IV
Jl* LECTURES SPIRITUELLES
Et que pouirez-vous lui dire au lit de la mort, lorsqu'il entrera eu'jugemenl avec vous, et qu'il vous demandera compte d'un temps qu'il ne vous avait donné que pour l'employer à le glorifier et à le servir? Lui direz vous : Seigneur, j'ai remporté des victoires, j'ai servi utilement et glorieusement le prince et la patrie, je rae suis fait un grand nom parmi les hommes? Hélas! vous n'avez pas su vous vaincre vous même; vous avez servi utilement les rois de la terre, et vous avez méprisé le service du Roi des rois; vous vous êtes fait un grand nom parmiles hommes, et votre nom est inconnu parmi les élus de Dieu : temps perdu pour l'éternité. Luidirez-vous : J'ai conduit des né gociations pénibles, j'ai conclu des traités importants, j'ai ménagé les intérêts et la fortune des princes, je suis entré dans lessecrels et dans les conseils des rois? Hélas! vous avez conclu des traités et des alliances avec les hommes, et vous avez violé mille fois l'alliance sainte que vous aviez faite avec Dieu ; vous avez ménagé les intérêts des princes, et vous n'avez pas su ménager les intérêts de votre salut; vous êtes entré dans le secret des rois, et vous n'avez pas connu les secrets du royaume des cieux : temps perdu pour l'éternité. Lui direz-vous : Toute ma vie n'a été qu'un travail et une occupation pénible et continuelle ? Hélas ! vous avez toujours travaillé, et vous n'avez rien fait pour sauver votre àme : temps perdu pour l'éternité. Lui direz-vous : J'ai établi mes enfants, j'ai élevé mes proches, j'ai été utile à mes amis, j'ai augmenté le pa trimoine de mes pères? Hélas ! vous avez laissé de grands établissements à vos enfants, et vous ne leur avez pas laissé la crainte du Seigneur en les élevant et les établissant dans la foi et dans la piété; vous avez augmenté le patrimoine de vos pères, et vous avez dissipé les dons de la grâce et le patrimoine de Jésus-Christ : temps perdu pour l'éternité. Lui direz-vous : J'ai fait des études profondes, j'ai enrichi le public d'ouvrages utiles et curieux.
j'ai perfectionné les sciences par de nouvelles découvertes, j'ai fait valoir mes grands talents, et les ai rendus utiles aux hommes ? Hélas ! le grand talent qu'on vous avait confié était celui de la foi et de la grâce, dont vous n'avez fait aucun usage : vous vous êtes rendu habile dans les sciences des hommes, et vous avez toujours ignoré la science des Saints : temps perdu pour l'éternité. Lui direz-vous enfin : J'ai passé la vie à remplir les devoirs et les bienséances démon état, je me suis fait des amis, j'ai su plaire à mes maîtres ? Hélas vous avez eu des amis sur la terre, et vous ne vous en êtes point fait dans le ciel : vous avez tout mis en œuvre pour plaire aux hommes, et vous n'avez rien fait pour plaire à Dieu : temps perdu pour l'éternité.
Non, quel vide affreux la plupart de ces hommes, qui avaient gouverné les états et les empires, qui semblaient faire mouvoir l'univers entier, qui en avaient rempli les premières places, qui faisaient tout le sujet des entretiens, des craintes, des désirs, des espérances des hommes ; qui . occupaient presque seuls les attentions de toute la terre, qui portaient tout seuls le poids des soins et des affaires publiques : quel vide affreux trouveront-ils dans toute leur vie au lit de la mort ! tandis que les jours d'une âme sainte et retirée, qu'on regardait comme des jours obscurs et oiseux, paraîtront pleins, occupés, marqués chacun par quelque victoire de la foi, et dignes d'être célébrés parles cantiques éternels.
Méditez ces vérités saintes : le temps est court, il est irréparable ; il est le prix de votre éternelle félicité ; il ne vous est donné que pour vous en rendre dignes : mesurez là-dessus ce que vous en devez donner au monde, aux plaisirs, à la fortune, à votre salut. Mes frères, dit l'apôtre, ie temps est court (1) ; usons donc du monde comme si
(1) Cor., vu, 29.
nous n'en usions pas ; possédons nos biens, nos places, nos dignités, nos titres, comme si nous ne les possédions pas; jouissons de la faveur de nos maîtres et de l'estime des hommes, comme si nous n'en jouissions pas ; ce n'est là qu'une ombre qui s'évanouit et nous échappe : et ne comptons de réel dans toute notre vie, que les moments que nous aurons employés pour le ciel.