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Ibid., i865, IV

7. Paris Guide, par les principaux écrivains et artistes de France. Paris, Lacroix, Verbœckhoven et G'", 1867, 2 vol. in-iG. Tome l"; I-XLIV. Introduction par Victor Hugo.

8. Pendant l'Exil, 18G9, III, 4 et 17 septembre. Discours d'ouverture et de clôture.

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cations d'augure. Bornons-nous à constater que, de i85g à 1870, un état d'esprit nouveau, progressant chaque jour et dû au contact plus direct et plus répété avec la popularité, a fait de l'exilé de i852, crispé dans sa colère solitaire, un prophète épanoui dans la certitude de son autorité mondiale. Ne reçoit-il pas des lettres portant cette seule adresse : Victor Hugo, Océan ?

Stabilisé dans sa gloire, plus que jamais il organise méthodiquement sa vie privée. Tous ceux qui sont allés le voir à Guernesey entre iSôg à 1870 ont été frappés de l'hygiène rigoureuse dont il suivait les lois : régime scrupuleux d'alimentation, d'ablutions, de promenades ; travail en pleine lumière dans son lock-out vitré de toutes parts comme une serre et aéi'é par le souffle marin ; 11 en a banni tous meubles, toutes tentures et tous objets d'art : il écrit debout pour ne jamais entraver le plein jeu de ses mouvements respiratoires. Il apporte à l'observance des règles qu'il s'est imposées toute l'application d'un athlète qui concentre et ramasse ses forces pour un prochain combat. Chaque année, pendant trois mois, il change de climat: de 18G0 à 1870, dix années durant, il excursionne ou séjourne dans les pays rhénans ; de la Zélande à la Suisse, il parcourt, en touriste amoureux de ses aises, des pays pittoresques et salubres. Au cours de ces voyages, il travaille peu : il observe, jette sur ses albums quelques notes ou quelques vers au hasard des rencontres et de l'inspiration, et surtout il dessine. Rien ne le presse plus : sa fortune assise lui laisse tout loisir de différer l'heure des publications fructueuses.

En effet, la vente de ses œuvres antérieures à 1859 s'est accrue chaque jour ; elle est devenue pour lui la source de gros revenus ; viennent s'y ajouter les sommes immédiatement réalisées pour la cession temporaire de ses droits d'auteur sur Les Misérables, 3oo 000 francs, sur Les Travailleurs de la Mer, 120000 francs, sur sept autres volumes dont l'Homme qui rit, 280000 francs, pour ne parler que des œuvres les plus importantes ^ En 1867, les représentations

I. Cf. Revue de France du i^' novembre igsS, Victor Hugo et ses éditeurs, p. 90-91, par Pierre de Laeretelle ; et, dans Georges Heaume, Au Pays des lettres, Paris, 1902, ch. vi, une conversation de l'éditeur Lacroix qui dit avoir versé un million à Y. Hugo pour les Misérables, p. i83.

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d'Hernani lui rapportent 55ooo francs. II administre cette fortune croissante avec minutie : il exige que ses éditeurs le payent en or anglais, il tient un compte exact de ses dépenses et de ses gains. Ennemi de toute prodigalité pour luimême et pour les autres, il thésaurise avec une prudence bourgeoise : parce qu'il s'est enfin constitué un fonds de réserve qui le met désormais à l'abri de toute inquiétude pécuniaire, il est prêt à tout événement; il peut, en attendant, jouir avec plénitude de toutes les compensations que l'aisance apporte à la vie d'un exilé. Il y a là un élément d'équilibre qui n'est point négligeable.

A Guernesey même, ses rapports avec les habitants de l'île s'améliorent de jour en jour. Il avait été tenu pour suspect à son arrivée : malgré leur esprit d'indépendance à l'égard du gouvernement anglais, les Guernesiais regardaient de mauvais œil l'expulsé de Jersey, coupable de s'être associé à une manifestation injurieuse à l'égard de la reine. II y eut plus : dans la petite ville protestante et puritaine de Saintriélier, les relations du poète avec Juliette Drouet avaient été un scandale. V. Hugo avait acheté pour sa maîtresse, à quelques pas du logis conjugal, une maison où il allait souper cliaque soir et d'où il ne rentrait que tardivement dans la nuit. Étrangers à toute conception romantique, les Guernesiais ne pouvaient admettre que le génie affranchisse l'homme des lois de la morale commune, et la régularité même de cette existence irrégulière les étonnait et les tenait en défiance. Mais l'habitude, jointe à l'attitude discrète de Juliette, finirent par émousser des commérages tout d'abord acérés : la résignation et la dignité de Mme Hugo aidèrent à l'apaisement, et peu à peu quelques Guernesiais franchirent le seuil d'IIauteville-llouse. Mme Hugo, dans sa tendresse maternelle, souffrait de l'absence de toute relation, moins pour ellemêcne que pour sa fille Adèle : indulgente et généreuse à toutes les misères autour d'elle, elle eut un jour un élan de charité désintéressée qui eut pour tous les siens les plus heureuses conséquences. Elle était frappée de la misère physiologique des jeunes enfants du peuple à Guernesey ; elle s'apitoyait de les rencontrer sur le port, mal vêtus, étiolés et chétifs : sa première idée fut celle de l'établissement d'une

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crèche, et d'une vente de charité pour en constituer les premiers fonds ; mais sur cette vente elle ne recueillit que 2 ooo francs, qui furent versés entre les mains du prévôt de la reine à Guernesey; alors, de concert avec son mari, elle offrit une fois par semaine un goûter ou un dîner à ces enfants pauvres * ; le jour de Noël on leur donnait une fête et on leur distribuait des cadeaux. Une admiratrice passionnée du poète, la fille du baillif de Guernesey, miss Stafford Carey, trouva dans ces réunions l'occasion désirée de le rencontrer ; et, dès lors, l'on vit la meilleure société de l'île fréquenter la maison du poète aux jours des réunions d'enfants. D'année en année, ces fêtes brillèrent de plus d'éclat ; elles devinrent des solennités où V. Hugo prononça des discours ; il se plut souvent à se dire le promoteur des diverses institutions d'assistance à l'enfance qui se créèrent à Londres à celte date. Les harangues de V. Hugo aux dîners des enfants pauvres, sa correspondance avec les journalistes de Guernesey et de Londres au sujet des sociétés de secours à l'enfance ont été publiées in extenso par lui dans Pendant VExil, et la place même qu'il accorde à ces harangues et à ces lettres témoigne de toute l'importance qu'elles ont à ses yeux'^. 11 s'était par là, dans l'entourage immédiat de la population de Saint- Hélier, « concilié cette estime du monde dont on aime toujours à jouir, même quand on est vin très grand homme ». Une représentation d' Hernani enl lieu le 3f janvier 1868 au petit théâtre de Guernesey^ : une couronne de lauriers fut offerte au poète par Dofïa Sol, et un triple ban salua le nom de V. Hugo : « Three cheers for Mr. Victor Hugo »; et, malgré le petit nombre de spectateurs, le cœur de l'exilé fut touché par cet hommage local.

1. Pour ce qui concerne l'établissement du dîner des enfants pauvres, cf. la lettre à l'éditeur Castel, du 5 octobre i86a, dans Pendant l'Exil, 1862, IV; on trouvera des discours de V. Hugo dans le même recueil, 1867, IX ; 1868, VI ; 1869, VIII; et, dans les Notes des années 1866 et 18G7, des extraits de journaux anglais et des lettres de philanthropes fondateurs d'institutions analogues.

2. Il était sur ce point en désaccord avec son fils Charles, qui blâmait •cette publicité donnée à « l'aumône qui doit se cacher ». Cf. le Carnet de

1863 à la date du 5 mars. Annales liUêraires du 9 janvier 1910, p. 27.

3. Voir dans les Annales litlêraires du a3 janvier igio, p. 83, le carnet •de V. Hugo à la date du 27 janvier 1868.

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Dans tous ces triomphes de sa gloire, dans toutes ces satisfactions diverses, détente de l'opinion publique à Saint- Hélier, richesse décuplée, vie confortable, voyages, contacts multipliés avec la popularité, autorité mondiale reconquise, la sérénité de l'exilé trouve désormais une assise assez solide pour n'être pas ébranlée par les mallieurs et les deuils domestiques.

La plus cruelle aventure fut la fuite de sa fille Adèle. Adèle Hugo, la seconde fille du poète, avait vingt-deux ans en 1802 : elle passa la fleur de sa jeunesse dans les pires moments de l'exil. « Ma chère et noble enfant, écrit Mme Hugo à J. Janin, donne ses belles années à l'exil et préfère un rocher aux plaisirs de son âge parce que son père habite ce rocher. Elle met sa joie et sa fierté à avoir sa part de cette grande et austère existence. Dans une situation d'exception Dieu a donné à notre cher proscrit un être d'exception. » Adèle était de tempérament délicat et nerveux : sa santé fut la constante préoccupation de sa mère ' . Lorsqu'elle atteignit l'âge de trente ans, Adèle manifesta le désir de se marier ; il y eut à ce sujet de violentes scènes de famille - ; son humeur s'assombrit de jour en jour; et, le 18 juin i863, elle quitta Guernesey avec l'une de ses amies, Mme Evans, déclarant qu'elle allait retrouver sa mère qui était à Paris. En réalité, elle alla rejoindre l'officier anglais Pinson et le suivit jusqu'à la ville lointaine d'Halifax en NouvelIc-Écosse ; là, elle perdit la raison; elle ne devait plus reparaître à Guernesey pendant les mois d'exil. A cette cruelle absence vint s'ajouter le départ de ses fils qui se mouraient d'ennui à Saint-Hélier, et qui allèrent chercher une situation à Paris. François-V. Hugo partit quelques mois après la mort de sa fiancée Emily de Putron, en janvier i865, Charles Hugo alla se marier à Bruxelles au mois d'octobre de cette même année; ils ne revinrent plus^. Le vide se faisait de plus en

I. Cf. lettre de Mme Hugo à Mme E. de Girardin, 21 novembre i86î, citée par E. Biré, V. Hugo après i8ô2, p. i5J-i57.

i. Cf. Chenay, Victor Hugo inlime, p. ilto et sq. Il y a lieu d'être en garde contre l'animosilé de Chenay, qui rend V. Hugo entièrement responsable de la folie de sa Clic.

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