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DE MESA A ATTILA

En juillet iS-^o, V. Hugo recevait de Jules Oppert', professeur <^e sanscrit à la Bibliothèque nationale, le numéro de mai-juin du Journal Asiatique^, qui contenait une traduction de la stèle de Mesa, trouvée vers la fin de l'année i85g, en Palestine, par Glermont-Ganneau.

La stèle de Mesa avait, depuis six mois, ému le monde savant et conquis ime renommée retentissante : Renan avait célébré avec enthousiasme la découverte de cet « inappréciable monument », et les commentaires delà presse populaire et quotidienne avaient bientôt vulgarisé une renommée consacrée dès le premier jour par les relations des spécialistes 2.

1. Nous avons tenu entre les mains à Guernesey ce fascicule, que V. Hugo avait conservé dans sa bibliothèque.

2. On trouvera dans Héron de Villcfossc, Notice des monuments provenant de la Palestine (1876), une bibliographie des traductions et des études qui intéressent la stèle de Mesa :

« Le premier travail qui ait paru sur cette inscription, écrit M. Héron de Yillefosse, est cebii do M. Ch. Glcrmont-Ganncau ; La stèle de Mesa, roi de Moab (Lettre à ^L le Comte de V^ogiié, datée de Jérusalem, 16 janvier 1870). Il a repris lui-même cette première ébauche dans une brochure plus étendue : La Stèle de Dhibdn ou Stèle de Mesa (Lettres à M. le Comte de Vogue); Paris, Landry, 1870, in-4, 60 pages, fac-similé et cartes; réimpression des articles parus en mars et en juin dans la licvue Archàotofjique, p. i84 à 207 et 357 à 38C, avec quelques modifications. La première annonce de la découverte signalée par M. Ganneau fut faite le 9 février 1870, à la Société des Antiquaires de France {Bulletin, p. g4), par le Comte de Vogue. Elle fut

l3/i APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.

A Guernesey V. Hugo avait recules comptes rendus et publicationsde l'Académie des Inscriptions (séances du ii février et du i'"" avril) et le journal La Presse (dimanche 6 février 1870) qui relataient et commentaient la découverte do Glermont-G anneau. Nul doute qu'à Hauteville-House on en eût parlé autour de lui : l'on sait quelle est la curiosité des populations anglaises pour tout ce qui touche à l'histoire des temps bibliques.

V. Hugo, à Guernesey, connaissait donc certainement la découverte de la stèle avant de lire le Journal Asiatique qui lui était complaisamment adressé.

Le « monument inappréciable » plein de saveur et de couleur archaïque ne pouvait manquer de plaire au poète de la Légende des Siècles et V. Hugo, dès qu'il fut en possession du texte traduit par J. Oppert, le versifia.

Il le versifia à peu près docilement, comme il avait versifié la traduction de Pauthier pour Suprématie, et les articles de Jubinal pour le Mariage de Roland ou pour Aymerillot : il ne s'informa pas davantage ' : il adopta, telle quelle, toute la version de J. Oppert et copia fidèlement l'orthographe des noms propres.

Les additions qu'il fit au texte qu'il avait sous les yeux montrent combien peu il se soucia d'exactitude.

ensuite répétée aux différents journaux et aux Sociétés savantes dans l'ordre suivant : Comte de Vogué, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Comptes rendus de la séance du 11 février 1870, p. 18 et 19, de la séance du i" avril, p. 48. — Vt« E. de Rougé, Société de Numismatique, Compte rendu du II février 1870, t. II, p. i83 à i85. — Clermont-Ganneau, Revue de l'Instruction publique, 17 février 1870, Lettre [il n'a pas encore vu la pierre]. — Renan, Journal des Débats, 2b février 1870. — Après un premier essai d'interprétation de M. J. Derenbourg (Lettre publiée dans le Compte rendu de la séance du 26 février 1870, p. ai), nous avons à signaler les articles suivants : Ch. de Vogué, Société de Numismatique. Comptes rendus, t. II (il mars 1870), p. 285 à 289. — Journal officiel , 3o mars 1870. — J. Oppert et A. Bonnetty, Inscription de Mesa, roi des Moabites, dans l'Annuaire de philosophie chrétienne, t. LXXX, p. 217, mars 1870. — J. Oppert, Inscription de Mesa, contemporaine de Jehu, roi d'Israël, vers 880 av. J.-C. dans le Journal Asiatique, séance du 8 avril 1870, p. 322. — J. Derenlwurg, La stèle de Mescha, dans le Journal Asiatique do janvier et février 1870, p. i85; et dans la Revue Israélite, n" 8 et n» i3, 4 mars et 8 avril 1870. — Senior Sachs, Ibid., n" i5(2i avril 1870). »

I. Nous avons renvoyé au texte biblique pour celles des indications de la stèle que confirme la Bible ou dont la Bible a été la source. Nous ne pensons pas que V. Hugo soit remonté à la Bible : tout au plus pourrait-on penser que, grand lecteur de la Bible, il a trouvé à certains détails du texte de la stèle une piiysiononiic connue, et que ce fut une raison pour lui de les adopter.

INSCRIPTION. l35

Tout (l'abord, devant l'énumération de tant de victoires et de conquêtes, son imagination se reporta aux grands conquérants asiatiques dont il avait évoque la gloire et le néant dans Zitn-Zizimi. L'assimilation fut si prompte et si forte qu'il se méprit sur la nature même de l'inscription : il se crut en jjrésence, non plus d'un ex-voto triomphal, mais bien d'une stèle funéraire, et, spontanément, il ensevelit Mesa au fond des puits dont il avait hi la description dans Feydeau (Cf. Zim-Zizimi, Notice, tome II, p. /joS) et où il avait déjà fait dormir le pharaon Chrem : et sa pensée continuant de vagabonder en Orient, il fit miWir des maïs dans l'antique Palestine, il brûla du bétel indien sur la tombe de Mesa, il dota son armée de quatre cents éléphants comme celle de Xerxès et fit chanter à ses guerriers « les chants d'ombre et de mort » comme aux guerriers du Hamasa *.

Malgré ces additions, qui au reste ont l'avantage d'apporter plus de variété et de pittoresque dans l'énumération, le court poème de V. Hugo garde dans l'ensemble la véritable couleur de l'inscription sémitique ; elle souligne la parenté du texte de la stèle avec les récits bibliques ; le poète a été guidé par une sorte de divination analogue à celle qui lui fit, dans Aytnerillot et dans le Mariage de Roland, ravi ver la couleur médiévale effacée dans les traductions de Jubinal -.

IBLIOGRAPHIE.

Georges Thouvenin, « Inscription » de Victor Hufjo et la Stèle de Dhiban. Revue d'Histoire littéraire de la France. Janvier-juin iQiS, p. ii3-i3i.

Paul Berret, « Inscription » de Victor Hugo et la traduction de la Slele de Mésa, par Jules Oppert, Ibid., Janvier-juin 1919, p. i-io.

I. Le Hamasa avait été révélé à V. Hugo par Fouinet : dans les notes dos Orientales, V. Hugo cite quatre chants de la traduction Fouinet avec cette indication : « Ces quatre morceaux sont tirés de la seconde partie du Hamasa; cette seconde partie a pour titre : Section des Cliants de mort ».

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