IV
llO LECTUIŒS^SFIRITUELLES
fautes, vont commencer ici votre justification et votre innocence.
Ce sont donc vos désirs d'une vie plus chrétienne, si vous êtes péciieurs, qui seuls peuvent vous autoriser et vous donner droit de venir paraître ici dans le lieu saint : et si vous n'y venez pas gémir sur vos crimes, et que vous en portiez la volonté et l'affection actuelle et déterminée jusqu'au pied de l'autel, l'Eglise, à la vérité, qui ne voit pas les cœurs et qui n'en juge pas, ne vous ferme pas ces portes sacrées; mais Dieu vous rejette invisiblement : vous êtes à ses yeux un anathème et un excommunié, qui n'avez plus le droit à l'autel et aux sacrifices, qui venez souiller par votre seule présence la sainteté des mystères terribles, prendre votre place dans un lieu qui ne vous appartient plus, et d'où lange du Seigneur, qui veille à la porte du temple, vous chasse invisiblement, comme il chassa autrefois le premier pécheur de ce lieu d'innocence et de sainteté, que le Seigneur sanctifiait par sa présence.
Et, en effet, se sentir coupable des crimes les plus honteux, et venir paraître ici dans le lieu le plus saint de la terre ; y venir paraître devant Dieu sans être touché du moins de honte et de douleur, sans penser du moins aux moyens de sortir d'un état si déplorable, sans le souhaiter du moins, et former quelques sentiments de religion: porter jusqu'au pied de l'autel des corps et des âmes souillés; forcer les yeux de Dieu même, pour ainsi dire, de se familiariser avec le crime, sans lui témoigner du moins la douleur qu'on a de paraître ainsi devant lui couvert de confusion et d'opprobre, sans lui dire du moins, comme Pierre: Betirez-vous de moi, Se'Kjneur, parce que je suis un homme pécheur (1); ou comme le prophète; Détournez, Seigneur, votre visage de mes iniquités, et créez en moi un cœur pur (2), afin que je sois digne de paraître
(1) Luc, V, 8. — (2)Ps.,L, 11, 12.
ici en votre présence : c'est profaner le temple de Dieu, outrager sa gloire et sa majesté, et la sainteté de ses mystères.
Car, qui que vous soyez qui venez y assister, vous venez offrir spirituellement avec le prêtre le sacrifice redoutable : vous y venez présenter à Dieu le sang de son Fils comme le prix de vos péchés : vous y venez apaiser sa justice par la dignité et l'excellence de ces offrandes saintes; et lui représenter le droit que vous avez à ses miséricordes, depuis que le sang de son Fils vous a purifié, et que vous ne formez plus en un sens, avec lui, qu'un même prêtre et une même victime. Or, dès que vous y paraissez avec un cœur corrompu et endurci, sans aucun sentiment de foi, et aucun désir de résipiscence, vous désavouez le ministère du prêtre qui offre à votre place: vous désavouez les prières qu'il fait monter vers le Seigneur, par lesquelles vous le conjurez par la bouche du prêtre de jeter des regards propices sur ces offrandes saintes qui sont sur l'autel, et de les accepter comme le prix et l'abolition de vos crimes : vous insultez à l'amour de Jésus-Christ lui-même, ijui renouvelle le grand sacrifice de votre rédemption, et qui vous offre à son Père, comme une portion de cette Eglise pure et sans tache, qu'il a lavée dans son sang : v^ous insultez à la piété de l'Eglise, qui, vous croyant uni j sa foi et à sa charité, vous met dans la bouche, par les cantiques dont elle accompagne les saints mystères, des sentiments de religion, de douleur et de pénitence: vous -rompez enfin la foi et la piété des Justes qui sont là présents, et qui, vous regardant comme ne formant avec eux lu'un même cœur, un même esprit et un même sacrifice, j'unissent à vous, et offrent au Seigneur votre foi, vos désirs, vos prières, comme leur bien propre. Vous êtes donc à comme un .anathème, séparé de tout le reste de vos Tères ; un imposteur qui désavouez en secret tout ce qui ;e passe en public, et qui venez insulter la .religion, et ne
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prendre aucune part à la rédemption et au sacrifice de Jésus-Clirist, dans le temps même qu'il en renouvelle la mémoire, et qu'il en offre le prix à son Père.
Que conclure de là ? qu'il faut se bannir de nos temples et des saints mystères, lorsqu'on est pécheur? A Dieu ne plaise... Ah! c'est alors qu'il faut venir chercher sa délivrance dans ce lieu saint: c'est alors qu'il faut y venir, solliciteraux pieds desautelslesmiséricordes du Seigneur toujours prêta y exaucer les pécheurs; c'est alors qu'il faut se faire un secours de tout ce que la religion offre ici à la foi, pour exciter en nous quelques sentiments de piété et de repentir! Et où irions-nous lorsque nous avons été assez malheureux que de tomber dans la disgrâce de Dieu? et quelle autre ressource pourrait-il nous rester ? Ce n'est qu'ici où les pécheurs peuvent encore trouver un asile ici coulent les eaux vivifiantes des sacrements, qui seules ont la force de purifier leurs consciences: ici sont élevés des tribunaux de miséricorde, au pied desquels on remet leurs péchés, et on les délivre de leurs chaînes : ici s'offre pour eux le sacrifice de propitiation, seul capable dapai ser la justice de Dieu, que leurs crimes ont irritée : ici les vérités du salut, portées dans leur cœur, leur inspirent la haine du péché et l'amour de la justice: ici leur ignorance est éclairée, leurs erreurs dissipées, leur faiblesse soutenue, leurs bons désirs fortifiés : ici, en un mot. à tous leurs maux, la religion offre des remèdes. Ce soni donc les pécheurs, qui doivent fréquenter plus souveni ces temples saints; et plus leurs plaies sont envieillies el désespérées, plus ils doivent s'empresser d'en venir cher-, cher ici la guérison.
Telle est la première disposition d'innocence et d( pureté que demande ici de nous, comme des bienheurou: dans le ciel, la présence d'un Dieu saint (1),
(1 1 A|ioc., XIV, 5.
Mais si le seul état de crime sans remords, sans aucun désir de changement, et avec une volonté actuelle d'y persévérer, est une manière d'irrévérence, qui profane la sainteté de nos temples et de nos mystères; que sera-ce, grand Dieu! de choisir ces lieux saints et l'heure des mystères terribles, pour venir y inspirer des passions honteuses : pour s'y permettre des regards impurs; pour y former des désirs criminels; pour y chercher des occasions que la bienséance toute seule empêche de chercher ailleurs ; pour y retrouver peut-être des objets que la vigilance de ceux qui nous éclairent éloigne de tous les autres lieux? Que sera-ce de faire servir ce que la religion a de plus saint, de facilité au crime ; de choisir votre présence, grand Dieu! pour couvrir le secret d'une passion impure, et de faire de votre temple saint un rendez- vous d'iniquité, et un lieu plus dangereux que ces assemblées de péché, d'oii la religion bannit les fidèles? Quel crime de venir crucifier de nouveau Jésus-Christ dans le lieu même où il s'offre tous les jours.pour nous à son Père! quel crime d'employer, pour faciliter notre perte, l'heure même où s'opèrent les mystères du salut et de la rédemption de tous les hommes! quelle fureur de venir choisir les yeux de son juge pour le rendre témoin de nos crimes, et faire de sa présence le sujet le plus affreux de notre condamnation ! quel abandon de Dieu, et quel caractère de réprobation, de changer les asiles sacrés de notre sanctification, en des occasions de dérèglement et de licence !
Grand Dieu! lorsqu'on vous outragea sur le Calvaire où vous étiez encore un Dieu souffrant, les tombeaux s'ouvrirent autour de Jérusalem; les morts ressuscitèrent, comme pour venir reprocher à leurs neveux l'horreur de leur sacrilège. Ah ! ranimez donc les cendres de nos pères qui attendent dans ce temple saint la bienheureuse immortalité ! faites sortir leurs cadavres de ces tombeaux pompeux que notre vanité leur a élevés, et qu'enflammés
d'une sainte indignation contre des irrévérences qui vous crucifient de nouveau, et qui profanent l'asile sacré des dépouilles de leur mortalité, ils paraissent sur ces monuments ; et puisque nos instructions et nos menaces sont inutiles, qu'ils viennent eux-mêmes reprociier à leurs successeurs leur irréligion et leurs sacrilèges! Mais si la terreur de votre présence, ô mon Dieu ! n'est pas capable de les contenir dans le respect, quand les morts ressusciteraient, comme vous le disiez vous-même, il n'en seraient ni plus religieux, ni plus fidèles.
Mais si la présence d'un Dieu saint demande ici, comme des bienheureux dans le ciel, une disposition de pureté et d'innocence, la présence d'un Dieu terrible et plein de majesté en demande une de frayeur et de recueillement; seconde disposition marquée par le profond anéantissement des bienheureux dans le temple céleste (1).
SECONDE PARTIR
Dieu est esprit de vérité ; et c'est en esprit et en vérité qu'il veut principalement qu'on l'honore. Cette disposition d'anéantissement profond, que nous lui devons dans nos temples, ne consiste donc pas seulement dans la posture extérieure de nos corps; elle renferme encore, comme celle des bienheureux dans le ciel, un esprit d'adoration, de louange, de prière, d'action de grâces (2) ; et c'est là cet esprit de religion et d'anéantissement que Dieu demande de nous dans le temple saint, semblable à celui des bienheureux dans le temple céleste (3).
Je dis un esprit d'adoration; car comme c'est ici où Dieu manifeste ses merveilles et sa grandeur suprême, et où il descend du ciel pour recevoir nos hommages, le pre-
(Ij Apoc, VII, 11. — (2) Ibid., 12. — (3) Ibid.,11,
mier sentiment qui doit se former en nous, lorsque nous entrons dans ce lieu saint, est un sentiment de terreur, de silence et de recueillement profond, d'anéantissement intérieur à la vue de la majesté du Très-Haut, et de notre propre bassesse; n'être occupés que du Dieu qui se montre à nous ; sentir tout le poids de sa gloire et de sa présence: recueillir toute notre attention, toutes nos pensées, tous nos désirs, toute notre âme pour en faire hommage, et la mettre tout entière aux pieds du Dieu que nous adorons ; oublier toutes les grandeurs de la terre; ne voir plus que lui, n'être occupés que de lui, ne reconnaître plus rien de grand que lui; et par notre profond anéantissement, avouer, comme les bienheureux dans le ciel, que lui seul est puissant, seul immortel, seul grand, seul digne de tout notre amour et de nos hommages.
Mais, hélas ! où sont dans nos temples ces âmes respectueuses qui, saisies d'une sainte terreur à la vue de ces lieux sacrés, sentent tout le poids de la majesté du Dieu qui les habite, et ne trouvent point d'autre situation, pour soutenir l'éclat de sa présence, que l'immobilité d'un corps anéanti, et la profonde religion d'une âme qui adore ? Où sont ceux que la grandeur de Dieu toute seule occupe, et qui perdent ici de vue toutes celles de la terre? Disons-le hardiment devant un roi dont le profond respect, au pied des autels, honore la religion : on vient dans ce temple saint, non pas honorer le Dieu qui l'habite, mais s'honorer souvent soi-même d'un vain extérieur de piété, et le faire servir à des vues et à des intérêts que la piété sincère condamne : on vient fléchir le genou, comme Naaman le fléchissait devant l'autel profane, pour s'attirer les regards et suivre l'exemple du prince qui adore : on vient y chercher un autre dieu que celui qui paraît sur nos autels; y faire sa cour à un autre maître qu'au Maître suprême ; y chercher d'autres grâces que les grâces du ciel, et s'y attirer les regards d'un autre rémunérateur que
lir, LECTURES SPIRITUELLES
du Rémunérateur immortel. Au milieu même d'une foule d'adorateurs, il est dans son temple un Dieu inconnu, comme il était autrefois au milieu d'Athènes la païenne. 0 mon Dieu ! n'est-ce pas là ce que vous annonciez à vos disciples, que viendraient des temps où la foi serait éteinte, où la piété deviendrait un trafic honteux, et où les hommes, vivant sans Dieu sur la terre, ne vous connaîtraient plus que pour vous faire servir à leurs cupidités injustes?
Cette disposition d'anéantissement renferme encore un esprit de prière : car plus nous sommes frappés ici de la grandeur et de la puissance du Dieu que nous adorons, plus nos besoins infinis nous avertissent de recourir à lui, de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède. Aussi le temple est la maison de prière où chacun doit venir exposer au Seigneur ses plus secrètes misères, où on l'apaise sur les calamités publiques par des vœux communs, où les ministres assemblés lèvent les mains pour les péchés du peuple, et où les yeux du Seigneur sont toujours ouverts à nos besoins, et ses oreilles attentives à nos cris.
Ce n'est pas qu'on ne puisse le prier en tout lieu, comme dit lApôtre ; mais le temple est l'endroit où il se rend plus propice, et où il nous a promis d'être toujours présent, pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages. Oui, c'est ici où nous devons venir gémir avec l'Église sur les scandales qui l'affligent, sur les divisions qui la déchirent, sur les périls qui l'environnent, sur l'endurcissement des pécheurs, sur le refroidissement de la charité parmi les fidèles : nous y venons solliciter avec elle les miséricordes du Seigneur sur son peuple, lui demander la cessation des guerres et des fléaux publics, l'extinction des schismes et des erreurs, la connaissance et l'amour de la justice et de la vérité pour les pécheurs, la persévérance pour les justes. Vous devez donc y venir
avec un esprit attentif et recueilli, un cœur préparé, et qui n'offre rien aux yeux de Dieu qui puisse éloigner les grâces que l'Eglise sollicite pour vous ; et y paraître avec un extérieur de suppliant, et dont le seul spectacle prie et adore.
Cependant, tandis que les ministres autour de l'autel lèvent ici les mains pour vous ; qu'ils demandent la prospérité de vos maisons, l'abondance de vos campagnes, le succès de nos armes, la conservation de vos proches et de vos enfants, qui s'exposent pour le salut de l'état; la fin des guerres, des dissensions, et de tous les malheurs qui nous affligent : qu'ils demandent les remèdes de vos chutes et les secours de votre faiblesse; tandis qu'ils parlent au Dieu saint en votre faveur, vous ne daignez pas même accompagner leurs prières de votre attention et de votre respect. Vous déshonorez la sainte gravité des gémissements de l'Église par un esprit de dissipation, et par des indécences qui conviennent à peine à ces lieux criminels où vous entendez les chants profanes : et toute la différence que vous y faites, c'est qu'une harmonie lascive vous applique et vous touche, et qu'ici vous souffrez impatiemment la sainte harmonie des divins cantiques ; et qu'il faut, pour vous y rendre attentif, employer les mêmes agréments, et souvent les mêmes bouches, qui corrompent tous les jours les cœurs sur des théâtres impurs et lascifs.
Aussi, au lieu que les prières publiques devraient arrêter le bras du Seigneur, depuis longtemps levé sur nos têtes; au lieu que les supplications ordonnées par les pasteurs, et qui retentissent de toutes parts dans nos temples, devraient, comme autrefois, suspendre les fléaux du ciel, nous ramener des jours sereins et tranquilles, réconcilier les peuples et les rois, et faire descendre la paix du ciel sur la terre : hélas! les jours mauvais durent encore; les temps de trouble, de deuil et de désolation ne finissent pas; la guerre et la fureur semblent avoir établi pour toujours leur
demeure parmi les hommes ; l'épouse désolée redemande son époux ; le père affligé attend en vain son enfant ; le frère est séparé de son frère; nos succès mêmes répandent le deuil parmi nous ; et nous sommes obligés de pleurer nos propres victoires. D'où vient cela? ah! cest que les prières de l'Église, les seules sources des grâces que Dieu répand sur les royaumes et sur les empires, ne sont plus écoutées; et que vous forcez le Seigneur d'en détourner ses oreilles et ses yeux, par les irrévérences dont vous les accompagnez, et qui les rendent inutiles à la terre.
Mais non seulement vous devez paraître ici comme des suppliants et dans un esprit de prière, puisque c'est ici où le Seigneur répand ses faveurs et ses grâces; comme c'est encore ici où tout vous renouvelle le souvenir de celles que vous avez reçues, vous devez encore y porter un esprit de reconnaissance et d'action de grâces, puisque, de quelque côté que vous jetiez les yeux, tout vous y rappelle le souvenir des bienfaits de Dieu, et le spectacle de ses miséricordes éternelles sur votre âme.
Et premièrement, c'est ici où, dans le sacrement qui nous régénère, vous êtes devenus fidèles : c'est ici où la bonté de Dieu, en vous associant par le baptême à l'espérance de Jésus Christ, vous a discernés de tant de bar bares qui ne le connaissent pas ; de tant d'hérétiques, qui. le connaissant, ne le glorifient pas comme il faut: c'est ici où vous avez engagé votre foi au Seigneur ; on y conserve encore sous l'autel vos promesses écrites. Ici est le livre de l'alliance que vous avez contractée avec le Dieu de vos pères : vous ne devez donc plus y paraître, que pour ratifier les engagements de votre baptême, et pour remercier le Seigneur du bienfait inestimable qui vous a associée son peuple, et honoré du nom de chrétien : vous devez conserver une tendresse et un respect d'enfant pour le sein heureux où vous êtes né en Jésus-Christ ; e la gloire de cette maison doit être la vôtre.
Que faites-vous donc lorsque au lieu de porter au pied des autels vos actions de grâces à la vue d'un bienfait si signalé, vous venez les déshonorer par vos irrévérences ? Vous êtes un enfant dénaturé, qui profanez le lieu de votre naissance selon la foi ; un chrétien perfide, qui venez rétracter vos promesses devant les autels mêmes qui en furent témoins ; qui venez rompre le traité sur le lieu sacré où il fut conclu, vous effacer du livre de vie où votre nom était écrit avec ceux des fidèles, abjurer la religion de Jésus-Christ sur ces fonts mêmes où vous l'aviez reçue, étaler les pompes du siècle au pied de l'autel où vous y aviez solennellement renoncé, et faire profession de mondanité, où vous l'aviez faite de christianisme.
Ce n'est pas tout. C'est dans ce lieu saint, en second lieu, où sont élevés de toutes parts des tribunaux de réconciliation et de miséricorde, où vous avez mis si souvent le dépôt honteux de tant d'infidélités dont vous avez souillé la grâce de votre baptême, et baissé humblement la tête sous la main sacrée qui vous a justifié par la vertu du saint ministère. C'est ici où Jésus-Christ vous a dit mille fois par la bouche de ses ministres : Mon fils, vos péchés vous sontremis ; allez, et ne péchez plus désormais de peur qu'il ne vous arrive pis. C'est ici où, fondant en larmes, vous lui avez dit si souvent : Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant vous. Or, là même où vous avez trouvé tant de fois la grâce du pardon, non seulement vous oubliez le bienfait, mais vous venez y recommencer de nouvelles offenses : là même enfin, où vous avez détesté tant de regards funestes à votre innocence, vous venez les renouveler: là même où vous avez détesté tant de regards funestes à votre innocence, vous venez les renouveler : là même enfin, où vous avez paru tant de fois pénitent, vous paraissez encore mondain et profane ! Ah ! loin d'y venir relire sur ces tribunaux sacrés les désordres de votre eiv, loin d'y venir renouveler à leur aspect ces pro-
120 LECTURES SPIKITUEM.ES
messes de pénitence, ces sentiments de componction, ces mouvements de honte et de confusion dont ils ont été si souvent dépositaires ; vous y venez la tête levée, les yeux errants ça et là, pleins peut-être de crime et d'adultère, comme parle un Apôtre, renouveler en leur présence les mêmes infidélités que vos larmes y avaient expiées, et les rendre spectateurs publics des mêmes prévarications, dont ils avaient été les confidents secrets et les heureux remèdes !
Que dirai-je encore ? Le temple est, en troisième lieu, la maison de la doctrine et de la vérité; et c'est ici où, par la bouche des pasteurs, l'Église vous annonce les maximes du salut et les mystères du royaume des cieux cachés à tant de nations infidèles: nouveau motif de reconnaissance pour vous. Mais, hélas ! c'est plutôt un nouveau sujet de condamnation : et ici même, où du haut de ces chaires chrétiennes nous vous disons tous les jours, de la part de Jésus-Christ, que les impurs ne posséderont pas le royaume de Dieu, vous venez y former des désirs profanes ; ici même où l'on vous avertit que vous rendrez compte d'une parole oiseuse, vous vous en permettez de criminelles; ici même enfin, où nous vous annonçons que malheur à celui qui scandalise, vous y devenez vousmême une pierre d'achoppement et de scandale. Aussi, pourquoi croyez-vous que la parole de l'Évangile, que nous prêchons à tous les princes et aux grands de la terre, ne soit plus qu'un airain sonnant, et que notre ministère soit presque devenu inutile ? Il peut se faire que nos faiblesses secrètes mettent obstacle au fruit et au progrès de l'Évangile, et que Dieu ne bénisse pas un ministère dont les ministres ne sont pas agréables à ses yeux : mais outre eette raison humiliante pour nous, et que nous ne pouvons pourtant ni vous dissimuler, ni nous dissimuler à nousmêmes, c'est sans doute la profanation des temples, et la manière indécente et peu respectueuse dont vous vous y
assemblez pour nous écouter, qui achève d'ôter sa force et sa vertu à la parole dont nous sommes les ministres. Le Seigneur éloigné de ce lieu saint par nos profanations n'y donne plus l'accroissement à nos travaux, et n'y répand plus les grâces, qui seules font fructifier sa doctrine et sa parole: ilne regardeplusses assemblées, autrefois saintes, que comme une assemblée de mondains, de voluptueux, d'ambitieux, de profanateurs. Et comment voulez-vous qu'il n'en détourne pas ses regards, et que la parole de son Évangile y fructifie ? Réconciliez premièrement avec lui par vos hommages, par votre recueillement et votre piété, ces maisons de vérité et de doctrine : alors il suppléera même à nos défauts, il ouvrira vos cœurs à nos instructions, et sa parole ne retournera pas à lui vide.
Et certes, que servent les dédicaces des temples et les prières si solennelles que l'Église emploie pour les consacrer, si vous les profanez tous les jours en y assistant, et si vous effacez de ces murs ces caractères de sainteté et de grâce que les bénédictions du pontife y avaient laissés, et qui attiraient sur les assistants les regards propices du Dieu qu'on y invoque.
Mais enfin, un dernier motif qui rend encore vos irrévérences plus criminelles et plus honteuses à la religion : c'est dans le temple où vous venez offrir, en un sens avec le prêtre, le sacrifice redoutable, renouveler l'oblation de la croix, et présenter à Dieu le sang de son Fils comme le prix de vos péchés. Or, pendant que des mystères si augustes se célèbrent; durant ces moments redoutables où le ciel s'ouvre sur nos autels ; dans un temps où se traite l'affaire de votre salut entre Jésus-Christ et son Père, pendant que le sang de l'Agneau coule sur l'autel pour vous laver de vos souillures ; que les anges du ciel tremblent et adorent ; que la gravité des ministres, la majesté des cérémonies, la piété même des vrais fidèles, que tout inspire la terreur, la reconnaissance et le respect, à peine
fléchissez-vous le genou, à peine regardez-vous l'autel saint, où les mystères si heureux pour vous se consomment : vous n'êtes même dans le temple qu'avec contrainte ; vous mesurez la durée et la longueur du sacrifice salutaire; vous comptez les moments d'un temps si précieux à la terre, et si plein de merveilles et de grâces pour les hommes. Vous qui êtes si embarrassé de votre temps, qui le perdez en une inutilité éternelle, et qui ne savez presque quel usage en faire, vous vous plaignez de la sainte gravité du ministre et de la circonspection avec laquelle il traite les choses saintes ? Eh ! vous exigez que vos esclaves vous servent avec tant de respect et de précaution; et vous voudriez qu'un prêtre revêtu de toute sa dignité, qu'un prêtre représentant Jésus-Christ, et faisant son office de médiateur et de pontife auprès de son Père, traitât les mystères saints avec précipitation, et déshonorât la présence du Dieu qu'il sert et qu'il immole, par une célérité scandaleuse? Dans quel temps, ô mon Dieu! sommes-nous venus! et fallait-il s'attendre que vos bienfaits les plus précieux, les plus signalés, deviendraient à charge aux chrétiens de nos siècles !
Hélas! les premiers fidèles qui, aux différentes heures de la journée, s'assemblaient dans le temple saint sous les yeux du pasteur, pour y célébrer les louanges du Seigneur dans des hymnes et des cantiques, et qui ne sortaient presque pas de ces demeures sacrées, ne s'en éloignaient qu'à regret pour vaquer aux affaires du siècle et aux devoirs de leur état. Qu'il était beau de voir dans ce temps heureux rassemblée sainte des fidèles dans la maison de prière, chacun à la place qui convenait à son état: dun coté, les solitaires, les saints confesseurs, les simples fidèles; de l'autre, les vierges, les veuves, les femmes engagées sous le joug du mariage; tous attentifs aux mystères saints, tous voyant couler, avec des larmes de joie et de religion, sur l'autel, le sang de l'Agneau encore
'umant, pour ainsi dire, et depuis peu crucifié à leurs ^eux; priant pour les princes, pour les césars, pour leurs 3ersécuteurs, pour- leurs frères; s'entr' exhortant au mar- .yre, goûtant la consolation des divines Écritures explijuées par leurs saints pasteurs, et retraçant, dans l'Église le la terre, la joie, la paix, l'innocence et le profond ecueillement de l'Église du ciel! que les tentes de Jacob 3taient alors belles et éclatantes, quoique l'Église fût jîncore dans l'oppression et dans l'obscurité; et que les înnemis de la foi, les prophètes mêmes des idoles, en voyant leur bel ordre, leur innocence et leur majesté, avaient de peine à leur refuser leur admiration et leurs hommages ! Hélas ! et aujourd'hui les moments rapides que vous consacrez ici à la religion, et qui devraient sanctifier le reste de vos journées, en deviennent souvent eux-mêmes les plus grands crimes.
Enfin à toutes ces dispositions intérieures de prière, d'adoration, de reconnaissance, que la sainteté de nos temples exige de vous, il faut encore ajouter la modestie extérieure et la décence des ornements et des parures, dernière disposition des bienheureux dans le temple céleste (1); mais je n'en dis qu'un mot.
Et en effet, faudrait-il même que nous fussions obligés de vous instruire là-dessus, femmes du monde? car c'est vous principalement que cet endroit de mon discours regarde. A quoi bon tout cet appareil, je ne dis pas seulement de faste et de vanité, mais d'immodestie et d'impudence, avec lequel vous venez paraître dans cette maison de larmes et de prière? Venez-vous y disputer à Jésus- Christ les regards et les hommages de ceux qui l'adorent? Venez-vous insulter aux mystères qui opèrent le salut des fidèles, en cherchant à corrompre leurs cœurs au pied même des autels où ces mystères s'offrent pour eux? Ah !
(1) Apoc, VII, 9.
124 f.ECTURES SPIRITUELLES
quand vous paraissez dans les palais où le souverain se trouve, vous marquez par la dignité et par la décence d'un habillement grave et sérieux le respect que vous devez à la majesté de sa présence; et devant le Souverain du ciel et de la terre vous venez paraître sans précaution, sans décence, sans pudeur, et vous portez sous ses yeux une effronterie qui blesse même des yeux sages et raisonnables! Vous venez troubler l'attention des fidèles qui avaient cru trouver ici un lieu de paix et de silence, et un asile contre tous les objets de la vanité ; troubler même le profond recueillement et la sainte gravité des ministres appliqués autour de lautel, et blesser, par l'indécence de vos parures, la pureté de leurs regards attentifs aux choses saintes.
Aussi lApôtre voulait que les femmes chrétiennes fussent couvertes d'un voile dans le temple, à cause des anges : c'est-à-dire des prêtres qui y sont sans cesse présents devant Dieu, et dont l'innocence et la pureté doivent égaler celles des esprits célestes. Il est vrai que par là vous nous avertissez, ô mon Dieu! quelle doit être dans nos temples la sainte gravité et le recueillement inviolable de vos ministres ; que cest à nous à porter ici, gravée sur notre front, la sainte terreur des mystères que nous offrons et le sentiment vif et intime de votre présence; que c'est à nous à inspirer ici le respect au peuple qui nous environne, par le seul spectacle de notre modestie ; que c'est à nous à ne pas paraître autour de l'autel, occupés au saint ministère, plus ennuyés souvent, plus inappliqués, plus précipités que la multitude même qui y assiste, et à ne pas autoriser leurs irrévérences par les nôtres. Car, à mon Dieu ! la désolation du lieu saint a commencé par le sanctuaire même; le respect des peuples ne s'y est affaibli que parce que la sainte gravité du culte et la majesté des cérémonies ne l'a plus soutenu ; et votre maison n'a commencé à devenir un lieu de dissipation et de scandale que
depuis que vos ministres eux-mêmes en ont fait une maison de trafic, d'ennui et d'avarice. Mais nos exemples, en autorisant vos profanations, ne les excusent pas.
Et, en effet, il semble que Dieu ne les a jamais laissées impunies. Les indécences honteuses des enfants d'Héli, qui avaient durant si longtemps profané sa maison, furent suivies des plus tristes calamités ; l'Arche sainte devint la proie des Philistins ; elle fut placée à côté du Dragon dans un temple infâme : la gloire d'Israël fut flétrie; le Seigneur se retira du milieu de son peuple ; la lampe de Juda s'éteignit ; le pontife manqua, et Jacob se trouva tout à coup sans autel et sans sacrifice.
N'en doutons pas que les malheurs du siècle passé, la fureur des hérésies, le renversement des autels, la démolition de tant de temples augustes, n'aient été les suites funestes des profanations et des irrévérences de nos pères. Il était juste que le Seigneur abandonnât des temples oîi il avait été si longtemps outragé. Craignons de préparer à nos neveux les mêmes calamités, en imitant les désordres de ceux qui nous ont précédés. Craignons que le Seigneur irrité n'abandonne enfin un jour ces temples que nous profanons, et qu'ils ne deviennent à leur tour la proie de l'erreur et l'asile de l'hérésie. Que saisje même s'il ne commence pas déjà à nous préparer ces malheurs, en permettant que la pureté delà simplicité de la foi s'altère dans les esprits, en multipliant ces hommes sages à leurs propres yeux, et si communs en ce siècle, qui mesurent tout sur les lumières d'une faible raison, qui voudraient voir clair dans les secrets de Dieu, et qui, loin de faire de la religion le sujet de leur culte et de leurs actions de grâces, en font le sujet de leurs doutes et de leurs censures? Vous êtes terrible dans vos jugements, ô mon Dieu ! et quelquefois vos punitions sont d'autant plus rigoureuses, qu'elles ont été plus lentes et plus tardives.
Rappelons donc tous ces grands motifs de religion; portons dans ce lieu saint une piété tendre et attentive; un esprit de prière, de componction, de recueillement, d'action de grâces, d'adoration et de louanges; ne sortons jamais de nos temples sans en remporter quelque nouvelle grâce, puisque c'est ici le trône de miséricorde d'où elles se répandent sur les hommes : n'en sortez jamais sans un nouveau goût pour le ciel, sans de nouveaux désirs de finir vos égarements, et de vous attacher uniquement à Dieu ; sans envier le bonheur de ceux qui le servent, qui peuvent l'adorer sans cesse au pied de lautel, et que leur état et leurs fonctions consacrent particulièrement à ce saint ministère. Dites-lui, comme cette reine étrangère disait autrefois à Salomon : Bienheureux vos serviteurs qui sont toujours présents devant vous, et qui n'ont point d'autre demeure que votre maison sainte! (1) Et si les devoirs de votre état ne vous permettent pas de venir ici adorer le Seigneur aux différentes heures de la journée, où ses ministres s'assemblent pour le louer; ah! du moins tournez sans cesse vers le lieu saint, comme autrefois les Israélites, vos vœux et vos désirs. Que nos temples soient la plus douce consolation de vos peines, le seul asile de vos afflictions, la seule ressource de vos besoins, le délassement le plus sûr des gênes, des bienséances et des assujettissements pénibles du monde : en un mot, trouvez-y les commencements de cette paix inaltérable dont vous ne trouverez la plénitude et la consommation qu'avec les bienheureux dans le temple éternel de la céleste Jérusalem,
(\) III. Resr,. X. 8.
CINQUIEME LECTURE
JEUDI
RÉSUMÉ
I" Partie Vous ne savez pas prier, premier prétexte pour vovs en dispenser : il faut donc vous l'apprendre. On se dispense de prier, parce que, dit-on, l'on ne sait pas prier ; ce prétexte prend sa source dans trois dispositions injustes.
1° C'est qu'on se trompe dans l'idée qu'on se forme de la prière. La prière n'est pas un effort de l'esprit, c'est un simple mouvement du cœur, c'est un gémissement de l'âme vivement touchée à la vue de ses misères : ainsi une âme simple et innocente est mille fois plus instruite sur la science de la prière, que les maîtres et les docteurs. Elle parle à son Dieu, comme un ami à son ami : elle s'afflige de lui avoir déplu : elle laisse parler son cœur, qui veille et parle pour elle, dans le temps même que son esprit s'égare : qu'y a-t-il là qui ne soit à portée de toute âme fidèle ? Si, pour prier il fallait s'élever à ces états sublimes d'oraison, où Dieu élève quelques âmes saintes ; vous pourriez vous dispenser de la prière, en disant que vous n'avez pas été favorisé de ces dons rares et excellents de l'Esprit saint. Mais la prière n'est pas un don particulier, réservé à certaines âmes : c'est un devoir commun, imposé à tout fidèle ; aussi lorsque Jésus-Christ apprend à prier à ses apôtres, il ne leur découvre pas la hauteur et la profondeur des mystères de Dieu ; le modèle de prière qu'il leur donne, est à la portée des plus simples.
2° Pourquoi dites-vous que vous ne savez pas prier, c'est que vous ne sentez pas assez les besoins infinis de votre âme. Faut-il apprendre à un malade à demander sa guérison ? à un homme pressé de la faim, à solliciter la nourriture ? Dans vos afflictions temporelles, faut-il vous apprendre à vous-même comment vous devez exposer à