‹ Légendes canadiennesChapitre 31 sur 35 · L'ORCHESTRE INFERNAL · texte numérisé non relu

L'ORCHESTRE INFERNAL

Si l'homme droit et pur qui lira cette page Essaie, en la tournant, nne larme à ses yeux ; S'il trouve là son cœur de fils, et s'il sent mieux Ce qu'il doit à sa mère et l'aime d'avantage :

J'aurai vécu 1 ma vie aura porté son fruit ; Je ne me plaindrai plus de la flamme qui m'use, Des biens communs à tous que le ciel me refuse ; Je saurai le secret de mon repos détruit.

Victor dk la Prade,

Poèmes Evangtliqucs.

En un instant, la branche art pliée de nouveau, et la eerde enroulée autour de l'arbre ; mais, cette fois, les scélérats !

avant de la mettre entre mes mains, ont le soin d'attacher l'autre courroie autour du cou de ma pauvre irçère, après lui avoir lié les mains derrière le dos.

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Alors ils me présentent la corde.

Je refuse de la saisir, et ils la laissent glisser tout doucement, avec un rire diabolique, jusqu'à ce qu'enfin, voyant la branche se relever et raidir la courroie qui retient ma mère, de désespoir, je suis obligé de m'en emparer.

Supplice inspiré par tous les génies de l'enfer!

Abîme de férocité et de barbarie !

Les monstres savourent d'avance, avec ivresse, toutes les horreurs des tourments qu'ils viennent d'inventer.

Exténué de fatigue et de lassitude après de longs jours de souffrances inouïes, il est impossible que je puisse résister longtemps.

Les barbares l'ont bien prévu.

Ils gavent que la nature sera bientôt vaincue, et le crime consommé.

Quelle nuit! quelles heures! Lutte sans espoir contre toutes les défaillances de la nature !

•Quel grouffre d'atrocités ! Toutes les angoisses, tous les épouvantements, toutes les détresses de l'âme et du corps !

Toutes les affres de la mort sans la perspective du dernier repos !

La bande infernale s'éloigne de quelques pas, et, avec des cris, des éclats de voix, des hurlements, des contorsions de démons, exécute, sur le sable du rivage, des danses insensées, préludes de la jonglerie.

Leurs membres nus, rougis par les sanglantes langues de feu que le vent de nuit fait jaillir de l'âtre, les feraient

prendre pour une troupe de sorciers ou de nécromante échappés de l'enfer.

Leur ronde flamboyante tourbillonne comme un ouragan.

Au milieu de leurs vociférations, une voix, — toujours la même,— glas funèbre qui tinte encore à mon oreille, — se distingue et règle leurs pas.

Les hibous, les chouettes, et les autres oiseaux de nuit, attirés par la flamme et par ces clameurs insolites qui troublent le silence de leur veille, voltigent d'arbre en arbre, mêlant leurs cris effrayants au bruissements de la forêt, au ressac de la mer sur les vertèbres des falaises, et au riôaneirtentB de l'orgie.

Adieu au dernier espoir !

Tout est fini !

C'est Tenfer !

LA JONGLEUSE. .*ÎS1>

Autour de moi, un roseau do sang ; — l'abîme sous mes pieds; — sur ma, te te les fnugissements de la tempête ; — le deuil et les funérailles dans mon âme ; — partout, au dedans comme au dehors, le vertige, les ténèbres, le désespoir, la mort!

Seule ! . . . . seule !'.... une lueur, un rayon ! . . . la douce voix de ma mère ; les soupirs de son cœur à travers lequel j'entrevois encore le ciel. . . . Quoi ! le

ciel ! si près de l'enfer ! L'ange à

côté des démons !

D'une voix vibrante et calme...,, calme comme son âme qui n'appartient plus à la terre :

— Harold ! mon enfant, pourquoi pleurer?. . . Arrête tes sanglots?

Il faut nous quitter; Dieu m'appelle

:mo LÉGENDES.

à lui ; mes maux vont finir ! . . . . Sois heureux ! . . . . Là-hapt je prierai Dieu

pour toi Au ciel je t'aimerai mieux

que sur la terre !

— Maman! Maman! ... Oh !.. . non vous ne mourrez pas !

— Non, mon enfant, on ne meurt pas quand on va au ciel !

J'ai offert ma vie pour toi, Dieu l'a acceptée. Tu vivras, mon fils ; mais quand je ne serai plus près de toi, souviens-toi toujours des leçons de ta mère ! . . .

Ah ! quand tu sentiras ta foi près de

défaillir, pense bien au bon Dieu et

un peu à ta mère

Harold ! prions ensemble ; prions pour nos ennemis, prions pour la pécheresse !

— Maman ! que leur avons-nous donc fait. . .qu'ils nous font tant souffrir !

Le bon Dieu nous a-t-il donc abandonnés ?

— Oh ! non, mon enfant ; c'est l'heure des ténèbres ; regarde le ciel et prie avec moi !

Les malheureux ! ils ne savent ce qu'ils font.

Seigneur, jetez un regard de pitié sur ces pauvres tribus assises à l'ombre de la mort.

Ne verront-elles donc jamais luire sur elles la lumière de votre Saint Evangile ?

Le sang de nos apôtres martyrs crie vers vous.

Ecoutez les gémissements de ces victimes immolées, qui s'élèvent du pied de votre trône

O mère des douleurs ! par le glaive qui transperça ton âme sur le Calvaire, abaisse un regard de pitié sur mou

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