‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 28 sur 58 · QUATRIEME MOTIF · texte numérisé non relu

QUATRIEME MOTIF

Les soupirs de cette chaste épouse qui ne s'occupe en ce temps que de la conversion de ses enfants, qui ne pro- 1 longe la tristesse et l'harmonie de ses cantiques que pour! attirer les regards et les miséricordes du Seigneur sur les scandales qui l'affligent, ouvrent les trésors du ciel sur les iniquités de la terre. Tout le corps des Justes qui prie, et qui est toujours exaucé, rend le Seigneur bien plus attentif aux besoins de l'Eglise et aux misères de nos âmes.

Je ne parle pas des jeûnes, des macérations, des austérités que les vrais fidèles pratiquent en ces jours de salut, et qu'ils offrent au Seigneur comme un sacrifice d'expiation, pour le réconcilier avec son peuple : tant d'âmes justes qui aflligent leur chair par le jeûne et par la retraite, et dont la voix, comme la voix du sang innocent, monte jusqu'au trône de Dieu, non pour solliciter ses vengeances, mais pour attirer ses miséricordes. Hélas ! s Judith toute seule dans Israël, affligeant son âme sous h cendre et sous le cilice, réconcilia le Seigneur avec sor peuple et détourna de lui les effets de son indignation e de sa colère, que ne devons-nous pas attendre de tan d'âmes fidèles, qui, répandues dans toutes les parties d( la terre, prient en ce saint temps pour vous, et olîrent ai Seigneur leurs jeûnes et leurs macérations, pour obteni le pardon de vos crimes! Que ne devez-vous pas attendn de tant de saints pasteurs qui olîrent leurs âmes et leur travaux pour vous enfanter à Jésus-Christ; de tant dana chorètes pénitents, de tant de vierges pures, qui dans fond de leur retraite gémissent comme la colombe, désai ment le bras du Seigneur prêt à s'appesantir sur nous, changent ses foudres en des rosées de bénédictions et d

grâce ? Que de secours la religion présente à votre faiblesse ! que de portes la bonté de Dieu vous ouvre, pour vous faire rentrer dans le sein de sa miséricorde et de sa clémence!

Je pourrais encore ajouter les instructions que l'Église vous donne par la bouche de ses ministres. Hélas ! si autrefois la lecture de la loi de Dieu toute seule, presque oubliée parmi les Juifs, renouvela tout Jérusalem, si tout le peuple fondit en larmes, si les grands et les prêtres euxmêmes, touchés de la beauté et de la magnificence des préceptes divins, renoncèrent aux alliances profanes et renvoyèrent les femmes étrangères, que ne peut pas pour votre salut le zèle de tant de ministres, qui vous annoncent les paroles de la vie éternelle! Quel sentiment n'exciteront pas dans vos cœurs, si vous ne les fermez à la voix de Dieu, les maximes saintes et sublimes de l'Évangile, accompagnées de toute la force et de toute la terreur de notre ministère !

Oui, la vérité a des charmes dont un bon cœur a peine à se défendre. Les règles de la foi sont pleines de noblesse et d'équité. Elles forcent en leur faveur une raison saine et épurée ; elles mettent tôt ou tard un esprit sage et élevé dans leurs intérêts. Les passions peuvent éblouir pendant quelque temps, l'âge peut séduire, les exemples peuvent entraîner, les discours de l'impiété et du libertinage peuvent étourdir ; mais enfin la vérité perce le nuage : le grand, le solide de la religion prend, dans un bon esprit, la place de tout le frivole qui l'avait amusé. Lassé d'avoir couru longtemps après le songe et la chimère, on veut quelque chose de sûr et de réel, et on ne le trouve que dans la religion, dans la vérité de ses maximes et la magnificence de ses promesses. Il n'y a qu'un esprit faux et superficiel qui puisse demeurer jusqu'à la fin dans l'illusion. Le monde ne peut séduire pour toujours que des hommes sans réflexion et sans caractère. Et remarquez ici IV. 14

m LECTURES St'lHlTUEI.LKS

que le monde lui-même regarde comme tels ceux qui n'ont pas su mettre quelques jours sérieux dans toute leur course, quelque intervalle entre la vie et la mort. Le goût du frivole, qui nous avait fait dabord applaudir, dès que l'âge ne l'excuse plus, nous rend à la fin méprisables.

Ne •résistez donc pas à Dieu, qui vous ouvre, en ce temps de propitiation, tant de moyens de salut. Ne vous opposez pas vous seul à tous les elîorts que l'Église fait pour vous rappeler à une vie plus pure et plus chrétienne. Ne vous obstinez plus à périr, tandis que tout s'empresse à vous sauver du naufrage. Que faut il encore pour vous déterminera finir vos égarements et à changer enfin une vie qui vous lasse, que le monde censure, dont vous sentez vous-même le vide, et peut-être aussi l'indécence et le ridicule? Que reste-t-il à faire au Seigneur ? Il vous agite par des remords secrets, et vous combattez les saints mouvements de sa grâce: il vous offre tous les secours de la religion, et vous n'en faites aucun usage: il réunit toutes les prières de l'Église en votre faveur, et vous les rendez inutiles par votre impénitence : il fait tonner dans ces chaires chrétiennes les promesses et les menaces formidables de la loi, et elles s'effacent de votre cœur un moment après que son esprit les y a gravées. Que peut-il donc faire encore? châtier vos crimes et ceux de vos semblables par des calamités publiques, répandre sur nous la terreur de sa colère, cominc autrefois sur ces villes qui avaient attiré son indignation par l'excès de leurs dissolutions et de leurs débauches. C'était la seule ressource qui restait à la miséricorde do Dieu pour nous loucher. Il parlait en vain au fond de nos cœurs ; il nous frappe pour se faire entendre.

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