‹ Légende d'âmes & de sangs: des versChapitre 25 sur 28 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

les Yeux de Taïeule

Vie, et ride des eaux, depuis que hors Tamère Navrure de ses Yeux son âme ne sourd plus, De ses Yeux inlassés la Vieille aux os de pierre Morne et roide regarde : et sa voix de prière Très aigre, égrène au soir les avés des élus.

l56 LléOENDE d\mES ET DE SANGS

A mesure qu'elle a, — spleen des angles rigides — Sur elle plus uni ses deux mains aux longs os, Sans pardon, hors du gel de ses deux Yeux algides Tout a passé, par'peur de leurs grandsmîroirs vides, — Hivers haut enlunés de lune sur les eaux !

Ayant salon, les soirs, — rire et Thé dans la veille Tiédie, et, plumes, quand il neige dans les gels, — Aux Yeux de Tous l'adore, et, sur sa Tempe vieille Onde un peu ses poils gris, la molle Non-pareille Qui Mère-grand l'appelle, et plus doux que les miels

Mais HAUT assise, et roide, elle n'ouiT pas, et, noire

Sans une lueur d'or, ou, ris de mère-grand,

Un remugle de rose, ainsi qu'une mémoire

Très vieille, elle pourpense : et de ses Yeux sans gloire

Gèle en les Yeux pleins d'heur lis ou rose d'AMANT.

LES YEUX DE l'aIEULE iS?

Vont alors une gêne et des peurs : et PAïeuIe Tranquille,sphinxamerai^x deux grands Yeux mauvais, Sous la lumière règne, et non lasse et non veule : L'Aïeule qui les voit, et qui prie, âpre et seule, — Tout un murmure dur de lèvres et d'avès !.... .

Si, roide ainsi, sur Tous elle n'ouvre pas, — lunes Roides, — ses Yeux ! rêve a-T-elle que, leurs amours, Des mépris d^elle vont, et des rires, des Unes Aux Uns, pour sa vieillesse : et, pâleurs des lagunes Où des roseaux, elle ouvre ainsi ses deux Yeux gourds. ..

Mais du dormir, adieux ! quand l'heure sonne — veille Tiédie ! — après avoir suivi le dernier dos, VoNT,lors,danslessommeils,lesYeux:et, lors, merveille Haut, parle en elle-même, en le gel d'air et d'eaux, La neige seule et pâle, à des plumes pareille

l58 LÉGENDE d\mES ET DE SANGS

Dans le suaire des draps, en le noir où respire Des ruines la girie et vont de vieux ahans, L'Aïeule mal sommeille : et, sans lampe, — sourire, O rides I doux sur vous, — le Noir vivant empire. Marée ample des mers sous la pluie en suspens.

Oh I dormez sans soupirs, et que, doux, vous rerie Un vieux rêve, ô Vieillie et Passée ! et, — la, do, Sol, do, do, — de Tonka, glauque odeur de prairie, De géranium, d'orange, et de roses où prie La langueur des Yasmins, — qu'une Odeur plane haut

Sur vos Yeux soleilleux d'un soleil doux et monde !. Mais un rien — sur les eaux ride d'air large — sur Tout elle a long passé, pareil aux lueurs d'onde Molles à mourir ; et, des reins, haut a du monde Des grands sommeils surgi l'Aïeule au regard dur.

LES TEUX DE l'aIEULE iSg

Mais, sur elle a passé, tout le long, large et grêle, De ses vieux os, un rien, ride d'air sur les eaux Tranquilles : et, l'Aïeule ayant l'idée en elle, Tressaille et ne voit qui de sa vieille mamelle Haut de même a pu rire, et de ses pauvres os I...

Train d'heures noires

Quand viT-il, les Yeux grands, et qu'à ses reins le soir, Amour glauque et mauvais de grands roseaux algides, D'eaux et gels l'enserra, — vieil Homme aux os rigides, Il pensa s'éveiller d'un rêve, en un lieu noir Traversé de vieux geais, aux deux ailes livides

Mais, Vieux qu'épeure au soir l'air des dies irés, Quand un ouragan vrai de ses Tapes impies Tapa, — plus haut, plus noir que les peines glapies Des pierres des vieux murs et des gaulis navrés, Très nus ! des peupliers tout endeuillés de pies, — -

l62 LÉGENDE d'aMES ET DE SANGS

Tapa sur son long dos le glas qui sonne sourd

Aux vieux reins malmenés des glauques pulmoniques;

Très HAUT, quand sous ses pieds, plein d'aveugles paniques,

Ainsi qu'un dos vivant peina le Talus lourd,

Très rauque .; et que, longsrus d'eauxmaigres aux magiques

Soirs pâles, s'alluma Pazur pâle des rails :

Tragique se tint-II ! et monta sa mémoire

Très gra nde en ses Yeux grands et so us ses poi Is sans gloire

Il se TINT roide et seul, les pieds dans les aiguails,

Ayant une sueur sous la grande Heure noire !

HommedelaTerreample,auxvieuxTemps sans savoir

Ruisselé d'une vulve au giron de la Terre,

De ses Yeux agrandis de vieux visionnaire,

Tant pis I il a voulu, hors de son vieux Trou, voir

Qui, les soirs, hurle ainsi sous le rêve lunaire !

TRAIN d'heures NOIRES l63

Il a vu, Vieux qui songe : et, — rouge, noir, or doux, — Vivant rêve en ses Yeux, et long, sans pleurs, sans rage, Passe, aux mille wagons, le Train ! rêve d'un Age De dam : et du Talus ayant un large pouls S'épeure le grand dos à l'angoisse sauvage.

Il a vu, que Dieu Tait ! et les reins, en le noir.

Travaillés des sourdeurs de Pexpress impavide.

Qui, — rouge, noir, or doux, — passe en so,n rêve aride,

Il s'épeure d'ouïr, large et haut, se douloir.

Haut et large, les prés! que, montant, l'émoi ride.....

— Tel, il a souvenir : et, par mont et par val, Haut hurleur qui des pleurs plein de mépris s'ennuie, Sur le Vieux et les prés à la sourde girie Tape Touragan noir : et, sourde et qui va mal, Tousse la Terre, loin, d'une Toux inouïe I —

Tout va mal : et, sans paix, ayant d'un long ennui L'univoque rumeur, en le Vieux le Train roule, Tout express : et le Vieux du Train morne se soûle Parmi les prés hagards : et du délire, en lui Tintant, passe sur tout la mer pâle et la houle.

Toux et larmes I et, haut les mains, ainsi que deux Ailes noires, voilà qu'ensauvé par les Terres Meugle le Vieux ayant ses Yeux visionnaires Des vieilles lunes pleins ! et, — vivant et hors d'eux, Derrière lui s'en vont du Talus gros de pierres

Tonnant, de l'Heure noire et des prés, pleurs glapis. Tous les émois levés hors d'hiver où tout pJonge :

— Tous loin du Train de spleen aux gloires de Mensonge, Tous pleins de l'ouragan, qui, Tant mieux! et Tant pis! TapeetTaluset l'Heure, etvieuxHommeetvieux songe 1

TRAIN d'heures NOIRES l65

— Mais las ! qu'il aille î et haut les mains, — héron des eaux — Qu'il s'ensauve mouvant ses deux ailes levées : Hélas ! de loin venu, morne et sans arrivées, Dans son rêve et ses Yeux, dans sa moelle et ses os, Va sans paix le Train long sur le rail des durées ! —

, Oh ! malheur de par Dieu ! pâle, il le meugle, lui Ayant le mauvais œil qui vide les grossesses — Où qu'il aille, malheur ! sous ses deux mains pauvresses. Au Train qui passe et passe en son âme relui, Rêve du dam qui songe et des maies sagesses :

— Mais que maudisse, las ! son ire : hasardeux.

Du Train noir, possédé pour son deuil sur les Terres,

Dans le noir remué du spasme des prières

Il s'ensauve, qui meugle : et, — vivant et hors d'eux,

Derrière lui s'en vont du Talus gros de pierres

l66 LÉGENDE D'aMES ET DE SANGS

Tonnant, de l'Heure noire et des prés, pleurs glapis, Tous les émois levés hors d'hiver où Tout plonge : — Tous loin du Traîn de spleen aux gloires de Mensonge, Tous pleins de l'ouragan, qui, Tant mieux! et Tant pis! Tape et Talus et l'heure, et vieux Homme et vieux songe!....

une amour de haies vives

Haut darde par l'azur midi de messidor

Tout rouge, et les Taons noirs vont par les verdeurs d'or. .

Hors des pas grands de Tous, et sous le noir des haies Mâle et Vieille aux vieux pis, gars et garse voNx-ils : Hélas ! l'Amour épeure : et, sœur large des plaies Des pulpes après Teau, des vieilles aux Yeux vils S'ouvre des soifs la vulve ayant soupirs d'avrils!...

l68 . LEGENDE DRAMES ET DE SANGS

Dans de Pair lourd qui germe et sur les humus glauques .Tièdes de lourds soleils, noirs et roides du dos VoNT-ils geindre et s'aimer : et par des noëls rauques Mêlés de modes doux, lui, de Terre et des eaux. Tranquille endormira les vipères sans os.

Tranquille, leur amour n'a pas, au noir des mûres. Une peur dTeux venus derrière leur Talon :

Ayant le mauvais œil et Témoi des ramures Sur leur lèvre aux grands plis, ramasseurs noirs ils vont Des simples dans les prés, la Vieille et le gars long

Haut rêvez-vous, azur, et rêvez-vous, ô rêve De l'or sur les grands prés en le messidor las, Haut et loin, et dormeurs ! et, grand soupir de sève , Montant sous le soleil des Taillis et prés ras, Ainsi qu'une migraine à Thorizon lilas,

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