‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 27 sur 58 · TROISIEME MOTIF · texte numérisé non relu

TROISIEME MOTIF

Ce grand spectacle pourrait-il vous devenir inutile? Le prix de son sang qui a effacé les péchés du monde, et qui va couler plus abondamment sur vous, pourrait-il vous laisser encore tout couvert de crimes et de souillures?

Car sa croix est le seul héritage qu'il ait laissé à son Église. Il faut que nous participions à son calice, si nous voulons partager avec lui sa gloire et son immortalité. C'est là l'esprit de notre vocation, et le fondement de notre espérance. Hors de là, nous ne sommes pas distingués de ces nations infidèles qui ne connaissent pas Jésus-Christ. Otez de sa morale les maximes crucifiantes, la violence, l'humilité, le renoncement à soi-même, le mépris du

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monde, la fuite des plaisirs, tout le reste peut nous être commun avec les philosophes qui' débitaient une doctrine sage et élofgnée des excès et des vices.

C'est donc la croix de Jésus-Christ qui fait proprement le grand caractère des chrétiens, et la seule voie de salut que Jésus Christ est venu ouvrir à ses disciples. Or comment y participons-nous? Qu'avous-nous de commun avec Jésus-Christ crucifié? Nos œuvres, nos démarches, nos délassements, nos- peines, nos plaisirs, nos craintes, nos espérances sont-elles marquées du sceau de la croix? Oi'i paraît ce signe de salut dans toute la suite de notre vie ?

Je sais que le monde nous fournit des croix et des afflictions, que nos propres passions nous en ménagent, et que nous sommes ingénieux à nous en former à nous-mêmes. Mais ce sont là des croix de la cupidité. Ce sont les châtiments de nos passions, et non pas les remèdes de nos crimes. Ce sont les tristes suites du vice, et non pas les fruits pénibles de la vertu. Mais où est la croix de Jésus- Christ dans nos mœurs? Que souffrons-nous pour lui plaire? Que prenons-nous sur nos passions, sur nos penchants, pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples? Gù est cette croix que nous portons, et sans laquelle il faut renoncer à Jésus Christ? Nous portons la croix de nos crimes, la croix de nos passions, la croix de notre ambi tion, la croix de nos haines et de nos envies, c"est-à dire la croix du monde et du démon. Hélas! celle de Jésus- Christ est moins amère et moins pesante, et nous la rejetons : celle de Jésus-Christ rend heureux ceux qui la portent, et nous la craignons : celle de Jésus-Christ adoucit même les croix du monde, et nous les lui préférons : celle . de Jésus-Christ est le prix de l'éternité, et nous la méprisons.

Quelle folie ! Nous ne pouvons éviter les croix ici-bas ; faisons du moinsqu'elles noussoient utiles. Ilfaut toujours que nous souffrions de nos passions; souffrons du moins

en les réprimant, afin que nos violences nous soient comptées. Il faut que nous trouvions des amertumes dans la vie; mettons-les donc à profit, et faisons-en des amertumes de pénitence, afin que nous ne perdions pas tout. Il faut qu'il en coûte pour servir le monde, comme pour servir Jésus-Christ; souffrons pour Dieu ce que nous souffrons pour le monde ; nos peines seront les mêmes, et les récompenses bien différentes.

Mais que dis- je, que nos peines seront les mêmes? Le Seigneur adoucit le joug qu'on porte pour lui; et le joug du monde est un joug de fer, qui meurtrit et qui accable. Lesviolencesde la croix sont mêlées de mille consolations, et celles de la cupidité ne sont payées que par des peines nouvelles. Les sacrifices de la grâce calment le cœur, et ceux des passions le déchirent. Les saintes agitations de la pénitence laissent l'àme dans la joie et dans la paix, et 'es agitations du crime la troublent et la dévorent. Les îpines de la vertu portent avec elles leur douceur et. leur ^emède; et celles du vice laissent raiguillon dans la cons- •ience, et le ver dévorant qui ne meurt plus. En un mot, es rigueurs de l'Évangile font des heureux, et les dégoûts lu monde n'ont fait jusqu'ici que des misérables.

Les grâces qui vont couler de la croix de Jésus-Christ ^ous offrent donc une ressource que vos crimes ne trou- 'eront peut-être pas dans un autre temps. Les prières nêmes de l'Église, plus longues et plus touchantes, renient, durant cette sainte carrière, le ciel plus propice aux écheurs.

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