W2 LÉGENDES
pauvre enfant cloué, comme le tien, sur la croix.
Contemple l'affliction et les angoisses d'une mère et sauve mon enfant!
ITarold ! je te bénis ! Adieu !...
— A moi I à moi ! au secours ! Je sens déjà mon bras qui s'engourdit, et mes
doigts se raidir ! . . . Maman ! ah je
vais vous tuer ! . . , Me pardonnerezvous?. . . Je veux mourir, je veux mourir ! Pourrai-je vivre sans remords ?
Mon Dieu! un nuage passe sur ma vue! . ... je ne vois plus je n'entends plus. . .rien! Je meurs !
Tout à coup au milieu de mon évanouissement, je crois sentir mes doigts
engourdis s'entr'ouvrir ; la corde fatale glisse entre mes mains, elle grince autour de l'arbre et. . . . m'échappe ! .
Un tressaillement suprême m'éveille de mon évanouissement; je m'élance et, par bonheur, je viens à bout de la ressaisir.
Mais c'est en vain; la nature est épuisée ; je lutte quelque temps encore ; mes forces m'abandonnent; ma tête retombe lourdement sur ma poitrine.
Une nouvelle défaillance. . . .
Soudain d'épouvantables hurlements m'arrachent de ma léthargie ; mes cheveux se dressent sur ma tête : — Mon Dieu! j'ai tué ma mère !
Un râle d'horreur s'exhale de ma poitrine.
Entre la terre et la voûte des brandies le cadavre est là qui 6e balance au gré du vent.
Le vertige, la stupeur glacent mon sang dans mes veines.
Tous les objets semblent tourner autour de moi. •
Un crêpe funèbre s'étend sur ma vue.
Je sens l'ongle de la mort me mordre au cœur.
Depuis cet instant, jusqu'au moment de perdre tout sentiment d'existence, toutes mes idées se troublent et deviennent confuses dans ma mémoire.
Quelques pâles souvenirs entrevus comme à travers un rêve : — le grincement de la corde sur la branche fatale ; — le vent qui pleure tristement sur ma tête et soupire le chant de la mort ; — aux approches de l'aube, le croassement d'une corneille qui vient se poser sur la branche.
Elle s'approche, s'approche encore
pour flairer le cadavre, l'effleure de son aile en voltigeant, puis- tout à coup s'envole en criant
A travers le voile du trépas qui couvre mes yeux, je crois entrevoir, ô horreur ! . . une face effroyable et deux prunelles vertes et ctincelantes, — sphinx teint de sang, — tpiî passe et repasse à deux doigts de mon visage avec un ricanement d'enfer !.. . Le spectre de la Jongleuse ! . . .
Vient-elle savourer sa proie ? insulter à sa victime ? . . . . Oh ! elle m'enfonce ses griffes dans le cœur ! ! . . . .
Un tremblement convulsif, ... un froid mortel court dans tous mes membres, . . .
le sang reflue vers la tête,. . . des étincelles sautillent dans mon cerveau, . . .
un bourdonnement dans mes oreilles, . . .
une dernière impression vague, terne, sans horizon, . . . une dernière crispation, puis, tout s'éclipse et va se perdre dans le lac morne du néant.