Elle efface, en sa vaste ignorance du mal
b"]. Elle sourit quand elle crée ;
46. Car l'équililirc, c'est le bas aimant le haut : L'amour crée l'harmonie et par suite l'équilibre ; c'est évidemment une idée de la métaphysique saint-simonionne, mais en dérivation d'une idée platonicienne : « La sphc' re se réjouit de ce que tous ses rayons sont égaux. »
.^9. Encore une idée antique, mais qui ne se rencontre point dans V Hymne à Cérès : le développement peut avoir été suggéré par cette réflexion de Paul de Saint-\ ictor : « Déjà dans l'enfer païen la mort a perdu son aiguillon et dépouillé son horreur. »
3o LA TERRE.
Dans Tyr qu'aujourd'hui l'on ignore, Dans Sparte et Rome en deuil, dans Memphis abattu, Dans tous les lieux où l'homme a parlé, puis s'est tu, 65
Chanter la cigale sonore.
Pourquoi ? Pour consoler les sépulcres dormants. Pourquoi? Parce qu'il faut faire aux écroulements
Succéder les apothéoses, Aux voix qui disent Non les voix qui disent Oui, 70
Aux disparitions de l'homme évanoui
Le chant mystérieux des choses.
La terre a pour amis les moissonneurs ; le soir. Elle voudrait chasser du vaste horizon noir
L'âpre essaim des corbeaux voraces, 75
A l'heure où le bœuf las dit : Rentrons maintenant; Quand les bruns laboureurs s'en reviennent traînant
Les socs pareils à des cuirasses.
Elle enfante sans fin les fleurs qui durent peu ;
Les fleurs ne font jamais de reproches à Dieu ; 80
Des chastes lys, des vignes mûres, Des myrtes frissonnant au vent, jamais un cri
Qn. ... Ponr faire fête aux sépulcres donnants
Du myrte qui frissonne au vent, 82. Des myrtes remués des vents.
68-69. C'est le résumé du contraste évoqué par Paul de Saint- Victor à propos des mystères d'Eleusis : « La terre tremblait sous leurs pieds et semblait prête à s'ouvrir : des fantômes horribles surgissaient, aux lueurs des éclairs dans l'obscurité. Puis un faucheur mystérieux, moissonnait silencieusement un épi. Tout à coup, la lumière éclatait comme un lever de soleil ; les propylées du temple s'ouvraient à grand bruit : des chants d'allégresse s'élevaient du sanctuaire, les voiles tombaient et découvraient l'image de la Di\initc rayonnante. Eternellement la nature répète le drame sacré d'Eleusis », p. ag et 36.
LA TERRE. 3l
Ne monte vers le ciel vénérable, attendri Par l'innocence des murmures.
Elle ouvre un livre obscur sous les rameaux épais ; 85 Elle fait son possible; et prodigue la paix
Au rocher, à Tarbre, à la plante, Pour nous éclairer, nous, fils de Gham et d'Hermès, Qui sommes condamnés à ne lire jamais
Qu'à de la lumière tremblante. 90
Son but, c'est la naissance et ce n'est pas la mort ; C'est la bouche qui parle et non la dent qui mord ;
Quand la guerre infâme se rue Creusant dans l'homme un vil sillon de sang baigné, Farouche, elle détourne un regard indigné 93
De cette sinistre charrue.
Meurtrie, elle demande aux hommes : A quoi sert