‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 41 sur 58 · SUR LES DEGOUTS QUI ACCOMPAGNENT LA PIÉTÉ EN CETTE VIE · texte numérisé non relu

SUR LES DEGOUTS QUI ACCOMPAGNENT LA PIÉTÉ EN CETTE VIE

RESUME

I" Réflexion. Les dégoûts sotil inéiitables en cette vie. Ils sont une suite nécessaire de l'inquiétude du cœur qui cherche à se fixer, et qui ne le saurait dans toutes les créatures qui l'environnent ; qui, dégoûté de tout le reste, s'attache à Dieu, mais qui ne pouvant le posséder en cette vie, autant qu'il en est capable, sent toujours qu'il manque quelque chose à son bonheur.

Nous sommes donc injustes de nous plaindre des dégoûts qui accompagnent la vertu. Si le monde faisait des heureux, nous aurions raison de trouver mauvais qu'on ne le fût pas en servant Dieu : mais consultez tour à tour les partisans des différents plaisirs que le mondt' promet, vous verrez que nul n'est heureux ici-bas, que chacun se plaint, et que la terre e.st la patrie des mécontents : ainsi les dégoûts de la vertu sont bien plus une suite delà condition de cellf vie mortelle, que les défauts de la vertu même.

D'ailleurs Dieu, en laissant ici-bas les Ames les plus justes dans nn état en quelque sorte toujours violent et dé.sagréable à la nature, veut nous dégoûter de cette vie misérable, et nous faire .soupirer après notre délivrance, et cette patrie immortelle où rien ne manquera plus à notre bonheur.

De plus, .si la vertu était toujours accompagnée de consolationssensibles, elle deviendrait une récompense temporelle ; on ne chercherait plus, en se donnant à Dieu, les biens de la foi, mais les consolations de l'amour-propre.

Les Justes vivent de la foi ; or la foi espère, et ne possède pas encore : tout est à venir pour les chrétiens : leur patrie, leurs biens, leurs plaisirs, leur héritage: le présent n'est point pour eux : c'est ici

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le temps des tribulations et des amertumes ; c'est ici un exil et une terre étrangère, où tout nous retrace nos malheurs, où tout nous offre de nouveaux périls; or n'est-il pas injuste de chercher une félicité et des consolations humaines dans un séjour si triste et si désagréable aux enfants de Dieu ? Attendons patiemment les jours de paix et de joie qui viendront après cette vie, d'autant plus qu'en abandonnant Dieu pour le monde, nous ne serions pas plus heureux, nous ne ferions que changer de supplice.

IP Réflexion. Les dégoûts: de la piété ne iiont pas si amers qu'on se les figure. II y a des dégoûts à essuyer dans la vertu, on en convient ; mais 1° du moins on y est à couvert des dégoûts du monde et des passions ; et quand nous ne gagnerions en nous tournant à Dieu que de secouer le joug du monde, la destinée d'une âme juste serait toujours digne d'envie, quelles que pussent être les amertumes de la vertu.

2" Si la vertu ne nous garantit pas des afflictions et des disgrâces inévitables sur la terre, du moins elle les adoucit en soumettant notre cœur à Dieu, en nous découvrant dans les coups dont le Seigneur nous afflige les remèdes de nos passions, ou les justes peines de nos crimes,

3° Ces répugnances et ces dégoûts, qui nous révoltent si fort contre la vertu, ne consistent au fond qu'à réprimer des passions qui nous rendent malheureux, et qui sont la source de toutes nos peines. Ce •sont des remèdes un peu douloureux à la vérité, mais qui servent à guérir des maux qui le sont infiniment davantage ; ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage ; ce ne sont pas des dégoûts du mondé, dont il ne reste jamais que l'amertume.

4° Je pourrais ajouter que la source de nos dégoûts est dans neusmèmes plutôt que dans la vertu ; que ce sont nos passions qui forment nos répugnances ; que, si notre cœur n'avait pas été dépravé par l'amour des créatures, nous ne trouverions de doux et de consolant que les plaisirs de l'innocence, parce que nous sommes nés pour la justice et pour la vérité ; que peut-être c'est le caractère particulier de notre cœur qui répand pour nous tant d'amertumes sur tout le détail de la vie chrétienne, parce qu'étant nés avec des passions plus vives, un cœur plus sensible au monde et aux plaisirs, et nous y étant livrés pendant longtemps, le sérieux de la piété nous paraît triste et insoutenable, ce qui montre combien c'est un grand bonheur de porter à la vertu un cœur que le monde n'a pas encore gâté ; et que plus nous différons de retourner à Dieu, plus nous rendons ce dégoût qui nous éloigne de lui invincible, parce que plus nous accoutumons notre cœur au monde, plus nous le rendons inhabile à la vertu.

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Mais, après tout, est-ce à vous à reprocher à Dieu qu'où s'eauuie dans son service? Si nos serviteurs osaient nous dire qu'ils s'ennuient en nous servant, quelque bien fondés qu'ils fussent à nous faire ce reproche, nous les regarderions comme des insensés ; nous les trouverions trop honorés d'être auprès de nous, trop heureux d'avoir à soutenir nos humeurs pt nos caprires : nous dirions qu'il sont payés pour s'ennuyer.

Or Dieu ne paie t-il pas assez bien ceux qui le servent? ne les comble-til pas de bienfaits ? et ne doit-il pas trouver étrange que des vers de terre qui nont rien de grand ipip i'iionnenr de lui appartenir, osent se plaindre qu'ils n'ont point de goût pour lui et qu'ils s'ennuient à son service ?

III' Réflexion. Les dégoûts de ht vertu ne sont pas si aiiiers que ceux du monde. Je pourrais appeler le monde lui-même en témoignage. Qu'est-ce que la vie du monde, qu'nn ennui continuel, qu'un vide éternel, qu'une circulation fastidieuse de devoirs, de bienséances, d'inutilités ; qu'un flux et reflux éternel de haines, de désirs, de chagrins, de jalousies, d'espérances, etc. Quelle comparaison entre les fureurs des passions et les peines légères de la vertn ; entre les remords affreux de la conscience, et la tristesse aimable de Ig pénitence qui opère le salut ? Aussi on entend tons les jours les amateurs du monde décrier enx-mêmes le monde qu'ils servent : mais trouvez^ si vous le jiouvez, des Ames vraiment justes, qui fassent des invectives contre la vertu, qui détestent leur sort et, de s'être embarquées dans une voie si remplie de chagrins et d'amertumes, qui envient la destinée du monde ! On a vu quelquefois des pécheurs preudre, par désespoir et par dégoût du monde, des partis extrêmes; mais at-on jamais vu des Justes que les dégoûts de la vertu aient jetés dans des extrémités si terribles ? ils se plaignent quelquefois de leurs peines, à la vérité, mais ils les aiment encore mieux que les plaisirs des passions. Il sentent ce que le monde appelle la pesanteur du joujide Jésus-Christ ; en se rappelant le poids de l'iniquité sous lequel ils ont gémi, ils trouvent leur sort heureux, el ce parallèle les calme et les console.

En effet, premièrement, les violences de la vertu sont volontaire.s, et en cela infiniment plus douces: mais les dégoûts du monde sont des croix forcées. Secondement, les répugnances de la vertu ne sont «mères qu'aux sens; mais les dégoûts du monde mortifient toutes les passions, et il n'est rien de nous qui ne sente leur tristesse et leur amertume. Troisièmement, les dégoûts de la vertu ne .sont sensibles que dans les premières démarches parce que pinson réprime les passions, plus elles deviennent dociles : mais les dégoûts du monde trouvant toujours en nous les mêmes passions, nous laissent toujours les même»

SUK LES nÉGOU,TS QUI ACQaMPAdl.tJENT t.A PIETH 111

amertumes. Quatrièmement, les dégoûts du monde arrivent à ceux qui servent le monde avec plus de fidélité; mais les dégoûts de la piété n'ont d'ordinaire pour principe que notre relâchement et notre paresse ; plus notre vivacité pour le Seigneur s'augmente, plus nos dégoûts diminuent.

IV^ Réflexion. Les dégoûts de la vertu ont des ressources que ceux du monde n'ont pas. Le monde fait des plaies au cœur, mais il ne fournit point de remèdes ; mais, dans la vertu, il n'est point de peine qui n'ait sa consolation, premièrement, la paix du cœur et le témoignage de la conscience. Secondement, la certitude que nos peines ne sont pas perdues. Troisièmement, la soumission aux ordres de Dieu, qui en nous refusant les consolations sensibles de la vertu, consulte plus nos intérêts que nos penchants. Quatrièmement, les grâces dont iraccompagne nos dégoûts, qui soutiennent notre foi, en même temps que nos violences abattent l'amour-propre. Cinquièmement, les secours extérieurs de la piété qui sont pour nous autant de nouvelles ressources dans l'abattement et dans la sécheresse. Sixièmement, la tranquillité de la vie et l'uniformité des devoirs qui ont succédé aux fureurs des passions. Septièmement, la foi qui nous rapproche l'éternité, et nous découvre le néant de tout ce qui passe. Que de ressources pour un cœur fidèle ! et par conséquent quelle disproportion entre les peines de la vertu et celles du crime !

Après tout, nous nous plaignons de quelques dégoûts légers qui accompagnent la vertu ; et les premiers fidèles qui sacrifiaient pour Jésus-Christ leurs biens, leur réputation, leur fortune, leur vie, ne se plaignaient pas de l'amertume de son service, et ne croyaient pas acheter assez cher la gloire d'être de ses disciples, et la consolation de prétendre à ses promesses ; ne devrions-nous pas en rougir ?

Cessons donc de nous plaindre de Dieu ; servons-le comme il veut être servi de nous. S'il nous adoucit le joug, bénissons sa bouté qui ménage ses consolations à notre faiblesse ; s'il nous en fait sentir toute la pesanteur, estimons-nous heureux encore qu'à ce prix il veuille bien accepter nos cœurs et nos hommages.

DEVELOPPEMENT

Alors les juifs prirent des pierres pour lapider Jésii-9. {iezn. x,3l.)

Voilà donc les marques de gratitude que Jésus-Christ reçoit des hommes; voilà les consolations que le ciel lui ménage dans l'exercice pénihle de son ministère. Là on le traite de Samaritain et de possédé du démon ; ici on prend des pierres pour le lapider. C'est ainsi que le Fils de Dieu a passé tout le temps de sa vie mortelle, toujours en butte à la contradiction la plus opiniâtre, ne trouvant que des cœurs insensibles à ses bienfaits et rebelles aux vérités qu'il leur annonçait, sans qu'il ait jamais laissé échapper le moindre signe d'impatience, ni la moindre plainte.

Et nous, ses membres et ses disciples, hélas ! les plus petits dégoûts, les plus petites répugnances que nous éprouvons dans la pratique de la vertu, révoltent notre délicatesse ; ce ne sont que plaintes, que murmures, dès que nous cessons de goûter ces attraits, cette sensibilité qui adoucit tout ce que le devoir peut avoir de pénible; troublés, découragés, nous sommes presque tentés d'abandonner Dieu, et de retourner au monde, comme à un maître plus doux et plus commode ; en un mot, nous ne voudrions trouver au service de Dieu que des douceurs et des consolations.

Mais notre divin Maître, en nous appelant à sa suite, ne nous l'a-t-il pas déclaré en termes exprès, que le royaume des cieux ne se donne qu'à titre de conquête, et qu'il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent? Et ces paroles, que signifient-elles, sinon qu'entrant au service de Dieu, on ne doit point se promettre qu'on y trouvera toujours une certaine douceur, un certain goût sensible, qui en ôte toute la peine, ou qui la fait aimer ; qu'au contraire il est presque certain qu'on y éprouvera des dégoûts,

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des amertumes, des répugnances qui exerceront notre patience, et qui mettront notre fidélité à de fréquentes épreuves; qu'on sentira souvent la pesanteur du joug, sans sentir l'onction de la grâce qui le rend léger, parce que la piété contrarie essentiellement nos anciens goûts et nos premiers penchants, pour lesquels nous conservons toujours un reste malheureux de tendresse, et qu'on ne mortifie point sans que le cœur en souffre ; que d'ailleurs nous aurons à essuyer les caprices éternels d'un cœur inconstant et léger, si difficile à fixer, qui, à propos de rien et sans aucun sujet, se dégoûte de ce qu'il a le plus aimé? Voilà à quoi nous avons dû nous attendre, lorsque nous avons embrassé le parti de la vertu ; c'est ici le temps des combats et des épreuves : la paix et la félicité ne sont que pour le ciel, mais malgré cela, je dis qu'il est injuste de prendre, dans ces dégoûts qui accompagnent la vertu en cette vie, un prétexte, ou d'abandonner Dieu, quand on a commencé à le servir ; ou de noser le servir, quand on a commencé à le connaître. En voici les raisons : première ment, parce que les dégoûts sont inévitables en cette vie ; secondement, parce que ceux de la piété ne sont pas si amers qu'on se les figure ; troisièmement, parce qu'ils le sont moins que ceux du monde ; quatrièmement, parce que quand ils le seraient autant, ils ont des ressources que ceux du monde n'ont pas.

PREMIERE REFLEXION

J'ai dit premièrement, parce que les dégoûts sont inévitables en cette vie. Hélas ! mon Dieu, nous nous plaignons que le service de Dieu nous dégoûte ; mais telle est la condition de cette vie misérable. L'homme, né pour jouir pleinement de Dieu, ne saurait être heureux ici-bas, où nous ne le possédons jamais qu'imparfaitement ; les

dégoûts sont une suite nécessaire de l'inquiétude d un eœur qui n'est point à sa place, et qui ne peut la trouver sur la terre ; qui cherche à se fixer, et qui ne le saurait» dans toutes les créatures qui l'environnent ; qui, dégoûté de tout le reste, s'attache à Dieu, mais qui, ne pouvant le posséder autant qu'il en est capable, sent toujours qu'il manque quelque chose à son bonheur, s'agite pour y parvenir, et n'y parvient jamais pleinement ici bas, trouvant presque dans la vertu le même vide et les mêmes dégoûts qu'il avait trouvés dans le crime ; parce que, à quelque degré de grâce qu'il soit élevé, il lui reste toujours bien du chemin à faire pour arriver à cette plénitude de justice et d'amour, qui possédera tout notre cœur, qui remplira tous nos désirs, qui éteindra toutes nos passions, qui occupera toutes nos pensées, et que nous ne saurions jamais trouver que dans le ciel.

S'il était possible d'être heureux sur la terre, on le serait sans doute en servant Dieu, parce que la grâce calme nos passions, modère nos désirs, console nos peines, et met en nous un commencement de ce bonheur parfait que nous attendons, et dont nous ne jouirons que dans la bienheureuse immortalité. De toutes les situations où l'homme peut se trouver en cette vie, celle de la justice l'approche sans doute le plus près de sa félicité; mais comme elle le laisse toujours dans la voie qui y conduit, elle le laisse aussi encore inquiet, et en un sens, misérable.

Nous sommes donc injustes de nous plaindre des dégoûts qui accompagnent la vertu. Si le monde faisait des heureux, nous aurions raison de trouver mauvais qu'on ne le fût pas en servant Dieu : nous pourrions, ce semble, lui reprocher qu'il maltraite ses serviteurs; qu'il les prive d'un bonheur qui n'est dû qu'à eux seuls; qu'il les rebute, loin de les attirer; et que le monde a par-dessus lui d'être un maître plus consolant et plus fidèle. Mais

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parcourez tous les états: interrogez tous les pécheurs; consultez tour à tour les partisans des différents plaisirs que le monde promet, et les différentes passions qu'il inspire; l'envieux, l'ambitieux, le voluptueux, l'oiseux, le vindicatif, nul n'est heureux ici-bas; chacun se plaint; nul n'esta sa place; chaque condition a ses dégoûts; à chaque état sont attachées des amertumes; la terre est la patrie des mécontentements, et les dégoûts de la vertu sont bien plus une suite de la condition de cette vie mortelle, que les défauts de la vertu même. D'ailleurs Dieu a ses raisons pour laisser ici-bas les âmes les plus justes dans un état en quelque sorte toujours violent et désagréable à la nature : il veut par là nous dégoûter de cette vie misérable ; nous faire soupirer après notre délivrance, et cette patrie immortelle où rien ne manquera plus à notre bonheur. Je sens en moi, disait l'Apôtre, une loi funeste toujours opposée à la loi de Dieu ; je ne fais pas le bien que j'aime, et que je voudrais faire, et je fais le mal que je hais, et que je souhaiterais d'éviter ; mon homme intérieur trouve la loi de Dieu juste et sainte, et cependant mon homme charnel et extérieur, qui est en moi, se révolte sans cesse contre elle. Infortuné que je suis! qui me délivrera donc de ce corps de mort, qui est la source de tous mes malheurs et de toutes mes peines? (1) Voilà l'effet le plus naturel que doivent opérer les dégoûts de la vertu dans un cœur chrétien : la haine de nous-mêmes, le mépris de la vie présente, le désir des biens éternels, l'empressement d'aller jouir de Dieu, et d'être délivré de toutes les misères inséparables de cette vie mortelle.

Déplus, si la vertu était toujours accompagnée de consolations sensibles, si elle formait toujours ici-bas, pour l'homme, un état heureux et tranquille, elle deviendrait

(1) Rom., yii, 24.

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une récompense temporelle; on ne chercherait plus, en se donnant à Dieu, les biens de la foi, mais les consolations de lamour-propre; on se chercherait soi-même en faisant semblant de chercher Dieu ; on pourrait ne se proposer dans la vertu que ce repos sensible, où elle mettrait le cœur, en le délivrant de ces passions violentes et inquiètes, qui le déchirent sans cesse, plutôt que lob servance des règles et des devoirs que la loi de Dieu nous impose. Le Seigneur n'aurait plus que des adorateurs mercenaires et intéressés, qui viendraient, non pas porter son joug, mais se reposera l'ombre de sa voix ; des ouvriers qui se présenteraient, non pas tant pour travailler à la vigne el porter le poids du jour et de la chaleur, que pour en goûter tranquillement les fruits; des serviteurs, qui loin de faire valoir son talent pour le profit de leur maître, le tourneraient à leur propre utilité, et n'en feraient usage (|ue pour eux mêmes.

Les Justes vivent de la foi ; or la foi espère, et ne possède pas encore; tout est à venir pour les chrétiens, leur patrie, leurs biens, leurs plaisirs, leur héritage, leur royaume : le présent n'est point pour eux. C'est ici le temps des tribulations et des amertumes; c'est ici un exil et une terre étrangère, où les larmes et les soupirs deviennent la seule consolation du fidèle ; il est injuste de chercher des douceurs dans un lieu où tout nous retrace nos malheurs, où tout nous offre de nouveaux périls, où tout réveille le sentiment de nos misères, où nous vivons environnés d'écueils, où nous sommes en proie à raille ennemis, où tous nos pas peuvent devenir des chutes, où tous nos jours sont marqués de quelque infidélité nouvelle; où, livrés à nous-mêmes et sans le secours du ciel, nous ne faisons que le mal; où nous répandons même la corruption de notre cœur sur le peu de bien que la grâce nous fait faire ; il est, dis-je. injuste de chercher une félicité et des consolations humaines dans

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