L'ORPHELIN
J'irai à elle, mais elle ne reviendra point à moi. Andro a lei, ma ella non ritornera a me,
Bpitaphs.
La nuit B'est faite en moi depuis cette heure affreuse ; La source de mon sang me semble avoir tari, Je cherche une espérance en mon cœur appauvri ; Vous seule et Dieu savez l'abîme qui s'y creuse.
Mère !.
Puisque Dieu vous a prise et vous garde en sa sphère, Je veux aller à Dieu pour m'approcher de vous.
Victor de la Prade,
Poèmes EvangUiqucs.
En m'éveillant de mon long évanouissement, j'étais étendu sur un lit de branches de sapin, au milieu d'une forêt d'érables.
Un jour pâle filtrait à travers le treillis du feuillage, et de gros nuages sombres, entrevus par une échappée des arbres,
dans un pan du ciel, distillaient une pluie froide.
Qu'elles étaient tristes ces nombreuses gouttes de pluie qui tombaient, avec un petit bruit monotone, sur chaque feuille rougie, et tremblaient à leur pointe en larmes de sang qui dégouttaient jusqu'à terre !
Et cependant il y avait encore plus de tristesse et de larmes dans mon cœur !
Hélas ! pourquoi me suis-je éveillé de cette longue insensibilité ?
Je dormirais en paix mon sommeil, au fond de la tombe, à côté de celle que je ne re verrai plus !
Depuis ce jour néfaste, le soleil intérieur s'est voilé pour jamais.
Le ressac des années, en se brisant sur mon cœur, m'apporte toujours les débris d'un cercueil ; pour moi, la terre est devenue la vallée de l'absinthe où je
traîne sous la croix une vie couronnée d'épines.
A genoux, à mes côtés, sous l'abri qu'il avait dressé au-dessus de moi, le brave Canotier soutenait d'une main ma tète, et de l'autre arrosait mes tempes d'une eau fraîche.
Tu t'en souviens, mon bien-aimé ami ; — avec quelle inexprimable étreinte j'enlaçai mes bras enfants autour de ton cou, quand je te reconnus et que je vis de grosses larmes ruisseler le long de tes joues !
Combien de temps nous restâmes embrassés dans ce muet épanchement de notre douleur !
Dis-nous maintenant par quelle intrépide audace, tu parvins à opérer ma délivrance,"