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Dans Carie d'Europe (Châtiments, I, 12), au vers

Haynau dans les canons met des tètes d'enfants V. Hugo ajoute cette note : Sac de Brescia, voir les Mémoires du général Pepe.

2. Pepc, Histoire des Révolutions des guerres d'Italie en i8jj-//g. Paris, Pagnerre, i85o, eh. iv, p. 4i.

3o8 APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.

C'était le temps où le fanatisme musulman, surexcité, déchaîné, et dirigé par Abdul-Hamid, répondait au soulèvement des panslavistes en Herzégovine, en Serbie, en Albanie, par des massacres, accompagnés de monstrueuses atrocités. Ces atrocités, Gladstone les dénonçait en fin d'août 1876 dans les lettres qu'il adressait à son gouvernement, et V. Hugo écrivait le 29 août un manifeste où nous retrouvons le catalogue des horreurs jadis énumérées par Pepe. Massacres en masse, familles brûlées dans leurs maisons incendiées, peste, chiens rongeant des crânes de jeunes filles violées : « Nous apprenons aux gouvernements d'Europe ceci : c'est qu'on ouvre les femmes grosses pour leur tuer les enfants dans les entrailles' », et il insistait : « Il y a une question d'Europe, disait-il, l'humanité aussi a sa question, et cette question la voici : elle est plus grande que l'Inde, l'Angleterre et la Russie : c'est le petit enfant dans le ventre de la mère. »

Voilà qui serait suffisant pour expliquer le point de départ de l'indignation exprimée dans le Comte Félibien, si la pièce ne présentait par ailleurs des visions et des idées qui dénoncent manifestement les préoccupations de l'homme politique élu sénateur en janvier 1876 et partisan déclaré de l'amnistie pour les insurgés de la Commune. Sa condescendance pour le parti de la Commune ne s'était pas affaiblie depuis 187 1 : il répudiait les crimes, mais se faisait le défenseur des criminels :

Oh ! je suis avec vous, j'ai cette sombre joie.

(Année Terrible. Juin 1871.)

En 1876, sa dangereuse pitié n'avait pas abdiqué. Le 23 mai dans un long discours il avait fait appel à la miséricorde du Sénat. Sa proposition n'avait recueilli que dix voix, dont la sienne.

Or, en octobre 1876, la querelle des partis à propos de l'amnistie reprit une animosité nouvelle à propos du procès intenté au troisième fils de Raspail, Xavier Raspail. Xavier Raspail avait publié le 4 septembre 1876 un livre intitulé de la Nécessité de l'Amnistie^.

I. Cf. le procès-verbal drossé quinze jours auparavant, le l!^ août, par le préfet de Yagadina : « I^ans le village de Payotcbe tous les hommes, excepté six, ont été massacres avec les vieilles femmes. Les femmes enceintes ont été éventrées, les jeunes femmes et les jeunes ûUes enlevées, les petits enfants coupés en morceaux, »

Cet éventrement des femmes grosses provoqua dans la presse de Paris des articles indignés. Voir notamment sous la signature d'E. Lockroy un Dialogue entre un homme d'Etal et un Eventré dans le Rappel du i o septembre

3. Xavier Raspail, De la nécessité de l'Amnistie : l'insurrection du 18 mars.

Pour pallier les crimes des insurgés, pour excuser le massacre des otages et des prisonniers, Xavier Raspail soutenait que le parti de l'ordre et les Versaillais avaient commis de pires atrocités. 11 citait les vers de V. Hugo :

On les amène au pied de l'affreui mur. C'est bien. Ils ont été battus du vent contraire. L'homme dit au soldat qui l'ajuste : Adieu, frère. La femme dit : — Mon homme est tué. C'est assez. Je ne sais s'il eut tort ou raison, mais je sais Que nous avons traîné le malheur côte à côte ; II fut mon compagnon de chaîne; si l'on m'ôte Cet homme, je n'ai plus besoin de vivre. Ainsi Puisqu'il est mort, il faut que je meure. Merci. — Et dans les carrefours les cadavres s'entassent. Dans un noir peloton vingt jeunes filles passent; Elles chantent ; leur grâce et leur calme innocent Inquiètent la foule effarée ; un passant Tremble. — Où donc allez-vous ? dit-il à la plus belle. Parlez. — Je crois qu'on va nous fusiller, dit-elle. Un bruit lugubre emplit la caserne Lobau ; C'est le tonnerre ouvrant et fermant le tombeau.

(^L'Année Terrible. Juin XII. Les Fusillés.)

et racontait quelques exécutions sommaires comme celle delà femme du général insurgé La Cécilia, mère d'un enfant de sept mois, transpercée à coups de baïonnette derrière une barricade '.

Pour son livre sur l'amnistie, le 10 octobre 187G, Xavier Raspail fut condamné à huit mois de prison 2, et à mille francs d'amende solidairement avec son éditeur Dubuisson : le livre fut détruit '. Xavier Raspail et Dubuisson en appelèrent à l'opinion en faisant paraître une brochure qui contenait les débats in extenso.

Le procédé qui consiste à montrer que le parti des juges est plus coupable que celui des accusés, est celui qui a été employé la plupart du temps par les défenseurs de la Commune. C'est ce procédé dont usa sans mesure Lissagaray dans sa brochure Les huit journées

ses causes, ses etTets et sa répression, gr. iu-iS, 193 pages. Paris, Dubuisson, à septembre 1876.

1. Le récit des atrocités commises à l'égard des femmes ne comprend pas moins de six pages, iio-i45.

2. Xavier Raspail était le troisième fils de François-^ incent Raspail. François- Vincent Raspail avait été en 187^ condamne lui aussi à un an de prison pour apologie de faits qualifiés crimes dans son Almanach et Calendrier météorologique pour i8y4.

3. Il en existe un exemplaire à la réserve do la Bibliothèque Nationale.

3lo APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.

de mai publiée en 1 871, et reprise dans son Histoire de la Commune qui paraissait en ce même mois de novembre' où V. Hugo écrivit le Comte Félibien. On y lit entre autres horreurs : « Une femme gisait là, les jupes relevées. De son ventre ouvert les boyaux coulaient. Un fusilier marin s'amusait à les dévider du bout de sa baïonnette -. »

Corps terrible aux regards de tous prostitué

écrit le poète.

Ainsi donc, en juillet-août 1876, les atrocités prêtées aux Versaillais par le parti de la Commune et antérieurement réalisées par les Bachi-Bouzouk, on septembre-octobre l'affaire Xavier Raspail, en novembre la publication de l'Histoire de la Commune de Lissagaray expliquent suffisamment la raison pour laquelle, à cette date tardive de 1876, V. Hugo revient encore sur une question dont l'Année Terrible semblait avoir épuisé depuis longtemps tous les thèmes poétiques.

Le Comte Félibien n'est que la reprise de toutes les visions et de toutes les idées sociales et morales, qui remplissent les mois de mai, juin, juillet de l'Année Terrible. Il n'est pas un vers du Comte Félibien qui ne rappelle une expression littérale ou une pensée déjà formulée par V. Hugo en 187 1 : mêmes spectacles horribles dans les rues, mêmes atrocités des vainqueurs, mêmes discours des bourgeois, même attitude du poète qui se compare à Dante et à Jérémie, et, prophète humanitaire, est indulgent au peuple, criminel ignorant, prêche la clémence pour les révoltés et n'admet de crimes que ceux des gouvernants et des prêtres.

Quelle fut son intention en prêtant à ces idées le cadre du Moyen âge ? Malice satirique qui recule les répressions du parti de l'ordre jusqu'au Moyen âge, pour mieux les assimiler à la barbarie d'un temps grossier? Peut-être. Mais préoccupation littéraire aussi.

Il eût été oiseux de faire d'un chapitre de la Légende des Siècles une répétition par trop exacte de l'Année Terrible et dangereux pour l'unité du livre de multiplier les pièces ovi le poète parle en son propre nom : une épopée n'est ni une parabase, ni une tribune; le Temps présent offrait déjà plus de six poèmes oi*! s'affirment les juge-

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