Cf. Paul Stapfer, Victor Hugo à Guernesey, p. 3 a
XX INTRODUCTION
plus dans la maison de l'exilé : en avril 1868, il recevait la nouvelle de la mort de son petit-fils, le premier-nc de Charles Hugo; le 20 août de la même année, Mme V. Hugo, depuis longtemps malade, devenue presque aveugle et obligée à de fréquents vovages sur le continent, mourait â Bruxelles presque subitement. 11 y avait là bien des sources de douleurs, et l'on ne peut mettre en doute la souffrance de V. Hugo. Il estimait et vénérait Mme Hugo ; il chérissait ses enfants. Conclure de ses écarts de conduite à son indifférence à l'égard de sa femme, chercher dans quelques accès d'égoïsme ou dans quelques sursauts de colère la preuve de son insouciance à l'égard de sa fille, ce serait méconnaître les contradictions inhérentes à la nature humaine, et dont le génie ne préserve pas plus que la médiocrité. Sans doute, la sensibilité était chez V. Hugo très moyenne et son imagination grossissait bien plus ses visions et ses idées que ses émotions, mais il faut considérer surtout que le travail et la gloire sont de puissants dérivatifs ; sans être de ceux qu'une heure de travail console de tout chagrin, V. Hugo, à l'époque de toutes ces épreuves, put, dans la composition de ses œuvres et dans son rôle de directeur de conscience des peuples, trouver de prompts apaisements à ses tristesses ; et pourquoi ne pas supposer qu'il dut faire appel à toute sa volonté pour comprimer son trouble et garder l'impassibilité morale qui était nécessaire au libre jeu de ses forces intellectuelles ?
11 ne nous appartient ici ni de juger la conscience de V. Hugo, ni de former des hypothèses favorables ou défavorables sur le plus ou moins de profondeur ou de délicatesse de ses affections' ; ce qu'il importait de constater pour nous, c'est l'étal d'esprit qui fut le sien de 1869 à 1870, pendant qu'il continuait de composer les poèmes de la seconde Légende des Siècles. Or, cet état d'esprit est sensiblement différent de celui de i852-i859 ; il n'en a ni l'unité, ni la violence : c'est une progression vers l'apaisement de l'âme et vers l'élargissement de l'action.
I. En contraste avec les affirmations de Chenay dans V. Hugo à Gaernesey, de Mme Lesclide, V. Hugo intime, de Biré, V. Hugo après iSCa, lire celles de Gustave Simon dans les Annales liUéraire s du 6 mars 1910, p. 339.
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