‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 54 sur 58 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Toutes les autres dispositioas dont nous venons de parler ne sont que les préparations extérieures de la pénitence : la douleur en est l'âme et la vérité. La vertu du sacrement peut suppléer à la confession extérieure de nos fautes lorsque des obstacles involontaires nous en

ôtentle pouvoir, mais elle ne peut suppléer au sentiment intérieur qui les déteste, parce que c'est lui qui forme le pénitent ; tout le reste peut être remplacé par la douleur, la douleur ne peut être remplacée que par ellemême.

Cependant rien de plus rare, parmi les pécheurs qui viennent s'avouer coupables au tribunal, que cette douleur de pénitence à laquelle seule la rémission des péchés est promise; et c'est ici cette troisième sorte de malades, dont parle aujourd'hui lÉvangéliste, qui ne reçurent pas de Jésus-Christ le bienfait inestimable de la guérison, ceux qui avaient les membres secs, c'est-à-dire ceux qui portent au tribunal un cœur sec, une âme insensible, et qui, après avoir senti les impressions les plus vives et les plus extrêmes des passions, ne trouvent en eux aucun sentiment pour la pénitence.

Or, comme l'illusion est ici dangereuse, et que chacun se flatte de porter au tribunal cette douleur qui suffit pour la justification du pécheur, il importe d'établir en quoi elle consiste.

Premièrement, cette douleur est un mouvement de la grâce et non de la nature ; il faut que le trouble qui naît de l'horreur de nos crimes soit une opération invisible de l'Esprit de Dieu, dit le dernier concile, qui nous porte à détester tout ce qui a pu lui déplaire, qu'il soit une vue de foi qui nous découvre dans le péché, et l'outrage quil fait à Dieu, et les malheurs où il précipite l'homme, qu'il soit enfin un commencement de nouvel amour qui ne nous rende le crime odieux que parce qu'il commence à nous faire aimer le Seigneur, source de toute justice : première condition marquée dans notre Evangile. Il fallait que l'ange du Seigneur descendît et troublât l'eau, afin que les malades fussent guéris (1). Il faut que l'Esprit de

(1) Joan., V, 4.

Dieu descende dans nos cœurs pour y opérer des agitations salutaires : tout autre trouble serait un trouble humain et inutile aux malades.

Or le trouble que la plupart des pécheurs portent au tribunal est un trouble d'amour-propre, et auquel l'Esprit de Dieu n'a point de part. Les uns prennent pour la douleur de la pénitence ces alarmes secrètes que l'orgueil oppose toujours à la déclaration de nos crimes; ce poids d'iniquités qui fatigue le cœur, auquel il en coûte tant de s'avouer coupable; ces déchirements cruels, que les œuvres de ténèbres, sur le point de se manifester et d'éclore, font sentir à la conscience pécheresse, semblables à des serpents qui ne sauraient sortir sans déchirer le sein qui les a enfantés; en un mot, ces inquiétudes d'une mauvaise honte, qui ne trouve d'odieux dans le crime que la peine de l'avouer. Ils confondent leur orgueil avec leur repentir, l'opposition qu'ils ont à l'humiliation de la pénitence avec le repentir sincère qui y dispose, la haine de la confession avec la douleur de leurs crimes : ils ne sont qu'orgueilleux et confus et ils croient être touchés et pénitents.

Ce n'est pas que la même grâce qui opère le repentir n'opère aussi une confusion salutaire, et qu'il n'y ait une honte qui conduit au salut, comme dit l'Esprit saint. Détournez de moi vos regards, ô mon Dieu, disait un roi pénitent; je ne puis soutenir devant vous toute la confusion dont mes crimes me couvrent (1). Mais cette honte formée par la douleur ne trouve son motif que dans la douleur même. Ce n'est pas le jugement du ministre delà confession qui la produit dans notre âme, c'est l'œil de Dieu qui la voit et qui connaît toute l'ignominie de son état; elle ne compterait même le mépris de tous les hommes pour rien, si elle avait le Seigneur tout seul pour témoin de son

(1) Ps., XLIII, 16.

innocence; au contraire, quand elle serait seule sur la terre, ou cachée dans les plus profonds abîmes, les regards de Dieu seul sur ses souillures la couvriraient de la même confusion, et partout oii elle porterait devant lui ses plaies, elle y porterait ses troubles et sa honte. Les inquiétudes secrètes et honteuses de l'orgueil ne sont donc pas les troubles salutaires de la pénitence.

Il en est d'autres qui prennent la douleur qui forme le repentir pour ce trouble qui naît de la crainte toute seule des peines éternelles ; ce trouble qui, ouvrant l'enfer et tous ses tourments au pécheur, ne lui découvre rien de plus odieux dans l'iniquité que la punition dont elle est suivie ; ce trouble qui n'est lui-même qu'un désir que le crirafe piît être impuni, qui arrête l'action, dit saint Augustin, sans changer la volonté, qui nous rend timides sans nous rendre pénitents, qui nous fait craindre le châtiment sans nous faire ha'ir l'offense, et qui ne compterait pour rien d'outrager son Dieu, si la perte de son amour devait borner toute son infortune.

Je sais que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, qu'il est utile de percer souvent, des yeux de la foi, ces abîmes de feu et ces ténèbres éternelles où il y aura des pleurs et des grincements de dents, et de descendre tout vivants dans l'enfer, pour faire de ce souvenir' salutaire un frein à nos passions indomptées. Je sais que cette crainte est un don de l'Esprit saint, et mon dessein n"'est pas d'ôter aux pécheurs un moyen de salut et un motif de componction que Jésus-Christ leur propose, que l'Eglise leur recommande, que les saints ont eu sans cesse devant les yeux, et dont nous nous servons tous les jours dans ces chaires chrétiennes, pour troubler la fausse paix des âmes criminelles. En effet, ô mon Dieu ! si avec tous vos foudres et vos flammes vengeresses, l'iniquité ne laisse pas de prévaloir sur la terre; si malgré l'enfer et ses ardeurs éternelles que, votre justice a préparées aux

SUR LA tONFËSSION til9

pécheurs, toute chair ne laisse pas de corrompre sa voie, resterait-il encore quelque foi parmi les hommes, si nous venions imprudemment leur faire un point de vertu de fermer les yeux à ces spectacles terribles; si nous leur faisions un vice, du motif le plus commun et le plus ordinaire de la piété? 11 est peu de ces âmes nobles et sublimes, que l'amour et la reconnaissance toute seule attachent à votre service : c'est la sagesse des parfaits ; mais les faibles ont besoin d'indulgence, et vous voulez que notre intérêt même entre toujours pour beaucoup dans Jîotre fidélité.

Ce n'est donc pas la crainte des tourments destinés à l'impie que je veux exclure de la véritable pénitence : elle en est la préparation, quoiqu'elle n'en soit pas l'âme et le fonds; car l'amour tout seul, qui a fait les pécheurs, peut former des pénitents; l'amour tout seul, qui a ravi notre cœur à Dieu, peut le lui rendre; l'amour tout seul, qui faisait le dérèglement de notre volonté, peut y rétablir l'ordre et faire notre justice, et vous ne sauriez vous réconcilier avec Dieu, si vous ne commencez du moins à l'aimer plus que les vaines créatures qui vous avaient éloigné de lui, et si la vertu du sacrement, jointe à cet amour encore faible, ne le perfectionne et n'opère en vous la véritable justification; ce n'est pas, dis-je, la crainte des peines que je veux ici exclure de la pénitence, c'est cette disposition criminelle où se trouvent la plupart des pécheurs qui approchent du tribunal, lesquels, sans un enfer et ses tourments, vivraient comme des athées, sans foi, sans conscience, sans sacrements, lesquels ne connaissent de la religion que ses menaces, et qui, dans le secret de leur cœur, sont fâchés que Dieu soit juste, et qu'il ait attaché aux plaisirs les plus honteux des flampes éternelles.

Et ne croyez pas que ce soit ici une disposition rare ou chimérique : rien n'est plus réel et plus commun. La

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crainte fait presque toute notre religion, c'est la pensée seule des peines à venir qui peuple les tribunaux de la pénitence, nous y faisons divorce pour un moment avec nos passions, et nous nous en séparons comme on quitte des objets encore chers mais funestes. Semblables à la femme de Loth, nous ne haïssons pas Sodome, nous n'en craignons que les flammes, nous nous en séparons à regret et notre cœur y tient encore, tandis que la crainte toute seule du danger nous en éloigne. L'esprit de la véri table piété est plus rare qu'on ne pense, tous les dehors du culte ne roulent presque que sur de fausses vertus;, nous ne comptons pour offenses de Dieu que celles qui sont suivies d'une punition éternelle ; celles qui se bornent à lui déplaire, nous ne les comptons pour rien, et si nous voulons sonder nous-mêmes notre cœur, nous sentirons que nul principe d'amour et de grâce ne nous fait agir, et que l'enfer est la seule divinité que nous craignons.

Mais comme la méprise est ici aisée, si vous me demandez à quelles marques on peut discerner ce trouble heureux qui forme les vrais pénitents, de cette honte d'orgueil ou de cette crainte toute mercenaire qui ne I forme que des esclaves, je dis, en second lieu, que la dou- j leur de la pénitence renferme une résolution réelle et | sincère de finir nos désordres, et de commencer une vie i sainte et chrétienne: c'est ce qui nous est figuré dans la \ guérison de notre paralytique. Souluiitez-wus d'être gué ri. ^ lui demande Jésus-Christ (1). Il paraissait sans doute foct inutile de le demander à un malheureux qui gémissait j sous le poids de ses maux, et l'on ne pouvait douter que trente-huit années d'infirmité ne lui fissent souhaiter ! vivement sa délivrance. Mais Jésus-Christ voulait nous j apprendre par là que le pécheur, comme ce paralytique, j sincèrement touché de ses maux, doit en venant se préci) Jnan., V. c<.

senter au tribunal pouvoir se rendre ce témoignage à luimême, que réellement et de bonne foi il veut être guéri, c'est-à-dire renoncer à ses passions invétérées et prendre le parti de la piété.

Or, lorsque vous venez aux pieds du prêtre, êtes-vous de bonne foi dans cette résolution ? Pouvez-vous vous rendre ce témoignage à vous-même, que vous voulez rompre sincèrement tous les liens qui vous attachent encore au monde et à vos plaisirs criminels, et vous ranger avec ce petit nombre d'âmes fidèles de votre rang et de votre état, qui, après avoir quelque temps vécu, comme vous, au gré de leurs passions, sont revenues à Dieu, et opèrent leur salut dans la pratique solide et constante des vertus chrétiennes? Commencez-vous à vous faire un plan de nouvelle vie? Ne comptez-vous pas encore sur les mêmes mœurs, sur les mêmes plaisirs, sur les mêmes liaisons après la confession? Ne vous dites-vous pas à vous-même en secret, pour vous calmer sur cette fausse démarche de pénitence, qu'un jour viendra enfin que vous vous confesserez pour vous convertir tout de bon et rompre pour toujours avec le monde ? et ne distinguez-vous pas en vous-même cette confession que vous allez faire, de la conversion que Dieu demande de vous?

Prenez garde qu'on ne vous demande pas si, en venant vous présenter au tribunal, vous formez de ces propos vagues et indéterminés de conversion qui n'ont jamais de suite, et qu'on ne forme que pour s'étourdir sur la profanation du sacrement, et se dire à soi-même qu'on évite le sacrilège; de ces propos, dont on sent soi-même la fausseté, qui ne satisfont pas la conscience inquiète, et qui laissent au fond du cœur, non seulement la volonté réelle du vice, mais le sentiment secret qu'on ne veut pas encore y renoncer. Eh! que voit-on autour de nos tribunaux, que des pécheurs de ce caractère?

Je vous demande si, en venant confesser vos fautes,

VOUS voulez voua convertir dune volonté forte, pleine, sincère, qui ne forme pas des propos vagues et éloignés de changement, mais qui répand déjà des larmes de pénitence? je vous le demande avec Jésus-Christ : Souhaitezvous d'être guéri? La conscience ne saurait ici se faire illusion à elle-même, on sent bien si le propos d'une nouvelle vie est sincère. Les préludes d'une conversion et d'un renouvellement entier de mtturs ont je ne sais quoi de si vif et de si marqué, qu'il se fait dabord sentir et ne laisse rien d'équivoque : des larmes, des combats, des agitations, des vues nouvelles, des démarches sérieuses et pénibles, que sais-je ? quelque chose qu'on n'avait pas encore senti et que ceux qui nous fréquentent n'avaient pas ' encore vu, un appareil qui annonce un peu plus que le fruit d'une confession ordinaire : ce sont là de ces travaux de l'enfantement qui ne ressemblent qu'à eux-mêmes (1). On ne saurait y prendre le change, et il n'est que des douleurs d'un certain caractère, qui annoncent la naissance du nouvel homme dans nos cœurs.

Rappelez-vous les conversions des pécheresses, des Paul, des Augustin, voyez ce qui se passait en eux dans ces mo ments heureux qui précédèrent leur changement ; quels troubles ! quelles perplexités ! quels combats ! quels efforts héro'iques sur eux-mêmes ! quelles démarches nouvelles ! quelles larmes ! quels transports d'amour et de componc tion ! C'est au milieu de tant d'agitations que se consomme l'ouvrage de la conversion, une démarche froide et tranquille n'a rien qui l'annonce et qui lui ressemble; c'est au milieu de ces troubles, de ces vents impétueux, pour ainsi dire, que l'esprit de Dieu descend dans un cœur pénitent, comme il descendit autrefois dans le cénacle, et y vient porter la paix et la grâce ; et c'est ici oîi l'on peut dire que l'on entend sa voix lorsqu'il arrive, et qu'on sait oîi il

(1) Ps., XLVII, 7.

va et d'où il vient. C'est à vous à nous dire si vous reconnaissez à ces traits la douleur qui jusqu'ici vous a préparé au sacrement de la pénitence. . >

Et ne nous dites pas que cette douleur, cachée au fond de l'âme, n'est pas toujours sensible au cœur pénitent ; un changement de vie porte si fort sur tous nos penchants, prend sa source dans un nouvel amour si vif, qu'il n'est pas possible qu'il soit dans le cœur à l'insu de notre cœur même. Mais, enfin, je le veux pour des cœurs d'un certain caractère, nés froids, tranquilles, insensibles, qui peuvent se briser, mais qui ne sauraient s'attendrir. Mais vous, pourvu d'un cœur naturellement si tendre et si capable d'être touché, vous qui avez poussé la sensibilité dans les passions déplorables jusqu'à l'emportement, vous qui nous vantez tant la bonté et la tendresse de votre cœur, vous n'en manqueriez que pour votre Dieu? la douleur du péché serait la seule qui vous trouverait froid et insensible ? les larmes, les sentiments, les vivacités qui sont si fort de votre caractère ne le seraient pas de celui de votre pénitence.

Illusion! Si vous n'êtes pas vif dans la douleur de votre repentir comme vous l'avez été dans vos désordres, c'est que vous étiez pécheur de bonne foi, et que vous n'êtes qu'un faux pénitent.

Enfin, non seulement la douleur de la pénitence est-une résolution réelle et sincère de changer de vie, mais encore une attention actuelle qui prend d'abord des mesures solides de changement. Or, la principale est le choix d'un ministre fidèle qui coopère avec Jésus-Christ à la guérison de votre âme ; choix difficile, mais le plus important que vous ferez jamais, puisqu'il s'agit du salut et que ce qui décide toujours de notre salut, c'est le choix de celui à qui nous allons confier les secrets de notre conscience ; c'est la suite de notre Évangile qui nous fournit cette dernière réflexion. Seigneur, dit le paralytique à Jésus-Christ,

je n'ai point d'homme qui me jette dans la piscine lorsque l'eau est troublée (1).

Or, avant de venir vous présenter à la pénitence, vous adressez-vous à Jésus-Ctirist, afin qu'il vous aide dans un clioix si essentiel et qu'il vous suscite un guide tidèle, qui vous conduise sûrement dans la voie du salut ? Cherchez-vous vous-même un homme rempli de l'Esprit de Dieu, qui sache vous jeter à propos dans la piscine, et cultiver les premiers sentiments de grâce que vous portez au tribunal ?

Un homme éclairé, qui puisse juger de la lèpre, connaître les plaies de votre cœur, et ne pas se tromper dans l'application des remèdes ?

Un homme expérimenté, qui sache discerner les voies de la grâce dans votre âme, conduire les opérations de Dieu en elle, ne pas trop presser les âmes que l'Esprit saint ne pousse que lentement, ne pas arrêter celles qui sont portées, pour ainsi dire, sur les ailes de la grâce, et suivre l'Esprit de Dieu sans le prévenir?

Un homme accoutumé à parler à Dieu dans la prière, à étudier au pied de la croix la science du salut, et dont les paroles, pleines de cet esprit et de ce feu qu'il a puisés devant le Seigneur, portent ensuite l'onction de la grâce jusqu'au fond de votre âme tout ouverte dans ces moments, si. sur laquelle les vérités les plus simples font alors tant d'impression ?

Un homme désintéressé, qui n'examine pas si vous êtes grand selon le monde mais si vous êtes pécheur devant Dieu, que vos vices touchent plus que vos titres, et qui ne proportionne pas l'indulgence ou la sévérité de ses sentences à l'élévation ou à l'obscurité des pécheurs, mais au caractère de leurs crimes?

Un homme zélé, que rien ne puisse faire départir des

(Ij Joan, V, ".

intérêts de la vérité et des règles saintes de son ministère, et qui, sans faire ostentation de sévérité, ne cherche pas à se faire honneur des excès et des singularités outrées de ses pénitents, mais à faire honneur à la grâce et à la religion, en leur inspirant cette sobre sagesse qui remplit avec dignité les devoirs de son état, et qui, en condamnant le monde, s'attire l'estime et le respect du monde même?

Enfin, un homme charitable, qui sache mêler l'huile de la douceur avec le vin de la force, qui n'aigrisse pas les plaies par d'excessives rigueurs mais qui ramène les malades par des condescendances nécessaires, qui ne soit pas toujours juge mais qui se souvienne quelquefois qu'il est père, qui sache changer sa voix, comme l'Apôtre se faire tout à tous, et prendre toutes les formes pour former Jésus-Christ dans un cœur?

Est-ce un guide de ce caractère que vous cherchez ? Les plus inconnus sont toujours pour vous les plus propres, les plus indulgents, les plus habiles ! les premiers que le hasard vous offre, vous leur ouvrez indiscrètement les plaies de votre cœur. Vous prenez, comme ce Michas dont il est parlé au livre des Juges, le premier lévite qui se présente ; vous lui dites : Tenez-moi lieu de père et de prêtre (1). Vous mettez peut-être à prix ses soins et son ministère, et le rendez le ministre et le fauteur, comme cet Israélite, des dieux et des idoles que vous avez élevés dans votre maison, et auxquels vous avez prostitué votre cœur. Et si vous usez en ceci de quelque circonspection et de quelque recherche, c'est pour éviter ceux qu'une réputation d'exactitude et d'intégrité rend redoutables à vos passions, et auxquels on ne s'adresse que lorsqu'on veut sincèrement se convertir et servir Dieu. Ainsi le choix tout seul que vous faites du juge de votre conscience est

(1) Judic, XVII, 10.

une preuve décisive que vous ne voulez pas changer de vie, que vous allez profaner le sacrement, et vous souiller où vons auriez dû vous purifier de -vos souillures.

Voilà les sources les plus ordinaires de l'inutilité du sacrement de la pénitence; on manque de lumière dans l'examen, de sincérité dans la manifestation, de douleur dans le repentir, et voilà pourquoi les conversions sont aujourd'hui si rares au tribunal; voilà pourquoi, parmi cette multitude infinie d'aveugles, de boiteux et de ceux qui avaient les membres secs, à peine Jésus-Christ en trouve-t-il un seul, dit saint-Augustin, qui mérite d'être guéri. Les cinq portiques de la piscine, selon ce Père, figuraient les cinq livres de Moïse, qui découvraient les maux, mais qui ne les guérissaient pas. Mais, hélas! nous pourrions le dire aujourd'hui avec plus de raison de .la piscine des chrétiens, et des portiques mystérieux qui environnent le bain de la pénitence ; ils ne servent plus qu'à nous découvrir les maux, les guérisons n'y sont plus en usage, nous y voyons aborder une multitude de pécheurs et nous n'en voyons presque pas sortir de pénitents, on • nous y expose des plaies et le bain sacré n'en voit presque jamais de fermées, il nous fait connaître les malades mais il n'en est plus le remède. Et si j'osais l'ajouter ici : comme- la loi de Moïse, en découvrant les péchés, les multiplia, et ne servit qu'à faire des prévaricateurs, hélas! ce remède divin, loin de guérir les maux de l'Eglise, les a augmentés, pour ainsi dire, a donné Heu à des profanations, loin de rétablir la piété, et a fait des sacrilèges où il aurait dû faire des pénitents.

Rentrons ici en nous-mêmes, et en ce jour surtout, consacré à la conversion des grands pécheurs par la guérison d'un malade désespéré, en ce jour où les prières mêmes de l'Eglise sollicitent auprès du Seigneur ses miséricordes pour les âmes les plus "déplorées, rappelez-vous ici devant Dieu toute la suite de vos années et l'histoire

secrète de votre conscience. Repassez sur ce nombre infini de confessions, toujours réitérées et toujours inutiles, et qui sans doute, devant le tribunal de Jésus-Christ, feront le plus terrible sujet de votre condamnation. Dites-vous à vous-mêmes : Quelles ont été jusqu'ici mes voies et la monstrueuse conduite de ma vie? mes passions d'aujourd'hui sont des plaies de l'enfance, et qui ont vieilli avec moi ; ce que je suis encore, voluptueux, emporté, dissolu, je l'étais déjà dès la première saison de ma vie ; ma destinée m'a fait éprouver des situations différentes au dehors, mais ma passion honteuse m'a suivi partout, et partout elle a été la même; ma vie n'est qu'un seul crime diversifié, sous des circonstances et des situations dissemblables : Un jour a instruit l'autre jour, et une nuit a montré sa science funeste à V autre nuit [i) ; du plus loin qu'il m'est permis de rappeler l'histoire de mes années, j'y trouvé déjà les ébauches et les naissances de mes passions ; et les commencements de ma vie ne s'offrent à moi qu'avec les prémices des crimes dont je suis encore coupable.

Cependant, ô mon Dieu ! votre colère n'a pas encore éclaté sur moi, et du haut de votre justice, vous me voyez errer depuis si longtemps dans des voies criminelles, sans m'avoir frappé de mort et fait périr, comme tant d'autres, au milieu de ma course! Ah! ce n'est pas sans quelque dessein de miséricorde sur moi que vous avez prolongé mes jours et différé jusqu'ici votre vengeance, vous ne m'auriez pas délivré de tant de périls qui ont mille fois menacé ma vie, si vous n'aviez voulu faire paraître en moi quelque jour les richesses de votre grâce.

Grand Dieu ! je commence à ne plus aimer mes maux, achevez votre ouvrage, et faites que j'en aime le remède.

(1) Ps., xviiï, 5.

L'état de ma conscience me trouble, la corruption et le désordre de ma vie me couvrent de honte, les remords du crime me tyrannisent, et répandent l'amertume sur tous mes jours ; achevez, grand Dieu ! de rompre des liens déjà à demi brisés, donnez le dernier coup à ma volonté rebelle, soutenez ma faiblesse dans un combat où vous m'avez vu tant de fois succomber, ne vous éloignez pas de moi, et faites que je ne retrouve le calme et la tranquillité que j'ai perdus, quen vous devenant à jamais fidèle.

SEPTIEME LECTURE

SAMEDI

RESUME

Trois sortes d'épreuves sont nécessaires pour s'approcher dignement de la sainte Eucharistie.

l'e Partie. Une épreuve de changement. Ainsi, si vous n'avez pas recouvré par un sincère repentir la grâce de la sainteté et de la justice que vous aviez perdue par vos crimes, la table de Jésus- Christ vous est interdite. Comme c'est un pain de vie, il faut être vivant aux yeux de Dieu pour s'en nourrir. Or, porterez-vous à l'autel un cœur véritablement pénitent et changé? Examinons vos démarches. Vous allez confesser vos iniquités aux pieds d'un prêtre; je pourrais vous demander si vous choisirez le plus habile et le plus éclairé, si, dans la discussion de votre conscience, vous serez un juge éclairé et sévère envers vous-même, et si les soins pour approfondir les abîmes de votre conscience répondront à la durée, à l'embarras et à la multitude de vos crimes; mais je vous demande si, venant mettre vos péchés aux pieds d'un prêtre, vous venez 3' laisser vos passions ; . si vous portez au tribunal ce désir sincère de réparer le passé ; si vous prenez tout de bon des mesures pour commencer, pour vous retirer sans délai des occasions ; si vous arrangez déjà par avance, dans votre esprit, vos devoirs, vos liaisons, en un mot tout le détail de vos mœurs, etc., etc. Car voilà les soins et les inquiétudes qui occupent une âme touchée, sur le point d'une sincère conversion ; et ce n'est que par là que vous pouvez connaître si vous pouvez être revenu de bonne foi de vos égarements, et si vous êtes une nouvelle créature. Car si vous ne mettez entre vos désordres et votre confession que l'intervalle d'un léger examen, si au sortir de l'autel, et la solennité passée, tout doit aller encore le même train, si on ne doit pas avoir encore plus de précaution qu'auparavant contre des périls éprouvés : en vous approchant de l'autel, vous venez manger et boire

votre 'condamnation. Peut-on croire, en effet, que ce court intervalle qui s'est passé entre vos crimes et votre rechute ait été précisément le moment de votre justitication ? Ce n'est pas.qu'ou prétende que la divine Eucharistie doive vous établir dans un état de justice tellement fixe ef permanent que vous né puisi^iez plus en déclioir; qui ne sait que la vie de l'homme est une tentation continuelle sur la terre? mais on voudrait au moins qu'une communion ne fût pas l'affaire d'une journée. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, dit Jésus-Christ, demeure en moi et je demeure en lui. Il ne dit pas : il s'unit à moi, mais : il y demeure et je demeure en. lui. Donc, dit saint Augustin, celui qui se contente de recevoir Jésus-Christ, et qui ne le conserve pas, il a mangé et bu sa condamnation.

Ainsi voulez-vous savoir si, dans ces jours solennels, vos communions sont des profanations ou des grâces : voyez quel en est le fruit et quels changements elles opèrent en vous; si, au sortir de l'autel, voua vous retrouvez un moment après le même, craignez que vos communions ne soient peut-être devant Dieu vos plus grands crimes.

IP Partie. Une épreuve de pénitence. Sans vouloir rappeler ici l'ancieTine pratique de l'Église, dites-moi, convient-il que la même bouche dont vous venez de raconter les horreurs de votre conscience, vous alliez d'abord recevoir Jésus-Christ ; ne devez-vous pas au moins avant de vous consoler avec les Justes, répandre quelque temps des larmes avec les pénitents; au sortir du tribunal, la communion vous tiendrait-elle lieu de pénitence ? elle qui doit en être la récompense et la consolation, comme disent les saints ? Un pécheur invétéré n'arrivait autrefois à l'autel qu'après des années entières d'humiliations, de jeûnes, de macérations, de prières ; mais parce qu'une sage dispensation a changé cet usage, vous ne devez pas supposer qu'avoir confessé des crimes invétérés, c'est les avoir punis; l'usjige n'a rien changé à la loi : l'Église s'est relâchée sur les épreuves publiques, ^ mais elle ne se relAchera jamais, à l'éga^'d des pécheurs dont nous parlons, stir les épreuves particulières, parce ■ que le corps de Jésus- Christ n'exige pas aujourd'hui moins de pureté qu'autrefois de ceux qui eu approchent. Voilà pourquoi l'Église a voulu que ces quarante jpurs de pénitence précédassent la communion pascale, afin d'apprendre aux fidèles qu'il doit y avoir un inicrvalle entre les désordres et la table du Seigneur.

Je sais que celte maxime peut avoir des exceptions; que les lois de l'Église sont pleines de sagesse, de charité et de condescendance ; que le salut dés pécheurs étant la seule fin qu'on s'y propose, tout ce qui y conduit plus sûrement devient plus conforme à son esprit. Mais je dis que la règle ordinaire, c'est que la communion pour un grand

pécheur doit être encore aujourd'hui le fruit et le prix, et non la première démarche de sa pénitence.

Mais, dit-on, la loi de l'Eglise presse, et ne- laisse paS de lieu au délai et aux longues épreuves. Mais peut-on croire de bonne foi que l'Eglise regarde une communion indigne, comme l'accomplissement du devoir pascal, et qu'elle mette une grande différence entre les profanateurs et les rebelles ? En communiant même indignement, vous évitez ses censures, parce qu'elle ne juge que ce qui paraît; mais vous n'évitez pas les anathèmes du ciel, qui juge des profanations secrètes. Eh! l'Eglise aurait-elle prétendu, en faisant une- loi de la participation du corps du Seigneur, autoriser la témérité et les profanations des pécheurs ? Elle vous ordonne de participer aux saints mystères en ces jours solennels, mais elle suppose que vous en approcherez avec une conscience pure et des dispositions dignes de ce sacrement adorable, et elle vous ordonne, en même temps, de différer, si vous n'êtes pas en état ; elle consent que ses ministres vous marquent un autre temps que le sien pour satisfaire au devoir pascal. Votre pâque véritable sera le jour où vous communierez dignement ; l'Eglise n'en connaît point d'autre et le fruit de ce sacrement n'est pas attaché aux jours, mais à l'innocence et à la piété de ceux qui y participent.

IIP Partie. Une épreuve de ferveur. C'est cette ferveur si nécessaire qui manque pourtant à la plupart des pécheurs dont nous parlons, et qui fait craindre qu'ils ne viennent manger et boire leur condamnation. Car quel est le motif qui les conduit la plupart à la table sainte en ces jours solennels? est-ce un profond sentiment de leur faiblesse, une ardeur sincère de recourir au secours destiné à les • fortifier, et une sainte faim de Jésus-Christ ? Hélas! la plupart voient approcher avec un chagrin secret la solennité sainte : cette seule pensée trouble, empoisonne un mois d'avance tous leurs plaisirs, et ce n'est enfin que la crainte des foudres et des anathèmes de l'Église qui les traîne malgré eux au festin du père de famille. Ils ne sentent pas que la privation du corps de Jésus-Christ est la plus terrible peine dont l'Eglise puisse frapper ici-bas les fidèles, puisque la divine Eucharistie est la seule consolation de notre exil, le remède journalier de nos faiblesses, et la ressource universelle de tous nos besoins.

Mais il faut, disent-ils, des dispositions si parfaites pour en approcher; il est vrai, mais ces dispositions, c'est l'usage lui-même de la divine Eucharistie qui les perfectionnera dans notre cœur, où il les trouve déjà ébauchées ; et une communion doit nous servir de préparation à une autre. Plus nous nous éloignons, plus la tiédeur augmente, plus les passions croissent, plus Jésus-Christ diminue dans

notre cœur, plus l'homme de péché augmente et se fortifie. Aussi les communions au temps pascal ne sont inutiles, ou plutôt pernicieuses, qu'à ces âmes mondaines qui n'approchent de l'autel qu'en ces jours solennels, et qui attendent la loi de l'Eglise pour s'y résoudre.

Nos pères autrefois s'éloignaient de leur patrie et de leurs enfants, nos rois s'arrachaient aux délices de leur cour et traversaient les mers, pour aller dans cette terre consacrée par les mystères du Sauveur, adorer les traces de ses pieds; en la voyant, ils versaient sur cette terre heureuse des larmes de tendresse et de religion et ne pouvaient se résoudre à quitter des lieux qui leur rappelaient les actions, les mystères et les prodiges d'un si bon maître. Il n'est plus nécessaire de traverser les mers, disait autrefois saint Chrysostôme à son peuple : venez à l'autel ; ce ne sont plus des lieux consacrés autrefois par sa présence, c'est lui-même: tous les lieux qui environnent ses autels sont marqués par quelqu'un de ses prodiges. Un si grand avantage devrait enflammer nos désirs, et nous attirer avec empressement à la table sacrée. Cependant nous regardons le devoir pascal comme une servitude pénible, nous en faisons un devoir de pure bienséance, nous n'y venons que comme des esclaves, et la table de Jésus-Christ serait abandonnée en ces jours saints, si la loi de l'Église nous laissait libres. Faut-il s'étonner, après cela, si la fête de Pâques voit plus de profanateurs et de Judas que de véritables disciples? Aussi, si l'Apotre, dans un siècle où la divine Eucharistie faisait des martyrs, ne cherche point ailleurs que dans des communions indignes la source des calamités publiques, quelles marques terribles de la colère de Dieu ne doivent pas attirer sur nous tant de pécheurs, ou téméraires ou hypocrites, qui viennent se présenter tous les jours à l'autel, et y profaner la chair adorable de Jésus-Christ ! et ne les éprouvons-nous pas, ces marques de la colère divine ?

Mais les afiiictions temporelles ne sont pas les suites les plus terribles des communions indignes. Celui qui mange et boit indignement, dit l'Apôtre, il mange et boit sa propre condamnation. C'est-à-dire que le pain de vie qu'il reçoit est un poi.son, une sentence de mort qu'il s'incorpore avec lui-même, et qui devient sa propre substance, c'est-à-dire que les sacrements profanés ne laissent presque plus d'espérance de retour parce que l'impiété, l'incrédulité, l'endurcissement en sont presque toujours les tristes suites. Aussi parmi les bourreaux sur le Calvaire, il s'en trouva à qui le sang même qu'ils venaient de répandre mérita la grâce de la pénitence ; mais le seul profanateur de l'Eucharistie, dont il est fait mention dans l'Evangile, meurt comme un monstre et comme un désespéré, et si le châtiment que le Seigneur exerce sur les imitateurs de son

crime est plus secret, il n'en est en cela même que plus terrible ; il les frappe d'un anathème invisible, et les marque par avance d'un caractère de réprobation. Et voilà pourquoi tous ces pécheurs, qui, après des mœurs licencieuses, n'apportent en ces jours saints à la table du Seigneur point d'autre réparation qu'une confession précipitée, tombent après la solennité dans des égarements encore plus déplorables que les passés, parce que la communion a répandu de nouvelles ténèbres sur leur cœur ; les mystères terribles ont calmé toutes les terreurs de la foi et le pain du ciel n'a fait que fortifier en eux le goût du monde et de la terre.

DEVELOPPEMENT

Dites à la fille de Sion : Voici votre Roi gui vient à vous plein de douceur. (Matth., xxi, 5).

■ Les oracles des prophètes, les manifestations du Seigneur aux patriarches, les sacrifices et les oblations de la loi, ses signes et ses figures annonçaient depuis plusieurs siècles à l'infidèle Jérusalem que son Libérateur et son Roi ne tarderait pas à la visiter, et à paraître au milieu d'elle. Le précurseur lui-même, cet ange du désert prédit dans Malachie, avait enfin paru sur les bords du Jourdain, pour préparer les voies au Roi de gloire et dire à son peuple : Le voici ; et Jérusalem n'avait plus d'excuse, si elle venait à le méconnaître et à le recevoir indignement dans son propre royaume.

Cependant cet avènement si heureux, que tant de Justes avaient demandé, que tant de siècles avaient attendu, que tant de préparatifs avaient annoncé, et qui annonçait luimême des biens si magnifiques aux hommes, loin de faire renaître la joie au milieu de cette ville ingrate, et de lui rappeler ses anciens jours de gloire et de magnificence, la jettedansun trouble universel et dans des alarmes

ti34 LECTURES SPIRITUELLES

publiques (1). Tout est ému dans Jérusalem, lorsqu'on y voit entrer aAijourd'hui en triomphe le Fils de David. Les prêtres, les pharisiens, témoins des acclamations et des chants d'allégresse dune populace obscure, et de quelques Juifs spirituels et fidèles, se trouvent agités de mille mouvements divers de frayeur, d'inquiétude, de jalousie, de tristesse ; une terreur universelle se répand parmi eux : il semble que c'est un tyran qui vient porterdans les murs de Jérusalem lelîroi et le carnage et emmener, comme autrefois, ses citoyens en servitude, plutôt qu'un roi pacifique qui vient la délivrer par sa présence et la purifier par l'eiîusion de son sang. Il n'est que ce petit nombre d'âmes simples et innocentes, qui vont au devant de lui hors des portes de la ville, et qui lui font un innocent triomphe de leurs cris de joie, et des branches d'arbres dont elles couvrent et ornent sa route.

Voilà ce qui se passe encore aujourd'hui parmi nous. Depuis le commencement de cette sainte carrière, l'Église n'a cessé de nous annoncer que le Roi de gloire approchait, et qu'il venait se donner à nous pour être notre pàque; ses prières, ses purifications, ses cérémonies, ont été comme autant de voix qui nousont avertis de sa venue; ces jours mêmes de pénitence qui vont finir, elle ne les avait établis que pour nous préparer à le recevoir parla communion aux jours solennels où nous allons entrer. Aujourd'hui, comme pour réveiller nos désirs et notre attente, 'elle nous annonce qu'enfin il est proche et sur le point de se donnera nous. Or, quelle impression fait sur vous cette heureuse nouvelle? une impression de trouble,, de frayeur, de tristesse, en sentant approcher le devoir pascal ; chacun retombe sur sa propreconscience et n'y trouvant que des habitudes criminelles, des plaies invétérées et honteuses, frémit dans la seule pensée qu'il faut se

(1) Matth., XTi, 10,

DE LA COMMUNIOX 635

mettre en état de recevoir le Roi de gloire ; on dirait qu'il vient à nous armé -de terreur et d'indignation pour nous juger et pour nous perdre, et non accompagné de sa seule douceur pour nous sauver et pour nous servir de nourriture. Il n'est qu'un petit nombre d'âmes fidèles qui vont au-devant de lui par leurs désirs, et qui le voient arriver avec une sainte allégresse. Et ce qu'ily a de plus affligeant, c'est que, malgré cette frayeur, cette tristesse, ces alarmes d'une conscience troublée, il y en aura peu d'entre vous qui ne se présentent à Jésus-Christ pour le recevoir, et qui ne croient avoir satisfait à la loi de l'Eglise après l'avoir reçu avec des dispositions si opposées à celles qu'il exige de nous. Insensés, qui ne pensent pas que recevoir Jésus-Christ dans ces dispositions, ce n'est plus manger la cène du Seigneur, c'est manger et boire sa propre condamnation !

Il importe donc de vous marquer les préparations qui doivent vous conduire à cette action redoutable, de peur que Jésus-Christ ne vienne vous visiter, comme il visita autrefois Jérusalem, pour votre condamnation et pour votre perte. Quelles sont les dispositions qui doivent nous préparer au devoir pascal ? Je vais en marquer trois principales, et ce sera le sujet de cette.instruction.

PREMIERE REFLEXION

Lorsque j'ai assuré que le plus grand nombre de ceux qui recevront Jésus-Christ en ces jours saints, n'apporteront pas à cette grande action les dispositions nécessaires, et se rendront peut-être coupables du corps et du sang du Seigneur, je n'ai pas prétendu parler de ces âmes noires qui, de sang-froid et le sachant, viennent par une hypocrisie détestable, fouler aux pieds le sang de l'alliance et peuvent se familiariser avec le sacrilège ; je n'ai pas voulu

parler de ces monstres, qui, portant le mystère de la foi dans une conscience corrompue et peu sincère, viennent au pied de l'autel cacher sous la plus sainte et la plus terrible de toutes les actions, les horreurs d'une âme impure, et aiment encore mieux être impies que passer pour moins religieux. Ah ! il faudrait des foudres, et non pas des discours, à des âmes de ce caractère, ou ne leur parler que comme parla autrefois Pierre à Ananie et à Saphire. J'ai cette confiance, ô mon Dieu ! et c'est vous qui me la don nez, que parmi les fidèles que la parole de votre Évangile assemble en ce lieu saint, votre œil n'y discerne aucun de ces enfants de malédiction ; qu'il n'y a pas ici, comme autrefois sous les tentes d'Israël, un autre Achan caché dans la foule, ni un anathème parmi les fidèles.

Je ne parle donc que de ces âmes mondaines, lesquelles, après une année entière de plaisirs et de dissolution, se présenteront au tribunal avant de venir à l'autel ; à qui la conscience ne reprochera ni dissimulation, ni feinte, et qui se rendront néanmoins coupables du corps du Seigneur, parce qu'elles porteront encore à l'autel toutes leurs passions déréglées, et une conscience que le bain de la pénitence aura achevé de souiller, loin de l'avoir purifiée.

Pour connaître donc si vous n'avez rien à craindre sur la profanation des saints mystères auxquels vous allez participer, il n'y a qu'à établir quelles sont les dispositions essentielles à une communion sainte; et chacun, en s"appliquant ces règles que Jésus-Christ a laissées à son Église, pourra se juger soi-même, et décider s'il peut, avec cette confiance que donne une conscience pure, venir se présenter à l'autel.

Or toutes les dispositions qui doivent nous préparer à cette action sainte, sont renfermées dans cet avis de l'Apôtre : Que l'homme s'éprouve soi-même, avant que de

manger de ce pain de vie (1). Je sais que l'esprit de l'homme ne connaît pas toujours ce qui se passe dans l'homme, et que s'éprouver soi-même n'est souvent que s'affermir soi-même dans ses erreurs et achever de se méconnaître. Mais l'épreuve qu'on demande ici n'est pas si difficile à faire et la méprise n'est à craindre que pour ceux qui veulent se tromper. Car il s'agit de savoir : premièrement, si vous êtes entièrement changé ? secondement, si vos anciennes passions non seulement ne subsistent plus dans vos penchants déréglés, mais si vous avez commencé du moins à les expier par les larmes et les rigueurs de la pénitence ? enfin, si vous ajoutez à ces précautions un désir sincère et ardent de vous unir à Jésus-Christ? c'est-à-dire qu'on exige de vous, et de tous ceux qui vous ressemblent et qui vivent dans des habitudes criminelles, une épreuve de changement, une épreuve de pénitence, et une épreuve de ferveur.

Je dis premièrement, une épreuve de changement. Ainsi si vous n'avez pas recouvré par un sincère repentir la grâce de la sainteté et de la justice que vous aviez perdue par vos crimes, si vous êtes encore dans la mort et dans le péché, la table de Jésus-Christ vous est interjdite, car c'est ici un pain de vie ; il faut être vivant aux yeux de Dieu pour s'en nourrir : c'est la table des enfants, les ennemis en sont indignes ; c'est la pierre précieuse de l'Evangile, on ne la jette pas devant des animaux immondes. Or porterez-vous à l'autel une conscience véritablement purifiée, un cœur pénitent et changé et votre conversion sera-t-elle sincère? Pour en juger, permettezmoi d'en examiner toutes les démarches.

Vous allez confesser vos iniquités aux pieds du prêtre : je n'examine pas si le choix même que vous faites du confesseur n'est pas une preuve certaine que vous ne

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