE LA LECTURE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

DE LA LECTURE SPIRITUELLE

Ce serait une erreur de croire que la lecture spirituelle est un exercice exclusivement réservé aux personnes consacrées à Dieu dans l'état religieux ou dans le sacerdoce. Sans doute, ces âmes privilégiées sont fidèles à faire cette lecture spirituelle chaque jour, et les règles de leurs ordres divers indiquent même le moment spécialement affecté à cet exercice. Mais les personnes qui vivent dans le monde en ont un besoin plus grand et doivent s'y adonner le plus possible, si elles veulent se maintenir dans cette atmosphère de piété où la vertu est plus facile, le péché plus rare, le devoir plus doux, le bonheur plus grand.

Saint Jean Chrysostôme s'écrie, dans son troisième discours sur Lazare : « Toujours, oui, toujours je vous exhorterai, non seulement à prêter une oreille attentive et réfléchie à nos discours, mais encore à lire assidûment dans vos maisons les saintes Écritures ; et ce conseil, je n'ai jamais manqué de le donner à ceux qui ont avec moi des entretiens particuliers. Et qu'on ne me fasse pas cette réponse froide et digne des plus vifs reproches : « Je suis enchaîné aux fonctions du bar- « reau, engagé dans la gestion des affaires publiques; « j'exerce une profession mécanique; j'ai une femme et « des enfants à nourrir, une maison à gouverner ; je suis

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« engagé dans le siècle, la lecture des livres saints n'est « pas mon affaire, je n'en ai pas le loisir. C'est l'affaire « de ceux qui ont renoncé au monde et qui, relégués « dans la solitude au sommet des montagnes, n'ont point « d'autre occupation que celle-là. »

« Que dites-vous, ô mon frère? Ce n'est point votre affaire, à vous, de lire nos saints livres, mille embarras vous en détournent? Eh ! mais, je vous y trouve plus obligé que ces solitaires... vivant dans la retraite, les solitairesjouissent dans le port d'une sécurité parfaite. Mais nous qui voguons en pleine mer, bon gré, mal gré, sommes en butte à mille occasions de péchés, le secours des saintes Écritures nous est d'une indispensable nécessité. Ceux-là ne peuvent être blessés parce qu'ils sont loin du combat. Mais vous qui êtes toujours en campagne et comme criblés de blessures, c'est plus souvent qu'il vous faut prendre des remèdes...

'( Non, mes frères, non, point d'espérance de salut pour celui qui néglige la lecture habituelle des saints livres. Quel bonheur si par un contact fréquent avec les maximes salutaires des saintes lettres, nous pouvons enfin nous assurer notre salut... Ce que le marteau, l'enclume et les tenailles sont aux artisans, les livres des apôtres, les oracles des prophètes Je sont aux chrétiens...

« Gardons-nous donc bien de négliger d'acquérir ces bons livres, pour nous mettre à l'abri des plus mortelles blessures. N'entassons pas cet or; mieux vaut pour trésor des ouvrages qui forment le cœur à la vertu... »

« De même que le fer, dit saint Augustin, si l'on ne s'en sert pas, engendre la rouille, de même l'âme si elle ne s'exerce fréquemment par des lectures pieuses. laisse germer en elle les péchés. »

Saint François de Sales écrivait à M^^^ [^ présidente Brulart : « Je voudrais qu'il ne se passât aucun jour sans que vous donnassiez une demi-heure ou une heure à la lecture de quelque livre spirituel. » Et dans une autre lettre à une dame mariée, le doux

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évéque disait : « Lisez le plus souvent que vous pourrez, mais peu à la fois et avec dévotion. » Dans son Introduction à la vie dévote, il complète ce conseil : a Ayez toujours auprès de vous quelque beau livre de dévotion et lisez-en tous les jours un peu avec grande dévotion, comme si vous lisiez des lettres, missives que les saints vous eussent envoyées du ciel pour vous montrer le chemin et vous donner le courage d'y aller... »

L'un des maîtres de la vie spirituelle, le P. Berthier, nous assure que « les avantages des lectures de piété sont presque infinis. Dans la prière, ajoute-t-il, c'est nous qui parlons à Dieu et dans la lecture c'est Dieu qui nous parle : en priant, nous pouvons donner dans l'illusion; au lieu qu'un livre plein de l'esprit de Dieu nous guide sûrement et nous rappelle même dans le droit chemin si nous avions eu le malheur de nous en écarter. Quand nous sommes dans la tiédeur un livre de piété peut être l'instrument dont la grâce se sort pour nous rétablir dans la ferveur ; et quand nous ne savons plus nous entretenir avec Dieu, ce livre sur lequel nous jetons les yeux peut nous inspirer des lumières. Ce livre nous retrace les exemples des saints, condamne notre indifférence, rappelle le souvenir des jugements de Dieu, rapproche de nous le moment de l'éternité, dissipe les illusions du monde, répond aux faux prétextes de l'amour-propre, donne des armes pour résister aux passions. C'est un moniteur qui reprend en secret, un ami qui ne peut être soupçonné de nous tromper, un juge qui décide sans partialité, un prophète qui annonce la vérité sans flatterie. Il n'est ni opportun, puisqu'on le quitte et qu'on le reprend quand on veut ; ni contradicteur, puisqu'il produit ses pensées sans disputer contre les nôtres; ni indiscret puisqu'il donne des avis sans savoir si nous les suivrons; ni susceptible de jalousie, puisqu'il nous laisse toute liberté de déférer à ses conseils ou de préférer ceux d'un autre.

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a Combien de pécheurs ont été rappelés à la pénitence par la lecture d'un saint livre !... C'est la parole de Dieu qui pénètre toutes les facultés de l'âme, tantôt comme une rosée bienfaisante, et tantôt comme un coup de foudre. On est quelquefois attiré par les douceurs ineffables de la sainte charité, et quelquefois atterré par la crainte des vengeances divines. Le Seigneur paraît ou miséricordieux ou terrible, ou Jésus en croix, ou Jésus jugeant les vivants et les morts ; ou le ciel avec tous ses charmes, ou l'enfer ouvrant ses abîmes...

« Mais, remarque le même auteur, une lecture failc sans attention est une perte de temps, une source d'ennui, un aliment de paresse et la preuve d'une tiédeur concentrée dans le fond de l'âme. Notre attention aux lectures de piété doit être sérieuse, soutenue et animée de l'esprit de prière... »

Toujours ausujet de lamanièredefaire lalecture spirituelle, le vénérable Louis de Grenade nous donne ces conseils précieux : <( Il faut la faire, non point à la hâte et comme en courant, mais avec lenteur et réflexion, s'appliquant à saisir le sens des paroles et à savourer par la volonté les vérités qu'elles expriment. Quand nous rencontrons un passage touchant, arrêtons-nousy un peu, et faisons une espèce de halte, pour réfléchir à ce que nous avons lu et produire une courte prière (I) ».

Saint Bernard ajoute «qu'il est bon de cueillir, en lisant, quelques fleurs de dévotion et de piété, d'interrompre le fîl de la lecture par quelque prière en rapport avec la pensée qui nous a frappés. Cette prière nous élève vers Dieu, s'entretient avec lui et en obtient toujours quelques faveurs (2) ».

« Un bon livre, dit saint Alphonse Rodriguez. ne doit pas se lire une seule fois ; reprenez-le entre vos mains, la seconde lecture vous touchera plus que la première,

(1) De roraiïon et de la considération, i. 5.

(2) De mud. oiand.. vu et viii.

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et la troisième plus que la seconde; vous y trouveroz toujours un nouveau goût, comme l'éprouvent ceux qui lisent avec un véritable dessein de profiter. Au contraire, c'est une coutume très louable et très utile que celle de quelques-uns, qui ne rencontrent rien dans un livre de piété qui fasse quelque impression sur eux. qui ne prennent aussitôt le soin de le marquer pour avoir ainsi toujours quelque chose de réserve», dont leur àme se nourrisse dans ses besoins, et où ils puissent trouver de quoi s'exciter à la ferveur et de quoi se consoler dans les temps de sécheresse et d'afllictions (1) ».

Saint Bonaventure n'est pas moins explicite : « Lisez la vie et les enseignements des saints, dit-il, afin de trouver, en vous comparant à eux, à vous humilier en tous temps, à vous instruire, à vous embraser de dévotion, à vous exciter aux saintes pratiques, à vous former à l'intelligence des Écritures et à vous éclairer des splendeurs de la foi. Apprenez dans vos lectures à discerner la vérité du mensonge, le bien du mal, le vice de la vertu, et à connaître les divers remèdes des vices et des tentations. Lisez pour comprendre les choses et non pour devenir plus savant, ni dans un but de curiosité. Laissez de côté ce qui n'édifie pas : une lecture vaine engendre des pensées plus vaines et éteint la dévotion en notre came (2) ».

Et ailleurs il dit encore : «. L'âme a besoin d'être nourrie de saintes lectures... Il est avantageux de tirer souvent de ce qu'on lit de pieuses affections^ d'en former des prières et d'interrompre de temps en temps la lecture. En agisant de la sorte, l'âme puise dans cet endroit une intelligence salutaire, et la science, mise de côté par amour pour la vertu, se montrera ensuite bien plus belle appuyée sur cette même vertu.

« On devra aussi avoir pour ses lectures des moments et des sujets déterminés : on ne retire aucun fruit à lire

(1) Perfect. chrét., i. v. xxviii.

(i) De l'inst. des nov., xiv.

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au hasard et à s'attacher au premier endroit venu, ou plutôt une telle manière ne laisse à l'âme que l'instabilité. Il faut donc s'arrêter aux sujets commencés et y assujettir son esprit, car c'est l'indice d'un estomac dégoûté que la recherche des mets variés. Il faut aussi confier chaque jour à la mémoire quelque chose de nos lectures, afin de nous en nourrir plus fidèlement, d'en rappeler plus fréquemment le souvenir et d'en faire l'objet de nos méditations ; mais ce choix doit convenir au but de notre vocation, perfectionner notre intention, captiver notre âme et l'éloigner de toute pensée étrangère (1) )^

'( Saint Jean Chrysostôme fait la remarque suivante : Quand nous voulons lire quelque livre de piété, il faut bannir de notre cœur tous les soins temporels et toutes les pensées du monde ; et recueillant notre esprit de toutes sortes de distractions, nous appliquer avec beaucoup d'attention et de piété k cette sainte lecture, afin de parvenir sous la conduite de l'Esprit-Saint à l'intelligence de ce que nous lisons et en tirer beaucoup de fruit (2! ».

A son tour saint Grégoire le Grand dit : « Nous devons tellement transformer en nous les bonnes choses que nous lisons, qu'en même temps que notre esprit en est touché, notre vie s'y conforme par ses actions (3) )-.

Et c'est pourquoi saint Augustin s'écrie : « Qui ne sait que nous profitons d'autant plus vite d'une bonne lecture, que plus vite nous mettons cette lecture en action (4) ! »

Le vénérable Louis de Blois nous donne à ce sujet tout un ensemble de conseils pratiques qui peuvent très heureusement compléter ce que nous avons dit jusqu'ici : « Livrez-vous avec ardeur, nous dit-il, aux

(U Mir. de la dise, xrii.

(-2) (Hoin. sur la Gen.

(3) Mor. Job, I. ;i.

(i) Lab. Mon., xvu.

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pieuses lectures; elles ont un charme qui ne s'épuise jamais. Vous y apprendrez à goûter la douceur des choses célestes; et il arrivera, qu'accoutumé aux saintes délices, vous n'aurez plus que du mépris pour les voluptés des sens, et votre esprit s'affermira merveilleusement dans ses bonnes résolutions.

« Afin donc de retirer de cette lecture un si grand fruit, efforce/.-vous d'y apporter les dispositions convcMiables, c'est-à-dire l'attention, la sagesse, l'humilité. <}ue ce soit pour vous un aliment d'amour et non pas une vaine pâture de la curiosité : cherchez-y l'utilité et les consolations spirituelles, plutôt qu'une science superflue et des paroles éloquentes ; car le royaume de Dieu ne consiste pas dans l'élégance du langage, mais dans la sainteté de la vie. Cependant, de même qu'il ne faut pas rechercher cette élégance où elle n'est pas, il ne faut pas non plus la dédaigner où elle se trouve, car elle est aussi un don de Dieu.

« Ne vous troublez pas si tout ce que vous lisez on entendez ne peut se fixer dans votre mémoire; car, de même qu'un vase pur, souvent arrosé d'eau, demeure exempt de souillures, quoique Peau s'écoule k l'instant môme qu'on l'y jette, ainsi la pensée du salut, en pasant à travers l'âme bénévole, la purifie et la rend agréable au Seigneur. Ce qui vous importe véritablement, ce n'est pas de retenir des mots, mais de vous approprier la substance de la doctrine, c'est-à-dire de conserver, par le moyen de la doctrine, la pureté intérieure et une volonté toujours prête à accomplir les préceptes divins.

« N'imitez pas ceux qui, ne gardant aucun ordre dans leurs lectures, lisent indifféremment tout ce que le hasard leur offre, n'ont de goût que pour la nouveauté, et dédaignent tout ce qui est ancien et commun, quelle qu'en soit l'utilité. Loin de vous une telle inconstance : elle n'étend pas l'âme, elle la disperse; et celui-là est dans un grand danger, qui est atteint de cette maladie.

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(» Attachez-vous prudemment à une lecture choisie, et habituez-vous à y persévérer, lors môme qu'elle a pour vous moins de charme. Lisez, dis-je, avec ordre, sans vous détourner ni vous écarter çà et là. Ne vous faites aucune peine de lire ce qui est bon et de le relire encore.

« Ainsi que l'attestent les Pères, il est utile de passer de la lecture à la méditation, et ensuite de revenir de la méditation à la lecture. Cette louable inconstance, en prévenant le dégoût, fortifie, renouvelle l'àme, fait ({u'elle s'applique avec plus d'ardeur à chacun de ses exercices, et qu'elle en retire de plus grands fruits. Et qui empêche que vous ne formiez, pendant la lecture même, de courtes et vives prières, de tendres aspirations vers Dieu ? Il est plusieurs ouvrages qui peuvent servir également pour la lecture et pour l'oraison, lectures dans lesquelles nous conversons avec Dieu. » (1)

Enfin saint Jean-Baptiste de la Salle résume admirablement en quelques lignes très pratiques tout ce qui concerne la lecture spirituelle : « Ne commencez point de lecture, dit-il, sans vous être mis en la présence de Dieu; demandez-lui, par quelque courte prière, les grâces et les lumières pour pouvoir comprendre et pratiquer ce que vous allez lire. Ne lisez jamais par curiosité, et ne vous pressez point pour avoir bientôt lu un livre; arrêtez-vous de temps en temps pour goûter ce que vous lisez; consultez et examinez-vous vous-même sur ce qui vous empêche de pratiquer ce que vous lisez. Lorsque vous le pouvez pratiquer, voyez pourquoi vous ne le faitespas. Lisez votre livre comme vous liriez une lettre que Jésus-Christ vous aurait envoyée lui-même pour vous faire connaitre sa sainte volonté; et, surtout si c'est l'Ecriture sainte, lisez-là avec un très profond respect, respectez-en jusqu'aux moindres syllabes; lisez-la avec soumission d'esprit; pratiquez ce que vous

;l) Spec. mon.

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entendez, adorez ce que vous n'entendez pas; et, si vous le voulez entendre, demandez quel en est le sens à ceux qui en ont l'intelligence.

« Repassez souvent dans votre esprit, et tâchez de graver dans votre cœur, ce que vous avez le plus goûté dans ce que vous avez lu.

« A la fin de votre lecture, ne manquez pas de rendre grâces à Dieu des vérités que vous aurez le plus goûtées et retenues, et priez-le qu'il vous aide à les mettre en pratique (1) ».

On ne peut mieux dire et, en moins, de mots la meilleure méthode de faire la lecture spirituelle d'une façon véritablement profitable à l'âme de bonne volonté.

Il est temps maintenant de laisser parler Bourdaloue qui, lui aussi, a dit des choses merveilleuses sur le sujet qui nous occupe. Nous voudrions citer dans son entier cette instruction, si solide et si précieuse; mais, pour éviter des redites, nous donnerons seulement ces quelques passages en terminant : « Deux choses contribuent à rendre une lecture utile et salutaire, ditil, la qualité du livre qu'on lit, et la manière dont on le lit. Quant à la qualité du livre, quoi qu'il y ait sans doute des livres beaucoup meilleurs les uns que les autres, chacun, dans le choix qu'on en doit faire, peut se consulter soi-même et suivre làdessus son attrait. Quelques-uns aiment mieux les livres qui les instruisent, et d'autres préfèrent les livres qui les affectionnent et qui les touchent. Ceux-là prennent plus de goût aux histoires et aux vies des saints, qui leur mettent devant les yeux des exemples à imiter; et ceux-ci en ont plus pour les traités spirituels qui leur développent le fond des matières, et qui les convainquent par des raisonnements. Quoi qu'il en soit, il importe peu, ce semble, à quelle sorte de livres (^n s'attache, pourvu que ce soient de bons livres, c'est-

(1) Hecueil do petits traités.

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à-dire des livres orthodoxes, édifiants, et dont on puisse tirer du profit par son avancement et sa perfection.

'X Mais il ne suffît pas de les lire, il faut les bien lire. car souvent tout dépend de la manière, et il y a en toutes choses une méthode qui leur donne plus d'efficacité et plus de vertu. Lire à la hâte et comme en courant, c'est s'exposer à ne rien retenir d'une lecture, à n'en recevoir nulle impression, puisqu'il n'est pas possible qu'on y prête alors toute l'attention nécessaire. Les viandes prises avec trop d'avidité et trop vite causent ordinairement à la santé plus de dommage que de bien. Lire chaque fois et hors de mesure, c'est se remplir l'esprit d'une infinité d'idées qu'il ne peut plus arranger, et dont il ne lui reste qu'une vue confuse et superficielle. L'excès de nourriture, quelque saine qu'elle soit, charge un estomac, et le met hor^ d'état de la digérer.

Lire, pour remarquer certaines sentences ou de l'Ecriture ou des Pères, certaines pensées nouvelles etmoins communes, c'est faire de sa lecture une étude : or, toute étude dessèche le cœur et le distrait. Lire et s'arrêter en lisant, à la beauté du style et à la pureté du langage, c'est prendre le change et s'amuser à des fleurau lieu de cueillir les fruits.

« De tout ceci il est aisé de conclure comment on doit faire la lecture spirituelle et quelles règles il faut observer. C'est : 1» de s'adresser d'abord à Dieu, et d'élever vers lui le cœur, pour lui demander la lumière de son esprit; car il n'y a que Dieu qui donne l'accroissement, surtout à sa parole, soit lue, soit entendue. 2° De lire posément et de bien peser les choses, afin qu'elles puissent mieux s'exprimer et qu'elles s'insinuent doucement dans l'âme, comme une rosée qu tombe goutte à goutte et qui pénètre ainsi la terre. 3° Pour cela de lire peu chaque jour, estimant beaucoup plus une courte lecture faite avec réflexion, qu'une autre, plus longue, mais aussi plus légère et mal digé-

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l'L'C, 'i*^ Do demeurer à certains <3ndroits dont on se sent plus frappé, de les repasser et de les goûter, faisant un retour sur soi-même et se les appliquant. De cette sorte, la lecture devient une espèce de méditation; et c'est un avis très sage que donnent les maîtres do la vie dévote aux personnes qui ne sont point encore versées dans l'oraison, et qui veulent s'y former, de commencer par ces lectures, et de se contenter d'en tirer quelques bonnes résolutions. 5° De relire de temps en temps certains livres généralement estimés et dont on a connu par soi-même Futilité et la solidité. C'est une erreur dont se laissent prévenir bien dos personnes, de ne vouloir jamais lire deux fois le même livre, et de se persuader qu'ayant plu dans une première lecture, il ennuiera dans une seconde. Un livre solide est comme une riche mine, où l'on trouve toujours à creuser et à profiter. Voilà tout ce qui regarde l'exercice de la lecture spirituelle : c'est à nous de mettre en œuvre un moyen de sanctification aussi efficace que celui-là. et qui nous est si aisé et si présent. »

P. Cr.

DEUXIÈME LECTURE

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