LE ROI EST LE ROI
Roi, VOUS vous croyez moins prince 6o5
Et vous jurez par l'enfer Dans cette montagne où grince Ma vieille herse de fer ;
D'efifroi votre âme est frappée ;
Vous vous défiez, trompeur; 610
Traître et poltron, mon épée
Vous fait honte et vous fait peur.
Vous me faites garder, sire ; Vous me faites épier
Qui, clans leurs tours africaines, Vont émervoillor les dulcaines Du sonore Alhaycin.
(^Grenade, 3-5 avril i8î8.)
Cf. Revue d'Histoire littéraire de la France, 1916, p. 568.
Par tous vos barons de cire 6i5
Dans leurs donjons de papier ;
Derrière vos capitaines
Vous tremblez en m'approchant ;
Comme Teau sort des fontaines,
Le soupçon sort du méchant ; 6îo
Votre altesse scélérate N'aurait pas d'autre façon Quand je serais un pirate, Le spectre de l'horizon !
Vous consultez des sorcières 6a5
Pour que je meure bientôt ;
Vous cherchez dans mes poussières
De quoi faire un échafaud ;
Vous rêvez quelque équipée ;
Vous dites bas au bourreau 63o
Que, lorsqu'un homme est épée,
Le sépulcre est le fourreau ;
Votre habileté subtile
Me guette à tous les instants ;
Eh bien I c'est peine inutile 63S
Et vous perdez votre temps ;
Vos précautions sont vaines ;
Pourquoi ? je le dis à tous :
C'est que le sang de mes veines
N'est pas à moi, mais à vous. 64o
6i6-63ï. Addition marginale, 619. Car, comme l'eau des fontaines
allenlion 687. Votre rase dpre et suhfile
Quoique vous soyez un prince Vil, on ne peut le nier, Le premier de la province, De la vertu le dernier ;
Quoique à ta vue on se sauve, 645
Seigneur ; quoique vous ayez Des allures de loup fauve Dans des chemins non lïayés ;
Quoiqu'on ait pour récompense
La haine de vos bandits ; 65o
Et malgré ce que je pense,
Et malgré ce que je dis,
Roi, devant vous je me courbe,
Raillé par votre bouffon ;
Le loyal devant le fourbe, Câô
L'acier devant le chiffon ;
Devant vous, fuyard, s'efface
Le Cid, l'homme sans effroi.
Que voulez-vous que j'y fasse
Puisque vous clés le roi ! 660