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Legendes Bretonnes

DES légendes de Bretagne ! Voilà deux mots prestigieux, deux séduisantes promesses.

D'une part, en effet, la Bretagne est, excellemment, la terre des récits merveilleux.

D autre part la légende est^ de toutes les formes narratives celle gui, depuis un temps immémorial, est la préférée des lettrés, des femmes, des enfants, et, à plus forte raison^ de ces êtres privilégiés qu on appelle les poètes.

Une courte étude de ce qu'est, essentiellement^ la légende, s'impose donc dès les premières pages de ce livre.

La légende est très proche parente de cette autre production littéraire qu'on appelle le conte. Mais elle s'en distingue par des caractères supérieurs. Le conte est cosmopolite. Nous pourrions citer aisément, et en très grand nombre, des contes qui retracent les mêmes féeries, les mêmes aventures souvent presque identiques et qui appartiennent également à la France, à V Angleterre, à l'Italie, à l'Allemagne^ à la Russie, à d'autres nations encore.

L' ancienneté du conte se perd dans un insondable passé ; son origine est le plus souvent inconnue. Il se transmet., oralement, depuis des siècles, chez tous les peuples européens. L'Arabie, la Perse et l'Inde paraissent cependant avoir été, dans la nuit des temps, les pays qui connurent, les premiers, ces récits nés de la seule imagination.

Il en va tout autrement de la légende. Si le

conte peut s'inventer, la légende ne s'invente pas. Elle a un fond de réalité. Elle raconte un fait qui a existé ou qui a pu réellement exister. Loin d'être commune à vingt nations, qui la possèdent^ à des titres égaux, elle est localisée, sauf quelques rares exceptions. Elle a sa provenance propre, sa patrie et la couleur de cette patrie, son peuple, au milieu duquel, à l'exclusion de tout autre, elle a pris naissance. Une légende flamande est réellement née en Flandre, et pas ailleurs. Toutes les contrées ont leurs légendes. La touchante élégie de Daphné est issue, directement, de la mythologie thés s alienne Les deux Chevaliers gigantesques et lumineux qui assurèrent la victoire d' Au lus Postumius, sur les bords du lac Régille, sont les combattants divins d'une légende authentiquement romaine. Les Histoires d'Hérodote sont pleines d'exploits héroïques et d'idylles

amoureuses, qui appartiennent à l'Egypte ancienne, et n appartiennent qu'à elle. Ces considérations nous permettent de formuler une définition de la légende.

Voici celle que nous proposons : une légende est un récit merveilleux dans lequel la religion et l'histoire ont, l'une ou Vautre, et souvent toutes les deux leur part.

Le caractère essentiel de la légende, aussi nécessaire, aussi absolu que l'est, par exemple, l'unité dans une œuvre d'art, cest que le fait quelle raconte soit merveilleux. Sans le merveilleux, il n'y a pas de légende.

A côté de ce caractère, le seul dont l'absence soit mortelle, il y en a un autre, il y en a souvent deux autres. Le fait merveilleux peut être historique ; il peut être religieux. Il peut, nous venons de le voir, être à la fois historique et religieux.

Cette constatation permet d'affirmer, sans longues dissertations, la supériorité que nous avons accordée à la légende sur le conte. Si le merveilleux, en effet, se trouve, presque toujours, dans le conte, il n'est jamais là qu'une suite d'aventures plus ou moins surprenantes, plus ou moins créatrices de séduction, mais qui n'ont rien à voir avec l'histoire, encore moins avec la religion.

De là cette conséquence, d'une importance capitale : si l'esprit fait le charme du conte avec ses ruses, ses détours, son habileté, sa finesse, c'est l'âme qui, dans la légende, prédomine par son courage, sa noblesse, son amour, ses hautes vertus ou ses exploits. Le conte a le prestige des fées et des génies. La légende a la gloire des héros et des saints. L'un a les enchantements, l'autre a les miracles.

Si Peau d'Ane est ravissante, et elle l'est, elle

na cependant aucun rapport, même éloigné, aucune ressemblance, même incomplète, avec la Chanson de Roland.

Les quatre légendes qui forment la matière de ce livre ont été, sous les divers rapports que nous venons d'indiquer, admirablement choisies. Deux d'entre elles, Tristan et Yseult et Péronik, se rattachent à l'histoire, comme étant des épisodes de la grande épopée arthurienne. Les deux autres Yann Postik et Mariannik, sont profondément empreintes du

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sentiment religieux. S'il s'y trouve entaché de quelque superstition, il n'en demeure pas moins sincère, vivace et respecté dans ces deux émouvantes narrations.

L'élévation, que nous avons indiquée comme étant la qualité maîtresse, le privilège incontesté de la légende, ne manque à aucune de celles qui nous occupent ici.

Mariannik est l'expression de la conscience bretonne dans sa fidélité au culte du souvenir, dans son aspiration native vers l'au-delà, vers l'infini, vers le bonheur qui dure éternellement.

Yann Postik, damné pour avoir laissé briller les siens dans le purgatoire, exalte, par sa punition même, le sentiment si tendre, si profond et si pénétrant que les Bretons éprouvent pour les morts.

Péronik est l'heureux enfant doué du plus héroïque des courages, celui gui anime et transfigure l'être originairement faible et craintif.

Tristan et Yseult, enfin, chantent, délicieusement, dans la vie et jusque dans la mort, l'hymne d'amour humain le plus suave et le plus ardent de tous les peuples et de tous les temps.

Les conditions que nous avons énumérées sont donc réalisées dans les quatre récits dont se compose ce livre. L'indispensable élément merveilleux s'y mêle, comme' leur essence l'exige, tantôt aux traditions historiques, tantôt aux croyances ancestrales.

Enfin une dernière nécessité s'impose, nous l'avons vu, pour qu'ils soient véritablement des légendes et pas autre chose. Ils doivent avoir

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