‹ Légende des sièclesChapitre 108 sur 277 · ESCHYLE · texte numérisé non relu

ESCHYLE

L'Orestie ; Agamemnon, v. io55-io73.

Clïtemnestre, sortant du palais.

Entre avec nous, Cassandre. Jupiter l'a voulu, tu vas, dans ce palais, partager la facile condition de nos nombreux esclaves, à l'ombre des autels domestiques. Descends donc de ce char, dépose une fierté mal placée. Le fils d'Almène, dit-on, a jadis été vendu comme un captif ; il a cédé à la force, il s'est résigné à subir le joug. Quand la nécessité nous réduit à une telle fortune, des maîtres accoutumés depuis longtemps à l'opulence sont le plus grand des biens. Mais ceux qui viennent, contre tout espoir de faire une heureuse moisson, ceux-là sont toujours durs, toujours injustes pour leurs esclaves. Chez nous, tu seras traitée comme il convient.

Le Chœur, à Cassandre.

La reine s'est expliquée clairement avec toi. Puisque tu es prise dans le rets fatal, obéis, crois-moi. Mais quoi ! tu ne veux pas m'entendrc ?

Clytemnesthe.

Si son langage n'est pas, comme celui do l'hirondelle, un langage étrange et inconnu, mes paroles ont dû pénétrer jusqu'à son esprit, elle va m'obéir.

Le Chœur, à Cassandre.

Suis-la. Dans la fortune présente, tu ne pouvais entendre de meilleures paroles. Obéis, descends de ce char où tu es assise.

Cltte.mnestre.

Je n'ai pas le temps de l'attendre à la porte. Déjà, près du foyer au centre de la maison, sont rangées les brebis que nous allons

immoler aux dieux : action de grâce pour un bonheur que nous n'espérions plus. Toi, Cassandrc, si tu as le dessein de venir, ne tarde pas. Ou, si tu ne comprends pas notre langue, si mes paroles n'ont pas de sens pour toi, fais comme les Barbares, réponds au moins par des signes.

Le Chœur.

L'étrangère a besoin, ce semble, d'un interprète qui explique sa pensée. Elle est farouche comme une bêle fauve qu'on vient de prendre.

Clttemnestke.

Oui, elle est dans le délire, c'est la déraison qu'elle écoute, cette femme qui naguère a vu prendre sa ville et qu'on a amenée ici captive. Elle ne saura pas porter le frein, avant d'avoir jeté la sanglante écume de sa colère. iVIais je ne m'abaisserai point à lui parler davantage. (Ei/e rentre dans le palais.)

Le Chœur.

Pour moi, saisi de pitié, je ne puis m'irriter contre elle. — Allons, infortunée, quille ce char, cède à la nécessité, accoutume-toi au joug.

Cassandre.

Grands dieux ! grands dieux ! Ah I ciel ! terre ! Apollon ! Apollon !

(Traduction Pierron, Paris, Charpentier, i8.i5 *.)

I. Outre cette traduction, V. Hugo possédait celle d'Halévy, La Grèce tragique, chefs-d'œuvre d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide traduits en vers. Paris, Hachette, i84o.

GASSANDRE

Argos. La cour du palais.

GASSANDRE SUR UN CHAR. GLYTEMNESTRE LE GHŒUR

LE CHCEUR.

Elle est fille de roi. — Mais sa \i\\e est en cendre. Elle a droit à ce char et n'en veut pas descendre. Depuis qu'on l'a saisie elle n'a point parlé. Le marbre de Svrta, la neige dé Thulé M'ont pas plus de froideur que cette âpre captive. Elle est à l'avenir formidable attentive. Elle est pleine d'un dieu redoutable et muet ; Le sinistre Apollon dOmbos, qui remuait Dodone avec le souffle et Thèbe avec la lyre,

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