LA JALOUSIE
après la mort de son père et de sa mère.
long-temps ; les longues files de fidèles avaient circulé avec lenteur et s'étaient écoulées silencieuses dans les rues. Léocadie seule était restée dans le temple du
Seigneur. Elle s'était humiliée aux pieds du prêtre pour 4 lui faire l’aveu de ses fautes. Dans ce moment un jeune :
homme, grand, bien fait, de vingt-cinq ans environ,
entra dans l'église. C'était d'ordinaire l'heure à laquelle il s’y rendait, mon pas tant pour prier Dieu que pour 4
jouir du spectacle vraiment grand que présente un édi- Æ socac ri d lampe brülait immobile au milieu du chœur, et sa lu- ile mière vacillante se réflétait pâle sur l'autel. Le silence
fice immense qui se voile des ombres de la nuit. Une
de mort religieusement solennel qui régnait alors, l’ombre des piliers qui se dessinait sur le fond grisâtre des
au milieu des objets qui partout vous présentent l'image
dans son vrai jour les œuvres du créateur; c'est là que, lui, ii aimait à rêver à l'amour et à ses brillantes illusions. Long-temps il était resté plongé dans une médi-
et, un instant après, il apcrçut comme un objet blanc qui s'enfonça et disparut derrière l'autel. Il s'avança
Mouce March “mèlue
| .…. Me ros C'était le quatre de mars, tout juste dix-neuf mois :
Merna va m horlit.
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res
Le timbre du cadran venait de sonner six heures et Æ,, re
demie. Les prières de la neuvaine étaient finies depuis nes
u ître.
Dixières
eune
nie d re Auch j Æin ce murs et qui s'évanouissait comme des fantômes dans Æovyait les voûtes, tout, jusqu’à l'écho même de ses pas, avait 4
pour lui un charme , un attrait indéfinissable. C’est là, Æ@uenta 9 e « , À à | e , de d’un Dieu, où votre âme, enveloppée d’une essence di-4
vine, s'élève à la hauteur de son être et contemple
IL y
ait tr brait «
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Jour u tation profonde quand il en fut tiré par l'apparition de 4
Micrs | quelque chose qui se mouvait dans le haut de l’église; 4
Heut ce Mords Mpouva
ix heures et
finies depuis
avaient cir-
le temple du rit. Le lendemain, il la revit simple et modeste au à prêtre pour 4 ent un jeune ans environ, à re à laquelle 4 ieu que pour 4
sente un édi-
la nuit. Une à eur, et sa lu- 4 1. Le silence
alors, l'om- Ænte de Léocadie, et de plus en plus il attisait dans son
grisâtre des Æin ce feu dévorant qui, comme un volcan embrasé,
ntômes dans es pas, avait
le. C'est là, 4 nient l’image 4 e essence di- 4 et contemple *
c'est là que, illantes illuis une médi-
pparition de 4 de l’église; 4
objet blanc Il s'avanga
né
4 LÉGENDES CANADIENNES. 43 ÆMoucement et distingua une jeune fille à genoux sur le
“Mharche-pied de l'autel. C'était Léocadie. Elle était re- “étue d'une longue robe de lin; un ruban de couleur . le rose dessinait sa taille svelte et légère. Oh! qu'elle ix-neuf mois #
tres célestes , une de ces créatures immortelles telle
ait belle en cet état! On l’eût prise pour un de ces
ue l'eût forgée l'imagination des poètes. Sa tête, aux Aongs cheveux d'ébène, pieusement inclinée vers le ta
x Bernacle, annonçait que sa prière était finie. Elle se cieuses dans .
va majestueuse , et, d'un pas léger, traversa la nef et
ilieu de ses compagnes, et il conçut pour elle un mour fort et violent comme la passion qui l'avait fait aître. #
Mitres agréables, une assez jolie fortune, avaient fait de “Æéocadie la personne la plus intéressante et le meilleur Marti de la Côte des Neiges, où elle demeurait avec sa Micille tante. Oh! Léocadie, pourquoi l’as-tu connu ce eune homme ?.. Tous les jours il se rendait chez la
evait un jour éclater terrible pour eux deux.
| Il y avait déjà près de trois mois que l'étranger fréuentait Léocadie ; il lui avait fait un aveu de sa flam- Me, de la passion qu'il ressentait pour elle. Et Léocadie ait trop bonne et trop sensible ; elle savait qu'elle lui rait de la peine en lui disant de ne plus revenir ; et Alle n'osait lui dire qu'elle ne pourrait jamais l'aimer : ue son cœur à elle ne lui appartenait plus, qu'il était Mour un autre. … Ah ! que ne l’a-t-elle dit dès les pre-
Le 2
icrs jours ? Que ne l’a-t-elle renvoyé aussitôt qu'elle eut connu ? Et qu’elle eût épargné de pleurs et de re- Hords!..... Avec son amour, une jalousie avait germé AMpouvantable dans le cœur de l'étranger, Il ne pouvait
Dix-sept ans, une figure douce et spirituelle, des ma- .
soufirir que quelqu'un parlât à Léocadie. Sans cesse obsédée de ses importunités, elle déclara un soir à sa
cette réception à l'étranger ! Si elle n’eût consulté qu’elle seule, peut-être ne l’eût-elle pas fait. Mais son devoir l'y obligeait; c’est à ce devoir qu'elle obéit.
Dès que l'étranger eut appris de la tante de Léocadie que c'en était fait de ses espérances, qu'il ne la reverrait plus jamais, dès ce moment il jura dans son cœur, dans son cœur d'enfer, de se venger de celle qu’il avait tant aimée, mais qu’en ce moment il sacrifiait à sa fureur et à sa jalousie. Îl avait juré de tirer une vengeance épouvantable, et il ne songea plus dès lors qu'à préparer les moyens de consommer son abominable dessein. Et Léocadie, toujours innocente, toujours cal-
me au milieu de l'orage qui se formait sur sa tête, ne pouvait pas même s’imaginer qu'on pôt lui vouloir le :
moindre mal, tant la haine et la vengeance étafent une chose étrangère à son âme !
En partant, l'étranger avait voulu voir Léocadie , et il lui avait dit avec un air de froide ironie :
« Regarde le soleil, comme il est rouge! il est rouge comme du feu, comme du sang, oui, comme du sang qui doit couler. »
Et il l’avait quittée brusquement.