‹ Légende des sièclesChapitre 27 sur 277 · III. I · texte numérisé non relu

III. I

NOTICE

Le manuscrit de La Vision fi'où est sorti ce livre se compose de sept feuillets.

Le dernier feuillet est daté du aG avril iSôq; il n'est pas de même papier que les six autres, il est plus abondamment raturé. Ce dernier feuillet représente seul le premier état du brouillon ; il contient une indication de développement en prose ; au bas de la page est mis en réserve un hémistiche :

âpre, immense, écroulé

Le reste du manuscrit, malgré ses variantes assez nombreuses, a dû cire recopié ; les additions marginales elles-mêmes, rédigées sans doute avant la copie, y sont nettes, et, particularité assez rare, cette partie du manuscrit n'offre, pour les noms propres, ni changements, ni hésitations.

Il n'y a pas à se méprendre sur le chidre final de la date : 36 avril i85(j, ce (j est de même forme que tous ceux qu'on rencontre dans les manuscrits de V. Hugo, lorsque son écriture est rapide ; c'est un chiffre de fornie exactement semblable à celui qui figure au feuillet 5, dans la note du vers 103 : « Apres avoir fait ce vers aujourd'hui 22 avril 1869, je me suis aperçu que c'était le vendredi saint' ».

I. C'est en iSSg que le vendredi saint tombait le 33 avril; en iSbn, il était le 10 avril.

/l LA VISION D'OU EST SORTI CE LIVRE.

Si dans l'édition V. Hugo a daté sa pièce de l'année 1807, c'est par un procédé analogue à celui dont il a usé dans les Contemplations : il s'est reporté par la pensée à la date où, sur le conseil d'Helzel, il se remettait aux Petites Ep':'pêes, et où, pour la première fois, il envisagea l'ensemble de son œuvre.

La Vision d'où est sorti ce livre a été écrite au moment où V. Hugo songeait à expliquer son œuvre à peu près achevée, où il composait dans ce dessein les mythes du Satyre et de Pleine mer-Plein ciel et où il écrivait sa Préface en prose. La Vision d'où est sorti ce livre appartient à ce groupe d'inspirations. Elle eût pu devenir le prologue de la Légende des Siècles de i85g ; elle eût été en parfaite harmonie avec le Satyre qui en constitue le centre, cl Pleine mer - Plein ciel qui en est la conclusion. Mais la nécessité d'expliquer au lecteur les rapports qui unissent la Légende avec Dieu et La fin de Satan, celle de caractériser par une manière de critique préalable l'ensemble de l'œuvre, toutes choses qui réclamaient la précision de la prose, décidèrent V. Hugo à réserver La Vision d'où est sorti ce livre pour la suite de la Légende des Siècles qu'il annonça dans sa préface en prose.

La Vision d'où est sorti ce livre est une reprise du thème développé dans la Pente de la rêverie:

.To vis soudain surgir

D'autres villes aux fronts étranges, inouïs.

Sépulcres ruinés des temps évanouis,

Pleines d'entassements, de tours, de pyramides,

Baignant leurs pieds aux mers, leur tète aux cieux Immidcs...

Et des siècles passés jusqu'à l'âge oi^i nous sommes

Je pus compter ainsi trois étages de Romes.

... Les races mortes Do ces villes en deuil vinrent ouvrir les portes. Et je les vis marcher ainsi que les vivants. Et jeter seulement plus de poussière aux vents. Alors, to'irs, aqueducs, pyramides, colonnes, Je vis l'intérieur dos vieilles Babylones, Les Cartilages, les Tyrs, les Thèbes, les Sions, D'où sans cesse sortaient des générations.

Ainsi j'embrassais toul, et la terre, et Cybclc ; La face antique auprès de la face nouvelle ; Le passé, le présent; les vivants et les morts ; Le genre humain complet...

Les Feuilles d'automne, XXIX, 28 mai i83o.

Dans la Légende des Siècles, il a plu à V. Hugo de s'élever encore une fois à cette hauteur vertigineuse, d'où sa « rêverie » avait déjà contemplé les ruines de l'univers et l'ensemble de l'histoire évanouie ; il lui est arrivé même de retrouver sous sa plume certaines expressions du texte de i83o :

Toutes les villes, Thèbe, Athènes, des étages De Ronies sur des tas de Tyrs...

Une différence pourtant sépare les deux pièces ; la première donne l'impression d'un vertige et d'un éblouissement continus ; le poète sort du spectacle entrevu

...avec un cri terrible.

Ebloui, haletant, stupide, épouvanté...

Le poème de la Légende des Siècles est de construction plus dramatique : il est plus voisin de l'Apocalypse, des anges y passent jetant des appels : « Dieu ! Fatalité I » et leur apparition, comme il arrive dans l Apocalypse, est l'annonce d'un brusque changement de décor.

Parfois aussi il semble que La Vision d'oii est sorti ce livre ait, avant tout, la prétention d'être un programme fastueux des scènes historiques que le livre va mettre en œuvre. L'inspiration y est plus nettement épique que dans la Pente de la rêverie ; on y rencontre plus de vigueur, et plus de précision dans le vocabulaire pittoresque ; c'est un prologue puissamment évocateur, destiné à frapper les esprits avant le lever de rideau, à solliciter la curiosité et à émouvoir l'imagination des lecteurs par l'étrangeté et l'ampleur des scènes qu'il promet à leurs yeux.

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