IV
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silence, de recueillement profond, d'anéantissement intérieur à la vue de la majesté du Très-Haut et de notre propre bassesse; nous devons n'être occupés que du Dieu qui se montre à nous. Mais, hélas ! où sont dans nos temples les âmes péuétrées de ces sentiments / on vient dans ce temple saint, non pas honorer le Dieu qui l'habite, mais s'honorer souvent soi-même d'un vain extérieur de piété, ou le faire servir à des vues et à des intérêts que la piété sincère condamne.
2" Un esprit de prière : plus nous sommes frappés ici de la grandeur et de la puissance du Dieu que nous adorons, plus nos besoins infinis nous avertissent de recourir à lui, de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède : aussi le temple est appelé la maison de prière. Ce n'est pas qu'on ne puisse prier Dieu en tout lieu : mais le temple est l'endroit où il se rend plus propice, et il nous a promis d'être toujours présent pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages ; vous devez donc y venir avec un esprit attentif et recueilli. Cependant, tandis que les ministres autour de l'autel lèvent ici les mains pour vous, et parlent au Dieu saint en votre faveur, vous ne daignez même pas accompagner leurs prières de votre attention et de votre respect, et vous déshonorez la sainte gravité des gémissements de l'Église, par un esprit de dissipation, et par votre indécence : aussi, au lieu que les prières publiques devraient arrêter le bras du Seigneur depuis longtemps levé sur nos tètes, hélas ! les jours mauvais durent encore, les temps de trouble, de deuil et de désolation ne finissent pas.
3° Un esprit d'action de grâces : puisque c'est ici, où non senlement le Seigneur répand ses faveurs et ses grâces, mais où tout vous rappelle le souvenir de celles que vous avez reçues. Premièrement, c'est ici où vous êtes devenu fidèle ; vous ne devez donc plus y paraître que pour ratifier les engagements de votre baptême, et pour remercier le Seigneur du bienfait inestimable qui vous a associé à son peuple, et honoré du nom de chrétien. Lors donc qu'au lieu de porter au pied des autels vos actions de grâces pour un bienfait si signalé, vous le déshonorez par vos irrévérences, vous êtes un enfant dénaturé qui profanez le lieu de votre naissance selon la foi, et un clirétieu perfide qui venez rétracter vos promesses devant les autels mêmes qui en furent les témoins. Secondement, c'est dans ce lieu saint où sont élevés de toutes parts des tribunaux de réconciliation et de miséricorde, où Jésus-Christ vous a dit mille fois par la bouche de ses ministres : Mon fils, vos péchés vous sont remis : où vous-même avez dit si souvent : Mon Père, j'ai péché coutre le ciel et devant vous. Vous devriez donc venir renouveler à l'aspect de ces tribunaux, ces promesses de pénitence, ces sentiments de componction dont ils
ont été si souvent dépositaires, et vous venez y recommencer de nouvelles offenses. Troisièmement, le temple est la maison de la doctrine et de la vérité: et c'est ici où les mystères du royaume des cieux, cachés à tant de nations infidèles, vous sont annoncés : nouveau motif de reconnaissance pour vous. Mais, c'est plutôt, hélas ! un nouveau sujet de condamnation, parce que le Seigneur, éloigné de ce lieu saint par vos profanations, n'y donne plus l'accroissement à nos travaux, et n'y répand plus les grâces, qui seules font fructifier sa doctrine et sa parole.
IIP Partie. Disposition de décence et de modestie 'extérieure. Nous devrions être dispensés d'instruire là-dessus les femmes du monde, que cette partie du discours regarde principalement : viennent-elles disputer à Jésus-Christ les regards et les hommages de ceux qui l'adorent, par cet appareil, non seulement de faste et de vanité, mais d'immodestie et d'impudence ? Quand elles paraissent dans les palais où le souverain se trouve, elles marquent, par la dignité et parla décence d'un habillement grave et sérieux, le respect qu'elles doivent à la majesté de sa présence ; et devant le Souverain du ciel et de la terre, elles viennent paraître sans précaution, sans décence et sans pudeur ; elles viennent troubler l'attention des fidèles, le profond recueillement et la sainte gravité des ministres appliqués autour de l'autel, et blesser par des parures indécentes, la pureté de leurs regards attentifs aux choses saintes : quelle abomination ! Les ministres, à la vérité, donnent souvent occasion aux irrévérences des fidèles, en paraissant dans les temples, ennuyés, inappliqués, faisant leurs fonctions avec précipitation : mais les exemples des ministres, en autorisant les irrévérences des fidèles, ne les excusent pas. Aussi Dieu ne les a jamais laissées impunies ; et nous ne devons pas douter que les malheurs du siècle passé, la fureur des hérésies, le renversement des autels, la démolition de tant de temples augustes, n'aient été les suites funestes des profanations et des irrévérences de nos pères.
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DEVELOPPEMENT
Jésus entra dans le temple, et il en chassa tous ceux qui y vendaient et qui y achetaient. (Matth., xxi, 12 .
D'où vient à Jésus Christ cet air de zèle et d'indignation qu'il laisse éclater sur son visage? Est-ce donc là ce roi pacifique qui devait paraître dans Sion accompagné de sa seule douceur? Nous lavons vu établi juge sur une femme adultère; et il ne la pas même condamnée. Nous avons vu à ses pieds la pécheresse de la cité; et il lui a pardonné avec bonté ses désordres et ses scandales. Ses disciples voulurent faire descendre le feu du ciel sur une ville ingrate et infidèle; mais il leur reprocha de ne pas connaître encore l'esprit nouveau de clémence et de charité qu'il est venu porter sur la terre. Il vient même d'accorder des larmes aux malheurs qui menacent Jérusalem, cette ville criminelle, la meurtrière des prophètes, qui va sceller l'arrêt de réprobation, par la mort injuste qu'elle fera bientôt souffrir à celui que Dieu lui avait envoyé pour être son libérateur. Partout il a paru compatissant et miséricordieux; et l'excès de sa douceur l'a même fait appeler l'ami des pécheurs et des publicains.
Quels sont donc les outrages qui triomphent aujourd'hui de toute sa clémence, et qui arment ses mains bienfaisantes de la verge de la fureur et de la justice? On profane le temple saint ; on déshonore la maison de son Père ; ' on change le lieu de la prière et l'asile sacré des pénitents en une retraite de voleurs, et en une maison de trafic et' d'avarice : voilà ce qui met des foudres dans ses yeux, qui ne voudraient laisser tomber sur les pécheurs que des regards de miséricorde. Voilà ce qui l'oblige à finir un ministère d'amour et de réconciliation par une démarche de sévérité et de colère, toute semblable à celle par laquelle il l'avait commencé. Car, remarquez ce que Jésus
Christ fait ici en terminant sa carrière; il l'avait déjà fait, lorsqu'après trente-trois ans de vie cachée, il entra la première fois dans Jérusalem pour y commencer sa mission et faire l'œuvre de son Père. On eût dit qu'il avait oublié lui-même cet esprit de douceur et de longanimité, qui devait distinguer son ministère de celui de l'ancienne alliance, et sous lequel il était annoncé par les prophètes.
Il se passait sans doute dans cette ville bien d'autres scandales que ceux qu'on voyait dans le temple, et qui n'étaient pas moins dignes du zèle et des châtiments du Sauveur : mais, comme si la gloire de son Père en eût été moins blessée, il peut les dissimuler pour un temps, et en différer la punition. Il n'éclate pas d'abord contre l'hypocrisie des pharisiens, et la corruption des scribes el des pontifes; mais il ne peut différer le châtiment des profanateurs de son temple : son zèle là-dessus ne peut souffrir de délai; et à peine est-il entré dans Jérusalem, qu'il court dans ce lieu saint venger l'honneur de son Père qu'on y outrage, et la gloire de sa maison qu'on déshonore.
De tous les crimes, en effet, qui outragent la grandeur de Dieu, je n'en vois guère de plus dignes de ses châtiments que les profanations de ses temples; et elles sont d'autant plus criminelles, que les dispositions que la religion demande de nous quand nous y assistons doivent être plus saintes.
Puisque nos temples sont un nouveau ciel où Dieu habite avec les hommes, ils demandent de nous les mêmes dispositions que celles des bienheureux dans le temple céleste; c'est-à-dire que l'autel de la terre étant le même que celui du ciel, et l'agneau qu'on y immole et qui s'offre étant le même, les dispositions de ceux qui l'environnent doivent être semblables. Or, la première disposition des bienheureux devant le trône de Dieu et l'autel de l'Agneau,
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est une disposition de pureté et d'innocence (l). La seconde, une disposition de religion et d'anéantissement intérieur (2). Enfin, la dernière, une disposition même de décence et de modestie dans la parure (3). Trois dispositions qui renferment tous les sentiments de foi qui doivent nous accompagner dans nos temples : une disposition de pureté et d'innocence; une disposition d'adoration et d'anéantissement intérieur; une disposition même de décence et de modestie extérieure dans la parure.