‹ Légende du Juif-errantChapitre 16 sur 22 · JEAN DE LEYDE · texte numérisé non relu

JEAN DE LEYDE

Ce diplôme, scellé du sceau royal, fut remis à Graess avec trois cents florins. Muni de ces provisions , il déclara qu'il ne demandait pour acolytes que deux hommes de bonne volonté, et qu'il était prêt à partir. Les nuits étaient longues et le froid très-rigoureux. Il annonce qu'il tient du Père la promesse de franchir sans aucun péril les lignes du blocus. Aussitôt Hans Nagell se présente, et, peu d’instants après, sans qu'il parût que rien fût concerté, un riche bourgeois de la ville, Werner Scheiffer , offre aussi de se hasarder. Le roi avait pleine confiance en ces deux hommes. Il les combla d’éloges; et, à dix heures du soir, par une sombre nuit de frimas, Graess sortit mystérieusement avec ses deux compagnons. Le lendemain matin ils étaient tous les trois à la résidence d'Iburg, riches tous trois de renseignements précis.

Après qu’on les eut refaits par un copieux déjeuner, l'Évêque les reçut en conseil. Ils annoncèrent que, dans peu de jours, une grande sortie était projetée par les habitants de Munster pour ramasser des

vivres dans la campagne, attendu que la. famine commençait à se faire sentir plus vivement ; qu’on avait rassemblé tout ce qu'il restait de blé dans la ville en un seul dépôt ; que le roi s’en était réservé la distribution; qu'il avait envoyé dans la Frise quatre de ses affidés, avec de grandes sommes pour acheter des grains et lever des troupes ; qu'on attendait ces secours à tout instant, et que pour cela toutes les portes demeuraient ouvertes jour et nuit, gardées chacune par quarante hommes ; que, pour surcroît d'embarras chez les assiégés, la poudre allait leur manquer ; mais que pourtant ils n'étaient pas abattus. Ils comptaient à chaque heure : 1° sur une conspiration que les anabaptistes tramaient à Wesel, où ils amassaient secrètement des armes, et où ils se proposaient d’égorger les magistrats et de s'em- . parer de l'autorité; 2° sur Pierre Schomacker, l’un de leurs prophètes, qui se disait fils de Dieu, et qui faisait des levées dans le pays de Groningue; 3° sur une intervention de leurs amis de Leyde et d’autres villes de Hollande et de Frise.

Hans et Werner dirent encore que le roi Jean, se modelant avec persévérance sur Salomon, avait déclaré qu'aussitôt que la terre lui serait soumise, il prendrait trois cents femmes. Graess déclara que, comme on ajoutait chaque jour de nouvelles fortifications aux anciennes , on.ne devait pas se flatter de jamais enlever la place de vive force ; et que, quoiqu'il ne restât plus dans Munster que cent chevaux

et deux cents vaches, avec des provisions qu'on ne pourrait jamais faire durer deux mois, les habitants avaient tant de confiance qu'ils s’attendaient, dans la prochaine sortie projetée, à la promesse de leur prophète, que chaque Israélite du nouveau règne tuerait dix Philistins, ce qui mettrait fin aux jours d'épreuves. D'un autre côté, Werner crut pouvoir déclarer, sur bons indices, que- Jean de Leyde, Knipperdoling, Rothmann , Kilian et Krechting complotaient de s'évader furtivement; ce qui expliquait l’indulgence du roi pour la dernière échauffourée de son lieutenant.

Comme pour appuyer ces présomptions, qui avaient encore d’autres fondements, à l’heure même où les ‘trois transfuges en faisaient part au conseil des confédérés, Jean de Leyde, dans Munster, promulguait des actes royaux où il cherchait à relever les esprits. Ainsi, il créait douze premiers ducs, auxquels il distribuait une portion modérée de l'empire que lui préparait le Père. Il nommait, dans ses serviteurs, un duc de Saxe, un duc de Brunswick, un duc de la Basse-Westphalie, un duc de Clèves et de Juliers, un duc de Gueldre et d’Utrecht, un duc de Hollande et de Brabant, un duc de Cologne, un duc de Trèves, un duc de Mayence, un duc de Brême et de Minden, un duc de Magdebourg, un duc de Groningue et de Frise. Il leur promettait, comme Rothmann, qu'à Pâques ils siégeraient tous dans leurs principautés, et qu'alors d'aussi riches domai-

nes seraient donnés à tous les défenseurs de la nouvelle Sion.

Il y avait dans ces princes des marchands de tourbe, des boulangers, des chaudronniers, des tailleurs, qui continuèrent à manier l'aiguille, la pelle et le marteau, en attendant leur mise en possession.

Mais, au beau milieu de ces actes de libéralité, on apprit encore de fâcheuses nouvelles. Henri Graess avait été secrètement envoyé à Wesel. Là, au moyen de son diplôme royal, il s'était insinué dans la confiance des conspirateurs. Admis à leurs projets, exactement instruit de leurs forces, sachant le lieu où ils cachaient leurs armes, il instruisit de tout le duc de Juliers, qui vint sans bruit avec un corps de cavalerie, cerna Wesel, mit la main sur tous les anabaptistes et fit exécuter sans délai les six principaux meneurs. Pour obtenir leur grâce, les autres abjurèrent leur symbole, assistèrent en chemise à une procession publique, et firent amende honorable à l'Église, une torche au poing.

D'un autre côté, le prophète Pierre Schomacker, dit le fils de Dieu, suivi des plus ardents anabaptistes de la Frise et de la Hollande, avait organisé ces fanatiques en corps d'armée et s’avançait sur la Westphalie, annonçant qu'il prouverait sa divinité en faisant lever le siége de Munster, lorsqu'il vit venir à sa rencontre ce même baron de Teutenberg qui, un an auparavant, avait exterminé une armée

BLOOUS DE MUNSTER. 365

aussi nombreuse que la sienne, et venue des mêmes contrées dans le même espoir. Il battit le fils de Dieu, comme dit l'historien de Jean de Leyde, détruisit ses forces, le fit prisonnier, mit fin sur un bûcher à ses extravagances, et fit trancher la tête à - ses lieutenants.

C'était le 24 janvier. Le lendemain, on décapitai a Leyde les agitateurs de la secte.

Le roi Jean était donc quelque peu décontenancé, et sans doute il était permis de croire qu'il caressait l'idée de s’échapper d’une ville où les vivres allaient manquer tout à fait. Mais la garde extérieure était maintenant si rigoureusement faite par les assiégeants, que la fuite n’était pas facile.

Knipperdoling, qui cherchait avec lui à se sauver, avait vu, comme on l’a remarqué, son outrecuidance impunie.

Après huit ou neuf jours de prison, il colora sä réconciliation en s’humiliant. Il écrivit au roi qu'il avait mal compris les inspirations du Père, et que peut-être aussi quelque esprit mauvais l’avait subjugué, lorsqu'il avait eu le malheur d'offenser son souverain, un souverain bien-aimé qui l'avait déclaré l'héritier présomptif de sa couronne, et envers lequel son acte de démence serait inexcu- . sable, si ce n’était un malheur plutôt qu'une faute. Il achevait en protestant de sa soumission et de son dévouement.

Pour réponse, le roi lui adressa des lettres pa-

tentes qui furent lues publiquement et dont on a conservé le préambule:

« À Bernard Knipperdoling, vicaire du roi, homme incomparable dans l'administration vigilante des affaires de Sa Majesté. Que la sagesse d'en haut éclaire votre esprit; qu'elle affermisse votre foi: qu’elle augmente votre charité; que vous trouviez en elle la récompense de vos travaux ; qu'elle soit votre richesse , et que sa lumière vous conduise à l'héritage de l’immortalité. Amen. »

Le roi oubliait tout et n’avait pour son ami Knipperdoling que de tendres paroles. La réconciliation fut complète, et les fanatiques en furent les dupes.

pans les luttes, ce sont les fous qui sont les plus forts, ‘ COS THB:

Peu de jours après l'acte de mansuétude du roi Jean, le comte de Walckenstein, investi alors du commandement général des troupes confédérées contre Munster, et chargé de terminer enfin cette guerre, crut devoir essayer une dernière tentative d'huma-

nité, IL fit demander à Jean de Leyde un sauf-conduit pour les parlementaires qu'il voulait faire entrer avec des paroles de paix dans la ville assiégée. Le roi Jean se trouvait dans un de ces instants où il doutait de ses intelligences avec le Père et cédait aux conseils de la peur. Il fut flatté d'ailleurs d’une . démarche où l'on paraissait reconnaître son titre, et il accorda le sauf-conduit qu'on lui demandait. Cette pièce, délivrée en bonne forme au nom des recteurs désignés par la parole de Dieu pour la sainte cité de Munster, fut emportée au camp, et, par la même occasion, une lettre fut adressée au landgrave de Hesse. Le roi Jean l'avait écrite de sa main; il réciawait la médiation du prince, qu’il appelait son cher Philippe. Il lui démontrait qu'il était, lui Jean, roi prédestiné de Munster, que le Père était avec lui, et que la guerre qu'on lui faisait n'était qu'une guerre impie.

Le landgrave, en recevant cette lettre adressée : A notre singulièrement aimé Philippe, landgrave de Hesse, n’hésita pas à secourir ses bons amis. Mais, sachant qu'il n'obtiendrait rien des confédérés s’il n’amenait la ville insensée à de certaines concessions, il y renvoya son ministre Fabricius, sans songer qu’un homme qui avait échoué déjà n’était guère propre à une négociation aussi grave. Les gens qui l'avaient bafoué et honni se contentèrent cette fois de lui tourner le dos; et, comme personne ne voulut lui dire un mot, ni lui offrir une bouchée à manger

ou un coup à boire, deux heures après son entrée dans la ville, il se retira devant la peur de mourir de faim.

Le juif Isaac avait reparu subitement dans les conseils du roi et de ses amis. Il avait remonté leur courage en leur promettant des secours qu'il était allé solliciter, ce qui expliquait son absence. En outre , il leur démontrait que, quelle que fût la capitulation , les meneurs ne pouvaient pas obtenir de grâce. Aussi, lorsqu'on annonça l’approche des envoyés du comte de Walckenstein, il fut décidé qu’on se montrerait fier. Le comte, en homme sage, avait pourtant mis de son côté les bons procédés et les égards. Les parlementaires qu'il envoyait, sous le sauf-conduit des recteurs désignés par la parole de Dieu, étaient les honorables bourgmestres de Francfort et de Nuremberg. Ils furent reçus par le roi Jean entouré de ses reines, de ses ducs et de ses conseillers ordinaires. Ils exposèrent qu'ils venaient offrir une paix dont les conditions seraient tolérables.

—Ce mot n'est pas clair, dit le Juif; il est de l'idiome de la tyrannie. Il faut des explications.

— Nous sommes prêts à en donner, répondirent avec calme les conciliateurs. |

— Eh bien! demanda Knipperdoling, les droits acquis seront-ils respectés ?

— Qu'entendez-vous par les droits acquis ?

— Parlons-nous avec ambiguïté? s'écria Krech-

ting. Mais nous pouvons préciser les choses. Le roi demeurera-t-il roi?

— Les reines, ajouta Divarre, resteront-elles reines ?

— Les ducs, dit Kiliau, resteront-ils ducs?

— Les conseillers, dit Antoine Cruse, demeureront-ils conseillers ?

— Les ministres de la sainte parole, dit Rothmann, seront-ils maintenus dans la possession de leurs églises ?

— Je comprends, répliqua le premier bourgmestre de Francfort; vous voulez la paix sans aucun sacrifice, comme si vous-mêmes l'imposiez.

— Nous ne l'imposons pas, dit enfin Jean de Leyde. Nous en sentons le prix, et nous consentons à l'acheter. Mais nous n’accepterons qu’une seule condition , celle de payer un tribut annuel, si on reconnaît le règne établi avec son indépendance.

— Vous flatteriez-vous, reprit un envoyé, de ré sister aux forces de tout l’Empire? Car Charles-Quint s'est joint aux assiégeants.

— Nous n'avons rien à démêler avec cette quatrième bête de Daniel, répondit Jean. Le nouveau royaume d'Israël a été fondé par l'inspiration du Père. Croyez-vous l'emporter sur lui? Et en lui résistant, ne redoutez-vous pas la colère céleste?

— Nous pensons, au contraire, dit le bourgmestre de Francfort, servir la cause sainte en sauvant cette

ville infortunée. Mais nous devons vous déclarer 2h

370 PRISE que la première condition de la paix sera l'abjuration formelle de l’anabaptisme , abjuration qui doit être assurée par des garanties: les châtiments seront peu nombreux. C’est au conseil des princes à décider sur qui ils tomberont. |

Ces dernières paroles firent pâlir Jean et ses intimes ;-et, dans leur démence, ils allajent manquer de respect au sauf-conduit qui couvrait les parlementaires, lorsqu'une révolte éçlata tout à coup dans la ville. La disette, devenue affreuse, ne pouvait ôtra parvenue à un point si extrême, qu'à force de fanatisme. Les malheureux faisaient du pain avec les immondices les plus infâmes; on mangeait en secrpt les cadavres des. morts; on citait nne femme qui s'était nourrie de ses trais enfants; mille horreurs avaient lieu autour d'une cour impure qui soule ne manquait ençore de rien, Quoique Jean persistât à promettre la délivrance entière pour les fêtes de Pâqmes, et bien qua cas grands jours ne fussent plus éloignés que de quelques semaines, la faim dompta la confiance, Les spectres ambulants qui panplaiest la villa n'avaient plus assez de forces pour aroire à Jeur prophète. Ils hurlaient autour du palais en demandant un traité qui leur donnât du pain, Jean eut pegr qu’on ne pillât ses réserves, et ce sentiment fit diversion à sa première colère, Il erdonna donc aux envoyés. de sortir de la ville, et, montant à cheval, il se jeta dans la foule soulevée, s’égriant qu'il permettait aux murmurateurs de quit-

ter Munster, et déclarant que pour lui, dût-il rester seul dans la sainte Sion, il la défendrait avec les ‘ anges que lui enverrait le Père.

Une partie des habitants sortit avec les parlementaires, — Mais le cordon de soldats armés qui entouralt la ville les repaussa, et pendant plusieurs jours an vit ces malheureux manger l'herbe des prairies. Tous seraient morts, si la pitié des soldats ne leur eût donné quelques secours. Les assiégeants émus en vinrent même à jeter du pain aux assiégés par-dessus les remparts. Les princes, touchés de compassion , décidèrent qu’on recueillerait tous ceux qui auraient quitté la ville, qu'an les examinerait pour discerner les meneurs, qu'on épargnerait les victimes de la séduction, de l'entraînement et de la violence. Les coupables furent jugés et perdirent la tête ; les faibles étaient en bien plus grand nombre, on s’efforça de les trouver innocents ; ils furent dirigés gur différentes villea, après qu'on eut reçu d'eux le serment qu’ils abjuraient l’anabaptisme, qu'ils revenaient à la foi catholique ; qu'ils ne sartiraient des lieux où provisoirement on les reléguait qu'avec la permission de leur prince; que, quand la ville serait prise, ils se squmettraient à la pénitence qui leur serait imposée, sans invoquer contre ces engagements auçun recours.

Ces affaires ne furent terminées que le 30 mai, La fête de Pâques avait passé; la délivrance n'était pas venue et le roi Jean continuait de régner, Les

assiégeants, reculant encore devant les horreurs dont le sac de la ville devait être le théâtre, firent aux rebelles une sommation encore, et les prévinrent que désormais on tirerait sur tout ce qui sortirait de la place, sans distinction d'âge ni de sexe. Les assiégés répondirent, le 2 juin, que, ne se sentant coupables d'aucun crime, ils n'avaient pas de grâce à implorer; qu’ils étaient résolus à défendre la vérité jusqu’à leur dernier soupir, et qu'ils ne cèderaient que si on leur démontrait, par l'Écriture, qu’ils étaient dans l'erreur.

Cette obstination était le fruit des proclamations de Jean et de ses amis ; ils affirmaient que tous ceux qui s'étaient livrés aux confédérés avaient été mis à mort. Îl y avait donc là le courage que donne la peur.

Ce courage fit des prodiges. Pendant un assaut général, qui dura trois jours, malgré une canonnade épouvantable, en dépit de l’intrépidité des assaillants, qui plantèrent vingt fois leurs drapeaux sur les bastions, les rebelles se maintinrent; et il fallut attendre de nouveau que la faim et le temps mûrissent davantage la malheureuse cité. Une occasion vint enfin mettre un terme aux embarras des princes.

Nous empruntons ce récit tout historique à l'annaliste de Jean de Leyde (1).

(4) M. Baston, déjà cité plus d’une fois.

Rien encore, dit-il, n’annonçait formellement la fin prochaine du siége de Munster. Cependant le moment était venu. Le 45 juin, huit des assiégés, n'espérant plus que la ville pût jamais se sauver, s’échappèrent et passèrent au camp. Six de ces fugitifs sont égorgés par les lignes avancées ; les deux autres trouvèrent moyen d'obtenir un sursis en offrant leurs services aux chefs. L'un de ces deux était Henschen de Langenstrat, qui avait rempli dans la ville les fonctions de surveillant des corpsde-garde. Cet homme, au commencement du siége, avait servi dans les troupes du Prince-Évêque; il s'y était distingué par une intrépidité peu commune, , et dans sa petite taille il portait un cœur hardi et résolu. De tels hommes ne sont pas toujours trèsdisciplinés. Pour un mécontentement que lui causèrent certaines sévérités militaires , il avait quitté ses drapeaux et s'était jeté dans Munster, où son courage, que rien n'efirayait, l'avait rendu cher au roi Jean. En peu de temps, le nouveau Salomon s’était épris pour lui d’une telle confiance, qu'il lui avait donné la charge la plus importante peut-être de sa milice, la surveillance de tous les corps-de-garde de la ville. Elle l'avait mis en état de trahir son nouveau maître et de recouvrer les bonnes grâces de l'ancien. Voici comment les choses se passèrent.

Résolu de tout entreprendre pour assurer son pardon , Langenstrat se fit conduire à Meinrad Hame mon, dans la compagnie duquel, avant sa déser-

tion, il avait servi avec éclat: Il lui raconta ses avetitures, l’instruisit dé tout ce qui pouvait faire cotiuattre l’état actuel de la ville assiégée, et lui prütesta que s'en emparet serdit là chose dt monde la plus facile, si on lé voulait sérieusement.

— J'inspectais les gardes, dit-il; j'ai tout vu, tout examiné ; les endroits faibles, je les connais à m'y transporter les yeux bandés ; et, si le prince consent À me récevoir à mérci, jé me ferai volontiers le cohductett d’une entréprise , du succès de laquelle je réponds sut ina tête.

Meinrad Hathmon avait la plus haute idée du mé- . rite de son pétit homtne. C'est ainsi qu'il l'appelait. Il l'accueillit dvéc joie, vit én lui uñ instrument que la Providence méhaägeait aux catholiques, goûta éxtrémérent sa proposition, et fit partir uh courrier pour en instrüuire le Prince-Évêque. François de Wäaldeck, joyeux de cette nouvelle inattendtie, envoya aussitôt à Langenstrat uñ sauf-conduit signé de sa propre main et demanda qu'on lui amenât cet homme. On le mit sur un chariot; on le cotvrit de feuilles comme une pièce de venaïson, et on le conduisit secrètement dans un château voisin, où se trouvait le Prince-Évèque, à une petite lieue de Munster.

Le conseil s’assemble aussitôt. Langenstrat expose son plan, on lui fait des objections; il répond à tout; il finit par persuader. On arrête qu'on lui donncra quatre cents hommes d'élite, quoiqu'il n’en

démandé que trois cents. Avant de se séparer, tous les conseillers jurent de garder le secret de la délibération, et, les préparatifs ayant été réglés, on y travailla très-activement de toutes parts.

Afin d’'épargner le sang que cette attaque nocturne allait faire couler à grands flots, et pour sauver ne ville importante des horreurs qui fondent sur une place sutprise par des hommes qu’une longue résistance & irrités, l'humanité du Prince-Évêque lui fit encore adresser aux assiégés uné sommation, Rothmenn ; chargé d'y répondre, la rejeta avec mépris, he se doutant pas que la dernière heure des anabaptistes allait sonner. |

Le soir du %6 juin de cette même année 1536, tout étant prêt pour le coup de main, on vit sas vancer aV80 la nuit un épouvantable orage, L'air était en feu; des torrents de pluie 56 précipitaient des nuës, et les roulements d’un tonnerre continu couvraient tous les autres bruits. Langenstrat jugea, en homme habile, que cet ouragan furieux était pour son entreprise la plus heureuse des circonstances. Il devait en effet cacher sa marche aux assiégés. La pluie qui tombait sans relâche ne pouvait laisser à leurs postes les sentinelles, contraintes à chercher un abri.

À la tête des quatre cents hommes d'élite, il s’avança, les pieds dans l’eau jusqu'aux genoux. Tous étaient persuadés qu'ils marchaient à une victoire certaine, sentiment qui produit toujours de grandes

376 PRISE choses. Ils étaient au fossé à onze heures du soir, et l'orage continuait. Au moyen des fascines qu'ils avaient apportées, une partie de la troupe gagne le pied des murailles. On applique des échelles. En un instant, Langenstrat est sur Îles rempart, suivi des plus hardis. Les gardes dormaient; on les égorge, à l'exception d’un seul, qui racheta sa vie en livrant le mot d'ordre : die Erde (la terre); on s'empare d’une poterne, on tue ceux qui auraient dû la défendre et qui sommeillaient. On l'ouvre. Les quatre cents braves s’avancent dans la ville ; ils se portent au parvis de la cathédrale, noble église dont les anabaptistes avaient fait leur arsenal. Pour s’en rendre maîtres, les compagnons du petit homme n'’eurent qu'à égorger..

Mais , enivrés de leurs succès, ils négligèrent d'en faire passer la nouvelle au camp, pour qu'on leur envoyât des secours. Sans doute qu'avec cette vanité qui s’attache aux hommes de coups de main, ils se persuadèrent qu'ils n’en avaient pas besoin et qu'ils achèveraient seuls leur conquête. Cette présomption faillit les perdre. Voilà qu’en effet le bruit se répand dans la ville que les ennemis y sont entrés. Il produit un tumaulte et une confusion inexprimables. Les anabaptistes s’arment à la hâte, courent à leur arsenal ; on les repousse avec leurs propres canons. Ils reculent sans se décourager; leur nombre augmente ; ils se précipitent en masse et avec toute la fureur du désespoir sur les ennemis, qui,

DE LA NOUVELLE SION. 377 trop inférieurs en forces, sont obligés de reculer à leur tour.

La position des quatre cents devient, de minute en minute, plus critique. Resserrés dans une espèce de cul-de-sac, ils allaient être accablés, sans l’habileté d’un de leurs officiers, Wilkin Steddink, qui fit enfoncer une maison, à travers laquelle la moitié de sa troupe ayant filé à petit bruit, il prit en flanc les Munstériens et les contraignit de se replier. Les anabaptistes, ignorant au milieu de la nuit à quelle quantité de troupes ils avaient affaire, se retirent sur la grande place et s’y barricadent en attendant le jour. | | |

Cependant l’armée du prince, inquiète sur le sort de son détachement, s'était avancée vers les murailles. Ce qu'on lui cria du haut des remparts, aux premières lueurs du jour, n'était pas de nature à la tranquilliser : « Venez, venez, disait-on aux confédérés ; tous vos traîtres de compagnons sont morts; avancez, vous irez les joindre. Ainsi périront tous ceux qui oseront s'élever contre l'élu du Père. »

Les apparences confirmaient ce langage. Aucun soldat du détachement ne se montrait; les assiégés, sur leurs murs, affectaient la plus insouciante sécurité; et de la ville ne partaient pas ces bruits et ces clameurs qui accompagnent nécessairement une mêlée où il s’agit, pour les deux partis, de vaincre ou de mourir.

En effet, on ne combattait plus. Le roi Jean avait

proposé un pourparler, que Langenstrat ét Steddink avaient accepté, tant pour ménager à leur petite troupe qüelques hieurés dé repos qüe pour donner au cônfédérés le temps d'envoyer des secours dont on sentait enfin lé besoin impérieux. L’armistice convenu, ôn éntre en Conférence. Les commissaires du roi Jeah demandent, de primé-abord, que les ” soldats de l'Évéque rrettent bas les arihes et se ren= dent à discrétion. |

— Notre monatque, disent-ils, n'est pas sangüinäiré; Îl traitera hutnainémént des hommes suppliants qu'il verra désarmés. ,

Steddink établit sur ce terrain une délibération qu'il s'éflorça de prolonger; il finit pat répondre | nettèment que ses braves soldats ne peuvent souscrire à uñé telle proposition. Elle est honteuse ; ils seraient déshonorés à jamais s'ils avaieñt la faiblesse d'y prêter l'oreille plus long-temps. À péine s'ils actépteraiéent de s’en aller comme ils étaient venus.

=. Cependant, ajoute-t-il, si on leur permettait cette retraite, nous verrions ce que noüs aurions à faire,

Les anabaptistes né Yoient rien du panneau qu'on letir tend. Ils transmettent au roi Jean cette réponse.

— Eh bien! dit celüi-ci, qu'ils s’en aïllent; qu'ils sortent; mais qu'ils laissent leurs armes.

== Que nous propose-t-on? s'écrie Langeñstrat en

simulant l’indignation. Nous resterons ici et nous périrotis tous, s’il le faut, plutôt que d'en sortir

désarmés. Faites savoir à votre chef notre résolution. C'est notre dernier mot.

Pendant ces feintes, Steddink, qui n'avait pas plus envie que le petit homme de 8e retirer, avait envoyé son porte-drapeau, Jean Twickel, réclamer et hâter les secours du camp. Soutenu de trois soldats seulement, Twickel était sorti par la poterne qui avait introduit le détachément dans la place. Il avait gagné au pas de course le haut d'un ouvrage avancé, il y avait déployé son étendard, qui fut bientôt aperçu des assiégeants. Quelques confédérés g'avancent avec précaution ; car ils craignalent que ce ne fût une ruse des assiégés pour attirer l’armée de ce côté et la surprendre. Mais Twickel leur crie le mot d'ordre, qui était Waldeck. On le reconnatt. Une voix lui demande :

— Où en sont ños compagnons ?

— Fatigués de tuer, répond-il. [ls se reposent à l'ombre d’une négociation, et tout ést encore dans le meilleur état, Maïs , s'ils ne sont pas soutenus, ils suctomberont. Coureg à l'assaut; vous n'éprouvereg de résistance nulle part.

On lui promet la plus grande diligence; et les heureuses nouvelles qu’il vient d'apporter s6 répandent dans le camp avec la rapidité de l'éclair, Pour lui, le porte-enséigne, il est rentré aussi heureusement qu'il était sorti, et il fait son rapport aux chefs.

— Compagnons ! s’écrie Steddink, fous allons être sccourus. Aux arines! et périssent ceux qui

380 PRISE osent vous proposer une lâche et odieuse capitulation. | Il fait sonner la charge à l'instant. Les commissaires du roi Jean s’écrient qu’on viole le droit des gens, et implorent la vengeance du Père; il leur ordonne de se retirer; puis il s’élance avec ses hommes sur les anabaptistes, qui ne peuvent soutenir ce choc imprévu. Tout cède. Bientôt les troupes du prince, qui ont couru à l'assaut et qui ont trouvé les remparts dénués de défenseurs, entrent dans la ville par tous les points. Le carnage devient universel; les femmes, les enfants mêmes ne sont pas épargnés. Les soldats furieux massacrent tout. :

Dans cet horrible désordre, Rothmann, au désespoir, sachant bien qu’il ne peut pas espérer de grâce, s'habille en soldat, se précipite dans la mêlée et y tombe percé de coups, mort trop honorable pour un si méchant homme. |

Le frère d'Eschman de Warendorp s'était logé dans la maison d’un chanoine de la cathédrale. En voyant son domicile investi, il avise une idée; il s'habille en ecclésiastique et se donne aux soldats pour le chanoine dont il occupait la demeure. Ce mensonge l’eût sauvé, si un des siens ne l’eût trahi. Il fut mis à mort. |

Herman Tilbeck fut trouvé caché dans un égout; on l'y laissa après l'avoir tué. La plupart des chefs eurent pareille fin.

Deux cents des plus braves anabaptistes, retran-

chés dans leurs barricades, s’y défendaient en héros. Il eût fallu du temps pour les forcer là, et leur ex- . termination eût coûté la vie aux meilleurs soldats. Leur courage d’ailleurs, à travers les fureurs de cette affreuse journée, excitait l'admiration. On oublia la cause pour ne plus voir que les hommes. Les officiers du Prince-Évêque leur proposèrent la vie et la liberté, offre qu'ils acceptèrent avec reconnaissance ; et, au moyen d'un sauf-conduit signé sur le champ de bataille , ils sortirent de la ville sans qu'on les inquiétât. Cet acte de clémence eut d’heureuses suites: on ne voulut plus tuer. Ce qui restait d’anabaptistes , les chefs exceptés, fut banni.

Mais on cherchait partout les quatre principaux meneurs, Jean de Leyde, Knipperdoling, Krechting et le Juif Isaac. On ne trouva plus ce dernier. Krechting fut pris dans un clocher où il s'était blotti; c'était le seul de ces édifices qui fût resté debout, à : cause de sa forme surbaissée, le jour où les prophètes avaient ordonné d'abattre tout ce qui était élevé. Le roi Jean s'était caché, tremblant et déguisé, ‘dans l'épaisseur des murs de la porte Saint-Gilles. Comme il épiait le moment de s'échapper, un enfant le reconnut et le découvrit. Il n'avait pas eu le courage de mourir les armes à la main.

On avait mis des gardes attentives à toutes les issues, et des récompenses étaient promises à qui livrerait Knipperdoling, qui avait disparu depuis l'entrée du détachement de Langenstrat. Cet homme

était sans contredit le plus coupable des rebelles, depuis que Rothmann n'existait plus. Il s'était caché dans la maison d’une femme anabaptiste, logée près d’une des portes, et il attendait la nuit pour chercher à s'évader. Cette femme (elle se nommait Catherine Hohels), entendant les perpétuelles lamen-— tations du misérable, commence à.craindre qu'on ne la punisse de l'avoir recélé. Toutes les Munstériennes qui s'étaient prononcées comme elle dans la secte avaient reçu l'ordre de quitter la ville. On fit crier alors par toutes les rues qu’elles devaient se réunir sur la grande place, afin de partir ensemble. Le commandant du siége, en les inspectant, leur annonça que, ai quelqu'une d'elles pouvait découvrir la retraite de Knipperdoling, celle-là aurait sa grâce taute entière. — Elle pourra demeurer à Munster,

ajouta-t-il; et tont ce qui lui appartient en propre lui sera rendu.

Catherine Hobels, en entendant ces paroles, a'avance et dit que, si on peut compter sur une promesse faite aussi publiquement, elle indiquera le lieu où se tient caché l’homme que l’on cherche. Le général confirme par serment ce qu'il vient de dire,

— Suivez-moi dono, réplique-t-elle,

Elle le conduit droit à sa maison et lui livre Knipperdoling.

= Le Prince-Évèque ratifia l'engagement de son gé-

” néral, Cette femme resta libre à Munster et conserva

ses biens. Mais, ce qui est singulier, son mari, qui ayait tenu rang de chef parmi les anabaptistes, apprenant la grâce accordée à Catherine, crut que cette faveur -s’étendait à lui, sortit de sa cachetta et se montra, Il s'était trompé : on Ini coupa la tête. Il paraît an reste que Catherine Hohels ne l'avait pas réclamé,

Toutes les femmes, après qu’ an eut cessé de tuer, eurent en général la vie sauve, Deux, pourtant, plus marquantes que les autres, furent exceptées de l’amnistie publiée. L'une était la reine Divarre, l’autre était la femme de Knipperdoling. On exigeait leur abjuration; elles s’obstinèrent à la refuser ; on les condamna à la mort.

Mais le Prince-Évêque n'était pas encore entré dans la ville. 1 p’ y vint que le 28 juin, Steddink était allé au-devant de lui à la tête de huit cents çavaliers. Lorsqu'il arriva aux portes de la vieille cité, on lui en présenta les cléfs, Il les reçut avec tristesse, car elles étaient teintes de sang. 11 pleura en voyant le déplorable état où les égarements des Munstériens avaient plongé leur ville, L'offrande qu'on lui fit des deux couronnes et des éperpns d'or du roi Jean ne le consola pas : peut-être même ajouta-t-elle quelque chose à son affliction , en lui rappelant trop vivement le souvenir des crimes et des extravagances de cette courte et ridicule royauté,

On s’appliqua sur-le-champ à effacer la trace des longs malheurs que Munster avait éprouvés, à dé-

truire les suites qu'ils avaient eues, à prévenir celles qui pouvaient naître encore. On commença par remplir les articles de la capitulation faite avec l’armée pour le partage des dépouilles, selon les usages de ce temps-là. Les conventions attribuaient la moitié de tout le mobilier des citadins au Prince-Évêque, qui remit aux propriétaires cette partie de leur avoir, sauvée ainsi de l’avidité du soldat. Les fugitifs rentrèrent dans leurs maisons. On voulut bien ne pas voir que beaucoup d'anabaptistes se mêlaient parmi eux et revenaient à leurs anciens domiciles. Le ca- - tholicisme fut rétabli, et le luthéranisme acheva de s’étouffer lui-même assez vite dans la principauté de Munster.

Des actions de grâce avaient été rendues à Dieu dans tout le diocèse le 14 juillet. Après quoi, le roi Jean, Knipperdoling et quelques autres chefs des troubles avaient été conduits dans un château-fort, où ils restèrent jusqu’au 12 janvier 1536, qu'on les ramena à Munster. On s'étonne (dit encore M. Baston) que leur supplice ait été différé si long-temps, ‘ car leur procès n'était pas de nature à exiger des lenteurs. Mais ces grands coupables avaient pour juge suprême un prince chrétien, et il voulait, comme l’expriment des actes de l’époque, leur donner le temps et leur fournir les moyens de rentrer en eux-mêmes, de se reconnaître et d'obtenir du ciel, en s’humiliant et en se repentant, un pardon que la terre ne pouvait leur accorder.

Le 22 janvier 4536, on fit monter sur un écha- faud, dressé dans la grande place de Munster, Jean de Leyde, Knipperdoling et Krechting. La veille, on leur avait offert des prêtres catholiques pour les consoler. Les deux derniers de ces trois criminels répondirent que la consolation du Père leur suffisait. L'ex-roi de la nouvelle Sion ne se montra pas si dédaigneux ;'il demanda l'assistance ge Jean de Siburg , aumônier du Prince-Évêque. En paraissant sur l’échafaud, ce jeune monstre — (il n'avait que vingt-sept ans) — se jeta à genoux, et, implorant la miséricorde du Père, il poussa un cri si épouvantable, qu'il porta l’effroi dans l'âme de tous les assistants. Il se remit aussitôt, et, se levant, il regarda de sang-froid tous les instruments de son supplice : ils étaient affreux. Il contempla avec la même fermeté l’innombrable multitude de spectateurs dont il était environné ; puis la tour de Saint- Lambert, où étaient et où sont encore accrochées les cages de fer dans lesquelles devaient être déposés et conservés les cadavres des trois condamnés. Les remontrances du digne prêtre qu'il avait demandé le touchèrent alors, au point qu'il détesta et -__ pleura-tous ses crimes, reconnaissant que dix morts comme celle qu’il allait subir ne les expieraient pas. Il abjura même une partie de ses erreurs, ne retenant que celles qui concernaient le baptême. Un juge, accompagné de deux assesseurs, monta enfin sur l'échafaud, et lut tout haut la sentence des

trois coupables. Aussitôt les bourreaux s'emparèrent d'eux, et leur supplie commença. On 8e songe qu'en frémissant qu'il dura une heure. Ils respiräent encore : on termina leurs souffrances en leur plongeant un poignard dans le sein (1).

(1) Les biographes ont publié une fable de Jean de Leyde promené de pays en pays, enfermé dans une cage de fer cgmme une bête féroce, mais curieuse. -Ce conte, absolument dénué de vraisemblance, a été imaginé par Meshovins, qui écrivait cent ans après l'événement, Voici la petite scène qui a été la source de cet ana :

Jean de Leyde (dit Meshovins) fut amené devant le Prince-Évêque ; et entre ces deux personnages s'établit le colloque suivant :

LE PRINCE, Vil et infâme coquie, qui t'a ponsgé à faire à mon peuple tout le mal dont tu es la cause?

Jean. Mon cher François de Waldeck, pas tant de courroux. Nous ne t’avons fait aucun mal. Au lieu d'une grande villace ouverte de tous côtés, nous te laissons une ville bien fortifiée, que tu n'aurais jamais prise, si la faim, plus forte que tes armes, ne nous eût pas domptés. Quant aux frais du siége, je t’enseignerai un moyen de t'en rembourser avec usure.

LE PRINCE. Quel est ce moyen?

JEAN. Fais faire une cage commode et couverte ; mefs-y le roi Jean et promène-le par toute l’Europe, exigeant une pièce « de monnaie de qui le voudra voir. Tu amasseras un trésor.

LE PRINCE, Mais cotte autorité que fu as exercées à Munster, dis-moi, de qui Ja tenais-tu?

sEAN. Je te prie de ne pas t'en fâcher ; mais je t’adresse la méme question : ce que tu appelles ton autorité , de qui la tenais-tu ?

L& PRINCE. Moi, je tiens men autorité du chapitre de la cathédrale, qui m'a élu selon les lois.

JEAN. Oh bien! la mienne avait un meilleur fondement : je l’ai reçue du peuple, et même du Père.

Après cet entretien, Jean fuf remis dans son cachot.

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